DATE-T-IL DE LA CONTAMINATION OU DU CHANCRE
par lui seul que s'effectue graduellement l'empoisonnement de l'organisme. Il est la cause primitive et locale de la maladie générale; il devient le laboratoire où naissent, croissent et se multiplient les particules virulentes ou les microbes qu'il jette dans la circulation du sang et de la lymphe. Cette conception du processus de l'infection est nette et péremptoire.
Elle se comprend plus aisément que celle où l'on suppose que l'absorption du virus s'est opérée immédiatement après la contamination ou en même temps qu'elle, et où l'on admet que l'organisme ayant été infecté d'emblée n'a cependant révélé le grand fait de son imprégnation que par .une lésion locale sur le point précis où s'est effectuée la contagion.
Mais est-elle plus vraie? Entre ces deux hypothèses sur le début de la virulence, quelle est. celle qu'il convient d'adopter1?
III. Que le processus de la virulence ne commence qu'au moment précis où le chancre apparaît, ou bien qu'il remonte jusqu'à l'époque de la contagion, toujours est-il que les conséquences matérielles de sa généralisation dans l'organisme n'apparaissent que plus tard et après une deuxième incubation. Cette deuxième incubation, qu'on pourrait appeler syphilitique, est habituellement un peu plus longue
1. Dans plusieurs de mes écrits, j'ai cherché à élucider ce point si obscur de pathologie syphilitique et à découvrir la signification du phénomène mystérieux de l'incubation chancreuse. Je ne puis pas me persuader que l'incubation chancreuse soit une période d'inertie absolue et qu'elle ne joue aucun rôle. Mais je reconnais que ce rôle est simplement préparatoire et que son œuvre a besoin d'être complétée par le chancre.
lin me plaçant à ce point de vue, voilà ce que je disais dans mon ouvrage sur la Syphilis primitive et la syphilis héréditaire, au sujet de l'incubation primitive ; je n'ai rien à y changer :
« Est-ce là un véritable empoisonnement semblable à celui qui s'effectue par le chancre? Comment l'organisme resterait-il silencieux, s'il en est ainsi? Pourquoi un seul point serait-il atteint, celui précisément où a été déposé le virus? Tout est obscur, inexplicable, mystérieux dans cette hypothèse que les faits nous forcent d'admettre. Mais, du moins, pouvons-nous dire que l'empoisonnement île l'économie pendant l'incubation est incomplet, insuffisant, et' que l'accident primitif qu'il suscite lui est indispensable pour aller plus avant dans les voies de l'infection progressive et de la diathèse.
« Aussi, tout en étant un résultat, le chancre est-il une cause et une cause puissante, sans laquelle le premier empoisonnement n'aboutirait à rien. Il faut que ce foyer morbide crée de nouvelles particules virulentes, ou renforce celles qui existaient déjà, en leur communiquant des propriétés infectieuses plus actives et plus pénétrantes.
« Ce n'est pas tout encore, il faut que son processus, s^emparant des voies lymphatiques, y crée d'autres foyers qui multiplient le virus et en inondent le liquide sanguin. N'est-ce pas le rôle pathologique des lympho-adénopafhies qui accompagnent toujours le chancre et servent connue de trait d'union entre la lésion locale et les accidents consécutifs? »
424 ABSENCE DU CHANCRE DANS LA SYPHILIS HÉRÉDITAIRE ET CONCEPTION NELLE.
que l'incubation chancreuse. Elle dure en moyenne de quarantecinq à soixante jours.
Quoique aucun trouble apparent, aucun signe sensible, en dehors du chancre et de sa sphère lymphatique, ne trahissent, pendant cette période, l'existence d'un état morbide de toute la substance, l'infection ne s'en effectue pas moins avec une grande activité.
Ainsi, dans un intervalle de soixante-dix à quatre-vingt-dix joui s, à partir du moment de la contamination, le principe virulent se multiplie dans le chancre, dans les voies lymphatiques, inonde de toutes parts l'économie, et, quand il l'a suffisamment saturée, il provoque de sa part ce mouvement synergique d'élimination qui se traduit sous forme d'éruptions généralisées sur le tégument, et sous forme de troubles fonctionnels et de lésions variées du côté des organes splanchniques, etc., etc.
IV. C'est ainsi que s'effectue le processus initial de l'infection dans la syphilis acquise. Quels que soient le siège et le mode de la contagion, il existe constamment, dans ces sortes de syphilis, qui sont incomparablement les plus communes, une lésion locale qui naît et s'implante, pendant toute sa durée, sur le point contaminé. Elle ne manque jamais. Il ne faudrait pas croire cependant que la néoplasie primitive ou chancre infectant , soit une condition absolue du processus infectieux. Celui-ci s'en passe très bien dans deux syphilis qui ne diffèrent en rien de la syphilis à foyer primitif, et qui sont la syphilis héréditaire et la syphilis conceptionnelle.
Toutes les deux ont leur berceau dans la cavité utérine. C'est là que l'ovule et le sperme d'une part, d'autre part le sang de la mère et celui de l'enfant, imprégnés du virus syphilitique, jouent le rùlc de chancre et font échec à lu solidarité fatale qui doit faire affirmer sa préexistence dans toute syphilis acquise.
Cette solidarité est-elle aussi fatale qu'on l'a cru jusqu'à présent? En m'en rapportant à mon expérience personnelle, je ne puis répondre que par l'affirmative. Sans doute, on rencontre quelquefois dans la pratique des cas où l'impossibilité de découvrir le. chancre porterait à admettre que la syphilis s'est emparée dircctemenl de tout l'organisme, sans s'y insinuer progressivement par l'intermédiaire du chancre. Mais, outre que de pareils cas sont fort exceptionnels, une investigation minutieuse, prolongée, ou même le liasard nous l'ont souvent découvrir cette porte d'entrée qui se dérobait d'abord à nos recherches. L'ubiquité du chancre, son siège parfois