CRITIQUE DE PRÉTENDUS SUCCÈS DE L'EXCISION
à. l'état naissant no présente aucun caractère morphologique empreint de cotte spécificité qu'il aura quand il sera jeune, adulte, à son apogée ou à son déclin. Au moment si éphémère qui précède sa constitution définitive, il ne peut pas être diagnostiqué, et c'est précisément à ce moment presque insaisissahle qu'on doit l'extirper si on veut réussir. Donc cette lésion encore, banale n'a quelque valeur que si, trois, quatre ou cinq semaines auparavant, il y a eu un coït suspect avec une personne bien et dûment syphilitique.
N'est-il pas étonnant que ce soient les excisions où l'opérateur s'était entouré de toutes les garanties de succès qui ont éeboué ? Aucune d'elles ne prête le flanc à la critique. Elles sont d'une rigoureuse précision. Au contraire, dans presque toutes celles qui ont réussi et même dans les meilleures, il y a toujours quelque chose d'incomplet et de défectueux. Ou bien, beaucoup plus tard, en pleine sécuriLé, c'est un événement imprévu qui vient détruire des espérances prématurées.
Ainsi, dans un des deux cas d'excision pratiquée par lui, M. Spillmann avait supposé qu'après une absence complète de toute manifestation syphilitique pendant un an, la réussite était assurée, et, pourtant, il survint, au bout de 10 ans, des troubles oculaires suivis d'un tabès confirmé. Le malade n'avait fait aucun traitement interne. A supposer que ce tabès fut d'origine spécifique, on voit que l'excision ne Ta point conjuré. En eut-il été autrement sans elle et avec une évolution et un traitement ordinaires? Impossible de le dire1.
Un autre cas assez semblable au précédent a été observé par M. Ehlers.
Il s'agit d'un gendarme qui, à la suite de l'éradication d'un chancre, ne présenta pas de manifestations secondaires et ne subit aucun traitement mercuriel. Mais, au bout d'un an, il fut soudainement frappé d'une paraplégie des membres inférieurs, accompagnée de syphilides cutanées et compliquée de cystite. On institua un traitement hydrargyrique qui guérit la syphilide, mais la paraplégie persista et fit succomber le malade deux ans après l'apparition de son chancre. Cette paraplégie était bien syphilitique; sa coïncidence avec les manifestations cutanées ne le prouve-t-elle pas? Dans mon ouvrage sur la syphilis tertiaire, j'ai
1. Dans la note où il relate ce cas (Mercredi médical, 1892, n° 2). M. Spillmann rapporte un autre exemple d'échec complet dans des conditions exceptionnellement favorables au succès. Il s'agissait d'une jeune fille que son amant craignait, avec raison, d'avoir contaminée. Il lui survint, en ell'el, une petite érosion superficielle, lenticulaire, sans induration aucune, sur le bord lil>re de la petite lèvre gauche. L'éradication fut pratiquée, mais elle n'empêcha pas la malade d'avoir, plus tard, une roséole ainsi que des syphilides buccales et vulvaires.