CAUSES D'ORDRE COMMUN DU TERTIARISME
Au premier rang, mettez toutes les conditions antihygiéniques, matérielles ou morales, qui appauvrissent le sang, débilitent les forces, détendent tous les ressorts de la vitalité et font de l'organisme désemparé une proie toute prête pour les maladies qu'il n'a pas encore ou pour celles dont il est affecté, mais dont les mauvaises éventualités avaient été conjurées jusqu'alors par l'énergie de sa résistance salutaire. Ne sont-ce pas là des causes d'ordre commun et aussi banales que possible, en ce sens qu'elles ne sont pas moins pathogènes pour n'importe quels états morbides que pour le tertiarisme? — L'étiologie qui se rattache aux infections, aux dyscrasies, aux intoxications, n'est pas beaucoup plus particulière. Parmi ces intoxications, l'alcoolisme mérite peut-être une place à part, parce qu'il implique, outre l'empoisonnement lui-même, avec toutes ses conséquences directes, un certain délabrement de corps et d'esprit, et des habitudes si décousues dans la façon générale de vivre, qu'il résume tout un ensemble de causes essentiellement fécondes en désordres pathologiques et en dégénérescences.
Les infections paludéennes accidentelles et surtout celles qui sont permanentes, comme la malaria; les maladies constitutionnelles héréditaires ou acquises, la tuberculose, le cancer, le scorbut, le diabète, l'albuminurie; les maladies épidémiques, suivies de convalescences pénibles et interminables ; les grands traumatismes, etc., occupent une place importante dans l'étiologie du tertiarisme.
Ajoutez à ces causes les deux périodes extrêmes de la vie : l'enfance et la vieillesse, où l'évolution et l'involution organiques semblent mettre l'économie dans un état d'équilibre instable, plus facile à perturber qu'à la période moyenne de l'existence, etc.
L'homme et la femme sont-ils égaux devant le tertiarisme? C'est fort probable, caria syphilis reste toujours à peu près la même dans les deux sexes. Je croirais cependant que la plupart des femmes, menant une existence d'ordinaire moins antihygiénique que les hommes, se défendent mieux contre les graves attaques de la syphilis1. Il est vrai qu'elles ont contre elles les grossesses, les suites découches, etc., qui, pour beaucoup, sont une cause d'épuisement.
1. Un résultat inattendu, c'est celui que les statistiques de M. Vajda (Vienne) lui ont fourni : « Quant à l'inlluence du sexe sur le tertiarisme, dit-il, nous avons trouvé que les femmes non traitées étaient atteintes plus tôt de lésions graves que les nommes non traités. Sur 81 femmes, 71 présentaient de pareilles lésions, soit 87,6 pour 100; tandis que, sur 85 hommes non traités, 67 seulement présentaient de ces lésions, soit 77 pour 100. Chez les hommes, non traités, les symptômes tertiaires apparaissaient 4 ans et 6 mois après l'infection; chez les femmes, 2 ans et 9 mois après l'infection. » — Ne sont-ce pas là de ces sur-