ET LES NÉVROPATHIES CÉRÉBRO-GASTRIQUES CHEZ LES SYPHILITIQUES
Ne vaut-il pas mieux, en effet, dans des conjonctures aussi perplexes, pécher par excès que par défaut de précautions? Si on se
sthéniques, c'est incontestable. Et pourtant, sur des milliers de syphilitiques, on en rencontre bien peu qui en soient atteints. Neurasthénie (celle décrite pour la première fois par Beard, il y a 25 ans) et toutes ses nombreuses variétés; hystéro-neurasthénie , syphiliophobie et sypliiliomanie , etc., tout cela, sous l'influence d'un concours de circonstances évidentes ou cachées, peut se rencontrer chez les syphilitiques, et nous induire en erreur sur la signification réelle de l'état morbide qu'il faut combattre. Ce n'est point ici le lieu de décrire, à propos delà syphilis, tout cet ensemble si variable qui constitue une collection de symptômes plutôt qu'une maladie. Prenons ceux qui sont le mieux faits pour nous égarer.
Il y a des céphalées neurasthéniques qui ressemblent beaucoup aux céphalées prodromiques de la cérébrosyphilose, sinon par leur violence, du moins par leur durée et par les troubles vertigineux, les obnubilations, l'abattement intellectuel et moral qui les accompagnent. Les malades se croient toujours sous le coup d'une apoplexie ou d'un coup de sang. La multiplicité et surtout l'étrangeté des sensations anormales, leur bizarrerie, leur mobilité sont des indices précieux. On ne les trouve pas, en général, dans la véritable céphalée syphilitique, qui se distingue, en outre, de la céphalée neurasthénique par son intensité et par son caractère et ses exacerbations nocturnes. On se laisse néanmoins toujours aller, en pareil cas, à donner du mercure et de l'iodure. Eh bien, nous ne tarderons pas à voir que ces deux spécifiques, si efficaces à bref délai contre la vraie céphalée syphilitique, n'ont pas la moindre influence sur les céphalées d'origine neurasthénique. Ce critérium tliérapeutique est presque toujours le seul qui nous mette sur la voie du diagnostic. Un autre, c'est la longue durée du symptôme : une céphalée qui s'est prolongée pendant des mois et des années, sans être accompagnée d'hémiplégie,' d'aphasie, de convulsions épileptiformes, etc., etc., ne peut pas être une céphalée syphilitique.
Les neurasthénies qui ne se répandent point partout, mais se concentrent particulièrement sur le cerveau, sont les plus trompeuses. Mais là aussi, comme pour toutes les neurasthénies, il y a une surabondance, un luxe de phénomènes qu'on ne trouve pas dansles cérébrosyphiloses. Néanmoins, on peut s'y tromper, et cela m'est arrivé plusieurs fois. La cêrébr asthénie, avec ses principaux symptômes : céphalées, vertiges, engourdissements dans les membres, affaiblissement de la mémoire, de l'attention, de toutes les facultés intellectuelles et morales, etc., peut faire croire à la syphilis cérébrale, à une tumeur du cerveau, à la paralysie générale. Mais il ii'y a jamais d'ictus congestifs ou apoplectiformes, de vraies paralysies crâniennes, de névrites optiques, de parésies ou de paralysies musculaires partielles ou hémiplégiques. Et puis, toujours inefficacité absolue des spécifiques dans la cérébrasthéme, comme ailleurs.
II. Dans les névropathies cérébro-gastriques, qui nous donnent souvent l'image parfaite d'une cérébrosyphilose au début, le traitement est aussi mutile (pie dans les états morbides englobés sous Je nom de neurasthénie. Hien plus, non seulement il est inutile, mais il est maintes fois la cause première de I affection; et, dans tous les cas, loin de la guérir, il contribue singulièrement à I aggraver. Beaucoup de syphilitiques, surtout ceux qui sont disposés a exagérer le traitement par le mercure et l'iodure qu'on leur prescrit, deviennent dyspeptiques et subissent le contre-COUp de la maladie gastrique sur le cerveau.
Dans une communication faite au Congres international de dermatologie et, ,1e syphiliographie (Paris, -1889) et intitulée : La dilatation delestomac '/"«s ses rapports arec ta. syphilis et son traitement, M. le docteur Jullien a présenté des considérations li és pratiques sur cette question embarrassante. U après nu, 29 p. 100 des tertiaires sont dyspeptiques. Les médicaments et les lésions oe structure du foie en sont les deux principales causes. La dilatation de 1 estomac en résulte, et elle engendre des symptômes nerveux cl cérébraux nui obscurcisse m. singulièrement le diagnostic : céphalées, vertiges, troubles psychiques, asthénie,
NÉCESSITÉ DE MiCOUiim AUX DEUX SPÉCIFIQUES A HAUTE DOSE
trompe au détriment de l'estomac, le mal sera toujours facile à réparer, tandis que, si on laisse passer le moment favorable pour attaquer la cérébrosypbilosc, on ne Le retrouvera plus ultérieurement.
Les deux spécifiques de la syphilis sont doués d'une grande puissance d'action curative contre toutes les déterminations de la syphilis sur le cerveau. Grâce à eux, on peuL obtenir des résultats extraordinaires; mais il faut bien reconnaître que les guérisons absolument complètes sont en petit nombre. L'organe cérébral est une machine si compliquée, si délicate, que la moindre lésion, insignifiante partout ailleurs, peut y produire des désordres irréparables. Aussi ne réussissons-nous pas, en général, d'une façon aussi radicale, dans le traitement des affections syphilitiques du névraxe, que dans celui d'autres affections de même provenance et de même date. Il arrive môme, trop fréquemment, que nous échouons ou que nous n'arrivons qu'à des améliorations d'ensemble ou de détail tout à fait insignifiantes.
II. On est d'accord pour employer les deux spécifiques de la syphilis dans le traitement de ses déterminations sur le cerveau et, en général, sur tout le système nerveux. Ils sont môme tous les deux d'absolue nécessité dès qu'on voit poindre le plus petit signe prodromique de ces déterminations. Quel est le plus utile, le plus indispensable, celui sur lequel on peut se reposer avec le plus de confiance ? Assurément, notre embarras serait grand si on était obligé de choisir et d'en adopter un exclusivement. Je crois, néanmoins, qu'on
proslralion générale, hypocondrie, amnésie, impuissance, défaillances de la mémoire et de la parole, obnubilation et quelquefois même convulsions, etc. Ce qu'il y a de plus étrange dans tout cela et de plus trompeur, c'est que le cerveau, bien qu'atteint seulement par action réflexe, souffre beaucoup plus que l'estomac. Il faut deviner la maladie de ce dernier; elle ne s'impose pas à nous. Aussi continue-t-on à donner les spécifiques en toute sécurité.
Quand on sait ce que peut produire sur un estomac, tolérant en apparence, l'usage eL l'abus de la médication, on la suspend jusqu'à nouvel ordre, et on voit alors le cerveau reprendre possession de lui-même. Et, si à cette suppression des spécifiques on ajoute un traitement stomacal, les malades sont soulagés du jour au lendemain, et quelquefois la cérébrosypbilosc qu'on craignait s'évanouit comme par enchantement.
Il est donc indispensable de surveiller avec la plus grande attention l'estomac des syphilitiques et d'étudier minutieusement les irradiations réflexes qu'il peut diriger sur le cerveau, quand son fonctionnement est compromis.
Mais quelquefois il se produit, en même temps que la névropathie cérébrogastrique, une véritable cérébrosypbilosc. Les deux processus se combinent. Que faut-il faire alors ? Traiter vigoureusement la syphilis, soit avec des frictions merourielles, soit avec les injections hypodermiques de calomel ; administrer l'iodure en lavement de lait, et employer contre la dyspepsie et la dilatation les moyens les plus propres à les améliorer et à les guérir rapidement.