DE LA PROVOCATION DANS LES DEUX SEXES
et elles y arrivent facilement, puisque les hommes ne demandent pas mieux que de céder aux provocations.
.Mais s'en tiennent-ils à ce rôle passif? vous leur feriez injure en le supposant. Eux aussi attaquent, provoquent de toutes les façons, même les plus ignobles, et s'en font gloire. — Eh bien, n'est-il pas vraiment inimaginable que la prophylaxie sociale vénérienne n'ait pas même songé à les incriminer comme provocateurs? Au contraire, elle les plaint; elle en fait des innocents toujours victimes des astuces féminines. C'est humiliant pour eux.
Passe encore qu'elle s'apitoie sur le sort de ces pauvres et naïfs collégiens qui, dans leurs jours de congé, se laissent séduire par les filles, les femmes de brasseries ou autres lieux. Cet attendrissement part d'un bon naturel. Mais est-ce que, malheureusement, quelques-uns de ces collégiens ne sont pas déjà pervertis jusqu'aux moelles, pornographisés de la tète aux pieds? Croyez bien qu'on ne les prend pas de force et qu'on n'a même pas besoin de les provoquer. Que leurs parents, que leurs maîtres, que leurs bonnes les surveillent. Nous n'avons pas à mettre en branle la force publique pour les protéger. Ne prenons pas des figures de saules pleureurs, pour raconter leurs infortunes vénériennes. Ils seraient les premiers à se moquer de nous.
Où commence, où s'arrête la provocation? Rien d'arbitraire et de dangereux comme son interprétation, quand elle est confiée à des agents qui n'ont pas tous, il faut bien l'avouer, l'intelligence, la délicatesse, le tact, et la moralité qu'exigeraient leurs fonctions. Quelle indignation ne soulève pas l'arrestation d'honnêtes femmes, même par suite d'erreur, quand ce n'est pas par imbécillité, par vengeance ou par débauche !
L'homme qui accoste une femme, qui l'attaque par galanterie, d'une façon ou d'une autre, n'importe où, vous ne lui dites rien. N'est-ce pas une provocation? Et si la femme y cède, cet homme pourra l'infecter impunément! Aucun recours administratif contre lui. Mais si une femme sourit, tourne la tète, donne à sa démarche une certaine allure, retrousse quelque peu sa robe : provocation coupable! Un agent des mœurs peut l'appréhender au corps, la coffrer, lui infliger la plus grave et la plus lâche de toutes les humiliations. Et on ne se révolterait pas contre de pareils règlements! Et on rirait de ceux qui invoquent en pareille matière le respect et l'égalité de ta liberté individuelle ! Rien de plus difficile que de
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définir et do délimiter la provocation : la beauté en est une et des plus dangereuses, le sourire, le regard, la coiffure, la toilette, etc.
Je no parle que de la provocation chez les femmes. Elles seules pourraient nous édifier sur le chapitre de la provocation chez les hommes. Il est probable qu'elles auraient à en dire encore plus que nous de la leur, et à fulminer contre elle les mêmes malédictions. Mais elles perdraient leur temps ; on ne les écouterait pas1.
La police n'aurait quelque apparence do droit pour intervenir que si la provocation allait aussi loin que possible dans le scandale sur la voie publique. Et, encore là, où commence le scandale ?...
On a étudié la provocation, sous ses divers modes, dans tous les lieux où elle s'exerce, brasseries, marchands de vin, boutiques, lieux publics, autour des collèges pour exciter les mineurs à la débauche, etc. Ne la trouve-t-on pas aussi ailleurs, dans tous les théâtres, les casinos, les cafés-concerts, à Paris, on province, aux villes d'eaux, etc.? Irez-vous la chercher et la poursuivre dans les milieux du High-Life2 ?...
On a demandé que la provocation fût réprimée comme-un délit et non comme une simple contravention, et que Y inscription d'une fille coupable du délit do provocation ne pût jamais être prononcée que par un tribunal et après débats contradictoires.
Ainsi comprise l'inscription est une mesure prophylactique qui est moins arbitraire et offre plus de garanties qu'autrefois. Mais pourquoi ne pas inscrire aussi les hommes? Vous me répondrez : C'est impossible. Mauvaise raison. Avouez plutôt que vous n'osez pas. Si la femme avait autant de part que l'homme dans la confection dos règlements et des lois et si elle était en possession do la force exécutive, vous verriez combien d'hommes seraient
\. Il me semble que, dans tes comités de salubrité publique où on organise la prophylaxie sociale contre les maladies vénériennes, il serait peut-être utile que les femmes fussent consultées et prissent part h la discussion el aux voles.
Pourquoi les femmes-docteurs n'y figureraient-elles? Peut-être éclaireraicnl-olles leurs confrères masculins sur quelques côtés inaccessibles pour eux et énigmatiques (cruelle énigme !) de la nature féminine.
2. Une toilette Irès décolletée est non seulement tolérée, mais à la mode et même île rigueur pour les dames dans les bals, les grands dîners, les représentations de gala,, etc., etc. — Si une femme jeune el attrayante, mais pauvre et mal mise, se permet lait une pareille exhibition dans la rue, sans môme penser à mal, ne courrait-elle pas quelque risque d'être arrêtée? — Mais si relie naéuae femme, toujours très peu vêtue, l'était avec un grand luxe et étalait ses charmes provocants dans une belle calèche, au milieu d'un tourbillon aphrodisiaque de parfums capiteux; si elle avait pour escorte un escadron d élégants cavaliers, l'apprébendrait-on ?
SCANDALE. — INSCRIPTION. — POLICE DES MnKURS
inscrits, eux aussi, pour les flagrants délits de la provocation la plus éhontée. Inscrivez les deux sexes avec la même impartialité ou n'en inscrivez aucun : voilà la justice.
ha police des mœurs a été si souvent discréditée par ses agents, qu'à tort ou à raison, on la hait et on la méprise.
« Qu'on supprime ce nom usé, dit M. le Dr Barthélémy dans son très intéressant ouvrage intitulé : Syphilis et santé publique; il s'agit de malades et non de coupables; qu'on crée des inspecteurs d'hygiène. De cette façon on supprime les abus de l'institution et on n'en garde que les avantages. La provocation ne pouvant être empêchée sera restreinte dans des limites convenables et les femmes qui commettront ce délit seront saines... Les femmes reconnues malades seront mises dans l'impossibilité de nuire pendant toute la durée de la période contagieuse de leur mal ; mais elles devront être soignées avec bienveillance et douceur, et non pas comme autrefois où le premier acte du traitement était la flagellation. »
Voilà, certes, un progrès. Mais l'avenir en verra un plus grand : ce sera celui qui débarrassera la femme de ce reslc d'esclavage, et qui la rendra libre, comme l'homme, d'entrer dans un hôpital de vénériens ou d'en sortir sans contrainte et quand bon lui semblera.
VIII. Comme moyen de prophylaxie contre la contagion des maladies vénériennes, il faut mettre à un des premiers rangs l'institution des visites sanitaires.
« Elle a été, dit notre illustre sypliiliographe Rollet, un immense bienfait pour l'Europe continentale qui s'est modelée, sous ce rapport, sur notre pays. Ces visites ont déjà rendu de grands services, et elles sont appelées à en rendre encore davantage... L'énorme accumulation de maladies vénériennes qui a pour conséquence les immenses dangers de contagion présentés par la prostitution clandestine, c'est-à-dire par la prostitution non réglementée, non soumise à la visite, est la preuve éclatante et sans réplique de l'efficacité de cette visite. Elle explique comment la visite sanitaire des prostituées a fini ou finira par avoir gain de cause et par se répandre chez les nations qui y étaient de prime abord les plus opposées. Elle montre enfin en quoi réside la justification de ces mesures exceptionnelles qu'on accuse avec raison d'être attentatoires à la liberté individuelle et qu'on ne doit accepter, dans une société comme la nôtre, qu'en raison des intérêts sanitaires de premier ordre qu'elles ont [tour hnl et pour effet si évident de sauvegarder. »
Combien n'est-il pas regrettable qu'on n'ait encore trouvé aucun moyen d'imposer aux hommes la visite sanitaire !
« Chez nous, dit aussi RolleL, les visites poi'tenl exclusivement sur les femmes. Cependant les femmes entrent saines dans les maisons