CONTRE LA SYPHILIS ET SES MANIFESTATIONS
existe pas. Est-ce que toutes les controverses au sujet du mercure, depuis quatre siècles, n'en sont pas une preuve irréfutable? Et pourtant, si unremède mérite la qualification de spécifique, c'est bien celuilà. .Mais ce n'est qu'un spécifique incomplet, aléatoire, qui ne tue pas du coup la maladie et qui atteint plus ses effets que sa cause. Nous ne le démontrons que trop ultérieurement.
Supposez qu'il eût été plus parfait. La syphilis serait-elle encore ce que nous la trouvons aujourd'hui? Non. Il est inconstestable qu'à force de frapper sur elle des coups mortels, pendant quatre cents ans, il aurait fini par la dompter ou la détruire. Peut-être n'en verrionsnous aujourd'hui que des vestiges insignifiants, quelques cas rares, dans les pays civilisés, ou bien des foyers endo-épidémiques, dans des contrées inexplorées et chez les races inférieures. La médecine en ferait promptement justice, et bientôt les syphilitiques deviendraient une de ces curiosités pathologiques qu'on se dispute pour donner une idée de ce qui fut autrefois une espèce morbide à peu près disparue. Mais, au contraire, ils se comptent par millions sur toute la surface du globe. On les gorge de mercure, d'iodure de potassium. Ils n'en croissent et n'en multiplient pas moins.
Soyons juste cependant. Si la syphilis pullule comme autrefois, elle est devenue moins féroce. Mais nous devons renoncer à l'espoir d'en délivrer l'humanité au moyen des deux spécifiques que nous possédons contre elle. En découvrira- t-on d'autres?
Fussent-ils plus puissants, peut-être échoueraient-ils aussi. En tout cas, il leur faudrait des années pour accomplir leur travail de dépuration définitive.
II. N'y aurait-il pas d'autres moyens que les spécifiques? Il y en a un qui se présente tout de suite à l'esprit, et ce moyen c'est la vaccination. Finira-t-on parle découvrir? Depuis de longues années, la médecine est engagée dans une voie qui peut y conduire. Mais la microbiologie, qui agrandit tous les jours son domaine et s'enrichit sans cesse de nouvelles conquêtes, a jusqu'à présent échoué dans ses persévérantes recherches sur la syphilis. Le microbe pathogène du virus syphilitique se dérobe et nous leurre d'espérances trompeuses. En sera-t-il toujours ainsi? Assurément non.
En attendant, ne comptons point sur un heureux hasard pour trouver le vaccin antisyphilitique. On n'y parviendi ;i que scientifiquement. Un pas immense scia fail le jour où l'on possédera ce
VACCINATION ANTIS Vl'H I LITIOUK.
microbe et où il nous sera permis de le soumettre aux mêmes cultures que les autres.
Malheureusement, l'expérimentation sur les animaux ne nous viendra point en aide, puisqu'il n'y en a pas un seul sur lequel l'inoculation de la syphilis ait réussi. Il faudra donc, de toute force, essayer sur l'homme les vaccins de différents titres qu'on supposera de nature à conférer l'immunité contre la maladie, sans la lui communiquer dans ce qu'elle a de plus dangereux. Celui qui y parviendra pourra se glorifier d'être aux premiers rangs parmi les bienfaiteurs de l'humanité. Mais peut-être que bien des générations se succéderont avant que d'elles surgissent un Jenner, un Pasteur, capables de réaliser ce rêve.
Et cependant il n'est point aussi chimérique qu'autrefois. N'avons-nous pas souvent sous les yeux un exemple frappant d'immunité contre la syphilis chez la femme qui a conçu, porté dans son sein un enfant syphilitique, et qui, par ce seul fait et sans qu'il apparaisse chez elle aucune trace visible d'infection, est néanmoins à l'abri de ses atteintes? Elle peut impunément allaiter cet enfant. Il lui a infusé dans les veines quelque chose du virus qu'il tenait de son père. Elle est vaccinée par le sang qu'elle recevait de lui, à travers le placenta, en échange de celui dont elle le nourrissait. Mystérieuse et lente vaccination dont nous constatons les effets sans en pénétrer la genèse. Comment pourrions-nous la reproduire et en généraliser l'application?
Et, à supposer qu'on eût découvert une vaccination dont les vertus préservatrices devinssent bientôt d'une évidence et d'une certitude à braver toute critique et à convaincre les plus timorés et les plus sceptiques, il resterait toujours la difficulté d'en faire pénétrer la nécessité dans les esprits. Cette pratique rencontrerait peut-être plus d'opposition qu'on ne le suppose au premier abord. Que seraitelle par le fait? Une infection. Or toute infection, si mitigée qu'elle soit, n'est ni sans inconvénients, ni même sans dangers. Bien des gens n'en voudraient pas courir les risques pour se prémunir contre une maladie qui ne frappe pas comme les maladies épidémiques et ne sévit pas indistinctement sur toute une population. On la rencontre, mais elle ne vous poursuit pas. Combien, môme parmi ceux qui s'y exposent, ont la bonne fortune de l'éviter; à plus forte raison ceux qui la fuient ou prennent contre elle toutes les précautions que leur suggèrent la morale, la prudence et les préceptes d'une sage et sévère hygiène dans les relations sexuelles ou autres.