CONQUÊTES MODERNES DU TERTIAR1SME
111. ToîPOGWAPHlB uu ÎBHTIATRISMD. — Est-ce depuis moins d'un demi-siècle que le tertiarisme a conquis les vasles territoires organiques incontestablement soumis aujourd'hui à son action malfaisante? N'y régnait-il pas autrefois, comme de nos jours? N'avons-nous fait que découvrir et qu'enregistrer les preuves d'une domination pathologique qui a existé de tout temps, mais que nos devanciers n'avaient su ni voir ni interpréter? Jl est probable que cette dernière supposition est plus vraie que la première, et que le tertiarisme a toujours été, depuis l'origine de la syphilis, à peu près ce qu'il est maintenant. Il en est de lui comme de l'Amérique qu'on a appelée le nouveau monde, quoiqu'elle ait émergé des océans à la même période géologique que les vieux continents.
Quoi qu'il en soit, la distribution géographique des accidents tertiaires a singulièrement changé depuis quelques années. Le domaine de la syphilis viscérale ou interne s'est agrandi dans des proportions énormes, démesurées, monstrueuses. Le tertiarisme, dans la folie d'annexion qu'on lui attribue, menace d'envahir toute la pathologie.
Les manifestations externes du côté de la peau, de l'hypoderme et du système locomoteur, qui constituaient presque exclusivement le vieux tertiarisme, ne semblent plus que des événements sans
dent tertiaire depuis l'étape secondaire, sont quatre fois plus fréquenls que ceux où il y a eu une série plus ou moins nombreuse de ces accidents, échelonnés à des intervalles variables, du début de la syphilis à sa 20" année. M. Fournier insiste, avec raison, sur ces énormes entr'actes d'immunité morbide, sur ce sommeil si profond de la diathèse qu'on pourrait prendre pour la guérison, et qui a des réveils si soudains, si inattendus, si capricieux. N'est-ce pas là un des mystères les plus déconcertants de la syphilis? Comment l'expliquer ? M. Neumann croit avoir prouvé qu'il y a des reliquats exsudatifs, susceptibles de rester indéfiniment inoffensifs au sein des tissus, jusqu'au jour où leur prolifération se renouvelle sous l'influence de causes qu'il n'est pas toujours aisé de spécifier. On a vu tout à l'heure la solution que donne à ces difficultés M. Hermann (i. klotz.
Ces manifestations tardives s'observent beaucoup plus souvent chez l'homme que chez la femme; il est vrai que la syphilis est 10 fois moins fréquente chez elle que chez lui.
L'absence d'un traitement sérieux, au début de l'infection, serait, d'après beaucoup d'auteurs, la cause prédominante de ces éruptions tardives. Les syphilis qui ne disent leur dernier mot que très tard sont dans la proportion énorme de 92 sur 95 des syphilis très bénignes à Leur origine et pendant toute la période secondaire. Les explosions tardives ne restent pas toujours uniques; elles peuvent être suivies d'un nombre plus ou moins considérable de récidives. Leur pronostic et leur traitement ne diffèrent en rien de ceux des manifestations tertiaires précoces ou venues à leur date habituelle. M. Fournier termine son travail en se demandant si chaque syphilitique, quelque excellente que soit sa santé, ne ferait pas bien d'agir comme les plus timorés qui s'aslreiuncnt. toute leur vie durant, à prendre comme préservatif, de temps à autre, de Piodure de potassium.