SYPHILIS DANS LE SUD DE L'ITALIE AU XV0 SIÈCLE
V. Quoi qu'il en soit, son premier et son plus puissant laboratoire en Europe paraît avoir été l'Italie Il y avait eu un peu de tout, d'après les belles recherches de Corradi, surtout du typhus, de la variole et une peste d'origine vénérienne, dans les terribles épidémies qui dévastèrent le sud de la péninsule à, la fin du quinzième siècle. Cette prétendue peste vénérienne n'était-elle pas la syphilis? Ravages effroyables et foudroyants, diffusion extraordinairement rapide : tels furent les deux caractères les plus saisissants de cette abominable calamité, qui, d'après notre poète Lemaire, « n'épargna ni couronnes ni crosses » et s'abattit du même coup sur des nations entières.
Du trouble et du tumulte de cette invasion épidémique, si complexe et si indéchiffrable dans ses premières heures, émergea bientôt, comme d'un limon fécondant, la syphilis ou grosse vérole. On la vit se dresser au grand jour, formidable et débordante de fougue et de jeunesse, dans toute la richesse, la plénitude et l'originalité de son organisme.
Mais fut-elle réellement responsable de l'effrayante mortalité qu'on lui attribuait alors? « Elle a tué, dit Muralto Francisco (1495), un nombre indéfini de gens, et parmi eux des pontifes, des rois, des princes, des marquis, des généraux, des soldats, des nobles, des marchands, des clercs, des écoliers. »
VI. Sa contagion fut une des circonstances de son histoire qui frappèrent le plus les premiers observateurs. On crut d'abord qu'elle se faisait par l'air, le milieu ambiant, l'haleine. Puis on établit la nécessité d'une transmission immédiate par les organes génitaux, la bouche et les
quer et justifier l'apparition de la syphilis en Europe à l'époque de la Renaissance. Tous ou presque tous y croyaient et voyaient en elle un châtiment que les pécheurs sans nombre s'étaient attiré par leur libertinage. D'après Thierry de Héry et Délia Croce, la syphilis n'avait d'autre cause que « l'indignation et la permission du Créateur, lequel, pour réprimer la trop lascive et libidineuse volupté des hommes, avait permis que telle maladie régnât entre eux en vengeance et punition de l'énorme péché de luxure ». En plein dix-huitième siècle, le bon Astruc lui-même en dit quelques mots, sans insister et comme s'il s'agissait d'un fait hors de doute et surabondamment démontré. Au-dessous de cette étiologie sidérale, divine, extraterrestre, on ne tarda pas à voir qu'il y en avait une autre plus saisissable et plus naturelle, la contagion.
1. Dans le mois d'avril 1494, Alexandre VI avertissait Charles VIII, qui se préparait à son expédition, de ne pas se mettre en marche, parce qu'il régnait à Rome une grande peste.
Les Français ne s»'arrêtèrent pas pour si peu ; ils pénétrèrent en Italie. — ■ il est a craindre, écrivait Pictro Dclphini, qu'une armée aussi considérable que la leur n'infecte plus qu'auparavant ce pays, qui n'est pas encore délivré de cette maladie pestilentielle. » Et c'est ce qui eut lieu. En 1495, Gonzalve de Cordoue avec ses condottieri, Espagnols, Allemands, Italiens, envahit le sud de l'Italie. Ce l'ut une nouvelle cause d'aggravation.
Dès 1487, commença l'émigration des juifs d'Espagne. En 1492, huit cent mille furent expulsés en quatre mois, et débarquèrent à Crues. Ils entrèrent plus tard l'urt i veinenl ,i Rome et y apportèrent une peste ou infection ,'i laquelle on donna leur nom et qui lit périr beaucoup de monde. On les accusa d'avoir transmis la lèpre par le coït. N'était-ce pas plutôt la syphilis? Oui ; mais ils ne firent que la renforcer, car, d'après certains historiens, elle y existait déjà.