D'EXCISION DU CHANCRE INFECTANT
car les deux plaies, quoique très grandes, se sont guéries avec une merveilleuse simplicité et sans laisser aucune trace.
Dira-t-on que, sans ces deux éradications, la syphilis secondaire eût été plus grave? Mais qu'en sait-on? Ce qu'on peut affirmer, au contraire, c'est qu'il eût été possible qu'elle fût plus faible, puisque, dans bien des cas abandonnés à leur évolution naturelle, tout se borne à une petite roséole, sans les prodromes constitutionnels. Ici, ces prodromes n'ont-ils pas eu une intensité insolite? Assurément je n'en rends pas responsable l'éradication, mais je constate cette particularité, parce que précisément elle a été remarquable par le nombre, par la violence et par la signification pathologique de ces phénomènes précurseurs, et qu'elle traduisait bien aussi, et de la façon la plus claire, les souffrances d'un organisme fortement éprouvé par une infection dont on n'avait pas pu arrêter le fatal processus.
II. Eh bien, les expériences qu'on vient de lire paraîtront-elles concluantes? Certes, en relatant ces faits, je suis loin de vouloir décourager ceux qui croient encore à la vertu abortive de la méthode. Je doute néanmoins qu'elle puisse être appliquée dans des circonstances plus propres à en assurer la réussite, si elle avait été possible. Après des insuccès aussi éclatants, les quelques illusions que j'avais sur la possibilité de prévenir la généralisation du mal par la destruction de l'accident primitif à son début se sont évanouies.
Ceux qui ont pratiqué l'excision sur une large échelle prétendenl que, si elle ne prévient pas toujours l'infection, elle a du moins la propriété d'en atténuer les effets. Je doute que cette manière do voir repose sur des preuves sérieuses et indiscutables, car on ignore ce qu'aurait été la syphilis chez le malade, si on ne lui avait pas l'ait l'excision du chancre. On avance qu'elle eût été plus grave, plus confluente ; c'est une pure supposition. J'avoue cependant qu'un de mes cas fournit un argument considérable aux partisans de cette opinion. Mais une syphilis ne peut pas se pronostiquer sûrement h longue échéance, d'après ses premières manifestations.
Les plus bénignes ne sont pas une garantie certaine qu'il ne surviendra pas pins lard des adénopathies redoutables. Il ne faut donc pas l'aire intervenir ici, pour juger la méthode, une sorte d'action curalive toute hypothétique. Prévient-elle ou ne prévient-
CONCLUSIONS A TlllEH DKS KA1TS PRÉCÉDENTS.
elle pas la syphilis? Voilà quelles sont les seules données du problème à. résoudre.
Aussi que puis-je conclure, jusqu'à nouvel ordre, des faits qui me sont personnels, relativement à l'excision du chancre syphilitique? C'est que cette opération n'empêche pas la maladie île se généraliser, même lorsqu'elle est pratiquée dans des circonstances exceptionnellement favorables pour en assurer la réussite.
On m'accuserait sans doute d'être peu logique si, après quatre insuccès, je me déclarais partisan très décidé de l'excision abortive. Et pourtant j'aime mieux encore avoir ce reproche que celui de proscrire absolument une opération qui n'a peut-être pas encore dit son dernier mot. Assurément je ne puis avoir grande confiance en elle, je n'en conseille pas moins de la pratiquer dans tous les cas où elle ne peut causer aucun dommage, pourvu toutefois que la petite lésion qu'on est en droit de supposer syphilitique soit à l'état naissant et n'ait projeté autour d'elle sur les lymphatiques et les ganglions aucune néoplasie virulente.
Je me déclare très opposé à toutes les tentatives d'abortion faites, par un moyen quelconque, au delà du petit foyer primitif. Je considère aussi comme inutiles les ablations successives des indurations qui se forment autour et au-dessus d'une première excision.
Si j'ai parlé d'abord des fai ts qui me sont personnels, c'est qu'on est ordinairement mieux éclairé sur une question par l'expérience qu'on a acquise soi-même que par celle des autres, surtout quand on y apporte, comme je l'ai fait, une entière bonne foi, sans aucun parti pris et avec le vif désir de réussir.