AFFECTION SYPHILITIQUE DU BICEPS
contracture du biceps? Le tendon du muscle est-il seul rétracté? Toutes ces questions ont été discutées dans mon Mémoire auquel je renvoie le lecteur (voyez Syphilis tertiaire et héréditaire, pages 422-441). L'affection syphilitique du biceps se produit principalement pendant la période secondaire. C'est la forme, beaucoup plus que l'intensité de la syphilis, qui paraît jouer le principal rôle dans son étiologie '.
Le malade atteint de l'affection syphilitique s'aperçoit, comme par hasard, que l'un des deux bras (le gauche plus souvent que le droit], ou quelquefois tous les deux en même temps éprouvent de la gêne, de la raideur dans le pli du coude et que V avant- bras ne peut plus s'étendre complètement sur le bras. Très léger au début, cet état de choses s'accen-
i. Syphilis nerveuse périphérique. — L'affection du biceps appartient à cette forme de la syphilis que j'appelle névropalhique ou syphilose nerveuse périphérique et qui se caractérise habituellement par les phénomènes suivants :
1° Par des douleurs vagues, par un endolorissenient général des membres ou par des irradiations qui se propagent le long des principaux nerfs jusqu'aux extrémités des doigts ou des orteils. En général, ces douleurs sont spontanées, mobiles, paroxystiques, ce qui les distingue des douleurs osléocopes profondes qui ont un caractère beaucoup moins névralgique. Elles affectent quelquefois la forme de crampes, quoique la contractilité musculaire ne soit pas atteinte; ou bien celle de brisement, de courbature dans les grandes masses musculaires, avec quelques douleurs pongilives plus ou moins répétées et disséminées çà et là, qui tranchent par leur acuité sur le fond de cette souffrance sourde et continue. Dans la tête, les douleurs sont peut-être plus franchement névralgiformes que dans les bras et surtout que dans les extrémités inférieures. En classant toutes ces algies d'après leur ordre de fréquence et d'intensité, on trouve, dans la forme névropathique de la syphilis: les névralgies fronto-cervicales, les névralgies cubitales, et puis les névralgies axillaires et intercostales ;
2° Par un amaigrissement qui porte sur toutes les parties du corps, mais, en particulier, sur le système musculaire où il s'élève jusqu'à l'émacialion et à l'atrophie. Cet amaigrissement se produit malgré l'intégrité apparente des principales fonctions organiques;
3° Par quelques phénomènes arthropathiques qui ne sont pas constants el n'entrainent que peu de changements dans les parties molles ou dans les parties dures des articulations;
. 4° Par des troubles nerveux de la circulation, tels que palpitations, spasme respiratoire, oppression, tendance aux lipothymies, etc.;
o° Quelquefois par des périostoses disséminées sur le péricrâne, sur le sternum, les côtes, ou sur divers autres points du système osseux.
Telle est l'esquisse de cette forme fort" intéressante de la syphilis. C'est, en définitive, autour des douleurs névralgiformes multiples que se groupent tous les autres accidents. La souffrance du système nerveux périphérique dans ses filets sensitifs, rarement dans ses filets moteurs, en constitue l'élément essentiel.
Mais on pourrait peut-être la caractériser plus exactement encore par lepithète composée de myo-névropathique, car le système musculaire paraît aussi atteint que les nerfs. Ajoutons que cette forme se complique quelquefois cl un autre élément morbide qui a toutes les apparences d'une manifestation rhumatismale ou goutteuse, puisque ce sont les articulations qui deviennent Je siège de la détermination. Et pourtant, chez les malades qui m'ont fourni c type le plus complet de la forme myo-névropathique de la syphilis, a ver cite teinte plus ou moins accusée d'arthritisme, je n'ai presque jamais «lerouvcrt, .1 antécédents de rhumatisme, soit chez l'individu lui-même, soit dans sa lamilie. mais la syphilis esl bien capable de remuer assez profondément l organisme pour raire sortir de son sein et germer les semences d'un vice constitutionnel, qui, sans son intervention, n'aurait jamais atteint h- degré de vie nécessaire a la spontanéité morbide.