NE DOIT PAS EMPÊCHER DE CHERCHER A L'ORTENIR
l'action curative et l'action préventive des spécifiques. Qui pourrait contester que la première ne soit incomparablement plus grande que la seconde 1 ? La comparaison est donc très défavorable à cette dernière, et je ne crois pas aller trop loin en la qualifiant d'imparfaite, d'incomplète, d'insuffisante. Mais ces épithètes ne doivent pas être tout à fait prises au pied de la lettre. Leur acception est forcément grossie par le parallèle. Aussi laissons-le de côté pour un moment et isolons l'influence préventive pour la mieux juger. Sans doute l'action curative l'implique jusqu'à un certain point.
Il est peu probable, en effet, que les spécifiques attaquent la surface sans atteindre le fond , combattent victorieusement les manifestations sans atténuer la source d'où elles émanent, c'est-àdire la diathèse. Cette vue de l'esprit est très raisonnable, très plausible, mais elle ne sort pas de l'hypothèse.
VI. On a donné comme preuve de Faction préventive la gravité de la syphilis dans les pays où elle n'est pas traitée2. Il y en a bien
1. N'est-ce pas à l'impuissance ou, si on aime mieux, à l'imperfection préventive des spécifiques, autant qu'au préjugé indéracinable contre le mercure qu'il faut attribuer l'erreur qui rend le traitement responsable de quelques-uns des accidents produits par la syphilis ? Prenons l'alopécie, par exemple. Quel est le praticien qui n'a pas vu la chute des cheveux survenir en pleine médication hydrargyrique? Cette médication ne l'a pas prévenue; peut-être sans elle le dépouillement du cuir chevelu eût-il été plus considérable. Eh bien, sur vingt malades, vous n'en trouverez pas un qui ne soit persuadé qu'il n'aurait point perdu un cheveu si on lui avait épargné le mercure. La plupart se résignent; quelques-uns se révoltent; niais tous accusent le remède et innocentent la maladie.
Dans un grand nombre de cas, pour peu que la syphilis soit sévère, on voit survenir au déclin d'une poussée que vient de guérir le traitement, une nouvelle poussée qu'il n'a pas pu prévenir. Les malades, même les plus éclairés, ne manquentpasde vous dire : « Peut-être serait-il temps de suspendre la médication ; voyez ce qu'elle produit... »
Le préjugé contre le mercure remonte très loin et a sa source principale dans les abus déplorables qu'on en faisait autrefois. Mais il est incontestable pour moi que ses défaillances comme préventif ont grandement contribué à le perpétuer. Ainsi il n'est nullement responsable des encéphalopathies qui sont la détermination la plus grave et la plus fréquente du côté des viscères pendant la période secondaire. N'importe ; comme les malades, à l'époque où elles surviennent, sont presque tous en plein traitement mercuriel, beaucoup de médecins croyaient, il n'y a pas bien longtemps encore, que le mercure prenait une plus grande part à leur production que la syphilis. — De quoi était-il coupable? d'une seule chose : d'insuffisance préventive.
2. M. Neisser reconnaît que la syphilis non traitée peut guérir incontestablement, mais (jue, souvent aussi, elle conduit à des processus destructifs. « ... Dans tous les pays, dit-il, où la civilisation est peu avancée, où l'absence de médecins rend le traitement impossible on insuffisant, on observe un nombre de cas graves de syphilis plus considérable que clans les localités où existent des conditions plus favorables. A. l'est de l'Allemagne et à l'ouest de la Pologne et