INSUFFISANCE DE LA POLICE VÉNÉRIENNE
Mais à quoi bon raisonner sur un pareil sujet? 11 sera toujours temps, quand on aura découvert le microbe de la syphilis; car en admettant que son existence hypothétique et virtuelle devienne bientôt, comme c'est fort possible, une réalité bien vivante, soumise aux mêmes conditions que tant d'autres du même ordre, dont toute la pathologie sera prochainement tributaire, il s'écoulera sans doute bien des années avant qu'on en ait extrait une préparation qui confère aux organismes une invulnérabilité définitive, ou même temporaire, contre la syphilis.
III. Ne peut-on pas, du moins, la circonscrire et l'endiguer par des mesures prophylactiques propres à en atténuer la diffusion et à en diminuer le nombre? On l'a tenté depuis l'invasion de la maladie en Europe. On édicta même contre elle des décrets draconiens qui n'allaient à rien moins qu'au bannissement et à la séquestration. — Comme toujours, ce furent les pauvres, les misérables, les gens sans défense qui en furent les victimes. Dans les hautes classes de la société, la liberté de la contagion fut toujours permise. On ne se fit pas faute d'en user et d'en abuser. Bientôt il y eut tant de syphilitiques dans tous les milieux, qu'on fut obligé d'adoucir et de restreindre les férocités d'une législation barbare. Assurément elle était révoltante; mais il faut lui rendre cette justice qu'elle frappait également les deux sexes, et que l'homme n'y échappait point, comme il advint plus tard avec le progrès de la civilisation et l'adoucissement des mœurs.
N'avez-vous jamais éprouvé un sentiment d'indignation en voyant que la police vénérienne ne s'attaque qu'aux femmes? C'est le sexe faible qui seul en pâtit; oui faible, puisqu'il ne détient pas le pouvoir et ne fait pas les lois. Il est probable qu'il aurait un rôle moins sacrifié s'il était à notre place. Est-ce que les hommes ne sont pas aussi coupables que les femmes, en fait de contagion vénérienne? Est-ce que ce sont elles qui créent, spontanément, la blennorrhagie, les chancres mous, la syphilis? Si elles en sont atteintes, c'est qu'on les leur a communiqués. Leur responsabilité est-elle plus grande que la nôtre? Combien de victimes font parmi elles la force, la violence, la brutalité du mâle ! N'a-L-il pas une part aussi grande que les femmes dans la prostitution?
Et pourtant, jusqu'ici, l'homme est l'accusateur et le justicier; c'est lui seul qui a décrété et qui applique la police des mœurs. A l'heure actuelle, il ne peut pas en être autrement. Mais il est clair,