EXAMEN CRITIQUE DES STATISTIQUES
infectieux, depuis la contamination jusqu'à l'infection généralisée, nous nous en applaudirions, s'il ne laissait aucun doute dans notre esprit. Nous nous en applaudirions pour deux raisons : d'abord parce que ce n'est pas peu de chose de préserver un malade sur cinq ; et ensuite parce que, avec les perfectionnements de la méthode que découvriraient les médecins plus éclairés par l'expérience, et auxquels ne manqueraient pas de collaborer les malades avertis et encouragés, nous obtiendrions, à n'en pas douter, un accroissement très rapide du nombre des succès. L'éradication triomphante serait applaudie presque autant que la découverte d'un vaccin syphilitique. Combien ne pourrait-on pas avec elle restreindre l'expansion de la syphilis ! Et même avec un sur cinq, voyez quel nombre de contagions on empêcherait, surtout si de ce succès bénéficiaient les femmes galantes et les débauchés !
Ce qui m'a toujours inspiré une grande défiance contre ces statistiques, c'est le nombre des cas qu'elles comprennent. Evidemment, si elles sont si plantureuses, c'est qu'on a expérimenté à tort et à travers. Quels sont, parmi ces 1038 cas, ceux qui réunissent les conditions absolument indispensables pour que l'opération soit probante ? Excluez d'abord tous les cas où il n'y a pas eu de confrontation, où on a opéré de 1 à 12 ou 15 jours après la pi'étendue contamination ; ceux où on n'a pas suivi les malades pendant très longtemps, etc.; tous ceux, en un mot, où l'expérimentation ne s'est pas strictement conformée aux règles que j'ai posées plus haut.
Les cas qui rentrent dans la catégorie de ceux qu'on peut légitimement opérer, qu'on doit même opérer malgré tant d'insuccès décourageants, sont d'une extrême rareté. Je les surveille attentivement depuis que l'aborlion de la syphilis est à l'ordre du jour, et je n'en ai rencontré encore que 15 ou 20. Sur ce nombre, 5 ou 6 ne se souciaient pas de subir l'excision; les autres l'ont acceptée ou demandée sans en retirer aucun bénéfice. 20 cas opérables au plus! Mais c'est là une minorité infime, car je crois être un des médecins qui voient le plus de chancres en France, en Europe et ailleurs. C'est par milliers qu'on les compte à l'hôpital du Midi. J'ai donc tout lieu de supposer que les cas dont se composent les statistiques en question étaient à peu près tous, pour une raison ou pour une autre, tenant soit au l'ail lui-même, soit à l'opérateur, disqualifiés, comme traitement abortif par l'excision.
Il faut bien se pénétrer de cette vérité que le chancre syphilitique