ANCIENNETÉ DE LA SYPHILIS
II. Après le retour de Christophe Colomb en Espagne, lors de son premier voyage, elle se répandit avec une foudroyante rapidité dans toute l'Europe, si bien qu'on crut d'abord qu'elle se transmettait par l'air, à dislance, et qu'elle frappait simultanément les masses entières comme une épidémie. La nouveauté du fléau n'échappa à aucun de ceux qui l'observèrent. Du premier coup on le proclama un mal extraordinaire et inconnu jusqu'alors. L'observation le saisit, pour ainsi dire, à l'état naissant. En pleine lumière et d'une façon magistrale, elle en
l'existence de la syphilis en Europe dès le commencement du quinzième siècle et peut-être môme longtemps auparavant. II est impossible d'admettre qu'elle soit née par une sorle de génération spontanée sur les lieux mûmes où elle se propagea. Fut-elle le produit d'une métamorphose survenue dans certains états morbides, sous l'influence de circonstances éliologiques mystérieuses ? Sortit-elle des léproseries du moyen âge rajeunie, transformée par son intensité même et avec le masque étrange d'une maladie nouvelle pour nous, mais endémique, de toute éternité, sur les plages lointaines de mondes jusqu'alors inconnus ?
Cherchons-la au loin, en dehors de l'Europe, sur de nouveaux continents, par delà des mers que les grands navigateurs du quinzième et du seizième siècle sillonnèrent et conquirent avec tant de hardiesse et de courage.
I. Pour l'Amérique, le doute n'est pas permis. On l'y trouva et on en fit l'exportation en Europe. Elle y régnait depuis des siècles ; elle y remontait jusqu'à l'homme primitif. Sur des ossements déterrés dans les tombeaux les plus anciens de la Géorgie, du Tennessee, du Kentucky, de la Louisiane et du Mississipi, depuis la vallée du Cumberland jusqu'au golfe du Mexique, le savant Jones a découvert des lésions manifestement syphilitiques. « Ce sont, dit-il, les os syphilitiques les plus anciens qui existent dans le monde. Cette découverte, ajoule-t-il, corrohore l'opinion soutenue par quelques pathologistes, que la syphilis est originaire du monde occidental. Elle aurait existé de lout temps au Mexique et au Pérou, comme en font foi certaines traditions religieuses consignées dans les annales les plus anciennes des peuples de PAnahuac. On a aussi trouvé des déformations osseuses résultant de la syphilis héréditaire sur des crânes d'enfants ensevelis à Arica, bien avant la conquête de Pizarre. Mêmes lésions sur le crâne très ancien d'un Indien de Pernamhuc. »
II. Dans le noir et mystérieux continent de l'Afrique, la syphilis décimait dès la plus haute antiquité la misérable population nègre des côtes occidentales. Elle y portait et elle y porte encore le nom de Yaws.
Régnait-elle sur la cote méditerranéenne ? Aucun document ne le prouve. A cet égard-là l'immémoriale civilisation de l'Egypte, ses tombeaux, ses cryptes, ses pyramides, ses myriades de momies ne nous ont rien révélé. N'est-ce pas le pays des sphinx et des hiéroglyphes? Quel dommage que nous n'ayons aucun prétexte d'attribuer à cette maladie une des sept plaies d'Egypte, et d'inscrire sur son livre d'or les Pharaons, llhamsès, Sésoslris, Olcopàtre, etc. ! Ils y auraient été en bonne compagnie, puisqu'on prétend que Joli, David, Salomon, Sylla, Auguste, Tibère et tant d'autres personnages illustres de l'antiquité, en furent atteints. Mais les syphilis impériales, royales, hlasonnées et de haute marque, sont-elles authentiques avant le seizième siècle ?
III. L'Asie, comme berceau du genre humain, devait avoir une pari plus grande que les autres continents dans la distribution de la syphilis. Aussi les érudits, qui ne reculent devant rien, l'ont dépistée chez les Hébreux. Us soutiennent également que l'Iudliam ou Feu persan, dont les traditions des Indiens et des Malais font remonter l'existence aux époques les plus reculées de l'histoire, et qu'on avait toujours comhallu au moyen du mercure, n'était aulre chose que la syphilis.
On serait en droit de trouver singulier que les Chinois, qui paraissent avoir tout inventé, eussent ignoré cette maladie. Qu'on se rassure. Dans un livre