‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 389 sur 610 · DES LÈVRES, DU NEZ ET DE LA MUQUEUSE NASALE · texte numérisé non relu

DES LÈVRES, DU NEZ ET DE LA MUQUEUSE NASALE

Aucune intervention spéciale n'est indiquée ni pour eux ni pour les chancres de la partie supérieure des cuisses qui sont assez fréquents.

III. Chancres des lèvres et des yeux. — Quelquefois très petits, herpétiformes, fissuraires sur la ligne médiane ou aux commissures, ils s'éraillcnt, saignent facilement et deviennent douloureux. Mais ce qui les caractérise encore mieux, c'est une grande tendance à s'entourer d'une volumineuse hyperplasie qui tuméfie les lèvres dans touLc leur épaisseur, et, par son poids, produit souvent un prolapsus de la lèvre inférieure sur le menton. J'en ai vu de globuleux qui atteignaient les dimensions d'une noix. Il y en a qui deviennent ulcéreux, phagédéniques, hémorragiques, gangreneux1. Les formes les plus communes, là comme ailleurs, sont les formes plates ou bombées, pseudo-membraneuses sur la muqueuse et croùteuses du côté de la peau.

Leur traitement local est difficile. Ce qu'il faudrait trouver, c'est un pansement propre surtout à les masquer. Un papier buvard rose, enduit d'une pommade au calomel, est peut-être ce qu'ily a de mieux; il faut le changer très souvent. Pendant la nuit, je fais enduire la partie cutanée des lèvres voisine du chancre avec de l'onguent napolitain, additionné de 1 gramme par 20 d'extrait thébaïque, si la lésion est très douloureuse.

Autour de l'orifice buccal, sur le menton, sur la lèvre supérieure, à l'orifice nasal, les chancres sont ordinairement volumineux et ecthymateux. Ceux de la cloison et des narines prennent l'aspect

1 . Chancre infectant énorme de la lèvre inférieure, compliqué de gangrène et suivi d'une destruction presque complète de la lèvre inférieure. J'ai observé cette syphilis primitive très grave chez un jeune homme que je soignai plus tard pour une série de syphilides tuberciilo-ulcéreuses, presque malignes. Quelques jours après son apparition sur la partie médiane de la lèvre inférieure, le néoplasme devint une tumeur grosse comme une noix et lit tomber la lèvre en prolapsus sur le menton. On le cautérisa intempestivement ; quelques points de gangrène se montrèrent; puis bientôt toute la masse néoplasique et la partie de la lèvre inférieure sur laquelle elle était implantée furent atteintes brusquement d'un sphacèle noir et se détachèrent, laissant à nu toutes les incisives inférieures. La destruction de toute la partie médiane de la lèvre inférieure fui. définitivement irrémédiable, jusqu'au fond du sillon gingivo-labial. La cicatrisation diminua un peu cette disgracieuse perte de substance, qu'on ne pourra réparer que par l'autoplastie. Sans doute la gangrène est survenue spontanément; mais peutêtre les cautérisations l'ont-elles augmentée et rendue plus destructive. — En pareil cas, il ne faut pas toucher a la néoplasie, mais pousser très vigoureusement \t- traitement interne qui doit être mixte. Il serait possible que l'ablation de la tumeur par le bistouri prévlnl La complication gangreneuse. Elle est très rare, du reste, et c'est le seul cas que j'aie observé, du moins avec une destruction aussi complète et aussi étendue des parties saines.

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TRAITEMENT DU SYI'HILOME l'HIMITIE DES l'Afl'IÈHES,

furonculeux et sont le siège de douleurs cuisantes. On en a vu de très volumineux sur les ailes, de phagédéniques sur la cloison qu'ils ont perforée. Leur traitement local est le même que partout ailleurs'.

Le chancre syphilitique des paupières et surtout celui de l<' conjonctive2 sont très dangereux à cause du voisinage de l'œil, car ils peuvent pousser vers lui des irradiations inflammatoires qui ont pour conséquence la kératite ou l'iritis.

Il faut donc les combattre énergiquement sur place, en même temps qu'on les attaque à l'intérieur avec le mercure et l'iodure de potassium. Presque tous ces chancres exigent l'emploi des émissions sanguines, au moyen de sangsues appliquées sur les tempes. On fera bien de les laver très fréquemment avec de l'eau boriquée chaude. Pour peu que le globe oculaire soit menacé, on instillera entre les paupières, une fois par jour, quelques gouttes d'une solution d'atropine au 10e ou au 20e. Quand il se développera un chémosis considérable qui aura de la tendance à persister ou qui sera très inflammatoire, on y pratiquera quelques scarifications

1. Les chancres de la peau du nez, à sa pointe, sur la partie externe des ailes de l'organe, sur son dos, etc., ne sont pas rares. Le chancre de la muqueuse nasale, au contraire, est tout à fait exceptionnel. Au cas de Nettleschip, qui en a vu oblitérer les voies lacrymales et y produire un abcès, à celui dè Lallier où il y eut perforation de la cloison, à quelques autres encore, voisins de l'orifice des narines, il faut en ajouter un très curieux observé par M. Georges Thibierge, médecin très distingué des hôpitaux de Paris {Gaz. hebd., 1894, pp.' 198-199). La lésion siégeait à la partie interne de l'aile du nez gauche et avait débuté par un petit boulon. Ce qu'il y eut de remarquable, ce fut l'énorme tuméfaction qui se produisit au loin et donna à la figure la physionomie d'un érysipèle. — « Il s'agit sans doute dans ces cas, — et la marche des accidents chez noire malade semble bien le prouver, — d'une infection secondaire par des agents microbiens pullulant à la surface du chancre et atteignant de proche en proche les tissus voisins. Ces infections parasyphilitiques, dont l'élude est presque entièrement à faire, jouent sans doute un rôle importani dans la pathogénie de certaines syphilis précocement graves, à allures de maladies infectieuses rapides, avec lésions cutanées généralisées, intenses et à tendances pyogènes, qui s'observent à la suite de chancres de la région génitale, mais sont comparativement plus fréquentes dansles cas de chancres extragénilaux. C'est probablementlà une des causes de la gravilé, reconnue par lapluparl des syphiliographes, des syphilis qui ont pour origine un chancre exlra»énilal. »

M. Moure a observé un chancre induré de la fosse nasale droite, qui présentai! la forme d'une tumeur fongueuse, occupant la narine.

2. Les chancres palpébraux sont assez fréquents. Ceux de la conjonctive bulbaire rapportés par de Wecker, Fuchs, Arlt, Berger, Mooren, Lang, etc., sont, au contraire, très exceptionnels. M. Hoogtre (Bruxelles, 1894) en a rapporté un très authentique, survenu entre la cornée et lo. caroncule, chez une femme que son amant syphililique avait « la rage d'embrasser sur l'œil ». Il fui suivi d'in- ''<•<•• généralisée. D'après ce médecin, il n'y aurai! dans la littérature médicale que 9 cas de ces chancres bulbaires, y compris le sien.

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