CHRONOLOGIE ET NEUTRALISATION DE LA TRANSMISSIBIL1TÉ HÉRÉDITAIRE
II. Chronologie de la transmissibilité hérédo-sypiiilitique. — Il est peu probable que la syphilis puisse se transmettre héréditairement pendant la période de la syphilis primitive. Cette redoutable aptitude ne doit commencer qu'à partir de l'explosion des accidents généralisés. Mais à quel moment précis ? Il est fort difficile de le dire. Il ne l'est pas moins de fixer l'époque où elle disparait complètement. Il est certain toutefois qu'à mesure que la syphilis vieillit son pouvoir de transmission par hérédité s'atténue graduellement, comme le fait du reste sa puissance contagieuse. Le temps est donc un remède souverain. Son action corrective devient très sensible après la 3e année de la syphilis chez les parents, et elle s'accentue de plus en plus ultérieurement.
Pendant les 2premières années, la transmission est très- fréquente ; elle est commune jusqu'à la 3°, surtout par le fait de la mère qui la conserve plus longtemps que le père. Elle peut aller jusqu'à la 6e et devenir même plus tardive. S'est-elle prolongée jusqu'à la 20e comme on l'a dit? C'est fort douteux.
III. Influence neutralisante de la médication spécifique sur la transmissibilité hérédo-syphilitique. — Le mercure et l'iodure, le premier surtout, atténuent, suspendent, neutralisent et détruisent chez les géniteurs l'aptitude à la transmission de leur syphilis par hérédité. A cet égard-là, le mercure accomplit de véritables prodiges. Qu'il s'agisse de la syphilis de la mère ou du père, il en corrige et en modifie toujours profondément la funeste influence sur les enfants. Il coupe court aux séries jusque-là ininterrompues de grossesses désastreuses, provisoirement ou pour toujours, suivant qu'on l'interrompt ou qu'on le continue. Son influence curative et préventive s'étend même pour l'enfant bien au delà de la vie intra-utérine.
Ainsi deux correctifs contre l'hérédo-syphilis : le temps et le mercure ; le temps peut-être plus encore que le mercure. En les combinant tous les deux on peut sauvegarder la race et permettre le mariage à ceux qui en ont subi pendant 3 ou 4 ans, suivant les cas, l'action dépurative.
IV. Singularités dans le processus pathogénique de l'hérédosyphilis. — La naissance d'un enfant sain procréé par des parents syphilitiques ne constitue pas toujours un brevet d'immunité pour les enfants qui viendront après lui. Ce n'est pas non plus une garantie pour les parents, car on en voit souvent qui, après avoir
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engendré un produit exempt de loule tare spécifique, n'en restent pas moins sujets plus lard à de nouvelles poussées syphilitiques souvent très graves et môme mortelles.
On rencontre quelquefois dans les ménages syphilitiques des alternances entre les enfants hérédo-syphilitiques et les enfants sains. Elles tiennent, d'ordinaire, à l'heureuse intervention des spécifiques. Mais il est des cas où elles se produisent spontanément, par suite sans doute d'une revivification accidentelle du virus chez les deux géniteurs ou chez l'un d'eux.
Un fait des plus étranges, c'est l'inégalité de 2 jumeaux, qu'on observe parfois en matière d'hérédo-syphilis : l'un est pur ou pas du tout atteint, tandis que l'autre l'est gravement et même succombe '.
V. Processus pathologique de l'hérédo-syphilis. — Un grand nombre d'enfants hérédo-syphilitiques naissent avec toutes les apparences de la santé et ne deviennent malades qu'ultérieurement. C'est avant le 3e mois que se manifeste, dans l'immense majorité des cas, la syphilis héréditaire, au bout d'un mois ou deux et même moins, très exceptionnellement au 6e, 7e, 10e, 15e mois, à la 2e année révolue (Diday).
Lorsque l'enfant vient au monde avec les stigmates visibles de la maladie, ce sont presque toujours des déformations osseuses qu'il présente et plus fréquemment les lésions du pemphigus syphilitique dont le siège de prédilection est à la paume, des mains et à la plante des pieds. Avec le pemphigus coexistent presque toujours des lésions viscérales et de la cachexie.
1. Beaucoup de côtés sont encore inexplicables dans la transmission hérédosyphilitique. Elle fait quelquefois défaut quand toutes les conditions se réunissent pour la produire. iN'esl-il pas vraiment étrange de voir que, dans certaines circonstances, tout la favorisant ou tout lui étant contraire, c'est précisément Vinvcrse de ce qu'on pouvait légitimement craindre ou espérer qui se produit'.'
De môme, il n'est point rare qu'une hérédo-syphilis relativement bénigne provienne d'une syphilis grave, et, réciproquement, que d'une syphilis légère dérive une hérédité syphilitique des plus pernicieuses. Cette seconde éventualité est celle qui se rencontre peut-être le plus fréquemment. Aussi la bénignité de la syphilis chez l'homme ou chez la femme ne constitue pas une garantie suffisante pour permettre le mariage. Il faut, de plus, les deux correctifs qu'exigent à cet égard-là toutes les syphilis, quelle que soit leur gravité: le temps et un traitement mercuriel prolongé. Néanmoins, il y a des ménages syphilitiques dans lesquels un traitement même intensif et prolongé n'empêche pas, sans qu'on sache pourquoi, les conséquences héréditaires de se produire. Bien plus, il y a des cas, heureusement très rares, où ni le temps ni le mercure ne parviennent à neutraliser le pouvoir de transmission héréditaire, sinon jamais, du moins durant plusieurs années.