PRÉDOMINANCE EXTRAORDINAIRE DU TERTIAR1SME CÉRÉBRO-SPINAL
importance numérique el sans portée profonde, quand on les compare au nombre et à la gravité extraordinaires dos phénomènes pathologiques qui appartiennent réellement au nouveau tertiarisme, ou dont on l'a enrichi avec trop de générosité. C'est du côté des centres nerveux et des nerfs que la syphilis viscérale s'est formidablement agrandie.
Dès 1873, Braus avait insisté sur la fréquence de la syphilis du cerveau, pendant les premières années de l'infection. A la même époque, et sans connaître ses travaux, je recueillais mes premières observations sur ce sujet, et je commençai à les publier, en 1874, dans les Annales de Dermatologie et de Syphiliographie de Doyon. Plus tard, en 1879, je complétai ce travail, et, au Congrès international de dermatologie et de syphiliographie, tenu à Paris en 1889, je fis ressortir .ee fait capital, devenu indiscutable et tout à fait prédominant, dans la question du tertiarisme, que, parmi les déterminations internes ou viscérales, celles des centres nerveux viennent en première ligne. « Ce qu'il y a de plus à redouter, disais-je, pour un malade atteint d'une faible ou d'une moyenne syphilis, c'est, incomparablement, la détermination spécifique sur le névraxe et principalement sur le cerveau. »
Parmi les travaux sur la topographie des accidents tertiaires qui impressionnèrent le plus, à ce congrès, par leurs résultats imprévus, il faut signaler celui de M. À. Fournier. Sur 3 429 cas de syphilis tertiaire, il en avait trouvé 1085 appartenant au système nerveux.
D'après ses statistiques, les affections nerveuses constituaient à peu près le tiers de la somme totale des manifestations du tertiarisme. — « De tous les systèmes organiques, disait-il, c'est le système nerveux qui, sans contradiction possible, est le plus souvent éprouvé par la syphilis tertiaire,
et cela avec une supériorité de fréquence vraiment inattendue
C'est lui qui paie à la syphilis tertiaire le plus lourd tribut.... Le plus grand danger du tertiarisme réside dans l'excessive fréquence des affections du système nerveux, affections dont chacun connaît l'importance et le haut degré de gravité. Le principe de la syphilis (quel qu'il soit d'ailleurs, ou virus ou microbe ou sécrétion microbique, n'importe!), s'il constitue un poison de tout l'être, constitue surtout et principalement un véritable poison du système nerveux. »
Cette dernière proposition est fort juste. Je l'ai formulée d'une façon aussi catégorique. Tous ceux qui ont fait une étude approfondie du tertiarisme ne pensent pas autrement. Ce qu'on pouvait contester, dans les résultats obtenus par M. Fournier, c'était le chiffre fabuleux qu'atteignaient les névropathies syphilitiques. Il est vrai que l'auteur englobait dans ces névropathies le tabès qui fournissait le gros appoint de 355 cas, la paralysie générale qui en donnait un de 32, les
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atrophies musculaires qui complaient pour 19, toutes les paralysies oculaires, au nombre de 57, toules les hémiplégies faciales, au nombre de 13. Sur ces nombreuses annexions, il y en a plusieurs dont on peut contester l'authenticité spécifique, comme on le verra par la suite
Dans les statistiques de M. Haslund, de Copenhague, la peau est l'organe qui, en Danemark, est attaqué le plus souvent chez l'homme et chez la femme. Au deuxième rang, vient le système nerveux chez les hommes, et le système osseux chez les femmes. Ce médecin s'élève contre la proportion exagérée des statistiques de M. Fournier en faveur des déterminations du lertiarismc sur le système nerveux, et il ne croit pas qu'elles soient l'expression de la vérité1.
Dans les statistiques de M. Neumann, les affections de la peau, des muqueuses et du système osseux sont les plus fréquentes; viennent ensuite les organes internes.
Parmi les statistiques récentes, il faut signaler celle de M. Jljelmann, relative à toutes les affections tertiaires qui ont été traitées à l'hôpital général d'Helsingfors, de 1879 à 189U, dans tous les services. Elle comprend 1 860 cas (où ne figurent ni le tabès ni la paralysie générale), qui appartiennent tous à la môme région géographique et ont été recrutés aussi bien dans la classe élevée que dans la classe ouvrière (Helsingfors, 1892)2.
Une autre statistique fort importante est celle de M. Ehlers. Les lésions de la peau, comme dans celle de M. Hjelmann, y sont les plus fréquentes. Viennent ensuite les lésions destructives du nez, de la langue, du palais, du larynx, du pharynx et de la trachée. Les lésions du système nerveux ne figurent qu'en troisième rang; mais l'auteur est convaincu que beaucoup ont passé inaperçues, et que le tertiarisme de ce système doit être, comme fréquence, placé en première ligne3.
1. C'est, sans doute, celte prédominance excessive des syphiliopalhies nerveuses dans les statistiques de M. Fournier qui a suscité contre son système de traitement les récriminations violentes de M. Lang, que j'ai rapportées pp. 40-3 de ce volume. Elles sont assurément exagérées et se rattachent à un ordre de conceptions étiologiques où on fait jouer un rôle considérable au mercure, non pas comme remède, mais comme toxique nerveux. M. Haslund a supposé que, dans les classes aisées, dont faisaient partie beaucoup des malades de M. Fournier, le système nerveux est plus endommagé dans la lulle pour la vie. C'est un peu paradoxal. La principale raison de celte prééminence numérique des névropathies syphilitiques dans le travail de M. Fournier ne réside-t-elle pas principalement dans ce fait qu'il y fait entrer beaucoup d'affections qui ne sont pas exclusivement spécifiques?