FRÉQUENCE, COMPLICATIONS ET TRAITEMENT
anesthésier le foyer du mal, on aura recours aux applications fréquentes d'un tampon d'ouate imbibé d'une forte solution de cocaïne. Le malade aura la précaution de ne pas avaler la salive
Les gargarismes émollients, aseptiques, narcotiques sont indiqués. Celui que je prescris est une forte décoction de tètes de pavot additionnée de 20 ou 30 grammes de borate de soude par litre, ou bien de la môme quantité d'un mélange à parties égales d'acide borique et de chlorate de potasse. Les pastilles au chloral et au chlorhydrate de cocaïne procurent aussi du soulagement. En pareil cas, le traitement interne est toujours indiqué. Mais il importe de ne donner l'hydrargyre qu'avec prudence, car une salivation s'ajoutant aux symptômes déjà si pénibles du chancre aggraverait singulièrement la situation locale. C'est donc surtout l'iodure de potassium qui doit être prescrit à la dose de 2 nu 3 grammes et plus, quotidiennement.
V. Chancres syphilitiques de l'amygdale et de l'isthme. — La place qu'ils occupent parmi les chancres extragénitaux est très importante. Ils passent souvent inaperçus parce qu'on les confond avec un mal de gorge ordinaire. Et puis, quand les accidents consécutifs se produisent, on ne sait à quoi les attribuer et on cherche vainement ailleurs le foyer primitif. Dans toutes les syphilis à chancre introuvable, il faut examiner la gorge et s'assurer de ce qui a eu lieu vers ce côté-là quelques semaines auparavant. Plusieurs fois, j'ai découvert à l'isthme les vestiges d'un chancre infectant, qui m'expliquaient ce qu'avaient de mystérieux, comme origine, les premières manifestations de la syphilis généralisée.
Ce qu'il y a de bien singulier, c'est que ces chancres sont presque aussi communs chez l'homme que chez la femme. Il y aurait cependant bien des raisons, faciles à deviner sans que je les exprime, pour qu'il en fût autrement.
Il y a de très grandes différences, comme symptomatologie cl gravité locale, entre les chancres syphilitiques de cette région, depuis ceux qui passent inaperçus, tant ils sont indolents et troublent peu la déglutition, jusqu'à ceux qui deviennent, au contraire, très dangereux par leurs complications et constituent, à eux seuls, une vraie maladie. Dans la plupart des cas, les chancres de la gorge produisent extérieurement, sur le cou, au niveau de l'amygdale, derrière l'angle de la mâchoire, un œdème dur, une sorte d'engorgement plastique qu'on ne voit pas dans les amygdalites ordinaires,