‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 5 sur 610 · APERÇU HISTORIQUE SUR LA SYPHILIS · texte numérisé non relu

APERÇU HISTORIQUE SUR LA SYPHILIS

Ce qui n'est pas moins énigmatique que le vocable syphilis, c'est l'origine de la maladie. D'où vient-elle ? A quelle époque a-t-elle pris naissance?

I. Une nombreuse école d'historiens syphiliographes admet qu'elle a existé de tout temps, et qu'elle régnait dans l'antiquité et au moyen âge comme de nos jours ; qu'elle y était, il est vrai, plus rare, y sévissait avec moins d'intensité, mais que la plupart de ses manifestations se montraient les mêmes qu'aujourd'hui. Seulement, comme elles n'avaient pas été rattachées les unes aux autres pour former une maladie autonome, on les attribuait à des états morbides auxquels elles n'appartenaient pas2.

L'origine moderne, et surtout la provenance américaine, sont infiniment plus plausibles, plus acceptables et plus authentiques que l'origine ancienne. L'acte de naissance européen de la syphilis porte la date du 13 mai 1493. On aurait pu, en 1893, célébrer son quatrième centenaire, comme on a célébré, en 1892, celui de la découverte de l'Amérique3.

1. Au personnage imaginaire dont il a fait le héros de son poème (1530), Fracastor donna Je nom de Syphile, qui est sans doute de son invention et formé de oûç, porc, et de atXo;, ami. Ce Syphile, au reste, ne justifie point l'étymologie de son nom. Loin d'être un débauché, c'est un pasteur innocent que, par le mal mystérieux qui porte son nom, les dieux punirent de son infidélité à leur culte. — Synonymes de syphilis : vairollc ou vérole, grosse vérole; lue venerea, morbo r/allico ; gorre, grancVgorre; pox, great pox ; mal français, mal napolitain; Lnstseuche, etc., etc. ; sans compter les noms de localités donnés au Mal (syphilis) qui s'y est développé sous forme endo-épidémique : mal de Fiume, de Sainte- Euphémie, de Chavanne-Lure, de Scherlievo, etc., etc.

2. Si la syphilis avait régné dans le monde antique, pourquoi n'aurait-elle pas développé sur d'aussi vastes théâtres que Rome, Alexandrie, Byzance, etc., les propriétés de diffusion contagieuse qu'elle possède à un si haut degré? Les malades n'auraient-ils pas saisi le rapport qui existe entre l'affection locale des organes génitaux et les accidents qui, à brève échéance, en sont fatalement la conséquence ? La malignité publique, en voyant tant de maux engendrés par la débauche, n'en aurait-elle pas, comme on le fit à la Renaissance, compris la véritable cause et divulgué la source impure?

On est étonné de ne trouver, chez les auteurs grecs et romains, aucun document précis sur cette grande question. Et n'est-ce pas faire injure au génie de la Médecine antique que de le supposer incapable d'avoir pu réunir en un seul faisceau les éléments épars d'une aussi saisissante maladie, à supposer qu'elle eût alors existé ? N'a-l-il pas résolu des problèmes plus difficiles cme celui-là? Les grands palhologistes grecs, romains et arabes, avaient-ils moins de perspicacité clinique, de puissance d'induction, d'esprit synthétique que les médecins de la Renaissance ?

Tels sont quelques-uns des arguments qu'ont peut opposer à l'hypothèse de l'origine ancienne.

3. Ancienneté de la syphilis sur les principaux points du globe.

Le bon sens parle très haut en laveur de la provenance américaine, du moins en Europe. Cependant celte opinion a perdu beaucoup de terrain dans ces derniers temps. Des historiens très autorisés regardent comme un fait démontré

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