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TRAITEMENT DES SYPHILOSES PRÉCÉDENTES PAR LES EAUX MINÉRALES

préparer d'avance et d'en faciliter l'exécution, dans le cas où il deviendrait indispensable de la pratiquer.

Traitement des syphiloses du pharynx, du larynx et du nez par les eaux minérales sulfureuses. — L'eflicacilé des thermes sulfureux, toul à la fois générale et locale, est souvent très grande quand ces affections sont tardives, invétérées, récidivantes et rebelles aux spécifiques. Je renvoie, pour leur influence sur là diathèse et leur action adjuvante dans le traitement mercuriel etioduré, à ce que j'en ai dit précédemment (pp. 3H0-79). Ici ce sont leurs applications topiques, sous tous les modes, qui sont principalement indiquées. Quels thermes sulfureux choisir? Sans cloute, tous ceux de France, si variés et si riches, peuvent, dans ces syphiloses, comme dans toutes les autres, nous être d'un grand secours. Mais Jes thermes puissants de Cauterets, dont la réputation universelle est si solidement établie dans le traitement des maladies de la gorge et des régions voisines, nous éviteront l'embarras du choix. C'est pour cette station que nous devrons opter. Un de nos hydrologues les plus instruits et les plus expérimentés, M. le docteur Evarisle Michel, médecin de Caulerets depuis fort longtemps, a bien voulu me donner la note suivante sur la question qui nous occupe :

« Ceux-là se trompent, dit-il, qui, dès la première année, dirigent indistinctement un syphilitique vers nos thermes pour combattre les lésions du pharynx ou du larynx de la première heure. A ne considérer que les lésions locales de ces régions, les eaux de Cauterets sont, à ce moment, plus nuisibles qu'utiles. Je les ai vues produire souvent alors d'intenses poussées ou aggraver celles qui existaient déjà, loin de les faire disparaîlre ou même de les modifier.

« Leur contre-indication n'est cependant point, à celte époque, tout à fait absolue, et elle doit cesser devant un être chéfif, de race précaire et anémié à l'excès par le mal ou le remède. Dans ce cas, par le remontement de l'état général, dû à la médication thermale, le malade supporte beaucoup mieux le traitement spécifique qu'il faut toujours prescrire avec les eaux sulfureuses, surtout à cette période de la maladie, car les résultats de ce traitement eu deviennent plus appréciables

« C'est lorsque la syphilis est plus ancienne, lorsqu'elle évolue avec plus de lenteur, qu'elle a jeté sa force juvénile et que, comme fatiguée en sa marche par le temps, elle s'avance moins vile, mais plus insidieusement, que le traitement par nos eaux a sa particulière utilité. On s'en trouvera bien, par exemple, dans les gommes du voile du palais, et surtout dans les gommes ulcérées de l'amygdale devenues presque insensibles à l'action des médicaments spéciaux. Sa vraie opportunité surgit alors que le malade est saturé par un traitement spécifique depuis longtemps continué, et dont les doses les plus élevées paraissent stériles ou semblent se borner à immobiliser le mal sans toutefois l'amender, lorsqu'un désolant statu quo se prolonge et. s'éternise. Nos eaux ont là leur indication précise et se montrent souvent efficaces; mais toujours conjointement avec le traitement spécifique, de telle sorte qu'on pourrait dire qu'elles ont plus d'action sur ce traitement, en le fécondant, en lui restituant une énergie éteinte, qu'en agissant directement sur le mal même. J'en ai eu la démonstration par leur insuffisance lorsqu'on s'en tient à leur seul usa.''.

« Ou voit, sous cette double Influence des deux médications et souvent même conlcmporairenient à la cure thermale, des lésions qui comptaient de longs mois d'existence, sortir de leur atonie, se modifier et guérir.

« Autant le traitement thermal local (gargarismes, pulvérisations) me parait hors d'à-propos dans la première période de la syphilis, autant il est ici de première valeur. Mais on devra le bien diriger et l'atténuer, si l'excitation qui en provient se montre excessive.

« La llaillère m'a semblé, comme action locale, être plus efficace que les eaux de nos autres sources. César, comme action géûéràlfe, m'a paru donner en boisson de plus prompts résultats. Les sources de Pauze vieux ont toute ma préférence, en bains, dans la syphilis, quelle que soit la manifestation à combattre. »

INDICATIONS FOURNIES PAR LES TRACHÉO-BRONCHOSYPHILOSES.

SYPHILOSE TRACHÉO -BRONCHIQUE

Au début, ses symptômes sont pris pour ceux d'une trachéobronchite ordinaire ; puis viennent des phénomènes insoliles qui ne se rencontrent pas dans le simple catarrhe des voies aériennes.

Résumé pathologique. — I. Voici ceux de la trachéosyphilose par ordre chronologique : Douleur profonde sous la partie supérieure du sternum ; sensation d'un corps étranger, d'un étranglement sur la partie antérieure du cou, au-dessous du larynx ; sifflement de plus en plus marqué dans l'inspiration; augmentation progressive de la dyspnée, qui se complique d'accès de suffocation spontanée, principalement nocturne ; toux continuelle, striduleuse, coqueluchoide, déchirante; expectoration abondante de crachats muqueux, puis mucoso-purulents, etc. Au milieu de ces désordres progressifs de la respiration, la voix reste à peu près intacte, ce qui n'a jamais lieu quand le larynx est le siège de la lésion.

Temps d'arrêt dans les symptômes; fausse amélioration, quand la néoplasie ulcéro-gommeuse de la trachée se ramollit, s'affaisse et s'ulcère. — Mais bientôt tous les accidents respiratoires reviennent et s'accentuent, lorsque les ulcérations se cicatrisent et donnent lieu à des sténoses fibreuses de plus en plus rétractiles et irrémédiables. — Signe important : abaissement du larynx et son immobilité pendant la phonation et la déglutition. Cornage trachéal succédant à l'inspiration sifflante. Expiration presque toujours facile. A l'auscultation, les sifflements des bronches, le bruit de drapeau, le cornage retentissent sur toute l'étendue de la trachée, et, au milieu de ce tumulte, il n'est pas aisé de découvrir avec le stéthoscope le siège précis de la lésion.

II. Les symptômes de la bronchosyphilose isolée sont à peu près les mêmes, au début, que ceux du catarrhe simple. Plus tard, surviennent quelques particularités phénoménales qui ne sont pas toutes significatives, car elles ressemblent beaucoup à ce qu'on observe dans les sténoses situées en amont, c'est-à-dire occupant le larynx et la trachée. — La sensation de gêne et de constriction se fait sentir au-dessous de la fourchette du sternum, et elle peut être plus prononcée d'un côté que de l'autre. Le maximum du sifflement est thoracique et latéral; enfin le murmure respiratoire est beaucoup plus faible du côté de la bronche malade que du côté opposé, etc. Quelquefois l'expectoration devient li és abondante et mucoso-purulente. Il y a de la fièvre hectique et de la toux. On pourrait croire à une phtisie tuberculeuse.

Traitement. — Au point de vue du traitement, il serait capital d'attaquer la syphilosc des voies aériennes avant la foule ulcéreuse des uéoplasies gommeuses qui la constituent. On aurait quelque chance d'en obtenir la résolution et d'empêcher, par conséquent, la sténose qu'entraîne le travail cicatriciel. Il serait très utile aussi

TRAITEMENT DES TRAGHÉO-BRONCHOPATHIES SYPHILITIQUES.

d'être fixé sur le siège de la lésion. On n'arrive pas aisément à établir le diagnostic avec la précision qui permettrait d'agir en temps utile au moyen des spécifiques, ou d'être guidé dans les indications toujours un peu vagues de la trachéotomie.

L'administration du mercure et de l'iodure de potassium est formellement indiquée dans tous les cas, même dans les sténoses cicatricielles les mieux confirmées, car on ne sait jamais si le processus gommeux s'est complètement arrêté et s'il ne s'effectue pas, au-dessus ou au-dessous de l'ancienne lésion, des néoplasies jeunes et encore susceptibles d'être guéries par les spécifiques. Comme traitement local, on a conseillé les fumigations émollientes ou mercurielles et les pulvérisations de liqueur de Yan Swieten. Tous ces moyens ne nous inspirent qu'une confiance médiocre. Faut-il en dire autant de la trachéotomie ? Non. C'est une ressource suprême qu'on doit tenter dans les cas désespérés. Elle aura quelques chances de réussir si la sténose est dans le tiers supérieur. Dans les sténoses de la partie moyenne, on aura recours à des canules plus longues que la canule ordinaire. On pourra essayer aussi le tubage de la trachée à l'aide d'une grosse sonde métallique ou d'un instrument en caoutchouc suffisamment résistant et dont on augmentera progressivement le calibre. Mais, trop souvent, tout est inutile, parce que, dans la grande majorité des cas, l'affection occupe la partie inférieure de la trachée et l'origine des grosses bronches1.

SYPHILOSE DU POUMON

Il y a longtemps que l'existence des déterminations de la syphilis sur les poumons a été mise hors de doute. Chose singulière et qui trouve bien ici sa place, dans un ouvrage sur le Traitement de la syphilis, c'est au mercure donné, par inadvertance, à un prétendu phtisique, qu'on doit la découverte des pncumopalhies syphilitiques. Yoici cette très curieuse observation; elle est due à Bambilla et rapportée par As truc:

1. Le professeur Sohroetter (de Vienne), après avoir constaté à l'aide du laryngoscope des rétrécissements syphilitiques de la trachée, les élargit, avec le galvanorautère ; puis il la dilata avec la sonde creuse. 11 eut 2 succès sur 3 cas. — Quand la trachéotomie ne va pas au-dessous du rétrécissement, ce qui est le cas le plus ordinaire, on fera, par son orifice, le tubage de la trachée et, sa dilatation avec des sondes creuses de plus en plus volumineuses. M. Kuster (de Berlin), a proposé, en 1886, d'exciser longuement la trachée, de détruire sur place la sténose et de refermer, après avoir placé une sonde spéciale de Dupuis.

l'NEUMOSYPHILOSES PROUVÉES PAR LE TRAITEMENT MERCURIEL.

Un phlisique était couché, à l'hôpital, près d'un syphilitique. On prescrivit un élecluaire au phtisique, qui était clans une situation désespérée. Par une méprise d'apothicaire, on donna l'électuaire au malade vénérien pour s'en frotter, et le phtisique reçut l'onguent mercuriel au lieu de l'électuaire. Celui-ci, ne se doutant pas de la méprise, prit l'onguent napolitain, environ la grosseur d'une noix muscade, deux ou trois fois par jour, et il fut radicalement guéri, au grand étonnementdu médecin, qui apprit ensuite, par hasard, comment la chose s'était passée.

Depuis le seizième siècle jusqu'aux premières années du dix-neuvième, la réalité des pneumopathies syphilitiques fut démontrée, moins peut-être par la clinique, que par les cures étonnantes qu'on obtenait, au moyen du traitement mercuriel, clans certains cas de consomption pulmonaire. De nos jours, cette question a été l'objet de recherches plus précises et plus exactes. Son étude a été faite d'une façon très approfondie, avec toutes les ressources de l'investigation moderne.

La syphilose pulmonaire est très rare, beaucoup plus que les laryngo-trachéopathies qui elles-mêmes sont loin d'être communes. Ce n'est que fort exceptionnellement qu'elle survient pendant les premières années de l'infection. C'est une des viscéropathies les plus tardives. Toutefois, il y a des cas très authentiques de consomption pulmonaire syphilitique, à une époque voisine de l'accident primitif.

Dans les poumons, comme ailleurs, la syphilis et la tuberculose restent indépendantes l'une de l'autre. Les pneumopathies respectives qui en procèdent ne se combinent point pour donner lieu à des affections hybrides, et elles ne jouent point vis-à-vis l'une de L'autre le rôle d'une cause prédisposante. Peu de syphilitiques deviennent tuberculeux par le fait seul de la syphilis, et, sur le nombre immense de phtisiques atteints de syphilis, combien peu voient leurs poumons envahis par le syphilome !

Résumé pathologique. — Les lésions syphilitiques des poumons sont circonscrites ou diffuses. Les premières, beaucoup plus spécifiques que les secondes, constituent les gommes pulmonaires qui, par leur ramollissement, se transforment en cavernes, très analogues aux cavernes tuberculeuses. Les secondes, semblables à la pneumonie interstitielle vulgaire, aboutissent à la dégénérescence lihreusc, à. l'atrophie cirrhotique du parenchyme pulmonaire.

Les gommes n'occupent presque jamais le sommet; elles sont, au contraire, fréquentes à la partie moyenne ou inférieure du lobe supérieur. Elles affectent une prédilection très marquée pour le hile du poumon. - L'absence ou la présence du bacille de Koch peut seule décider.

Mauriac. 43

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