‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 534 sur 610 · CHAPITRE [I · texte numérisé non relu

CHAPITRE [I

Traitement de l'hérédo-syphilis pendant la grossesse. Nécessité d'une mercurialisation énergique chez la femme qui devient enceinte pendant les 3 ou 4 premières années de la syphilis. Doit-on mercurialiser une femme saine qui a été fécondée par un syphilitique ? — Action du mercure sur la grossesse. Nécessité de mercurialiser la femme qui devient syphilitique pendant sa grossesse. — Intensité, durée et méthode de l'hydrargyrisation. Iodure et médication mixte dans les grossesses syphilitiques.

La prophylaxie n'a pas été tentée, ou bien les conseils et les mesures qu'elle suggérait n'ont pu prévenir la grossesse. La fécondation est un fait accompli. Nous avons la certitude que le sperme et l'ovule ou l'un des deux seulement étaient assez imprégnés de virus pour que le nouvel être en soit fatalement infecté. Que faire?

I. Les propositions suivantes, que je formule avec une entière confiance, parce que leur justesse est démontrée par l'expérience de tous les jours, vont nous l'apprendre :

1" Toute femme qui devient enceinte dans les 3 ou 4 premières années de la syphilis doit être mercurialisée, le père fût-il sain, et à plus forte raison s'il est syphilitique.

2° Toute femme saine qui est fécondée par un homme encore en pleine virulence syphilitique doit être également mercurialisée, eut-elle toutes les apparences de la santé la plus florissante1.

1. On ne peut rien objecter contre la première proposition; mais il n'en est pas ainsi à l'égard de la seconde. Comment, en effet, accepter sans hésitation et même sans quelque répugnance la pratique qui conseille de soumettre à un traitement spécifique, une femme parfaitement saine, qui vient d'être fécondée par un syphilitique? Assurément, il ne faudrait pashésilersi la contamination du fœtus était un fait accompli. Mais qu'est-ce qui le prouve? Ne voit-on pas des hommes en pleine virulence, procréer quelquefois des enfants exempts de toute teinte spécifique1? Ne faut-il pas tenir compte de cette heureuse éventualité? — Je ne le pense pas. Dans la grande majorité des cas, nous ne devons pas laisser la santé de la mère et de l'enfant à la merci d'une pareille chance qui est toujours fort aléatoire. Songez qu'il y a deux santés à sauvegarder, deux infections à prévenir ou à atténuer : celle de l'enfant par le père et celle de la mère par l'enfant. Il faut reconnaître, du reste, que la nécessité de notre intervention n'est pas la même dans tous les cas, el qu'elle varie suivant les particularités d'âge, d'accalmie ou d'activité, de traitement de la maladie virulente chez le père, au moment de la fécondation. S'il est avéré qu'il était alors récemment infecté et en pleines poussées secondaires, que pourrait-on objecter contre le traitement pendant la gestation? Mais, par contre, ne serait-ce pas outrepasser les limites de la prudence la plus sévère que d'infliger le mercure

MERCUHIALISAT10N I'KNDANT LES GROSSESSES SYPHILITIQUES.

Il ressort de ce qui a été dit dans les préliminaires que l'indication est encore plus impérieuse dans le premier cas que dans le second.

Nous ne savons pas au juste ce qui se passe comme infection syphilitique dans l'ovule, dans le germe et chez le fœtus, au moment de la conception et après elle. Néanmoins, n'était-il pas rationnel de supposer que le traitement spécifique continuerait son œuvre neutralisante et curative, s'il avait été déjà administré aux parents, ou qu'il la développerait dans ces conditions nouvelles sur l'enfant et sur la mère, si on ne l'avait pas encore institué? Les faits ont confirmé ces prévisions. De plus ils ont dissipé nos préventions contre les dangers du traitement spécifique pendant la grossesse. On a supposé longtemps, et peut-être pas tout à fait à tort, qu'il pouvait nuire à la gestation. On a même été jusqu'à le rendre responsable des avorlements, des accouchements prématurés, de la mort intra-utérine, etc., en un mot de tout le mal que cause alors la transmission héréditaire soit à l'enfant, soit à la mère, soit à tous les deux. Aujourd'hui on est revenu de cette erreur. Presque tous les syphiliographes s'accordent à reconnaître que, grâce au mercure, on peut atténuer chez le fœtus les conséquences de l'infection spermatique, ovulaire ou spermatico-ovulaire, sans qu'il en résulte de graves inconvénients pour la femme enceinte1. Peut-on prévenir tout à fait cette infection? Sans doute, puisque le traitement hydrargyrique met fin à la succession des avortements, des accouchements prématurés, de la polymortalité, des naissances d'enfants pollués, etc., etc.

Une autre proposition, encore plus évidente que les deux premières et qui ne peut soulever aucune objection, c'est que toute femme qui contracte la syphilis pendant qu'elle est enceinte doit être énergiquement mercurialiséc pour elle-même et pour son enfant. Ici l'infection n'est ni ovulaire ni spermatique; elle est placentaire et post-conceptionnelle. Or, dans ce mode d'infection intra-utérine, la médication spécifique a tout autant ou peut-être plus d'efficacité que dans l'hérédo -syphilis par fécondation, surtout si on a soin de l'instituer de bonne heure, dès l'apparition du chancre infectant chez la mère qui vient d'être contagionnée, et si on persévère dans

etl'iodure à la mère, lorsque la syphilis paternelle, vieille de trois ou quatre ;uis, ne donnait, plus, depuis longtemps, aucun signe de son existence, à l'époque de l'imprégnation. Entre les indications et les contre-indications formelles et à l'abri de toute critique, il y a des degrés, des nuances qu'il est difficile de préciser, mais qu'on sent et qu'on devine mieux qu'on ne les peut décrire. Toujours est-il qu'il vaut mieux, en pareille occurrence, pécher par excès que par défaut, en prenant garde néanmoins d'éviter toute sursaliiration inutile ou dangereuse.

i. La durée du traitement spécifique embrasse toutes les périodes du processus de la grossesse. Il n'est pas indispensable qu'il soit continu. On fera bien de le couper par quelques intermittences, dont la longueur dépendra des probabilités plus ou moins grandes de l'infection chez le fœtus.

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