‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 336 sur 610 · DÉBUTS DE L'INFECTION D'APRÈS LES THÉORIES MICROBIENNES · texte numérisé non relu

DÉBUTS DE L'INFECTION D'APRÈS LES THÉORIES MICROBIENNES

IV. Nul doute que les théories microbiennes de la syphilis n'aient beaucoup contribué à la vogue de la méLhodc abortive. Elles reposaient sur deux principes qu'on croyait établis et qui sont les suivants :1° c'est un microbe pathogène et non 'point un virus subtil, insaisissable, échappant presque aux lois de la matérialité, qui produit la syphilis; 2" ce microbe n'cnLrc en action, ne devient nuisible tout d'abord qu'en un seul endroit, sur le point précis où naît le chancre. C'est là son premier, son unique foyer. Mais voici que, par suite d'une prolifération effrénée, ce foyer devient trop étroit. L'innombrable génération des microbes ne peut plus rester encapsulée dans le laboratoire où elle pullule. Leurs légions migratrices le brisent, s'embarquent dans la lymphe et dans le sang et vont chercher fortune aux régions profondes de l'organisme. Elles l'y trouveront, n'en doutez pas, si bien qu'elles ne voudront plus en sortir. Empêchez donc par tous les moyens celte race parasitaire néfaste de nous envahir. Détruisez-la dans son berceau, écrasez-la dans son œuf. Que pas un n'en réchappe, car il serait capable de coloniser à lui seul là ou ailleurs. Cette désastreuse prise de possession, un moment amoindrie ou retardée, ne s'en accomplirait pas moins fatalement.

Dans celte conception du processus infectieux à son origine, le but est donc précis, catégorique, nettement indiqué et même rien ne paraît plus facile que de l'atteindre, puisqu'il s'agit seulement de faire disparaître par un moyen quelconque une lésion cutanée ou muqueuse presque imperceptible qui commence et s'ébauche à peine. Eh bien, c'est précisément parce que la lésion est à l'étal embryonnaire que l'abortion constitue un procédé discutable et d'une application tout à fait exceptionnelle.

travers les tissus du pénis, principalement par l'intermédiaire des petites veines, des arlérioles et des lymphatiques. »

D'intéressantes recherches du M. Kulneff, faites sous les auspices du professeur Tarnowsky [Saint-P4tersbourg, 1889) ont démontré que les indurations sous forme de corde qu'on observe si souvent dans les chancres syphilitiques, résultaient d'une sclérose inflammatoire des veines sous-culauées du prépuce. Elles sont constituées par une endo et périphlébite. J'avais toujours cru que les lymphatiques étaient beaucoup plus impliqués que les veines dans celle sorte de processus funiculaire, dont j'ai donné la description sous le nom de lymphoadénopathies et de lymphangites syphilitiques. J'en suis encore persuadé: mais peu importe pour le processus. Ce qui est certain, c'est qu'il s'élablil de fort bonne heure et qu'il est très rapidement centripète. N'est-il pas extrêmement probable que ce processus est allé déjà bien au delà des points que nous voulons enlever par le bistouri ou détruire parles caustiques et 1 éleclrolyse, alors mémo que nous pratiquons ces opérations à une époque très voisine de l'apparition du chancre '.'

CONDITIONS NÉCESSAIRES POUR DIAGNOSTIQUER LE CHANCRE A SA NAISSANCE. 437

Le point essentiel, en effet, c'est de savoir si c'est bien un chancre embryonnaire qu'on détruit. Or rien à ce moment, dans ses caractères intrinsèques, n'est capable de révéler sa nature. Beaucoup de lésions d'ordre commun se présentent absolument sous le même aspect, l'herpès, par exemple, si fréquent sur les organes génitaux, l'éry thème circonscrit, une papule acnéique, etc. Le diagnostic n'est réellement certain qu'au bout de cinq ou six jours, quand l'induration est survenue ou s'est de plus en plus accentuée dans le sens qui lui est propre. Et encore hésite-t-on bien souvent. Pour être plus affirmatif, il est nécessaire que l'adénopalhie satellite se soit produite. Enfin une autre condition, c'est qu'il se soit écoulé au moins vingt à vingt-cinq jours entre le moment supposé de la contamination et l'apparition du chancre embryonnaire. Inutile d'ajouter qu'il faut être bien certain que le malade n'a pas eu antérieurement la syphilis.

Une autre considération très essentielle, c'est qu'il n'existe aucun doute sur les risques de contagion syphilitique encourus par le malade, ou du moins sur ses grandes probabilités. Car si ces risques n'étaient qu'imaginaires, les résultats positifs de l'abortion n'auraient aucune valeur. La constatation, l'attestation, la garantie du risque contagieux sont donc de rigueur en pareille matière, avant ou après l'opération. Il faudrait même la confrontation, c'est-à-dire l'examen médical du sujet qu'on suppose avoir contaminé.

Voilà les conditions que doivent présenter le sujet et la lésion qu'on va détruire. Mais cette lésion peut siéger sur des points qu'il serait dangereux de mutiler par une opération quelconque et qu'il est indispensable de respecter. Nouvelle restriction qui, ajoutée à tant d'autres, diminue singulièrement le nombre des cas opérables.

Or, que l'on compare le nombre des cas opérables avec celui des cas opérés et on verra que ces derniers sont peut-être 200 fois plus nombreux que les premiers. Aussi toutes les statistiques dont on a encombré cette question n'ont-elles à mes yeux aucune valeur. Un seul cas, bien et dûment observé par un médecin compétent, opéré d'après foules les règles voulues et réunissant toutes les conditions que je viens d'énumérer, pèse plus que des milliers sur lesquels l'expérimentation aborlive s'est exercée à tort el à travers. Il y a eu dans tout cela une légèreté, une absence de critique, do perspicacité clinique, une ignorance, un aveuglement, et même des

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