RÉFUTATION DE LA PRATIQUÉ DES ABSTENTIONNISTES
pourquoi j'empêcherais le chancre et les adénopalhies primitives d'en bénéficier!
III. D'autres abstentionnistes s'écrient : Vous troublez par ce traitement spécifique prématuré l'évolution de la syphilis: vous jetez le désordre dans le développement cyclique et régulier de ses manifestations, etc., etc.
Yoilà, me permeltrai-je de dire, qui est d'une stratégie par trop naïve. Que penserait-on. d'un capitaine qui attendrait pour attaquer l'ennemi qu'il eût mobilisé et mis en belle ligne de bataille le ban el l'arrière-ban de ses cohortes, qui lui laisserait tout loisir d'envahir le pays qu'il est chargé dedéfendre, de s'y installer, etc. ?Mais lais-milà ces comparaisons, trop faciles si vous le voulez, et qui ne prouvent rien. Au surplus, ajoulerai-je, n'est-ce pas toujours l'objectif et quelquefois le résultat du traitement spécifique d'arrêter la syphilis et par conséquent de perturber son processus ?
En combattant la syphilis secondaire n'avons-nous pas l'espoir de couper court à l'enchaînement des manifestations successives el de les empêcher d'aboutir au tertiarisme? Pourquoi n'esl-il pas aussi rationnel de diriger la médication interne contre le syndrome initial que contre le syndrome secondaire. D'autres médecins, cl notamment M. Kaposi, prétendent qu'après le traitement général de la syphilis primitive on voit souvent apparaître, non plus exclusivement des formes exanthématiques légères, mais en même lemps et, par conséquent, de très bonne heure, des symptômes graves, par exemple des lésions du périoste. Je proteste énergiquement contre cette assertion toute gratuite. Pendant une pratique de 25 années je n'ai rien vu de pareil. Je n'ai jamais pu constater dans l'ensemble des accidents consécutifs un incident grave quelconque dont on pût, de bonne foi, rendre responsable le traitement général institué dès le début du chancre. Jusqu'à preuve bien et dûment établie du contraire par des observations cliniques irréfutables et assez nombreuses pour qu'on ne puisse pas les considérer comme le résultat du hasard, je maintiens que l'opinion contre laquelle je m'élève n'est qu'un paradoxe. Jamais je n'admettrai la proposition suivante de M. Kaposi : « 11 est inutile et même nuisible pour le malade, el aussi déconcertant pour le médecin, c'est-à-dire quant h l'observation objective, do commencer le traitement général avant que la syphilis se soit manifestée d'une manière évidente et typique; je conseille même de n'intervenir
LEUR DOCTRINE NE REl'OSE QUE SUR DES ERREURS.
que lorsque l'exanthème s'est complètement développé et non dès le premier indice de roséole. »
Mais pourquoi vous arrêtez-vous en si beau chemin dans l'abstentionnisme ? Si vous êtes logique, ne faudra-t-il pas, pour vous conformer à vos principes, laisser chaque manifestation de la syphilis atteindre la plénitude de son développement avant de l'attaquer1?
M. R.-W. Taylor est, comme M. Kaposi, un adversaire du traitement général dans la syphilis primitive. 11 invoque, lui aussi, contre cotte méthode, la perturbation qu'elle apporte dans l'ordre évolutif, son impuissance à "prévenir les manifestations secondaires et son efficacité trop réelle pour les aggraver au lieu de les diminuer (thbugh it may retard them, it really often renders Uiem more severe). A ces arguments cliniques dont je conteste absolument la valeur, il en ajoute de théoriques basés sur une conception hypothétique du mode suivant lequel le mercure attaque et guérit les accidents syphilitiques.
IV. Qu'on disserte tant qu'on voudra et même à perte de vue sur les opérations intimes qui s'accomplissent au plus profond de nos tissus sous l'influence des spécifiques, il importe peu, tant qu'on ne sort pas du domaine spéculatif. Mais il est toujours- téméraire et même dangereux dans la pratique défaire reposer les indications sur des théories dont aucun contrôle expérimental rigoureux ne prouve la justesse et l'importance. Malgré les progrès incontestables de notre science, nous sommes dans une ignorance à peu près complète sur le mécanisme des agents spécifiques.
Est-ce sérieusement qu'on peut les interdire dans la syphilis primitive, parce qu'on suppose qu'ils n'attaquent pas les microbes et qu'ils ne sont puissants que contre leurs œuvres, c'est-à-dire contre leurs lésions? Et encore faut-il que ces lésions soient arrivées à un certain état de maturité! Ces lésions, constituées par un tissu rie granulation d'ordre inférieur, suscitent des réactions hyperémiques ou inflammatoires qui aboutissent à des scléroses ou dégénérescences fibreuses, ou bien à une métamorphose graisseuse qui prépare et facilite la résorption, des néoplasies, etc., etc. C'est cette
I. N'est-ce pas à une pareille pratique que conduirait cetle affirmation si étrange Je M. de Bârensprung : « J'ai vu, dit-il, les cas les plus sévères et les plus rapides de destruction survenir presque toujours lorsque les onctions mercurielles avaient été employées contre la syphilis primitive et contre les premières lésions de la syphilis secondaire, » — Si les choses se passaient ainsi, quel acte d'accusation contre le système des frictions à outrance, si florissant à Aix-la-Chapelle!