SÉRUMTHÉRAPIE DANS LE TRAITEMENT DE LA SYPHILIS
Depuis l'époque où j'écrivis l'article sur la sérum thérapie qui se trouve dans ce volume, pp. 480-85, on a expérimenté cette méthode sur une plus vaste échelle, et on l'a renforcée en injectant du sang de syphilitiques aux animaux à qui on prenait plus tard le sérum curatif. Il est donc nécessaire que je complète dans cet appendice ce que j'ai dit sur cet intéressant sujet1.
I. Lorsque certaines idées fécondes, mais encore vagues et indécises, flottent dans l'atmosphère scientifique, il est souvent difficile de savoir qui, le premier, a mis en œuvre la force virtuelle qu'elles contiennent. Plusieurs peuvent avoir simultanément la même conception, sans la formuler d'une façon identique, et sans l'utiliser au même moment. Il y a une période de tâtonnements, d'hésitaLions, d'essais, dans telle ou telle voie, avant que la méthode arrive à la plénitude de son application. C'est ce que nous voyons pour la sérumlhérapie.
J'ai commis une erreur de date, ainsi qu'il est facile de le voir pp. 381-82, en attribuant à M. Tommasoli la priorité, pour l'emploi de la sérumthérapie comme traitement de la syphilis. Ce sont deux expérimentateurs français d'un grand mérite, M. le professeur Charles Richet et M. Héricourt2 qui les premiers, en 1891, employèrent le traitement
1. Voici d'abord quelles sont les variétés de la sérumthérapie syphilitique :
A. Emploi d'un sérum (l'animal non préparé par des injections préalables de sang syphilitique : sérum de chien : llichet, Héricourt, Foulard; — sérum d'agneau, sérum de veau : Tommasoli, Kollmann, lstomanoff.
B. Emploi d'un sérum humain provenant de sujets syphilitiques. A. Pellizzari : sérum bumain provenant de sujets syphilitiques tertiaires, sans accidents récents, et sérum de secondaires traités avec succès par les médicaments spécifiques, lîonaduce : sérum de nouveau-nés syphilitiques.
C. Emploi d'un sérum animal "préparé : Michel, el Héricourt : injection préalable aux animaux de sérum humain provenant de syphilis primitive ou secondaire en pleine évolution. On prenait le sérum aux animaux (chiens et anes) ainsi préparés, au bout de 5 à 50 jours. — A. Gilberl et Louis t'ournier; injection préalable aux animaux (chiens, chèvres) de produits syphilitiques divers : chancres, plaques muqueuses, papules géantes, etc., et aussi de sérum pris chez îles syphilitiques en pleine évolution.
2. MM. Charles Hichet et Héricourt avaient, bien avant, en 1888, communiqué à i Académie des sciences leurs remarquables expériences d'hématothérapie, qui mirent hors de doute ce fait capital, que l'immunité dont jouissaient les chiens contre un microbe, le staphylococcus pyosepticus, pouvait être transmise aux lapins qui ne la possèdent point, par l'intermédiaire des susdits chiens.
Ces expériences d'hématothérapie n'ont-elles pas été l'origine et la base de la sérumlhérapie? Plus tard, en 188!), MM. Ûgata.et Jasahura refirent les mêmes expériences suite charbon. Puis MM. Bouchard el Charrin remplacèrent, pour le pyocyaneus, le sang
sot;
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sérumthérapique, avec l'aide de M. Feulard, dans le service de M. Pournier. Peut-être MM. Tommasoli et Pellizzari eurent-ils, à cette date, une inspiration semblable; mais leurs recherches ne parurent que l'année suivante, en 18!)2.
II. Les principes de traitement et de prophylaxie pour la syphilis parla sérumthérapie sont déduits des admirables découvertes de Pasteur. Ils en procèdent comme ceux qui ont été appliqués avec un si grand succès par M. Behring, et surtout par M. Roux au traitement de la diphtérie.
Malheureusement pour la syphiliolhérapie, si probable que soit le microbe de la syphilis, nous ne le connaissons pas encore. Nous resterons peut-être longtemps sans le découvrir, sans nous en emparer et le cultiver pour le soumettre aux règles d'une expérimentation rigoureuse.
Ce qui retardera aussi, c'est fort à craindre, l'avènement sérieux de la sérumthérapie syphilitique, c'est l'impossibilité où nous avons été jusqu'ici d'inoculer la syphilis aux animaux. — A ce point de vue et à bien d'autres, il eût été d'une immense utilité, pour la science et pour la pratique, d'avoir, dans d'autres espèces que la nôtre, une matière animale dont nous aurions pu faire, à notre gré, un laboratoire d'expérimentation et un foyer, sans cesse renouvelé, de principes infectieux syphilitiques à tous les degrés.
Arrivera-t-on à vaincre l'immunité des animaux, ou à la remplacer par quelque état morbide, se rapprochant de la syphilis et susceptible d'être employé comme vaccination préventive et curative?
III. Deux ingénieux expérimentateurs l'ont tenté de nouveau tout récemment. Ce sont encore MM. Ch. Richet et G. Héricourt, à qui revient le mérite de cette variété de sérumthérapie antisyphilitique Pour rendre le sérum des animaux réfraetaires à la syphilis plus actif et surtout plus spécifique, ils ont eu l'idée d'injecter à des chiens et à des ânes du sang de syphilitiques en pleine éruption roséolique et n'ayant subi aucun traitement. — 5 ou 6 jours après l'inoculation, on a pris le sang de ces animaux, et le sérum a été injecté à des syphilitiques qui, parail-il, en ont éprouvé une remarquable amélioration.
Ce nouveau mode de sérumthérapie syphilitique est une combinaison des deux procédés, par le sérum des animaux et par celui des syphilitiques. Mais peut-être, au bout du compte, n'est-ce que le procédé par le sérum des animaux réfraetaires, car, après ces b' ou 6 jours, qu'est
total par le sérum. Enfin ce fut seulement en 1S90 que MM. Behring et Kitasalo traitèrent par la sérumthérapie le tétanos el la diphtérie.
N'est-il pas évident, d'après ce qui précède que, grâce aux expériences de MM. Richet et Héricourt, remontant à 1888, la sérumthérapie est hien réellement d'origine française?
I. Le procédé de sérumthérapie qui consiste à immuniser fortement un animal contre une maladie infectieuse, puis à employer son sérum chez les individus atteints de celte maladie a déjà fait ses preuves, et est d'un grand avenir pour la thérapeutique. — Quoique les animaux soient réfraetaires à la syphilis, il ne serait pas impossible qu'on leur conférât un pouvoir immunisateur et curatif. La poule est tout à fait réfractaire au tétanos, et cependant après l'injection d'une certaine quantité de cultures du hacille de Nicolaïer et de toxines qu'il secrète, elle fournil un sérum antitétanique préventif el ctiralif,