RÉSULTATS ENCOURAGEANTS VARIANT ENTRE 5 ET
Puis viennent les 122 malades chez lesquels nous apprécions entre 5 et 15 le bénéfice obtenu.
Ils peuvent se diviser en trois groupes distincts : chez les uns, nous avons coté bas, parce que la maladie aurait été peut-être susceptible deguérison spontanée, nous avons ainsi cherché à éviter cette objection, d'ailleurs très légitime, qui consiste à dire que les malades traités par la créosote auraient été améliorés ou guéris tout aussi bien par les moyens habituels de la thérapeutique ou par les seules ressources de l'hygiène.
Chez les autres, nous avons coté bas parce que le diagnostic était incertain. Tous les cliniciens savent combien il est difficile de faire le diagnostic de la tuberculose au début, surtout chez les neurasthéniques et les dyspeptiques. Supposons donc que nous ayons eu un neurasthénique à sommets suspects et que, sous l'influence du traitement, son état général se soit amélioré de la façon la plus évidente, nous ne lui donnons qu'une noie variant entre 5 et 15.
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Chez d'autres malades enfin, nous avons tenu compte, dans notre appréciation, de la marche des lésions, progressant malgré la modification heureuse de l'état général; chez ces malades, la créosote n'est qu'un trompe-l'œil, et il est de l'honnêteté la plus élémentaire d'appeler l'attention de nos confrères sur ces cas. D'ailleurs chacune de ces subdivisions mérite de nous arrêter.
PREMIÈRE SURDIVlStON
MALADES QUI AURAIENT PEUT-ÊTRE GUÉM SANS CRÉOSOTE (Nous prenons au hasard de nos observations.)
Observ. 101. — Tr..., garde républicain, élaitbien . un tuberculeux, voire même que ses deux sommets étaient intéressés. Il avait été retraité pour tuberculose pulmonaire, mais sa maladie revêtait la forme apyrétique, torpide; elle datait de trois ans et il est à la rigueur possible qu'une bonne hygiène ait pu l'empêcher de progresser et faire gagner au malade ce qu'il a obtenu de 48 jours de traitement créosoté : mais hâtons-nous de faire remarquer que cette excellente hygiène, il ne l'avait pas à l'hôpital du Val-de-Grâce.
Observ. 102. —Dit..., prisonnier de Bicêtre, avait
à son entrée un petit foyer limité à gauche et de l'induration à droite. A sa sortie, après 180 jours, l'état local élait stationnaire et il y avait une légère amélioration de l'état général. Il avait pris 3kilogr. 185 d'huile en 81 piqûres et 1 kilogr. 850 en 34 lavements.
Certes, il est possible que ces résultats soient dus en partie au passage de la prison à l'hôpital, cependant nous devons faire remarquer que notre milieu hospitalier n'est pas l'idéal de l'hygiène; notre salle de détenus est médiocrement aérée, très mal éclairée, les malades ne sortent qu'une heure par jour, dans une petite cour n'ayant rien d'hygiénique. Nous croyons donc avoir rendu service à cet homme en empêchant sa maladie d'évoluer et en lui faisant gagner 3 livres et nous n'estimons pas être exagéré en appréciant par la note 14 l'étendue de ce service, d'autant qu'une lettre reçue du médecin du pénitencier d'Avignon nous apprend que l'amélioration se maintient et qu'il ne reste plus qu'un peu de rudesse de la respiration a gauche.
Observ. 103. — Même remarque pour Le.... Il avait un petit foyer à gauche, de l'induration à droite; sa maladie était torpide, aussi n'apprécionsnous que par le chiffre 8 le bénéfice qu'il a obtenu après 112 jours de traitement pendant lesquels il avait pris 1 kilogr. 955 d'huile parla peau et 1 kilogr. 500 en 16 lavements. Son poids n'avait augmenté
que de 4 livres, mais l'amélioralion de son état local était évidente.
Observ. 104. — Bro... avait le poumon droit suspect et de la fièvre à l'entrée, mais sa maladie ne datait que d'un mois et en somme il n'était pas très malade: il avait une de ces tuberculoses simulant l'embarras gastrique qui guérissent souvent toutes seules et constituent le premier acte du drame pathologique. Nous croyons cependant lui avoir été utile avec l'huile créosolée dont il a pris 1 kilogr. 70 en 20 piqûres pendant les 21 jours qu'il est resté avec nous. La créosote, loin d'exciter la fièvre et de donner un coup de fouet à la maladie, nous paraît au contraire l'avoir enrayée, mais, comme nous ne pouvons pas l'affirmer, nous évaluons à 12 seulement le bénéfice obtenu, qui a été une augmentation de poids de 5 livres en 21 jours malgré la fièvre du début et la réapparition rapide des forces.
Dans certains cas, le traitement n'ayant pas été suffisamment prolongé, nous donnons une note moins élevée que celle qui aurait été donnée à la fin d'un traitement sérieux; ainsi :
Observ. 105.— Ver... n'a pu rester que 25 jours en traitement; les ganglions dont il était porteur n'ont pas été modifiés, mais il avait augmenté de
9 livres en 25 jours sous l'influence incontestable de la créosote. Il avait suivi un traitement intensif (1 kilogr. 755 d'huile en 18 piqûres, soit une moyenne de 97 grammes par piqûre).
Nous estimons à 14 le résultat obtenu et il est bien probable que la note aurait été plus élevée si le malade était resté plus longtemps en traitement.
Observ. 106. — De même chez le garde républicain Arb.... Le traitement n'a pas duré assez longtemps pour que nous puissions avoir une opinion définitive sur la valeur qu'il convient de lui attribuer. Ce garde était atteint depuis six mois d'adénites du cou lorsque M. le professeur Robert nous invita à le traiter par les injections. Ces adénites étaient inopérables parce que la chaîne ganglionnaire s'étendait jusque sous la clavicule; or, après 55 jours de" traitement pendant lesquels il prit 1 kilogr. 990 d'huile créosotée en 30 piqûres, l'état général était devenu bien meilleur, le poids avait augmenté de 10 livres, mais les adénites n'avaient subi qu'une diminution d'un quart. Chacun des ganglions était devenu plus dur, plus facilement isolable; mais le malade restait inopérable. Il est regrettable qu'il n'ait pas continué plus longtemps son traitement.
Observ. 107. — Ber..., détenu, était aussi porteur de volumineux ganglions, et il a obtenu une notable
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amélioration de l'état général (augmentation de 7 livres) et une légère diminution du volume de ces ganglions, mais d'une part le traitement n'a pas été assez prolongé (57 jours), d'autre part il n'a pas été assez intensif. Le malade n'avait pris que 405 grammes d'huile créosotée en 21 piqûres.
Nombreux sont nos tuberculeux pulmonaires à forme lente chez lesquels la lésion est restée stationnais, mais qui ont vu une amélioration notable, de leur état général sous l'influence de la créosote.
Observ. 108. — Lu... a augmenté de 7 livres en 67 jours après avoir pris 1 kilogr. 535 d'huile en 44 piqûres, 400 grammes en 4 lavements, 500 grammes d'huile de morue créosotée.
Observ. 109. — De même chez Cha... les 2 sommets étaient, indurés, l'état local est resté le même après le traitement, mais l'état général s'est sensiblement amélioré, avec 88 piqûres qui lui ont faitpasser sous la peau 2 kilogr. 525 d'huile : nous lui avons donné la note 14, que nous avons maintenue six mois après à un examen fait avec notre collègue M. Catrin.
Observ. 110. — Mer... nous a donné un véritable succès, le poids a augmenté de 109 à 123 en 75 jours sous l'influence de 2 kilogr. 795 d'huile prise en 43 piqûres, de 1 kilogr. 550 d'huile prise en 16 lavements, de 1 kilogramme d'huile de morue créo-
sotée et de 1 kilogramme de poudre de viande. Nous ne lui avons donné cependant que la note 12, parce que par le fait du traitement il a eu deux accidents : 1° un œdème de la jambe consécutif à une piqûre de la cuisse et 2° une légère embolie graisseuse due à la pénétration de l'huile dans une veine, accidents sur lesquels nous aurons à revenir, mais c'est à dessein que nous mentionnons ici ce malade, pour bien montrer tous les éléments qui entrent dans notre appréciation sur la valeur du traitement. Une lettre reçue le 12 mars 1895, c'està-dire six mois après la cessation du traitement, nous apprend que cet homme va très bien, que son poids reste à 106.
De même, nous n'avons donné que la note 14 au détenu Dor... (Obterv. 111), bien que nous ayons obtenu un résultat des plus avantageux au point de vue des ganglions desoncou, parce que nous n'avons pas fait chez lui que le traitement créosoté, nous l'avons aussi en même temps traité par les injections de naphtol camphré dans ses ganglions, nous ne sommes donc pas autorisé à attribuer à la créosote seule la guérison obtenue et nous traduisons notre incertitude en donnant une note relativement peu élevée — C'est un de ceux de nos malades qui aient pris le plus de créosote. En 115 jours il a pris 2 kilogr. 820 d'huile en 64 piqûres, 5 kilogr. ooU en 55 lavements, 5 kilogr. 550 d'huile de foie de morue créosotée à 10/990.
Obserc. 112. — Gr... avait le poumon gauche nettement intéressé et le poumon droit induré. En 54 jours il a augmenté de S livres et son état local a élé légèrement amendé, mais comme il a pris peu de créosote, 775 grammes d'huile en 21 piqûres, nous sommes en droit de nous demander si le médicament a eu une part hien considérable dans l'amélioration obtenue; aussi n'avons-nous donné que la note 11.
Observ. 115. — Chez Lom... atteint d'un foyer non douteux au sommet gauche, l'amélioration de l'état général, après la prise de 1 kilogr. 750 d'huile en 51 piqûres et de 2 kilogr. 200 en 22 lavements, s'est traduite par une augmentation de poids de 18 livres en 40 jours; mais comme nous n'avons pas trouvé de bacilles dans les crachats, comme la lésion était torpide, comme la maladie datait de trois ans et devait avoir selon toute probabilité une évolution lente, comme en d'autres termes le pronostic initial était relativement bénin, nous n'avons cru devoir donner, à cet homme que la note 12.
Observ. 114. - Chez Mlle L..; la créosote ne fut donnée qu'en lavements (1 kilogr. 100 d'huile créosotee à 1/15 en 25 lavements) et sous forme d'huile de morue créosotée. Mais comme cette malade suivit un i traitement au Mont-Dore entre deux traitements créosotes, nous ne savons vraiment pas la part qui
revient à la créosote dans la guérison obtenue. Ce qu'il y a de certain, c'est que son sommet droit, déclaré nettement induré par nous-mème et par le D' Cazalis du Mont-Dore en juillet 1892, était absolument normal quatre mois après le début du premier traitement créosoté : malheureusement Mlle L... s'est mariée, est devenue enceinte en mars 1893 et son état est devenu très inquiétant (octobre
Observ 115.— ChezM . Per . . . 900 grammes d'huile créosotée en 30 piqûres prises en deux mois eurent un excellent effet, modifièrent la toux, l'expectoration, firent augmenter le poids de six livres, et un petit foyer non douteux constaté par le D' Cros au sommet du poumon gauche avait presque disparu ; mais le malade avait une de ces formes lentes de tuberculose qui font l'honneur de tous les traitements raisonnables. Après le traitement créosote nous l'envoyâmes à Leysin, octobre 1892 et le Dr Lauth a constaté à l'arrivée la présence de bacilles de Koch dans les rares crachats du malade II lui a fait pendant les quatre mois suivants de nombreuses piqûres à l'huile gaïacolée, grâce auxquelles 1 amélioration obtenue avant le départ pour Leysin se maintient (juin 1895).
Observ 116. - Cat... est le premier des malades que nous ayons traité par les injections, en mai
1889. Après 125 jours, nous avions obtenu chez lui une amélioration des plus manifestes; or le diagnostic n'était pas douteux. Il avait été confirmé par M. Antony, et l'examen des crachats avait démontré l'existence de rares bacilles de Koch; à la fin du traitement, les sous-crépitants observés au sommet gauche avaient disparu, 1 état général était devenu excellent et le malade, en sortant de l'hôpital, a pu vivre pendant six mois de son métier de marchand d'habits. Mais, placé dans de déplorables conditions d'hygiène, il est retombé malade au septième mois; nous l'avons envoyé à Tenon dans le service de M. Faisans, où il a été soumis à l'aération continue pendant trois mois et aux injections sous-cutanées intensives sous la direction de M. Potier, interne du service. Il obtint de nouveau une amélioration qui confinait à la guérison. Puis il retomba encore en janvier 1892 et dut entrer dans le service de M. Rigal à Necker, où M. Potier était alors interne; il en sortit deux mois après dans un état qui nous sembla grave, et il a fini par succomber en septembre 1892. Cette lente évolution de la maladie, ces améliorations successives aussitôt que le malade était soustrait aux conditions antihygiéniques dans lesquelles il vivait, indiquent évidemment une tuberculose à forme torpide. Aussi n'es- Hmons-nous qu a 11 le bénéfice obtenu par Cat..., après son premier traitement créosoté. Il est à présumer que cet homme aurait pu retrouver une