‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 327 sur 610 · DE SYPHILIS ACQUISES SANS CHANCRE INFECTANT · texte numérisé non relu

DE SYPHILIS ACQUISES SANS CHANCRE INFECTANT

avant, pendant et après l'infection syphilitique dont il soupçonnait la possibilité, sans parvenir jamais, malgré les examens les plus minutieux et les plus réitérés, à découvrir la moindre trace d'accident primitif. — On a sans doute deviné, avant que je le dise, qu'il s'agit de trois femmes. Chez l'homme de pareils faits ne se produisent point.

« Quelle voie, se demande M. Verchère, a suivie le virus syphilitique pour infecter l'organisme, donner des accidents secondaires d'emblée dans le premier cas, des accidents tertiaires dans le deuxième et le troisième? Il n'en est qu'une, l'utérus en contact avec le sperme, seul élément inoculant possible, et non pas le chancre utérin, mais bien l'imprégnation directe, telle que l'admet Zeissl, et qu'il désigne sous le nom <ïlnfection par simple cohabitation. Il y aurait là comme le dernier terme d'une série commençant par le chancre géant pour aller, par le chancre parcheminé, le chancre papyracé, le chancre nain, le chancre herpétique jusqu'à zéro ; c'est-à-dire jusqu'à l'inoculation sans porte d'entrée appréciable, sans lésion initiale, par imprégnation directe. On ne peut admettre la syphilis conceptionnelle dans les cas présents, puisque dans aucun il n'y eut conception ou grossesse. A peine pourrait-on penser à une fécondation possible1. »

Mais si, on peut y penser dans ces cas et dans d'autres analogues. On peut penser aussi au chancre intra-utérin. Je ne vois aucun moyen d'aller le chercher, ni de le découvrir par conséquent, et de le diagnostiquer, dans la cavité de l'utérus, bien que les nouvelles pratiques de la gynécologie ne se fassent guère scrupule d'y pénétrer avec une hardiesse qui va souvent jusqu'à une témérité dangereuse.

M. le docteur Vialle a publié (Actualité méd., 15 mai 1894) un cas fort piquant de l'imprégnation syphilitique directe. La jeune fille, qui appartenait à la galanterie parisienne discrète, redoutait fort les maladies vénériennes, parce qu'elle devait se marier. Aussi se faisait-elle examiner très fréquemment par M. Vialle. Jamais ce médecin ne parvint à découvrir la moindre trace de chancre infectant. Sa cliente n'en eut pas moins la syphilis. Par où avait-elle pénétré ? Par l'œsophage, d'après lui, avec le sperme!! Voilà qui est peu probable. Mais là encore, c'est sans doute l'utérus qui a été le siège primitif de l'infection. Elle s'y est effectuée soit par fécondation fruste, soit par chancre larvé intra-utérin.

Au Congrès dermatologique et syphiligraphique de Lyon, M. le docteur Cordier, médecin de l'Antiquaille, a soutenu aussi La thèse de La syphilis sans chancre. Il croit que, dans 2 pour 100 (!) environ des cas, la syphilis peut débuter d'emblée par des accidents secondaires. Cette proportion est assurément fort exagérée.

i. A l'appui de sa thèse, M. Verchère invoque les cas fort authentiques de vaccine inoculée, où aucune trace de lésion ne s'est produite sur le point de la piqûre. L'homme ni l'animal n'en onl pas moins eu ['Infection vaccinale réelle, efficace, malgré l'absence de toute vaccine légitime sous forme de cicatrice.

SVI'IIILIS DANS LESQUELLES L'ACCIDENT PRIMITIF

VI. Je ne m'étendrai pas plus longuement sur ce sujet. Je crois avoir démontré qu'il est, jusqu'à présent, impossible de prouver par l'observation clinique, de façon à ne laisser aucun doute dans l'esprit, l'imprégnation directe dans la syphilis acquise. Les difficultés seraient vite levées par l'expérimentation, en injectant par exemple du virus syphilitique dans le sang- ou les lymphatiques, sans le mettre en contact avec les parties solides, etc. De cette façon-là on réaliserait ce qui se passe dans la syphilis héréditaire et dans la syphilis conceptionnelle. Il serait fort possible qu'on produisît ainsi artificiellement une syphilis sans chancre préalable.

On verra plus loin un cas qui semble démontrer que la syphilis primitive peut être totalement supprimée par l'excision de la peau sur laquelle a eu lieu la contamination (voy. pp. 450-51). L'excision fut faite 6 jours après la contamination, c'est-à-dire 20 ou 30 jours avant l'époque où le chancre serait apparu. — La cicatrisation se produisit sans qu'il y eût aucune trace d'induration, et pourtant la généralisation de la syphilis se montra à son époque ordinaire.

Les syphilis sans accident initial ne sont ni plus graves ni plus bénignes que les autres. Il n'existe en elles rien qui fournisse des indications particulières que ne présenterait pas la syphilis ordinaire. Elles ne devraient même pas trouver place dans le traitement de la syphilis primitive, puisque leur véritable histoire ne commence que lorsque l'infection est déjà un fait accompli. Mais il m'a semblé qu'elles pouvaient figurer dans ces préliminaires comme curiosité théorique, et puis parce qu'elles font un contraste étrange avec d'autres syphilis très anormales, elles aussi, et d'une existence beaucoup plus problématique.

VII. De ces syphilis j'ai dit un mot à propos de la stratégie thérapeutique. J'y reviens. Ce sont les syphilis primitives qui ne sont jamais suivies d'accidents constitutionnels. Longtemps avant l'époque où cette question a été discutée, j'avais observé pareils faits. Deux ont été publiés dans mon ouvrage sur la syphilis tertiaire el sur la syphilis héréditaire. En voici le résumé :

Dans un de ces cas qui remonte à 1885, le syphilome primitif, survenu un mois après le dernier coït, était constitué par cinq grandes érosions très indurées, occupant le sillon qt leméat,et par une double adénopathie spécifique. Le malade s'était marié trois semaines après l'apparition de ce syphilome primitif et n'avait rien communiqué à sa femme, quoiqu'il ne l'eût point ménagée. J'ai pu constater par suite que ni lui, ni elle, n'ont eu aucun signe d'infection syphilitique. Je supposai

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