CHAPITRE II
Abstentionnisme fondé sur l'idée exagérée qu'on se fait de la spontanéité curative de l'organisme. Cette spontanéité diminue et disparaît dans le tertiarisme. Terrain perdu par l'abstentionnisme.
I. Tous les abstentionnistes invoquent à l'appui de leur doctrine la spontanéité curative de «■l'organisme. Assurément, cette spontanéité existe : elle est même manifeste dans la syphilis primitive et dans la plupart des déterminations superficielles et exanthématiques delà période secondaire. Mais, avec le temps, dans les cas un peu sévères, à plus forte raison dans ceux qui sont graves, elle devient languissante et décroît peu à peu. Enfin, il arrive un moment où elle est à peu près nulle.
Dans le tertiarisme, on ne peut, guère compter sur cette spontanéité curative, parce qu'alors la syphilis est devenue véritablement constitutionnelle. On doit, pour ainsi dire, violenter l'organisme afin qu'il se débarrasse des accidents tertiaires ; car il semble les accepter et n'avoir contre eux aucune velléité de résistance, tant ils font partie intégrante et intime de sa nouvelle manière d'être.
L 'abstentionnisme dans le traitement de la syphilis n'a jamais eu que fort peu d'adeptes et n'est point parvenu à constituer une école sérieuse ni en France ni dans les autres pays. La principale raison, c'est que les malades s'en accommodent peu. On ne saurait les blâmer.
H y a des degrés et des variétés parmi ceux qui pratiquent l'abstention. Les uns sont des sceptiques, des amateurs, des débutants, qui n'y mettent aucun entêtement, s'arrêtent à moitié chemin et ne poussent pas le système au delà des accidents secondaires.
D'autres, plus absolus, plus radicaux et, par conséquent, plus irrémédiablement enfoncés dans l'erreur, font, en général, cause commune avec les antimercurialistes fanatiques. Ils ne se bornent pas à dire que l'administration des spécifiques est inutile, mais qu'elle devient funeste, parce que, l'appliquant dès la première phase de la syphilis, on prédispose les malades aux accidents plus ou moins éloignés du tertiarisme.
Ces derniers, qui ont, de nos jours, fait quelque bruit et tenté sans succès une insurrection contre le traitement spécifique, se sont
Si
vue d'ensemble sur le pronostic
convertis ou bien gardent le silence. On n'entend plus parler d'eux. Les premiers, qui sont de fort bonne composition et d'Jiumeur accommodante, ont décidément renoncé, et sans effort, à l'abstentionnisme systématique. 11 n'y a peut-être plus un seul médecin qui s'abstienne de Lraiter la syphilis secondaire et surtout la syphilis tertiaire; mais on en rencontre encore qui proscrivent le traitement spécifique pendant la syphilis primitive. Pourquoi? C'est ce que j'examinerai plus Lard. Toujours est-il que l'abstentionnisme a perdu beaucoup de terrain depuis quinze ou vingt ans. Plus que jamais on traite aujourd'hui la syphilis par ses deux spécifiques ; on a même de la tendance à employer les méthodes violentes, intensives et à s'en servir un peu trop indistinctement dans tous les cas. Enfin on prolonge de plus en plus la durée du traitement, et on est allé, de nos jours, bien au delà des limites qui avaient été fixées par nos devanciers. Est-ce à tort ou à raison ?
II. Tout dépend du point de vue auquel on se place. Si on a pour principal objectif la diathèse, indépendamment de ses manifestations, qui est-ce qui justifierait jamais la cessation complète des spécifiques, puisque aucun signe ne nous démontre péremptoirement que cette diathèse n'existe plus ou qu'elle a été réduite pour toujours au silence et à l'inaction?
Si, tout en tenant compte de l'état diathésique même en ses premiers moments les plus complets de latence et d'inaction, on place cependant, au premier rang des indications, les accidents qu'il suscite durant ses phases d'activité, le traitement aura un terme qui ne dépassera pas trois ou quatre ans, car, de nos jours, dans la grande majorité des cas, la syphilis s'arrête à la période secondaire et ne pénètre pas dans le domaine illimité du lertiarismr 1 .
1. D'après M. Neumann, il y a des infillrats cellulaires qui persisLenl autour des vaisseaux les plus fins de la peau, longtemps après que la syphilide a disparu. Les exsudais syphilitiques n'ont pas une existence éphémère, comme ceux de la rougeole et de la scarlatine; leur métamorphose régressive n'a lieu que lentement. Toute intervention thérapeutique qui favorise la résorption de ces reliquats est justifiée. Il vaut donc mieux continuer le traitement antisyphilitique, même s'il n'existe pas de symptômes visibles à l'œil nu, que de suivre une méthode expeclanle, depuis le commencement de la maladie.
« En général, dit M. Ivaposi, je conseille de faire un traitement long et énergique; puis on renouvelle le traitement, s'il survient des phénomènes syphilitiques caractéristiques. S'il n'y a aucun signe de syphilis, toute cure csl inutile. Pourquoi se battre contre des moulins à vent ? »