‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 43 sur 610 · ARGUMENTS CONTRE L'ACTION PRÉVENTIVE · texte numérisé non relu

ARGUMENTS CONTRE L'ACTION PRÉVENTIVE

pondant de longues années, le tortiarisme deviendrait une rareté, et la syphilis ne parcourrait le cycle entier de son évolution que chez ceux qui seraient assez mal inspirés pour ne pas se soigner.

« Or, est-ce ainsi que les choses se passent? Évidemment non; car, d'une part, on voit, et j'en ai été témoin maintes fois, les accidents les plus graves survenir en plein traitement, alors qu'on faisait tout ce qu'il est spécifiquement possible de faire pour les prévenir; tandis que, d'autre part, on voit la syphilis rester bénigne, superficielle et s'arrêter court chez des individus insouciants qui ne se sont pas donné la peine d'absorber un centigramme de mercure ou un gramme d'iodure de potassium.

III. « L'ensemble des faits fournit donc, à première vue, un argument péremptoire contre l'action préventive absolue. On se retranche alors dans les cas particuliers, et on dit : Tel malade, fâcheusement prédisposé, a passé par de rudes épreuves, malgré le traitement spécifique ; mais son sort eût été bien plus néfaste, s'il ne s'était pas traité du tout. Sans doute, cela est vrai dans une certaine mesure, et je l'accorde volontiers, quoiqu'on en soit forcément réduit, en pareil cas, à une supposition. Mais, par contre, combien de fois ne pourrait-on pas répondre en montrant des sujets qui n'ont eu que des accidents bénins et éphémères, et qui ont fait prompte justice eux-mêmes de leur syphilis, quoiqu'ils n'eussent pris aucun remède? Que serait-il arrivé de mieux s'ils s'étaient gorgés de mercure et d'iodure de potassium?...

« Ne faut-il pas conclure de ce qui précède que, si l'action préventive existe, elle est incomplète et n'empêche pas, la plupart du temps, les accidents de se produire à brève échéance, quand ils sont condamnés à survenir par le processus naturel de la maladie. — Or, si cette action est incomplète et de plus, très courte, puisque, presque toujours, ces manifestations se reproduisent cinq ou six fois sous une forme ou sous une autre, pendant les deux ou trois années que dure la période virulente, comment cette action aurait-elle une longue portée, une puissance assez profonde et assez permanente pour dominer la situation morbide vingt ou trente ans après l'administration des spécifiques, alors qu'elle leur échappait ••h pleine période active du traitement? — Et, dans la période tertiaire, est-ce que les récidives ne sont pas la règle aujourd'hui comme autrefois, avant qu'on eût découvert les applications de l'iodure de potassium? Malgré les propriétés merveilleuses de ce

Mauriac. 8

L'iNCKirriTUDli SUH L'ACTION PRÉVENTIVE

médicament, ne voyons-nous pas tous les jours des malades retomber sans cesse dans le môme ordre d'accidents, quoiqu'ils en absorbent des quantités considérables? Peut-être ces accidents de récidive auraient-ils été plus graves sans une médication iodurée antérieure; mais enfin cette médication ne les a pas empêchés de se produire à leur heure et de déjouer notre trop grande confiance dans la spécificité thérapeutique préventive '. »

IV. Ce que je disais autrefois, ce que je répète aujourd'hui et tout ce que d'autres pourront dire sur le rôle préventif des spécifiques, reste forcément dans le vague. Comment, en effet, prouver, d'une façon irréfutable, que tel ou tel accident grave serait arrivé si on n'avait pas institué le traitement?

La discussion en pareille matière est presque condamnée à ne pas sortir du domaine de la théorie. Dans la pratique, il n'en est pas ainsi. En face de la réalité qu'on a sous les yeux, ou des événements futurs que peut faire craindre la solidarité souvent trop fatale des manifestations, on n'écoute point les suggestions d'un scepticisme, si fondé qu'il paraisse, et on agit comme si on avait la conviction que l'action préventive est aussi certaine que l'action curative. Assurément le doute subsiste; on ne peut pas l'empêcher de se produire, de se raviver même sans cesse, quand on voit des récidives illimitées, que ne peuvent conjurer ni le mercure ni l'iodure. Mais, d'un autre côté, on ne le prend pas, et on ne doitpas le prendre pour règle absolue de conduite.

Aussi, dans le traitement de la syphilis, je fais toujours, comme on le verra plus loin, une large part à l'influence préventive. J'administre souvent les deux spécifiques, et principalement le mercure, alors que le malade est exempt de toute manifestation. Pourquoi ne le ferais-je pas s'il y a quelque chance, fût-elle très faible, de sauvegarder l'avenir? La certitude de ne pas nuire est déjà beaucoup.

J'utilise donc tous les moyens dont nous pouvons disposer. Pour le reste, je m'en remets au temps qui lui aussi, dans la syphilis, est un grand correctif, et surtout à la prédisposition, l'indiosyncrasie des sujets qui, suivant qu'elle est favorable ou contraire à l'infection syphilitique, préside encore plus que nous aux destinées diverses de cette grande maladie.

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