TRAITEMENT DE LA TUBERCULOM
heureusement l'examen local à la sortie nous manque. A l'entrée, il avait de l'induration à gauche, des sous-crépitants à droite avec bacilles dans les crachats. 11 avait subi le traitement intensif (2 kil. 175 en 35 piqûres, dont l'une a été de 210 grammes, et 0 kil. 850 en 9 lavements). 11 est fâcheux que nous ne puissions pas nous procurer l'adresse de ce malade pour savoir ce qu'il est devenu. Il arrive malheureusement souvent que nos anciens détenus soient ainsi perdus de vue. Ces hommes à leur sortie de l'hôpital, manquant du certificat de bonne conduite qui sert de passeport pour pouvoir se placer quelque part, sont rejetés de partout, beaucoup mènent donc une vie errante et misérable qui n'est pas faite pour consolider les résultats du traitement créosoté.
Observ. 62. — ChezTis..., détenu de Bicêtre, il y a eu une amélioration des plus notables de l'état local. Des sous-crépitants existant au début ont disparu après 84 jours de traitement durant lesquels le malade a pris 2 kil. 765 d'huile en 40 piqûres et 450 grammes en sept lavements. Il a pris aussi 1 kil. 500 d'huile de morue créosotée et. 1 kilogramme de poudre de viande. Sous ces multiples influences son poids a augmenté de 16 livres; nul doute qu'il n'ait été mis en état de résistance contre l'envahissement de bacilles. Malheureusement cet homme à sa sortie de l'hôpital a dû vivre
PAlt LA CRKOSOTE
de son pénible métier do terrassier et nous a appris qu'il était allé chercher fortune en Belgique.
Observ. 65. — Même remarque chez Jou... : amélioration notable de l'état général, augmentation de poids de 10 livres en 52 jours. Persistance de l'obscurité aux deux sommets et le malade a été perdu de vue; nous savons que c'était un manouvrier à habitudes errantes. Cet homme, âgé de 50 ans, n'était jamais resté plus de trois mois dans la même localité, exception faite des cas où il avait eu maille à partir avec la justice et où il avait reçu dans les prisons une hospitalité plus ou moins prolongée.
Observ. 64. — Pig. . . est aussi un réfractaire que nous avons perdu de vue. Il avait eu dix condamnations avant d'échouer dans notre service, duquel il sortit, après 146 jours, extraordinairement amélioré, pesant 7 livres de plus qu'à l'entrée et n'ayant presque plus de signes stéthoscopiques. Mais nous l'avons perdu de vue.
Observ. 65. — Voit... n'a pas gagné moins du traitement créosote : en 75 jours son poids a augmenté ^de 118 à 127 livres sous l'influence de 2 kil. 550 d'huile pris en 44 piqûres, et de 1 kil. 500 d'huile de morue et de 1 kil. 200 de poudre de viande. Ses deux sommets, qui étaient très sus-
pecls, pouvaient être à la fin du traitement considérés comme normaux; il ne reslait qu'un peu d'obscurité au sommet droit.
Vobserv. 66, de Guér..., est calquée sur la précédente. Au début, obscurité aux deux sommets et petit foyer à l'un d'eux ; à la lin du traitement il ne reste que de l'obscurité. La maladie datait de huit mois, le malade était un héréditaire et il avait eu une hémoptysie deux ans avant; son poids augmenta de 125 à 156 livres en 88 jours, pendant lesquels il prit 2 kilog. 065 d'huile en 42 piqûres et 850 grammes en 9 lavements.
Observ. 67. — Sim... est intéressant parce que c'est un des premiers traités : il avait de l'induration très nette au sommet droit avec pleurite sèche, et notre collègue M. Antony avait commencé le traitement par les piqûres en octobre 1890. Or cet homme est parti absolument guéri. M. le professeur Bouchard, qui l'a vu en janvier 1891, n'a rien trouvé d'anormal dans ses poumons.
Observ. 68. — Poi... est aussi un de nos premiers malades traités; il était entré avec une hémoptysie grave venant, évidemment du poumon droit, où il y avait] de l'obscurité. Or cette hémoptysie fut enrayée en deux jours par les injections créosotées, et pendant onze mois que le malade fut soumis à
notre observation, elle ne reparut pas ; l'état général resta excellent et une lettre, reçue en janvier 1892, nous apprend qu'il gagnait très bien sa vie à New- York. Le diagnostic avait été contrôlé par M. le docteur Domingo Freire, de Rio de Janeiro, à une visite qu'il nous fit en janvier 1891. Au départ, il n'y avait plus qu'un peu d'induration au sommet droit. Ce malade a pris 172 piqûres.
Observ. 69. — Chez Dre... le résultat thérapeutique a été non moins intéressant. Il avait des bacilles rares dans les crachats et des sous-crépitants aux deux sommets. Le diagnostic avait été confirmé par MM. Antony, Lauza, Franchet; or, quand il nous quitta après 210 jours, son poids avait augmenté de 110 à 129 livres, il avait pris 5 kilog. 775 d'huile en 67 piqûres, 1 kilog. 500 en 14 lavements; c'est chez lui que nous avons fait cette tentative d'injections d'huile de morue dont nous avons parlé dans un chapitre précédent.
Observ. 70. — Chez Bern... nous avons obtenu également la disparition de sous-crépitanls très nets qui existaient au poumon droit, sous l'influence de 2 kilog. 470 d'huile prise en 91 piqûres et de 2 kilogrammes d'huile de morue créosotée. Le ma7 lade était resté 134 jours à l'hôpital.
t. 71. — Lab... avait été soigné par nous
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pour une pleurésie droite en août 1891 et quand il revint à l'hôpital en mars 1892 il avait un foyer non douteux au sommet droit; or, après 80 jours de traitement, ce foyer avait disparu. Lab... pesait 9 livres de plus qu'à l'entrée; il avait pu prendre 2 kilog. 140 d'huile en 41 piqûres. L'une de ces piqûres lut poussée à 125 grammes d'huile, soit 8 gr. 55 de créosote pure. Or le même malade, quand il avait sa pleurésie en août 1891 , avait une intolérance absolue, ilnesupportaitpasles moindres doses de créosote. C'est ainsi que 55 centigrammes de créosote pure donnés en injections amenèrent des accidents graves qui nous firent ne pas insister. Il est intéressant de noter chez ce même malade, à huit mois d'intervalle, des variations aussi colossales dans la tolérance à l'égard du médicament. Mais tout s'explique si l'on veut bien songer qu'en août 1891 cet homme était très fébricitant et très malade, alors qu'en mars 1892 il avait une tuberculose torpide, c'est là le secret de sa tolérance à ladeuxième.entrée. Une lettre, reçue le 7 mars 1895, nous apprend que l'ex-malade continue son pénible métier de charretier sans avoir été arrêté un seul jour.
Observ. 72. — Ren... est remarquable par la rapidité de l'amélioration obtenue. Il avait dessouscrépitants aux deux sommets, surtout à gauche, et 25 jours après, la lésion s'était nettement limitée
au sommet gauche sous l'influence de 1 kilog. 425 d'huile pris en 15 piqûres.
Observ. 75. — Chez Lut... le sommet droit était nettement induré à l'arrivée; or, au départ, après 112 jours, il n'y avait plus de signes appréciables.
Observ. 74. — De même chez Rey... les souscrépi tants, très nets au poumon droit, avaient disparu après 122 jours, sous l'influence de 1 kilog. 520 pris en 58 piqûres, de 1 kilog. 750 en 18 lavements et le poids avait augmenté de 6 livres.
Observ. 75. — Rat... avait aux deux sommets des sous-crépitants très nets. Un confrère russe, le docteur Arkhrow, envoyé en mission par son gouvernement et qui nous faisait l'honneur de suivre presque tous les jours notre visite, vit le malade à son entrée et à sa sortie; il put constater qu'à la sortie la lésion était limitée à un petit foyer à gauche, que le poids avait augmenté de 11 livres en 80 jours sous l'influence de 2 kilog. 625 d'huile pris en 66 piqûres. C'est chez ce malade que nous avons constaté le plus nettement le rôle de l'état général dans la tolérance à l'égard de la créosote : il avait une tolérance parfaite en temps ordinaire; or, un jour, sans que nous sachions pourquoi, il eut une grave intolérance accidentelle : la cause nous en fut révélée le soir même par l'ap-
parition d'une angine herpétique; la maladie intercurrente l'avait mis en état de moindre résistance. Nous avons perdu l'adresse de cet homme.
Observ. 76, 77, 78. — Chez P..., Mol..., Mi..., même résultat avantageux au point de vue local comme au point de vue général.
Nous ne voulons pas abuser de la patience du lecteur en lui narrant des observations de malades qui n'ont pas de particularités saillantes.
Observ. 79. — Ch... a obtenu une amélioration évidente de son état général après 41 jours de traitement, 25 piqûres, 9 lavements. Son poids, de 119, était monté à 136 ; un foyer non douteux au sommet gauche avait disparu. Malheureusement, 54 jours après la dernière injection, il fut pris d'une méningite et de pneumonie, — les détails de cette observation seront donnés ultérieurement; — mais il eut la bonne fortune de résister à ce double assaut, contre toute espérance, et à sa sortie de l'hôpital, c'est-à-dire trois mois après l'apparition de la méningite, il pouvait être considéré comme guéri; on ne trouvait plus rien dans ses poumons, pas de bacilles dans ses très rares crachats. Sont-ce les 2 kilogrammes d'huile créosotée pris antérieurement qui lui ont permis de résister à la poussée méningitique? Nous ne faisons que poser la question.
Observ. 80. — Chauv..., 55 ans, était atteint de misère physiologique et de cachexie palustre; il avait une caverne au sommet gauche et il est entré au Val-de-Grâce au quinzième jour d'une poussée subaiguë du plus mauvais caractère. Nous eûmes la satisfaction de faire très vite disparaître sa fièvre, mais nous dûmes manier la créosote avec une prudence extrême, car cet homme était, au début, sensible à 1 centigramme du médicament; puis, peu à peu, la tolérance s'établit, au point qu'il put prendre 6 gr. 66 de créosote pure en une seule piqûre, 'soit 100 grammes d'huile au 1/15. Bref, il parvint à prendre 2 kilogr. 195 d'huile en 73 piqûres, 700 grammes en 13 lavements, et après 109 jours de traitement il nous quitta pesant 124 livres au lieu de 107 et n'ayant qu'une caverne très nettement limitée au sommet gauche. Il se trouvait si bien qu'il refusa l'hospitalité que nous lui proposions de lui faire obtenir dans un hôpital de Paris, préférant reprendre sa vie vagabonde, coucher sous les ponts et vivre de privations. Nous ne savons pas si cette hygiène spéciale a eu d'excellents résultats.
Observ. 81. -Chez Breton... il y avait également < e la fièvre au début du traitement et le diagnostic de tuberculose n'était pas douteux. Cet homme avait eu à onze ans un abcès froid, il nous était envoyé avec le dxagnostic de tuberculose aiguë. La maladie
datait d'un an et la poussée aiguë datait de quelques jours. Or nous parvînmes à l'aire tomber la lièvre en six semaines, malgré l'intolérance du début. Une Ibis la fièvre tombée, on put pousser hardiment la créosote, et le malade prit 1 kilogr. 600 d'huile en 44 piqûres et 550 grammes en 12 lavements. En 105 jours de traitement, son poids augmenta de 109 à 119; au départ, 8 juillet 1892, l'état général était excellent et il ne restait qu'un peu d'obscurité aux deux sommets.
Observ. 82. — Sab... était aussi un fébricitant. Tout portait à croire que sa maladie allait avoir une évolution des plus rapides, tant était médiocre l'état général depuis plus d'un an ; il y avait quelques sous-crépitants au sommet gauche (pas de bacilles). Le malade entra avec hémoptysie; il eut d'abord de l'intolérance, que nous parvînmes à vaincre, puis, une fois la tolérance établie, il a pu prendre 2 kilog. 080 en 77 piqûres, 300 grammes en 5 lavements. Après 110 jours, le poids avait augmenté de 7 livres et il n'y avait plus que de l'induration au sommet gauche.
okerv, 83. — Chez Ton... nous avons vu la tuberculose apparaître sous nos yeux pendant la convalescence d'une rougeole que nous avions soignée. Le diagnostic était des plus nets; il y avait des bacilles dans les crachats et le pronostic était grave .
si l'on en juge par la fièvre et par la tendance envahissante de la lésion pulmonaire qui prenait chaque jour une nouvelle extension. En pleine fièvre, nous soumîmes cet homme au traitement et nous eûmes la satisfaction de voir la lésion se limiter, la fièvre tomber et finalement le malade guérir. Il revint de son pays six mois après, à seule fin d'être présenté par nous aux membres du congrès de la tuberculose et M. Hérard put constater qu'il n'y avait plus qu'un peu d'induration au sommet gauche. Malheureusement, la maladie ne devait pas définitivement abandonner sa proie; cinq ou six mois après, le malade eut une tumeur blanche du genou. Il entra à l'hôpital de Tournant et il fut emporté par une phtisie galopante, le 5 juillet 1892.
Observ. 84. — Plus heureux que ce dernier malade, le lieutenant X..., des sapeurs-pompiers, atteint de tuberculose non douteuse du sommet droit avec râles sous-crcpitants, dépérissement progressif depuis trois mois, considéré parle médecin-major de son régiment, M. Millet, comme gravement compromis, obtint une amélioration inespérée après 94 jours de traitement (1 kilog. 995 d'huile en 45 piqûres et en 10 lavements, 1 kilogramme d'huile de foie de morue). Cet officier venait tous les deux jours au Val-de-Grâce faire faire ses piqûres, ce qui ne l'empêchait pas de continuer son service très pénible, d'aller au feu au milieu de la nuit, etc. Or, à
la fin du traitement, il n'y avait plus que de l'obscurité au sommet envahi et, six mois après, la guérison se maintenait, h. ce moment, M. le docteur Chantemesse lui conseilla des douches froides, qu'il supporta trèsbien, etlaguérison semaintientparfaite depuis dix-huit mois. Cet officier est capitaine dans un régiment d'infanterie; nous le revoyons chaque fois qu'il passe à Paris.
Observ. 85. — De même chez Sez... le résultat a été des plus favorables; ce malade n'avait, il est vrai, qu'une lésion nettement limitée au sommet gauche, mais il avait eu deux graves hémoptysies antérieures et son état général était défectueux. Or, sous l'influence de 2 kilog. 030 d'huile créosotée pris en 47 piqûres, il obtint une amélioration notable au bout de 49 jours de traitement; le poids avait augmenté de 114 à 118 livres; l'état général était devenu excellent et les râles sous-crépitants du sommet gauche étaient plus disséminés et perceptibles seulement après la toux. A noter le traitement intensif institué chez ce malade : pendant 49 jours il avait pris une moyenne de 60 grammes d'huile au 1/15, soit 4 grammes de créosote pure
par jour. , ...
Une lettre reçue le 10 mars 1895, c est-a-dire seize mois après la sortie de l'hôpital, nous apprend nue lemalade a eu encore deux petites hémoptysies en 1892, mais qu'il va aussi bien que possible,
PAR LA CRÉOSOTE lG3
qu'il n'a pas interrompu un seul jour son travail qu'il pèse 119 livres. Il continue régulièrement 1 huile de morue créosoîée.
Obier». 86. - Re... était absolument dans la même situation. Il ne gagna que 8 livres en 52 jours, mais l'état local de son poumon s'améliora sensiblement.
Observ. 87. - Sal..., proposé pour la retraite par M. le professeur du Gazai, gagna 12 livres en 44 jours; les craquements qu'il avait en entrantdans notre service disparurent ; il avait pris 1 kil. m d huile créosotée en 25 piqûres.
Observ. 88. Chez Kl..., également garde républicain retraité pour tuberculose pulmonaire- 1 augmentation de poids fut de 7 livres en 47 jour '
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Les observations 89, 90 01 no az
des gardes républicains retraités ou réformés avec gratification pour tuberculose pulmonaire contractée au service, et chez tous l'amélioration, non seulement de l'état général, mais aussi de l'état local, a été des plus satisfaisantes.
Observ. 94. — Cha... mérite aussi d'être signalé parce qu'il a suivi le traitement en deux périodes différentes séparées par deux mois d'intervalle et qu'à chaque reprise nous avons pu constater une notable et très rapide amélioration de l'état général. En lui injectant de la créosote, on lui donnait positivement delà vie, et ce fait nous incite à conseiller les traitements successifs. Il en est de la tuberculose comme de la syphilis, on ne peut pas avoir la prétention d'obtenir le maximum d'effet par un traitement ininterrompu, mais nous reviendrons sur ce sujet quand nous exposerons les règles suivies par nous pour l'application du traitement.
Observ. 95. — Rad... était en traitement pour embarras gastrique lorsqu'il fit sous nos yeux une pleurésie droite fébrile. Nous le mimes au traitement au septième jour de cette pleurésie ; il toléra la créosote malgré la fièvre. La pleurésie disparut avec une rapidité insolite ; le traitement n'empêcha cependant pas l'autre plèvre de se prendre, mais tout finit par guérison, et en 110 jours, pendant lesquels il prit 2 kilogrammes d'huile en 50 piqûres et
1 kil. 225 en 17 lavements, le poids de cet homme augmenta de 100 à 125 livres; c'est une guérison d'une rapidité peu commune.
Parmi les malades atteints de tuberculose des séreuses, ayant tiré du traitement un bénéfice énorme, citons encore Yobserv. 96. — Bou... avait un épanchementpleurétique considérable, qui disparut sans ponction, et une fièvre beaucoup plus ardente qu'elle ne l'est habituellement dans la pleurésie; or, il fut traité par la créosote en pleine fièvre pleurétique. La créosote, loin d'augmenter la fièvre, la fit tomber progressivement, mais elle n'a disparu qu'au vingtième jour. Les doses, au début, étaient minimes : 5 grammes d'huile au 1/15 pendant huit jours; elles n'ont été poussées qu'à partir du moment où la fièvre témoigna d'une tendance à céder; en pareil cas, le maniement du médicament est fort délicat, mais ce fait prouve que la fièvre n'est pas une contre-indication absolue à son emploi. Une fois la fièvre tombée, bous avons pu pousser rapidement jusqu'à 200 grammes et à partir du moment où le malade a pu prendre des doses élevées, son état général fit des progrès incroyables ; il renaissait à la vie beaucoup plus rapidement que les convalescents ordinaires de pleurésie. Il ne prit en somme que 1 kil. 625 en 38 piqûres et 4 lavements de 100 grammes et augmenta cependant de 15 livres en 48 jours. Nous avons reçu de ses
nouvelles quatre mois après sa sortie de l'hôpital et la guérison se maintenait.
Observ. 97. — Chez "Vie..., le diagnostic de pleurésie tuberculeuse était beaucoup plus net, il a été porté par MM. les docteurs Lamy (août 1891), Pottier, interne des hôpitaux (septembre 1891). Or, le résultat fut tout aussi remarquable : le traitement ne fut commencé qu'au dix-huitième jour de l'entrée à l'hôpital en pleine fièvre, et il a fait tomber la fièvre; l'épanchement disparut avec une rapidité peu commune, le poids a augmenté d'une façon surprenante : vingt-six livres en un mois, mais ce qui est intéressant chez ce malade, c'est que nous avons pu le garder trois mois après sa guérison, pendant lesquels il a continué à suivre le traitement à petites doses, et la guérison se maintient; nous avons revu l'ex-malade en juin 1895. Mais, dira-t-on, tous les jours nous voyons des pleurétiques semblables guérir avec les moyens ordinaires de la thérapeutique; nous n'en disconvenons pas, mais ils guérissent moins vite que par la créosote quand elle est tolérée. D'ailleurs, c'est à cause de la possibilité de la guérison spontanée que nous n'avons pas placé tous ces pleurétiques dans notre première catégorie, exclusivement réservée aux malades qui, selon toute probabilité, n'auraient pas guéri sans la créosote.
Observ. 98. — On voit aussi des malades atteints de péritonite tuberculeuse guérir sans créosote; nous croyons cependant pouvoir attribuer à la créosote un résultat des plus avantageux chez le malade suivant, car rien ne faisait présumer une guérison si prompte et si complète. As... était entré dans le service avec le diagnostic de péritonite aiguë. Il avait été pris, clans le cours d'une belle santé, de vomissements, fièvre, douleurs atroces du ventre, et à l'entrée le diagnostic de péritonite s'imposait. L'orage initial s'étant calmé au bout d'une quinzaine de jours, il resta une ascite peu volumineuse d'abord, à peine perceptible, mais qui augmenta sous nos yeux; deux mois après l'entrée du malade à l'hôpital, cet épanchement péritonéal était assez manifeste pour que M. le professeur Spillmann, de Nancy, pût affirmer qu'il s'agissait d'une péritonite tuberculeuse qui, selon toute apparence, n'était pas appelée à disparaître spontanément, car le malade perdait de jour en jour des forces en même temps que son ascite augmentait. L'intervention chirurgicale fut même discutée, mais, avant de la proposer au malade, nous l'invitâmes à suivre le traitement créosoté. Il pesait à ce moment 110 livres; or après les quinze premières injections nous vîmes l'état général se remonter, le poids augmenter, l'ascite diminuer. Et après soixante jours de traitement pendant lesquels le malade prit 1 kil. 850 d'huile créosotée en 52 pi-
qûres et 1 kilogramme en 10 lavements, il pouvait être considéré comme guéri, son poids avait augmenté de 19 livres. Aurait-il guéri de la même façon sans créosote? C'est vraiment peu probable, puisque la maladie allait toujours en s'aggravant et que ce n'est qu'à partir du moment où le traitement créosoté a été institué qu'on a vu les progrès du mal être enrayés. — Des nouvelles reçues en juillet 1893 nous apprennent que l'état de santé se maintient.
Observ. 99. — Parmi les trop rares malades atteints de tuberculose chirurgicale que nous ayons eu l'occasion d'observer, il nous faut citer comme ayant fait grand honneur au traitement créosoté M. Ga... qui, opéré trois mois avant par M. Nélaton, voyait reparaître une périostite costale avec fluctuation profonde; or, ce malade, soumis pendant 39 jours seulement à la créosote, tira le plus grand bénéfice du traitement puisque d'une part son poids augmenta de 6 livres et que d'autre part la fluctuation profonde et la rougeur constatée au début disparurent. Ce résultat dépassa même nos espérances. Le malade venait presque tous les matins au Val-de-Grâce, d'une station éloignée de la ligne de Brie-Comte-Robert ; il put de la sorte prendre en 59 jours 29 piqûres, soit 1 kil. 240 d'huile créosotée au 1/15.
Observ. 100. — Voici enfin l'observation résumée d'un malade atteint de tuberculose testiculaire.
La maladie datait de cinq mois; le testicule droit devenu caseux fut enlevé par M. le professeur Delorme, le 21 mars 1891 ; or, cette ablation n'empêcha pas la tuberculose d'envahir l'autre testicule, la prostate et les vésicules séminales ainsi que M. Delorme put lui-même le constater. Trois mois après l'opération, le malade fut donc soumis au traitement. Pendant 78 jours, il prit 5 kil. 755 d'huile en 41 piqûres, 1 kil. 500 en 9 lavements et il retira du traitement un notable bénéfice, car d'une part son état général s'améliora, ainsi que le prouve l'augmentation du poids, qui monta de 129 à 134 livres, et, d'autre part, il y eut une régression notable de sa tuberculose génitale; un traitement par l'acide phénique en injections souscutanées, dirigé par M. le docteur Declat, acheva de le guérir, d'après ce qu'il nous écrit, un an et demi après sa sortie du Val-de-Grâce.