‹ Traitement de la tuberculose par la creosoteChapitre 11 sur 36 · RÉSULTATS INESPÉRÉS OBTENUS PAR LE TRAITEMENT · texte numérisé non relu

RÉSULTATS INESPÉRÉS OBTENUS PAR LE TRAITEMENT

CRÉOSOTÉ

Pleurésies.

Observ. 1. — Un jeune homme de vingt-deux ans, Go..., était atteint de tuberculose du sommet droit depuis un an et avait été réformé de l'armée; il était déjà dans un état fort inquiétant lorsqu'il fit une pleurésie du même côté, laquelle devint purulente et s'ouvrit dans les bronches (sept. 1891). La déchéance était complète, il y avait de l'œdème des pieds le soir, de la fièvre tous les soirs, des vomissements alimentaires provoqués par la toux ; le malade rendait tous les jours environ un quart de litre de crachats nummulaires, et tous les dix ou quinze jours de pleines cuvettes de pus fétide provenant de sa vomique pleurale. M. le professeur Grancher, appelé en consultation le 12 janvier 1892, considérant le malade comme perdu, repoussa l'idée d'une intervention chirurgicale, d'autant que le sommet gauche commençait, à son avis, à être menacé. Ce malade avait été vu trois mois auparavant par M. le docteur Quinquaud, qui n'avait pas dissimulé ses craintes à la famille. Bref, il était

presque moribond quand nous fûmes appelé à le traiter. Eh bien, il a guéri, grâce au concours du docteur Glorie qui faisait les injections. Il en fit 105 en 240 jours et fit absorber au malade 3 kilog. 110

d'huile créosotée.

Au début, sa tâche était difficile, chaque injection amenant de petits accidents qui frisaient l'intolérance; il a fallu commencer par des doses minimes, n'augmenter qu'avec la plus extrême prudence, baisser la dose et suspendre de temps en temps; peu à peu cependant, on a amené le malade à supporter 5, puis 10, puis 50 grammes d'huile créosotée au 1/15; on n'a pas cru devoir dépasser cette dose, mais on l'a maintenue pendant près de deux mois en donnant des injections presque tous les jours. Sous l'influence de la créosote, on a vu diminuer la vomique, le pus perdre sa fétidité; il finitpar disparaître complètement, et, chose plus remarquable encore, les craquements du poumon droit disparurent, la caverne qui existait au début se sclérosa, l'appétit revint, le poids augmenta progressivement de 101 à 118 pendant le cours du traitement; bref, après six mois de lutte acharnée, le malade pouvait être considéré comme guéri; et depuis deux ans la guérison se maintient : actuellement le malade ne tousse plus, ne crache plus, vit de la vie commune, et l'examen de ses poumons ne présente plus rien d'anormal.

La conclusion qui se dégage de cette observation,

c'est que, même dans les cas désespérés, il peut se faire que la créosote bien maniée rende des services inappréciables. C'est donc qu'il faut toujours l'essayer, quitte à y renoncer, si l'on se heurte à une intolérance par trop considérable.

Obseru. 2. — L'observation de M. X..., professeur d'une école militaire, avait beaucoup d'analogies avec la précédente : M. X... avait craché du sang en janvier 1890, eu une pleurésie gauche en mars 1890, terminée parla purulence, et qu'il garda un an sans vouloir accepter d'intervention chirurgicale. En juin 1891, notre collègue le docteur -Vautrin se décida à ouvrir largement cet abcès pleural en réséquant une côte. En décembre 1891, autre résection costale. En février 1892, persistance d'une suppuration abondante et déchéance extrême. C'est alors que M. le professeur Robert, du Val-de- Grâce, nous invita à créosoter ce moribond. Mis en traitement le 3 février 1892, il sortait de l'hôpital 4 mois après, ayant pris 4 kilog. 400 d'huile au 1/15, ayant augmenté de 10 livres, et il a repris son service, qu'il n'a pas interrompu depuis : sa fistule pleurale s'est presque tarie sans autre intervention. Nous l'avons revu en mars 1893, admirablement portant; son poids avait encore augmenté de 14 livres. Il continue les piqûres par reconnaissance, dit-il, prenant de 50 à 150 grammes d'huile tous les trois ou quatre jours, suivant les loisirs

que lui laisse sa profession, et c'est sa mère qui les lui fait sans jamais avoir eu le moindre accident. Or on ne peut pas se figurer combien nous avons eu de peine, au début, pour faire accepter à ce malade les piqûres créosotées. 11 y avait en effet chez lui, au début du traitement, un état nerveux extraordinaire, avec syncopes trois ou quatre fois par jour, une impressionnabilité dont on ne peut pas se faire idée; il fallait une prudence extrême dans les doses, car chaque injection, même à dose minime, était suivie d'hypothermie. Bref, nous avons longtemps frisé l'intolérance, et cependant la victoire nous est restée! La fistule qui persiste indique l'existence d'un abcès profond de la cavité pleurale, qu'il sera bien difficile d'atteindre, mais qui est compatible avec une survie prolongée.

Observ. 3. — L'observation suivante montre encore que la gravité de la situation du malade n'est pas une contre-indication absolue :

Il s'agissait d'un jeune cuirassier qui venait de faire à Lyon une péritonite tuberculeuse aiguë avec pleurésie des plus graves; il était dans un état lamentable, au point que notre ami le docteur Benoît, médecin aide-major du régiment, qui voulut bien l'amener à Paris, nous disait qu'il craignait à tout instant que son malade ne succombât en route. Eh bien, ce malade a pu être guéri par la créosote. Le docteur Feugier lui administra le trai-

tement intensif avec toute la prudence et toute la hardiesse requises; nous nous bornions à le voir tous les dix ou quinze jours. Ce jeune homme guérit parfaitement après avoir pris 4 kilogrammes d'huile au J/15 en 52 piqûres, réparties sur une durée de trois mois; il est toujours très bien portant depuis un an que le traitement a pris fin.

Observ. 4. — Pel... est aussi un bel exemple de pleurésie et de péritonite tuberculeuse ; il était en pleine fièvre quand notre collègue le médecinmajor Antony a commencé le traitement que nous avons continué. Après trente-trois jours, il avait gagné 9 livres, ayant pris 1 kilogr. 190 d'huile en 21 piqûres, [et la disparition des épanchements avait été d'une rapidité tout à fait insolite.

Observ. 5. — Mart... est intéressant parce que la péritonite tuberculeuse a débuté sous nos yeux, mais d'une façon tout à fait insidieuse; ce n'est, en effet, que trois mois après une minutieuse observation que nous pûmes affirmer le diagnostic. A ce moment le malade fut mis en traitement, et il put prendre 2 kilogr. 755 d'huile en 89 piqûres : à sa sortie, après 40 jours, il était parfaitement guéri.

Observ. G. — Gou..., signalé dans notre travail rla pratique de l'antisepsie, avait une péritonite

tuberculeuse non douteuse, affirmée telle par une quinzaine de médecins instruits. Le traitement fut commencé en pleine fièvre, avec une grande prudence, et la fièvre ne disparut qu'au quarantième jour. En 134 jours de traitement, pendant lesquels il reçut 2 kilogr. 550 d'huile en 52 piqûres, le poids du malade augmenta de 24 livres ; la guérison radicale se maintient depuis le mois de juin 1891, ainsi que nous l'apprend une lettre datée du 26 février 1895.

Parmi les malades atteints de tuberculose pulmonaire et ayant obtenu une guérison inespérée, signalons :

Observ. 7. — Lam..., malade depuis quatre mois seulement, avait de nombreux bacilles dans les crachats, tout en n'ayant qu'une lésion limitée; un état général des plus défectueux, de la fièvre, une forme infectieuse, en un mot. Il supporta cependant très bien le traitement intensif (100 grammes par jour, en moyenne, d'huile créosotée au 1/15, soit en lavement, soit en piqûres). En trente-neuf jours de traitement, il avait gagné 8 livres ; la toux et les crachats avaient disparu, nous ne pûmes donc plus voir s'il y avait encore des bacilles, et il ne restait qu'un peu d'obscurité au sommet droit primitivement atteint.

Ce malade, qui nous quitta en septembre 1892,

nous écrivit en mars 1895 qu'il allait à merveille. Il nous avait été envoyé par M. le médecin principal Chauvel.

Observ. 8. — Ré... est celui de tous nos malades qui a suivi le traitement le plus intensif; il avait de l'induration du poumon droit et des râles souscrépitants au sommet gauche, mais une tolérance idéale à l'égard de la créosote. En 21 jours, il put prendre : 1° 630 grammes d'huile de morue créosotée à 10/990; 2° six lavements de 100 grammes d'huile créosotée au 1/15, et 5° 2 kilogr. 705 par la peau en 12 injections seulement: l'une d'elles fut de 410 grammes; 6 jours avant, il en avait reçu une de 590 grammes. Après ce trop court traitement, Ré... nous quitta, ne crachant plus, n'ayant plus qu'un léger souffle au sommet gauche, ayant gagné de 106 à 115 livres; le docteur Lagrange, de Vichy, qui le vit à l'entrée et au départ, a pu constater cet extraordinaire résultat.

Observ. 9. — Duc..., sergent infirmier attaché à l'hôpital du^al-de-Grâce, est très intéressant parce que la maladie a débuté sous les yeux de notre collègue M. Antony, dix-huit mois avant que le malade ne fût attaché cà notre service; quand nous le vîmes il pesait 124 livres et il avait de l'induration au sommet gauche et quelques craquements fins, sans fièvre, mais avec état général défectueux. L'examen

des crachats, fait à trois reprises successives à partir de ce moment, démontra toujours l'existence de bacilles. Le diagnostic était donc des plus nets; il fut d'ailleurs confirmé par MM. les docteurs Béclère, Doyen, Baumé et par le médecin chef d'Amélie, en janvier 1892. Ce malade fit, à deux reprises, séparées par un séjour de trois mois à Amélie-les- Bains, un traitement intensif; il ne prit pas moins de ô'kilogr. 285 en 123 piqûres réparties sur 212 jours, et il'avait pu continuer, malgré le traitement, son service de sergent infirmier. Le résultat était donc des plus favorables : au départ, juillet 1892, nous ne trouvions plus rien d'anormal à l'auscultation, et d'une lettre reçue en mai 1895 il résulte que l'état de santé se maintient excellent.

Observ. 10. — M... fit sous nos yeux, le 25 juin 1890, une pneumonie tuberculeuse aiguë des plus graves, à la suite de laquelle* il eut une caverne très nette au sommet gauche; 'ses crachats contenaient des bacilles; or, après 89 jours de traitement, pendant lesquels il prit 2kilogr. 975 d'huile au 1/15 en 45 piqûres, cet homme était en excellent état : il ne crachait plus, il ne restait que du souffle au sommet gauche. M. le professeur Bouchard l'a revu dans son service trois mois après, il n'a plus rien trouvé du côté du poumon: nousmème recevions sa visite le 4 juin 1892, il n'avait plus rien au poumon et venait nous demander s'il

n'y avait pas de danger pour lui à prendre part à la course pédestre de Paris à Belfort. Une lettre reçue en janvier 1895 nous apprenait qu'il était infirmier à Vendôme et que sa santé était irrépro- . chable.

Observ. 11. — Nous pouvons encore citer l'observation de F..., atteint d'une forme infectieuse des plus inquiétantes ne datant que de trois semaines, avec cette teinte plombée de la face qui nous semble toujours de mauvais augure, surtout quand elle survient dès le début de la maladie. Il avait de très nombreux bacilles dans ses rares crachats; or chacun sait que l'apparition des bacilles tout au début de l'affection est le plus souvent l'indice d'un pronostic grave; il avait une fièvre ardente et continue, une perte absolue de l'appétit et du sommeil; les lésions, par contre, étaient très limitées, à peine perceptibles. Or nous avons remarqué combien la maladie est grave, en général, quand il y a cette discordance entre la bénignité apparente des lésions et la gravité des phénomènes généraux. Bref, ce malade était dans les plus mauvaises conditions, et cependant il a pu tirer un bénéfice énorme du traitement, contre notre attente; il a, en effet, pu supporter la créosote à doses rapidement croissantes; la fièvre, loin d'augmenter, diminuait progressivement au fur et à mesure qu'on augmentait la dose de créosote; elle cédait en

15 jours. Après 66 jours de traitement, pendant lesquels il prit 3 kîlogr. 765 d'huile au 1/15 en 59 piqûres, le malade nous quittait dans un état de santé rassurant. Notons cependant que les lésions du sommet gauche avaient progressé. Ce sommet, déclaré seulement suspect à notre tout premier examen, était nettement envahi par des craquements; mais, chose curieuse et tout à fait exceptionnelle, les bacilles avaient disparu des crachats. Dans ce cas fort grave, nous avons donc eu raison de ne pas désespérer et d'employer le traitement ; trouvant une tolérance inespérée, nous nous sommes laissé guider par elle et nous avons pu pousser hardiment la créosote. Une lettre reçue le 24 février 1895, c'est-à-dire cinq mois après le départ de l'hôpital, nous apprend que le médecin du pays, M. Bazot, trouve les poumons du malade en assez bon état pour qu'il ait cru devoir lui prescrire des douches, à la suite d'un accès de folie intercurrente survenu le 15 janvier et qui n'a pas laissé de traces.

Observ. 12. — Citons encore, parmi les malades ayant tiré un bénéfice extraordinaire de la créosote, l'observation du capitaine X..., que nous avons déjà relatée dans notre livre sur la pratique de l'antisepsie dans les maladies contagieuses (février 1892). C'était un homme atteint de lésions osseuses du sternum, d'adénites suppurées et de gommes

tuberculeuses du palais, toutes lésions en face desquelles un chirurgien des plus audacieux et des plus habiles, M. Vautrin, notre collègue du Val-de- Grâce, avait déclaré son impuissance. Or M. le capitaine X... obtint une guérison radicale en 25 jours de traitement intensif. Il fit, par prudence, une autre période de traitement intensif de 55 jours six mois après, et depuis ce temps, c'est-à-dire depuis deux ans, il ne prend plus de créosote et la guérison se maintient, ainsi que nous avons pu nous en assurer à une visite que nous fit, en juin 1895, le capitaine, qui continue son service très actif.

Observ. 15. —Un autre tuberculeux, à la fois pulmonaire et ganglionnaire, dont nous avons déjà parlé à propos de l'intolérance qu'on pouvait vaincre dans des cas exceptionnels, Do..., a vu également son état général s'améliorer avec une rapidité étonnante à partir du jour où il a pu tolérer la créosote, et il est sorti guéri après 72 jours de traitement. Nous le mentionnons parmi les malades de notre première catégorie à cause de la gravité de son état général et du résultat inespéré obtenu maigre l'intolérance initiale. Nous avons reçu de ses nouvelles deux ans après sa sortie du Val-debrace et la guérison se maintient.

Observ. 14. - Dup... a également été débar-

rassé entièrement des ganglions volumineux du cou datant de 6 mois, après avoir pris en 48 jours 1 kilogr. 500 d'huile en 58 piqûres et 1 kilûgr. d'huile de foie de morue créosotée à 4 pour 100.

De l'examen attentif de tous ces maladesil ressort nue dans tous les cas, même les plus désespérés, nu'iî s'agisse de tuberculose pulmonaire, ou ganglionnaire, ou péritonéale, ou pleurale ou osseuse, le traitement créosoté peut amener des résultats inespérés.

La conclusion est donc qu'il faut toujours y re-

C°Pa™i les malades ci-dessus indiqués, quelquesuns avaient de l'intolérance; nous sommes parvenu à la vaincre avec plus ou moins de difficultés.

L'intolérance elle-même n'est donc pas une contre-indication absolue au traitement, c est tout ce nue nous voulions démontrer pour le moment. ' terni les malades placés dans la S- catégorie, c'est-à-dire ayant obtenu une cote variant de 15 « 9 se trouvent, comme dans la catégorie précédente des tuberculeux ganglionnaires pulmo- Se pleurétiques, etc. ; étudions-les dans un X aussi logique que possible, en —on

rplntivement considérable dans cène - & Ks figurent eu effet au nombre de 11 sur un total de 24 ganglionnaires étudiés dans ce travail.

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