TRAITEMENT DES ADÉNOLYMPHOPATHIES SECONDAIRES
cutanée : isolement des surfaces malades, cautérisations légères, pansements avec des liquides détersifs aseptiques, saupoudrement avec des poudres adoucissantes ou résolutives , sous-nitrate de bismuth, oxyde de zinc, calomel, aristol, iodoforme, etc., etc.
La peau et les muqueuses ne sont pas les seules parties de l'organisme que frappe la syphilis secondaire. Le périoste, les os, les muscles, le système nerveux et les yeux, tous les autres viscères, peuvent, à cette période, devenir le siège de déterminations plus ou moins graves. Quelques-unes sont résolutives et ne détruisent pas irrémédiablement les tissus; mais d'autres, quoique précoces, présentent les mêmes dangers que celles qui appartiennent, comme date, au tertiarisme. — Aussi vaudra-t-il mieux, pour éviter les répétitions inutiles, n'en parler que plus loin, quand je m'occuperai du traitement de la syphilis tertiaire et de la syphilis viscérale. Pour compléter ce que j'ai à dire de la syphilis secondaire, je vais donner un résumé de certaines affections qu'on y rencontre quelquefois.
Adénopathies et lymphopathies secondaires. — Le système lymphatique joue, assurément, un rôle considérable dans le processus initial de l'infection. Aussi est-il tout naturel qu'il occupe une des premières places parmi les tissus de l'organisme qu'attaque levirus syphilitique, à l'époque ou il pénètre dans l'économie et commence à y produire la fermentation morbide d'où résulte la syphilis généralisée. Quelle est la part des veines dans ce processus? Sans doute, elle n'est pas nulle, comme on l'a prétendu; mais, à en juger par la rareté extrême de leurs lésions, comparée à la grande fréquence de celles qui siègent sur le système lymphatique, elle serait loin d'avoir la même importance.
A mesure qu'on s'éloigne du début de la maladie, les adénopathies s'atténuent et se raréfient. 11 est probable cependant que beaucoup, qui sont profondes, nous échappent, parce qu'elles sont cachées dans les cavités splanchniques.
En général, les adénopathies secondaires fournissent encore moins d'indications au traitement que celles de la période primitive. Elles se résolvent spontanément ou sous l'influence du traitement spécifique interne. Le mercure suffit; l'iodure est inutile. On peut toujours se passer d'un traitement topique. Cependant, si les adénopathies cervicales, épitrochléennes ou autres, prenaient un grand développement et tardaient trop à disparaître, on pourrait les enduire, malin et soir, avec de L'onguent napolitain ou les recouvrir de rondelles d'emplâtre de Vigo hydrargyrisé, qu'on laisserait à demeure. J'en ai vu de nombreuses et
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LYMI'HOl'ATIllHS S VI'H 1 1, 1 T I (JUKS (IKNÉHALISÉHS.
de 1res grosses chez des sujets qui n'avaient que des manifestations bénignes. M. M race k a présenté au Collège médical des docteurs de Vienne un malade qui, 3 mois après avoir contracté là syphilis, présentait une scléradénilc généralisée très prononcée, occupant les aines, les aisselles, la région cervicale, le coude. Quelques ganglions étaienl plus volumineux qu'une noix. Ils diminuèrent de volume sons l'influence du traitement, mais pas au point de reprendre leur apparence normale.
Ce qui est peut-être plus intéressant que ces adénies spécifiques, ce sont les lymphopalhies syphilitiques généralisées. J'en ai observé- un grand nombre pendant les deux ou trois premières années de l'infection. Elles sont constituées par des cordons durs, sensibles, sans adhérence avec les tissus voisins, qui s'étendent quelquefois tout le long des membres et y causent de la gêne, de la douleur, des troubles fonctionnels. Quelquefois, la lymphite est aigué et s'accompagne de traînées rosées sur la peau qui la recouvre. Le diagnostic est facile, le pronostic bénin. Quant au traitement, il se bornera, outre la médication générale, à des bains, des cataplasmes et à des onctions avec de l'onguent mercuriel belladone, le long des vaisseaux lymphatiques enflammés et hyperplasiés. (Voy. mon ouvrage sur la Syphilis tertiaire, pp. 835-37.)
C'est, sans doute, à une affection spécifique du réseau lymphatique qu'il faut attribuer les œdèmes durs sur lesquels j'ai appelé si souvent l'attention. On les observe dans la syphilis primitive et dans la syphilis secondaire. C'est à eux qu'il faut attribuer presque tous les développements éléphantiasiformes que prennent, chez l'homme, le pénis, les bourses, le périnée, et, chez la femme, les grandes et les petites lèvres, etc., dans certains chancres assez ordinaires et dont on n'attendait point une pareille complication. — Ces lymphites diffuses se résolvent très difficilement, même dans la syphilis primitive qui, d'ordinaire, ne se prolonge pas indéfiniment. J'ai vu des œdèmes durs sur la verge résister, pendant 2 ou 3 mois, à tout traitement général et local. — Comme traitement local, ce qui m'a le moins mal réussi, ce sont les onctions mercurielles, avec une compression douce et continue au moyen d'une large bande de caoutchouc.
Dans les lymphites diffuses qui compliquent quelquefois les plaques muqueuses cutanées, génitales et ano-génitales, pendant la période secondaire, le même traitement doit être employé. Cependant on n'onctionnera pas avec l'onguent napolitain les œdèmes durs développés sur les parties de la peau recouvertes de poils, parce que ces points-là deviennent facilement le siège d'eczéma rubrum, et qu'on ne sait jamais si cette irritation cutanée ne se propagera pas profondément et ne provoquera pas une fonte nécrobiotique dans ces tissus, dont les lymphatiques sont encombrés de produit néoplasique, etc. .M. le docteur Jullicn (Ann. de derm. et de syph., fév. 89) a rapporté un cas rare de lésion des cartilages de l'oreille dans la syphilis secondaire, où le réseau lymphatique, 1res riche en ce point, doil jouer un rôle important. Aussi, d'après lui, ce néoplasme syphilitique doit-il être dénommé lympho-chondro-périchondrome ou même syvhilome lymphochonarique.
PHLÉBITES. SPLÉNOPATHIES. NÉVRITES. PARALYSIES SECONDAIRES.
Phlébites syphilitiques. — Je n'en ai observé qu'un cas dans la période secondaire. Elle se produisit d'abord dans le mollet droit, puis dans le bras du même côté, avec thrombose, œdème, etc. — Traitement interne spécifique; traitement local antiphlogistique. Guérison complète au bout de 6 mois. {Id., p. 834.)
Mégalosplénie syphilitique secondaire. — Elle a été étudiée avec soin par Quinquaud. On Fa prise quelquefois pour une de ces pleurodynies ou même pour un de ces petits épanchements pleurétiques que produit exceptionnellement la syphilis secondaire. Cette affection, à laquelle il ne faudrait pas attacher une importance exagérée, passe inaperçue la plupart du temps, et ne fournit aucune indication au traitement général qui doit toujours être employé. Peut-être ferait-on bien, surtout s'il y avait, en même temps qu'une grosse hypersplénie, des accès de fièvre intermittents et rémittents (fièvre syphilitique), de donner, outre le mercure et l'iodure, de 50 centigrammes à un gramme de sulfate de quinine, dans les 24 heures.
Comme traitement local, cataplasmes, badigeonnage avec de la teinture d'iode sur la partie douloureuse, et même antipyrine et injections sous-cutanées de 0,01 cent, de morphine.
Névrites périphériques précoces. — Dans la période secondaire, on observe aussi quelquefois, mais rarement, des névrites périphériques. M. Ehrmann, de Vienne, en a relaté deux cas, en 1891. — Ces névrites périphériques se caractérisent de la façon suivante : 1° sensibilité des nerfs à la pression, avec léger gonflement des cordons nerveux; 2° atrophie des muscles innervés par les nerfs, avec diminution de l'énergie musculaire, sans paralysie véritable; 3° diminution de la réaction galvanique, conservation du pouvoir faradique, absence de réaction de dégénérescence ; 4° troubles variés de l'innervation sensitive, caractérisés par de l'hyperesthésie au début, et de l'anesthésie ultérieurement; 5° participation habituelle des plexus nerveux aux lésions, absence de trouble des réflexes.
Le traitement mixte fait rapidement disparaître ces symptômes. Quant au traitement local, il consiste en onctions adoucissantes, électrisation, frictions excitantes, massage, etc.
Paralysies périphériques précoces. — Il y a aussi, dans la période secondaire, et assez souvent à ses débuts, des paralysies périphériques qui doivent être de même nature que les névrites périphériques. Parmi ces paralysies, il y en a une que j'ai signalée depuis longtemps et avant que d'autres observateurs l'eussent constatée, c'est V hémiplégie faciale. Reste à savoir si elle reconnaît pour cause immédiate la syphilis, quand elle est isolée, et qu'il n'existe aucune circonstance étiologique accidentelle qui puisse en donner la raison. Je range dans la même catégorie de paralysies périphériques quelques ophtalmoplégies précoces dont rien n'indique l'origine centrale a cette période de la maladie. J'en ai vu qui ont très bien guéri, sans qu'il soit survenu, depuis, aucune autre manifestation spécifique. Le traitement général suffit pour la guérison.
Mauriac. .16
ANÉMIE PERNICIEUSE. PLEURÉSIES SEC0NDA1HES.
Anémie pernicieuse consécutive à la syphilis. — L'anémie qui existe presque toujours au début de la syphilis, surtout chez la femme, est, dans la plupart des cas, très modérée. Mais il lui arrive parfois de prendre le caractère pernicieux. M. le docteur Klein, de Vienne, en a rapporté deux cas. L'un, chez un homme, fut mortel. L'autre, chez une femme, guérit à la suite d'un traitement syphilitique énergique. Après 25 frictions, le nombre des globules rouges, qui n'était que de 1 million 100 mille, monta à 2 millions 500 mille, et la quantité d'hémoglobine augmenta considérablement. Quant au pouvoir colorant, il ne fui pas modifié. La malade gagna 8 kilogr. de poids et fut comme ressuscitée par le traitement mercuriel.
Pleurésies secondaires. — Je me bornerai à les signaler. Elles sont rares. Le professeur Dieulafoy les a signalées, en 1889. MM. Chantemesseet Widal ont décrit, en 1890, une pleurésie qui se produisit dans le stade roséolique. Elle serait de môme nature que certaines arthrites syphilitiques et passerait souvent inaperçue, parce que la fièvre qu'elle provoque est attribuée tout entière à l'infection sanguine, et la douleur à des périostoses costales, des névralgies ou des myalgies intercostales. Elle est avec ou sans épanchement et produite par des éruptions sur la plèvre, analogues aux éruptions cutanées de cette période. Pour ma part, je ne lui trouve pas de caractères particuliers bien évidents. On dit que le traitement spécifique exerce sur elle une grande influence.
Ce serait là, assurément, son trait le plus caractéristique. Par le fait, je n'en vois aucun autre. M. Raymond, d'Alger, a fait, en 1894, une conférence clinique sur cette question. « La pleurésie syphililique, dit-il, est plus fréquente qu'on ne le pense généralement; la forme précoce a pour caractères : 1° de se développer dans la première ou la deuxième année de l'infection ; 2° de coïncider avec une éruption roséolique, ou des plaques muqueuses ; 3° de s'accompagner d'un épanchement peu abondant ; 4° enfin d'évoluer rapidement, sous l'influence du traitement antisyphilitique. » — Je n'ai jamais rencontré la pleurésie syphilitique, bien que j'aie observé et traité un nombre immense de syphilis secondaires. Je ne la nie pas, mais elle doit être fort rare. Pour ne pas la considérer comme une coïncidence fortuite, il faut que le traitement spécifique la guérisse avec une rapidité extraordinaire, et sans le secours d'une autre médication. (Voyez sur ce sujet la thèse du Dr Rochas, 1893.)
PRÉLIMINAIRES
Pour abréger le discours, on désigne souvent par le mot de Tertiarisme l'ensemble des manifestations que produit la syphilis lorsque, sortie de ses premières phases, elle s'est engagée dans celle qui passe, d'ordinaire, pour la troisième. Assurément, ce mot-là est très impropre. Qu'indique-t-il, en effet, dans son acception rigoureuse? Une date fort vague. Donne-t-il, par lui-même, la moindre idée des états pathologiques qui surviennent alors? Non. Il n'éveille dans l'esprit aucune notion sur leurs symptômes, sur leur processus, sur leur constitution anatomique, sur leur topographie,'etc. Il est donc insuffisant. Bien plus, son inexactitude, comme indication chronologique , est flagrante clans maintes circonstances, puisque les déterminations qu'il implique apparaissent quelquefois en pleine période secondaire, même tout à fait au début de cette période, et sans qu'elle donne lieu aux accidents qui lui sont propres. Mais qu'importe, au bout du compte, pourvu que, faute d'un mot plus scientifique et meilleur, à tous les points de vue, un soit à peu près d'accord sur l'ensemble des phénomènes pathologiques qu'on le charge de désigner ?
Cet ensemble est redoutable. La première impression que donne le tertiarisme est celle d'un cortège sans fin de lésions graves, profondes, destructives, qui peuvent porter une atteinte irrémédiable à lu sauté, produire des infirmités incurables et même entraîner la mort.
Par delà le petit horizon borné et la courte durée de la syphilis primitive et de la syphilis secondaire, les malades entrevoient avec terreur l'avenir sombre, mystérieux, illimité des périodes ultimes de l'infection.
Dans quelle mesure, sous quel mode, à quel moment leurs craintes doivent-elles se réaliser? Quelles sont les causes de toute