PROPHYLAXIE PAU LA MÉDECINE HT PAU L'HYGIÈNE
pour qui veut être impartial, qu'il y a là une inégalité choquante. N'est-ce pas cette atteinte portée à la liberté individuelle qui rend, en pareille matière, tous les moyens de répression impopulaires? Combien ne le seraient-ils pas plus encore s'ils frappaient aussi les hommes? On ne les tolérerait pas. Et pourtant la justice autant que la salubrité l'exigeraient. Assurément, si incomplets et si défectueux qu'ils soient, ils peuvent rendre quelques services. Mais que de précautions, de discernement, de tact, de prudence et même de délicatesse ne faudrait-il pas dans leur maniement!
La surveillance médicale des maisons publiques et de la prostitution réglementée restreint, à n'en pas douter, dans une grande mesure, la propagation des maladies vénériennes. Et cependant, quoiqu'elle soit pratiquée par un personnel nombreux, instruit et expérimenté, combien de cas lui échappent à Paris et en province! Son efficacité, qui est incontestable, n'embrasse qu'un nombre de cas relativement peu considérable et qui tend à le devenir de plus en plus. Le libre commerce sexuel est aujourd'hui le plus en vogue. Rien ne pourra l'arrêter. Il est devenu et il restera toujours la plus grande source de la contagion vénérienne. Quelle prise peut-on avoir sur lui, sans froisser ou blesser le sentiment si vivace de la liberté individuelle?
IV. La médecine fera beaucoup plus que les mesures coercitives dans cette œuvre d'assainissement. Peu à peu, grâce à la vulgarisation de son enseignement par la parole, la presse et les livres, ses préceptes deviennent de notoriété publique dans toutes les classes delà société. On connaît mieux aujourd'hui qu'il y a vingt ans la contagion syphilitique sous ses modes si multiples et si variés. On la redoute plus qu'autrefois. N'est-ce pas le commencement de la sagesse et l'heureuse initiation à une hygiène préventive mieux entendue et plus efficace? Mais que de progrès n'y a-t-il pas encore à faire dans cette voie-là! Bien des générations vont se succéder sans qu'il en résulte pour elles un bénéfice éclatant.
De nos jours, et même depuis quelques années, la syphilis est devenue moins grave; ses manifestations semblent s'atténuer sensiblement. Il y en a quelques-unes, parmi les plus intraitables, qui tendent à devenir exceptionnelles. El pourtant la contagion n'est pas moins active qu'autrefois; et, s'il y a diminution dans l'intensité, il n'y a pas eu encore diminution dans la fréquence de la maladie;