‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 524 sur 610 · SYPHILIS ET DIABÈTE · texte numérisé non relu

SYPHILIS ET DIABÈTE

Comme ces deux maladies sont fréquentes, il n'est pas rare de les rencontrer chez les mêmes sujets. Quels sont les rapports pathogéniqucs qui les unissent ? Quelle est l'influence réciproque qu'elles exercent l'une sur l'autre? Quelles sont les indications qui en résultent pour la thérapeutique ?

La principale question c'est de savoir si la syphilis, dont la puissance morbigène est si vaste et si profonde, peut, à elle seule et sans l'intervention d'aucun facteur étiologique, produire le diabète sucré. On est tenté d'abord de répondre par la négative. Et, en effet, les cas clans lesquels on a quelque raison de soupçonner la syphilis d'avoir donné naissance au diabète sont excessivement rares et discutables, tandis que les cas où le diabète n'a rien à voir avec la syphilis sont innombrables. D'un autre côté, la syphilis n'agit pas sur les organes par simple perturbation fonctionnelle de leurs éléments actifs ; elle ne les attaque même pas immédiatement; elle n'arrive à eux que par l'intermédiaire des lésions qu'elle suscite dans leur gangue conjonctive. Dans les syphiloses hépatiques, on n'a point constaté des urines sucrées.

Une grande difficulté pour résoudre cette question, c'est qu'on ne sait jamais au juste à quelle époque les urines ont commencé à contenir du sucre, quand on en trouve chez les syphilitiques. Pour affirmer que la syphilis peut produire le diabète, il faudrait constater, jour par jour, que des individus, exempts jusque-là de toute affection diabétique, et n'ayant pas de sucre au moment où ils contractent un chancre infectant, présentent plus lard, 4 OU S mois, 1 an, 2 ans après el même plus, les symptômes du diabète, sans qu'on puisse invoquer une cause autre que la syphilis. Et si l'apparition soudaine du diabète coïncidait avec une grosse manifestation syphilitique sur n'importe quel point du corps, la démonstration serait encore plus complète.

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On objecte que le sucre des diabétiques atteints de syphilis disparait, comme les accidents spécifiques, sous l'influence du mercure et de l'iodure. Ce n'est pas là un argument bien sérieux. Le bromure de potassium et beaucoup d'autres médicaments ont la réputation de guérir le diabète sucré chez les sujets qui n'ont aucune teinte syphilitique. Tant de causes font varier la glycose dans les urines, que l'action des spécifiques sur elle perd beaucoup de la valeur démonstrative qu'on lui accorde trop aisément. Cependant il faut en tenir grand compte dans la pratique. L'inlluence pathogénique de la syphilis sur le diabète sucré et non sucré est admise aujourd'hui par beaucoup de pathologistes.

On pourrait supposer a priori que la syphilis est plus exposée à mal tourner chez les diabétiques que chez les gens qui se portent bien. Assurément, une pareille dyscrasie n'est pas une condition favorable. El cependant, j'ai soigné beaucoup de diabétiques chez lesquels la syphilis n'était ni plus ni moins sérieuse que chez les sujets ordinaires. Tout est encore obscur dans les rapports de la syphilis et du diabète. Mais ce qui me paraît bien péremptoirement démontré, c'est que le traitement spécifique exerce une action très favorable sur le diabète des syphilitiques. Nous n'en devons pas moins employer aussi le traitement ordinaire du diabète.

Un de mes meilleurs élèves, M. le Dr Louis Charnaux, médecin à Vichy, a publié un très bon travail sur les rapports de la syphilis et du diabète (Essai sur le diabète sucré syphilitique, Th. de Paris, 1894). Voici quelles sont les conclusions de l'auteur :

1° Il existe un diabète sucré dû à la syphilis; ce diabète apparaît surtout dans la période tertiaire ; 2° on peut lui distinguer trois modes pathogéniques : (a) il relève de lésions nerveuses spécifiques (Diabète nerveux); (b) il relève d'altérations syphilitiques du pancréas (^Diabète pancréatique); (c) il paraît, dans certains cas, provoqué par la syphilis chez des sujets prédisposés (Diabète parasyphilitique); 3° l'allure du diabète, dans les deux premières catégories, est rapide; elle est subordonnée d'ailleurs, dans son évolution et dans son aspect clinique, aux lésions concomitantes et génératrices; le diabète parasyphilitique, au contraire, se rapproche davantage du diabète arthritique; 4° il importe de reconnaître de bonne heure la nature syphilitique de ces diabètes, au double point de vue du pronostic et du traitement ; 5° le traitement spécifique peut être institué seul dans les diabètes syphilitiques nerveux et pancréatique; il semble qu'on doive, dans le diabète parasyphilitique, associer au traitement spécifique celui du diabète simple.

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