CIRCONSTANCES QUI EMPECHENT DE PROUVER L'EXISTENCE
Quand la néoplasie primitive siège sur n'importe quel point du vaste territoire cutané, sur les oritices des cavités ou dans les points de ces cavités accessibles à nos recherches, elle ne peut guère nous échapper, si on est bien décidé à la découvrir. Maintes lois j'ai lini par en trouver sur les amygdales et à la marge de l'anus, qui avaient tout d'abord été inaperçues. En général, chez l'homme, la syphilis primitive ne se dérobe presque jamais complètement . En est-il ainsi chez la femme ? Non et voilà pourquoi on a cru pendant longtemps que le chancre infectant n'y était pas le même que chez l'homme. Il est bien démontré aujourd'hui qu'il n'en diffère point fondamentalement. Mais quand il s'implante sur les parties profondes des organes génitaux, il y subit des modifications de forme et de durée qui peuvent nous tromper sur sa nature et sur son existence. Ainsi les chancres syphilitiques du col de l'utérus ressemblent souvent beaucoup à des érosions d'ordre commun ; de plus, ils sont si éphémères que, dans un très court délai, ils sont susceptibles de disparaître ou bien ils ne laissent que des vestiges indéchiffrables. Combien plus difficiles à constater et à diagnostiquer ne sont-ils pas si, au lieu de s'arrêter sur le col, ils vont au delà, dans la cavité du col et même dans la cavité de l'utérus!
V. Est-il impossible qu'ils s'avancent jusque dans ces profondeurs ? Rien ne nous le prouve. Voilà, si je ne me trompe, le nœud de la question. Il est assez embrouillé par lui-même, et il le devient encore plus si on songe que, dans la cavité cervico-utérine, peut s'ébaucher une fécondation de l'ovule par du sperme syphilitique, et que cette fécondation, si imparfaite et si éphémère qu'on la suppose, est capable de communiquer à la femme une syphilis conccptionnelle.
C'est pour ces deux raisons qu'on observe infiniment plus souvent chez la femme que chez l'homme des syphilis acquises où la découverte de l'accident primitif a été impossible. La cavité cervicoutérine est le laboratoire profond, mystérieux, inaccessible où se produisent les anomalies apparentes qui font échec à la loi du processus d'invasion dans la syphilis acquise.
Ce point si intéressant de pathogénie a fait l'objet de nombreuses discussions. Un médecin fort expérimenté en vénéréologic, M. le docteur Verchère, chirurgien de l'hospice Saint-Lazare, l'a traité avec une grande compétence au Congrès international de Rome (1894, mars-avril, II' session). Sous le titre d' Imprégnation syphilitique directe, il a rapporté trois cas Forl bien choisis pour soutenir sa thèse, puisqu'il lésa observés