CHAPITRE V
- Traitement des ganglions fistulisés, et accidents survenant au cours de la cicatrisation.
$ 1. — Traitement des ganglions fistulisés.
Plusieurs ordres de faits sont à considérer, où la thérapeutique est sensiblement différente.
1° On peut se trouver en présence d’un ganglion largement ulcéré, complètement vidé, présentant un fond net, non sphacelé, des bords décollés, c’est le cas le plus fréquemment observé quand un ganglion nettement ramolli vient à ulcérer la peau: dans ce cas il suffit de pansements à l’alcool et mieux à l’eau d’Alibour, selon la formule donnée plus haut pour obtenir un bon résultat, en un temps qui varie de deux à six semaines.
Il convient de ne pratiquer ce traitement qu'après s'être assuré de l'évacuation complète du ganglion, sans quoi la guérison peut se faire attendre indéfiniment. Quand le ganglion n’est pas complètement vidé, on entre dans les cas plus complexes dont le traitement est plus compliqué.
2° Dans un second ordre de faïts, le ganglion est fistulisé largement, a été vigoureusement exprimé, mais présente encore des débris nécrosés abondants. Ou bien encore un bourgeon mou rouge violacé occupe toute la fistule qu’il
lab es
obture et la cicatrisation Se fait à cause de lui indéfiniment attendre.
Il faut alors pratiquer un curettage de ce ganglion. Pour cela il est bon de baigner la lésion avec une solution de cocaïne à un pour cent ou a un pour deux cent, ou d'y faire une application de chlorure d’éthyle. On pratique alors un curettage méthodique, jusqu’à ce qu’on perçoive le frottement dur des parois de la coque ganglionnaire. On peut alors laver à l'alcool, bourrer à la gaze durant 24
heures et panser à plat.
Au cas de bourgeon exubérant on bénéficiera beaucoup de l'emploi du crayon de nitrate d’argent. Voici une obser-
vation de ganglion fistuleux ainsi traité.
Obs. XXII. — C. Germaine, 12 ans. Entrée le 10 novembre 1909. Anédite tuberculeuse fistuleuse de la région carotidienne supérieure droite. Petits ganglions carotidiens. Adénites inguinales er axillaires.. Eczéma rétro-auriculaire infecté : : Conjonctivité HUE
Facies strumeux. s
Le 31 juillet 1909. — L'enfant présentait à la partie supérieure de sa chaîne carotidienne un volumineux ganglion. Sous anesthésie générale on pratique une intervention. Depuis large fistule,/du diamètre d’une pièce de 1 franc en argent, obturée par un bourgeon charnu mou et atones.
Le 26 novembre 1909. — Après anesthésie locale on détruit à la curette le bourgeon charnu qui obture le ganglion. On enlève alors des fongosités atteignant au total le volume d’une noisette. Curet-
tage minutieux de la cavité et le pansement avec une mèche imbibée d’eau d’Alibour. =
Le 29. — La peau a perdu sa couleur livide et l’orifice du gan-
glion reste largement ouvert. La cicatrisation commence profondément par accolement des bords du ganglion.
x Ra 149 En
7 Décembre. — Bon état de la peau, Un bourgeon commence à se reformer au fond de la cavité, On le détruitau crayon de nitrate d’argent. Ë s 13, = L'enfant passe en division et on continue le pansement à l’eau d’Alibour.
10 Janvier 1910. — Cicatrisation complète. à 1° Mars 1910. — La cicatrice est rose, plaie beaucoup moins
étendue qu’on aurait pu le redouter. Tous les ganglions carotidiens ont rétrocédé sensiblement,
3° On peut trouver une étroite fistule conduisant à un ganglion superficiel. Dans ce cas, il taut dilater la fistule, curetter le trajet et vider complètèément le ganglion par curettage. On obtient ainsi des résultats satisfaisants. Mais cela est beaucoup plus difficile quand le ganglion est
lointain, sous aponévrotique. Il est illusoire dans ce cas, 1e plus souvent, d'espérer une guérison sans interven-
tion. S’il existe en même temps des décollements plus ou moins étendus coïncidant avec un ganglion très RE
il faut pratiquer l’extirpation chirurgicale.
4 Reste le cas de décollement, de lésions du tissu cellulaire plus ou moins étendus, dans des diverticules . éloignés. C’est le cas de la longue observation (n° XVII),
rapportée antérieurement. Il faut alors pratiquer des injections d’éther iodoformé : il est dans ces cas sans inconvénient et donne les meilleurs résultats. Au cas de décolle-
ment large, avec peau fistulisée, résultat de l’action loin- | taine d’un ganglion cicatrisé, il est utile d’inciser très lar- .gement, de curetter et de panser à plat : c’est la seule
méthode rationnelle.
Dans ces cas, en effet, toute la face profonde de la péau
UT Ci a
est prise, et cela très A au point que, violacée et amincie, la peau est prête à se fistuliser. Il convient après avoir incisé, de curetter avec précaution, puis de passer au crayon de nitrate d'argent à la face profonde de la peau décollée et tapissée de néoformations tuberculeuses. Il est possible d'obtenir des résultats inespérés.
Mais encore faut-il savoir que toute incision d’un décollement n’a, dans les jours qui suivent, donné lieu à une ulcération considérable : : les attouchements au crayon de nitrate d'argent, permettent assez aisément de se rendre maître de ce processus ulcérant.
S2. — Les cicatrisations retardées ou vicieuses.
1° Les chéloïdes. — Particulièrement fréquente à la région cervicale, ce sont ‘de fâcheux accidents de la cicatri- Sation, contre lesquels nous ne sommes armés que depuis un temps relativement court : nous croyons que la radiothérapie appliquée immédiatement après l'opération, aurait un heureux effet préventif. Ce ne sont point d’ailleurs des lésions précoces. La cicatrisation se produit d’abord normale et reste plane durant deux mois. Puis, vers le début du troisième mois, elle acquiert un relief, continue à augmenter durant un an et regresse ensuite très peu et très lentement. Ce peut être une sorte de tumeur dure, à surface lisse, formant un bourrelet plus gros que le doigt en certains cas particulièrement accusés. L'ablation chirurgicale en est suivie de récidive si l’évolution n’est pas arrêtée. T. Fose, N. Hyde et J. Darier pensent que cette chéloïde est une tuberculide, c’est-à-dire une tuberculose atténuée.
Le traitement consiste en une séance de scarifications
suivie de quelques séances de radiothérapie. Puis, après quelques séances il faut réveiller la rectabilité des tissus par électrolyse négative avant de revenir aux rayons X, qui auront alors repris une nouvelle activité. On peutainsi espérer un résultat définitif, comnie ceux obtenus {par M. J. Darrier.
2° Les plaies atones. — Ces ulcérations sont très communément observées. Le. pansement à l’eau d’Alibour, à l'alcool, les applications d'eaux, mères de Salies, de Salins ont donné de très apréciables résultats. Il est bon ‘parfois aussi de les faire précéder d’attouchements au nitrate d'argent. L’acide lactique donne des irritations également utiles en certains cas d’atomie particulièrement marquée. . Enfin les traitements aux ferments ont été employés dans ce cas. Jackmann et W. Baentzer ont en effet eu d'excellents résul- tats avec des applications de ferment pancréatique.
3° Les brides et irrégularités de la cicatrice. — Souvent au cours de la cicatrisation de plaies tuberculeuses on voit se former des points de réparation si rapides que bientôt ils sont transformés en brides, par suite d’un travail plus lent de cicatrisation des tissus voisins, se guérit sur un plan plus profond sans les utiliser. Il suffit de couper ces brides ainsi fixées et de contenir les deux extrémités au nitrate d'argent.
4° Le lupus de la cicatrice est extrêmement fréquent, comme le montre la vitropression. Les scarifications avec l’ignipuncture nous paraissent dans ee cas la méthode de
choix.