‹ Traitement de la tuberculose par la creosoteChapitre 18 sur 36 · MALADES A DIAGNOSTIC INCERTAIN · texte numérisé non relu

MALADES A DIAGNOSTIC INCERTAIN

Quel que soit le soin avec lequel nous cherchons à établir un diagnostic précis, il nous arrive quelquefois de ne pas atteindre ce résultat. Nous nous abstenons autant que possible de mettre les malades de ce genre au traitement; cependant, pour des raisons diverses, nous avons été amené, dans certaines circonstances, à créosoter des malades chez lesquels le diagnostic est resté et reste encore en suspens. Il nous est aussi arrivé de commettre des erreurs de diagnostic et de prendre pour tuberculeux des gens qui ne l'étaient pas. Dans tous ces cas, quelle que soit l'excellence des résultats obtenus, nous donnons aux malades une note beaucoup plus basse que s'il s'était agi de tuberculeux non douteux.

Observ. 152. — Un des plus profitables exemples d'erreur de diagnostic que nous ayons commis est celui de Mme X..., qui avait de l'induration non douteuse au sommet gauche, avec submatité et râles sous-crépitants fugaces. Nous l'avons observée quatre mois avant de la mettre au traitement. Elle n'avait pas de bacilles dans les crachats, niais divers médecins, consultés depuis cinq ans, avaient

TRAITEMENT DE LA TU lîEUCULOSE

affirmé la tuberculose. Bref, l'état général devenant de plus en plus défectueux, nous nous décidâmes à conseiller à la malade le traitement créosoté : 50 injections en quatre-vingt-seize jours eurent un résultat des plus favorables. La dose injectée avait cependant été minime (500 gr.) à cause de l'intolérance relative de la malade. Malgré cette petite dose, le poids augmenta de 15 livres, l'appétit reparut, la toux diminua sensiblement, les forces revinrent. Mme X... affirmait qu'elle ne s'était pas si bien trouvée depuis plus de cinq ans, malgré tous les traitements divers auxquels elle avait été soumise. Le résultat pouvait donc être considéré comme excellent; malheureusement il y avait erreur de diagnostic. L'apparition d'accidents tertiaires nous mit plus tard sur une autre piste, et par des injections d'huile grise, de hautes doses d'iodure, l'état général et les lésions pulmonaires furent encore bien plus améliorés qu'à la suite du traitement par la créosote. Ce médicament avait été incontestablement utile, il avait agi comme dvnamogénique, mais ce n'était en somme qu'un demi-succès, car l'amélioration produite par l'huile créosotée n'avait pas été durable, tandis que l'intervention du traitement spécifique a été couronnée d'un succès éclatant et définitif.

Peut-être s'agissait-il aussi de syphilis pulmonaire chez le détenu Cou... (Oherv. 155) qui, entre avec un petit foyer très net à droite et de l'indura-

lion à gauche, a quitté l'hôpital cent vingt-deux jours après, parfaitement guéri et pesant 11 livres de plus qu'à son entrée; nous n'avions pas trouvé de bacilles dans ses crachats et il était syphilitique tertiaire, voire même qu'il avait une gomme de la langue des plus intéressantes, que M. le professeur Fournier a étudiée à une visite qu'il nous a faite. Ce malade a suivi alternativement le traitement créosoté et le traitement antisyphilitique par l'iodure et les piqûres d'huile mercurielle, sur lesquelles nous avons fait une communication à la Société de dermatologie en 1892. Est-ce au mercure, à l'iodure ou à la créosote qu'il doit sa guérison? un cloute reste encore dans notre esprit. L'observation de ce malade n'en est pas moins fort intéressante, car il est parti totalement guéri de sa gomme linguale et de douleurs rhumatoïdes très tenaces qui le tourmentaient depuis un an; enfin l'état de ses poumons était irréprochable.

La grippe a provoqué, en ces dernières années, des manifestations pulmonaires qui ont singulièrement embarrassé les diagnostics. Tous nos confrères ont été mis en présence de malades atteints de grippe plus ou moins légère, chez lesquels apparaissait ensuite une congestion pulmonaire, quelquefois très intense, avec fièvre ardente, délire, état général fort inquiétant, tous symptômes simulant la tuberculose digne ou subaiguë et qui, le

plus souvent, n'étaient que des affections à streptocoques, n'ayant rien de commun avec la tuberculose. Pour notre part, nous avons eu cinq malades que nous avons traités par la créosote, croyant tout d'abord qu'ils étaient devenus tuberculeux à la suite de la grippe, et chez lesquels il pourrait bien se faire que la tuberculose n'ait pas été en cause. Cette hésitation du diagnostic, qui existe encore à l'heure qu'il est dans notre esprit, tient à la difficulté du problème, difficulté que ne pouvait malheureusement pas vaincre l'examen bactériologique des crachats, car comment trouver des bacilles dans les demi-litres d'expectoration que rendaient les malades en vingt-quatre heures? Ces cinq malades ont guéri avec une telle rapidité que nous n'osons vraiment pas les considérer comme ayant été touchés par la tuberculose aiguë. Mais citons leurs observations résumées :

Observ. 134. — Aut... entra en avril 1892, pour une maladie de poitrine caractérisée par une oppression intense, une expectoration abondante, des râles de congestion pulmonaire généralisée, un état général des plus défectueux. Était-ce de la grippe? était-ce de la tuberculose subaiguë? Pendant trente-trois jours notre diagnostic fut ainsi hésitant, et cette incertitude était partagée par les divers médecins dont nous invoquions les lumières. Au trente-troisième jour, nous nous décidâmes

enfin à appliquer le traitement créosote, parce que le malade perdait du terrain tous les jours. Nous eûmes l'extrême satisfaction de voir la congestion pulmonaire, si rebelle, céder avec une rapidité du meilleur augure. Puis la fièvre tomba, l'état général se remonta beaucoup plus vite qu'on ne l'observe dans les convalescences de grippe infectieuse : inutile de dire que, dans ce cas, nous menâmes le traitement avec la plus grande prudence au début; nous arrivâmes cependant, au bout de dix jours, à" faire tolérer la dose de 30 grammes d'huile à 1/15, et, à partir de ce moment, notre audace n'eut plus de bornes et le traitement intensif fut très bien supporté. Bref, en 65 piqûres, réparties sur une durée de cent trente-six jours, le malade prit 2 kilog. 515 d'huile par la peau; il prit, d'autre part, dix lavements de 50 grammes, et son poids augmenta de 14 livres. Au départ, il était parfaitement guéri. L'action de la créosote a donc été des plus évidentes chez ce malade, mais nous ne l'apprecions que par le chiffre 12 parce qu'en somme il aurait peut-être pu guérir sans cela, et parce que notre diagnostic était hésitant.

Observ. 135. -De même Boy... était atteint de broncho-pneumonie très nette, avec congestion pu monaire généralisée; nous basant sur le merreilleux effet du médicament chez le malade précèdent, nous n'attendîmes pas pour le mettre au

traitement, et il fut soumis aux injections au quinzième jour de sa maladie. Le résultat fut également des plus rapides et des plus satisfaisants. En trenteneuf jours, cet homme augmenta de 6 livres; il avait reçu 1 kilog. 485 d'huile en 29 piqûres, et il quitta l'hôpital parfaitement guéri. Si nous avions la conviction que cet homme a eu de la tuberculose, nous lui donnerions la note 20, car sa guelison si rapide pourrait être considérée comme un résultat des plus remarquables, mais comme, en dernière analyse, nous nous demandons s'il ne s'agissait pas d'une simple grippe infectieuse; comme, dans cette dernière hypothèse, il aurait pu guérii sans créosote, beaucoup plus lentement, il est vrai, nous n'apprécions que par la cote 10 l'importance du service rendu.

Observ. 136. — L'observation de Dron... est calquée sur la précédente; même incertitude de diagnostic: plusieurs médecins, le docteur Billot entre autres, croyant à de la tuberculose au deuxième degré; même disparition rapide de la congestion pulmonaire, même coup de fouet donné à la nutrition et amenant une convalescence rapide.

Observ 137. — Chez Jean..., le diagnostic resta en suspens pendant toute la durée du traitement c'est-à-dire pendant quarante-cinq jours; sur neut médecins consultés, cinq pensaient à de la tuber-

clilose subaiguë, et quatre, entre autres le docteur Barthélémy, se rangeaient à l'idée de grippe infectieuse; quoi qu'il en soit, l"état général était des plus graves : il y avait une fièvre ardente, des râles sous-crépi tants de haut en bas du poumon droit et au sommet gauche, et M. Coignard nous disait que si ce malade guérissait, nous pourrions enregistrer un magnifique succès de plus. Le traitement fut commencé en pleine fièvre; la créosote imprimait à la température des bonds extraordinaires, mais sans amener de refroidissement ni de malaises ; le malade put donc prendre 1 kilog. 560 d'huile 'en 52 piqûres, et peu à peu son état général s'améliora de la façon la plus nette. Quant aux râles sous-crépitants, ils étaient limités aux deux sommets au moment où le malade nous quitta. Nous sommes encore aussi indécis qu'au premier jour sur le diagnostic à porter : tout ce que nous pouvons affirmer, c'est que la créosote a été utile à ce malade, dont nous avons perdu la trace.

Observ. 158. - Chez Yer..., nous ne pouvons pas non plus affirmer qu'il y ait eu grippe infectieuse ou tuberculose. Il y avait de la grippe dans nos salles, les crachats étaient trop abondants pour qu'on y retrouvât des bacilles, s'ils existaient; ce qu il y a de certain, c'est que le malade était très souffrant, que tout son poumon droit était congestionné, et qu'il guérit avec une rapidité peu corn-

mune, après quelques jours de traitement créosote. L'orage une fois dissipé, nous continuâmes le traitement par mesure de précaution; il prit ainsi 1 kilog. 560 en 49 piqûres, 1 kilog. 300 en 16 lavements, et après cent dix-sept jours de présence dans nos salles, il sortit parfaitement guéri et pesant S livres de plus qu'à son entrée.

On sait combien, chez les neurasthéniques avec dyspepsie, le diagnostic de tuberculose au début est difficile ; ces malades ont une petite toux sèche, maigrissent, perdent leurs forces et ont tout à fait l'aspect de tuberculeux. Pour peu qu'ils contractent une bronchite et que quelques râles apparaissent dans leurs poumons, la difficulté s'aggrave encore. Dans trois cas semblables, nous avons cru devoir mettre les malades au traitement, et ils s'en sont toujours très bien trouvés.

Observ. 139. — M. X..., officier d'administration, venait tous les matins d'une distance de 4 kilomètres pour subir sa piqûre; c'est donc qu'il trouvait que le traitement le réconfortait; en effet, son poids augmenta de 10 livres en cent quatre jours, son appétit reparut et une petite toux sèche, qui l'inquiétait outre mesure, disparut rapidement.

Observ. 140. — M. S..., étudiant en médecine, prit sous nos yeux 13 piqûres et continua le traite-

ment chez lui pendant deux mois; son état général s'améliora à vue d'œil et sa neurasthénie s'amenda.

Observ. 141. — To... dépérissait depuis trois mois par le fait d'une dyspepsie neurasthénique, et nous élait envoyé comme suspect de tuberculose par le médecin de Bicêtre. En soixante-trois jours, il gagna S livres et sortit n'ayant plus rien d'appréciable à la poitrine- Ces faits, et bien d'autres que nous n'avons pas enregistrés, prouvent que la créosote n'est tout au moins pas dangereuse chez les neurasthéniques, mais nous ne voulons pas les donner comme résultats éclatants du traitement de la tuberculose.

De même, dans 40 autres observations le diagnostic était trop incertain pour que, malgré l'évidente amélioration obtenue à la suite du traitement créosoté, nous fassions honneur à la créosote de la guérison. Il faut cependant noter que tous ces malades nous étaient envoyés comme tuberculeux ou suspects de tuberculose, par des médecins soigneux, s'intéressant au traitement, venant voir leurs malades à l'hôpital, entre autres par MM. Billot du 46e de ligne, Bourdon du 76e. L'un nous fut adressé sur le conseil de M. l'inspecteur Dujardin- Beaumelz, plusieurs autres parles médecins de la Place de Paris (M. le principal Chauvel et M. Kopff), c'est assez dire qu'il y avait grande chance pour que

tous ces hommes fussent plus ou moins gravement menacés. Parmi tous ces suspects envoyés par nos confrères, nous faisions d'ailleurs un choix aussi judicieux que possible, et nous ne mettions au traitement que ceux chez lesquels la tuberculose était probable dans le sens philosophique du mol; il nous est arrivé de garder des malades de ce genre un mois, deux mois en observation avant de les mettre au traitement, et de les renvoyer soit à la prison quand ils étaient détenus, soit en congé de convalescence, avant de nous décider à les créosoter.

Pour fixer les idées, citons au hasard quelquesunes de ces observations :

Observ. 142. — Ber..., du 46e de ligne, nous était adressé par M. Billot, comme gravement suspect. Il avait, en effet, un peu de rudesse aux deux sommets et son état général fléchissait depuis trois mois. M. Billot était tellement convaincu qu'il s'agissait de tuberculose, qu'après son départ de l'hôpital il le fit réformer, malgré l'évidente amélioration que cet homme avait obtenue en soixantequatorze jours sous l'influence du traitement. Il avait pris 2 kilog. 465 d'huile en 49 piqûres. Nous apprenons en mars 1893, c'est-à-dire un an après le début du traitement, que le malade a une santé parfaite ; mais, nous le répétons, nous ne voulons pas mettre entièrement à l'actif de la créosote ce résultat; tout ce que nous pouvons dire, c'est que la créo-

sote a fait du bien à ce malade. Il était peut-être tuberculeux au début du traitement, nous ne pouvons pas l'affirmer, il n'était peut-être que candidat et le traitement l'a empêché de devenir tuberculeux.

Observ. 143. — Duh... avait trouvé le moyen de se faire passer pour un prêtre français, de se faire donner d'excellentes lettres de recommandation et employait son temps, en Italie, à voyagera petites journées de couvent en couvent; mais après deux ans de cette existence vagabonde il prit dans la campagne romaine des fièvres intermittentes graves, et quand il échoua dans le service des détenus, il était très épuisé et avait de l'obscurité aux deux sommets et une petite toux sèche d'assez mauvais augure. Il pesait 109 : soumis au traitement créosote intensif, il augmenta en vingt-cinq jours dé 6 livres, mais nous dûmes suspendre ce traitement, parce que, malgré la créosote, le malade fut repris d'accidents d'impaludisme d'une ténacité incroyable, résistant à 3 grammes de quinine donnée par la bouche, puis à 1 gramme de chlorhydrate de quinine donnée en injection sous la peau (chlorhydrate de quinine, 3 grammes; analgésine, 2' grammes; eau distillée, 5 grammes), puis à l'arsenic à doses presque toxiques. La fièvre ne céda qu'au bout de deux mois, à la suite d'injections sous-cutanées d'acide phénique. Après cet assaut formidable, les poumons de ce malade étaient dans

le même état qu'à l'arrivée, c'est ce qui augmente notre indécision au sujet du diagnostic de tuberculose. Cette observation est intéressante à un autre titre, puisqu'elle démontre l'impuissance de la créosote à empêcher l'impaludisme.

Observ. 144. — Il est des malades qui côtoient pendant des années la tuberculose. Tel est le cas de Heil, qui fit cinq entrées dans notre service avant d'être mis au traitement; il y avait toujours la même incertitude de diagnostic.

Observ. 145. — Da... nous était envoyé de Bicêtre comme suspect de tuberculose; notre collègue M. Antony partageait l'opinion du médecin de Bicêtre; or cet homme nous écrit, neuf mois après sa sortie de l'hôpital, qu'il va très bien, qu'il a un très dur travail à la Société des forges de Saint- Denis. Nul doute que le traitement créosoté ne lui ait été utile, mais nous ne pouvons pas affirmer au juste dans quelle mesure, puisque nous n'affirmons pas qu'il ait été tuberculenx.

Observ. 146. — Le docteur Chanu, qui observait Mlle M.. . depuis longtemps, ne mettait pas en doute l'existence d'une tuberculose à forme torpide. Sur son invitation, nous soumîmes la malade au traitement ; elle prit 1 kilog. 500 d'huile en 40 piqûres, elle augmenta de poids, les forces lui revinrent,

mais comme nous n'avons pas trouvé de bacilles dans ses crachats, comme c'était une arthritique et que rien n'est plus difficile que de faire le diagnostic entre la tuberculose pulmonaire et les poussées congestives des sommets qui surviennent chez les arthritiques, nous n'attribuons pas à la créosote un mérite, excessif, nous n'osons pas dire que cette demoiselle ait été guérie en soixante-cinq jours d'une tuberculose confirmée, et notre confrère voudra bien nous pardonner de ne pas être aussi affirmatif que lui dans l'appréciation de ce cas difficile.

Observ. 147. — Vel..., déclaré tuberculeux par M. Bourdon, médecin-major du régiment, a augmenté de 28 livres en 107 jours sous l'influence de 4 kilog. 350 gr. d'huile prise en 58 piqûres. Au départ il était tout à fait guéri, à preuve, c'est qu'il a pu rester dans l'armée. Eh bien, nous le répétons, nous ne sommes pas assez sûr du diagnostic pour donner à cet homme la note 20 qu'il mériterait certainement si le diagnostic de tuberculose avait pu être affirmé sans réserves.

Observ. 148. — Le soldat Len... avait toujours été chétif et malingre; or, après 50 jours de traitement créosoté, pendant lesquels il a pris 2 kilog. 600 d'huile en 44 piqûres, il était superbe de santé. Une lettre reçue 8 mois après sa sortie

de l'hôpital nous apprend qu'il continue à aller bien et a pu reprendre son métier. Nous l'avons revu 6 autres mois après, toujours bien portant.

Observ. 149. — C'est notre collègue M. Antony qui, pendant un mois qu'il nous remplaçait, a mis au traitement créosoté le détenu Thie... qu'il considérait comme tuberculeux; or, cet homme sortît après avoir pris 4 kilog. 115 d'huile en 89 piqûres, 2 kilogrammes d'huile de morue créosotée et 2 kilogrammes de poudre de viande. Si le diagnostic initial de M. Antony avait pu être confirmé par un examen positif des crachats, on pourrait en toute conscience considérer le résultat comme excellent, car cet homme à sa sortie de l'hôpital était d'une santé magnifique; nous n'avons pas eu de ses nouvelles ultérieures.

Observ. 150. — De même nous avons perdu la trace d'un autre cosmopolite Geo..., qui avait augmenté de 10 livres en 3 mois et demi après avoir pris 3 kilog. 800 en 55 piqûres et 1 kilog. 500 en 22 lavements.

Tous nos autres malades de cette catégorie ont également augmenté de poids d'une façon plus ou moins considérable.

Observ. — Chez Bar..., l'augmentation a été de 1 6 livres, et, chose curieuse, elle a continué à pro-

gresser après le départ de l'hôpital. Ce malade, revu 4 mois après sa sortie, par MM. Du Cazal et Catrin, était si bien guéri qu'on l'a laissé en prison. Ce n'est pas le régime de la prison qui l'a fait augmenter de poids pendant les 4 mois en question, c'est donc qu'il bénéficiait de l'impulsion donnée parle traitement qui avait été intensif: 2 kilog. 680 d'huile en 53 piqûres et 5 kilogr. 100 en 51 lavements (ces derniers chiffres sont à noter).

Observ. 152. Mel... Observ. 153. — fié... sont entrés tous deux avec des hémoptysies graves qui ont été enrayées d'une façon remarquable et rapide par les injections créosotées. Mais comme ces malades ont guéri avec une rapidité vraiment insolite, comme l'un d'eux avait au départ une puissance respiratoire peu commune, 4 litres au spiromètre ; comme chez lui la guérison se maintient depuis plus de six mois après la cessation du traitement, ainsi qu'il résulte d'une lettre reçue d'Avignon à la date du 12 mars 1893 ; comme d'autre part on voit quelquefois les hémoptysies s'arrêter spontanément ou sous l'influence de révulsifs (et les révulsifs n'ont pas été épargnés à nos deux malades, car nous ne nous estimions pas en 'droit de les priver de ce moyen qui a fait ses preuves, pour les soumettre exclusivement à un traitement qui n'avait pas encore fait les siennes), nous ne donnons a ces malades que la note 14, pensant qu'il est impos-

sible d'affirmer que ces hémoptysies fussent symptomatiques de la tuberculose.

Il appert en tout cas de ces deux observations que la créosote ne provoque pas les hémoptysies, il y a longtemps que nous avons fait justice de cette erreur; jamais nous n'avons vu les malades en traitement avoir des hémoptysies s'ils n'en avaient pas eu auparavant; par contre, nous avons vu huit fois des malades entrant avec hémoptysie, chez lesquels le crachement de sang était supprimé à la suite de 5 ou 4 injections et quelquefois même à la suite d'une seule.

Observ. 154. — Quesl..., 58 ans, était atteint de misère physiologique, de cystite tuberculeuse; il ne pesait que 90 livres; en outre le sommet gauche était suspect. Or sous l'influence d'un traitement intensif (2 kilog. 820 d'huile en 65 piqûres) on vit peu à peu cet homme renaître à la vie, et après 115 jours de traitement il pesait 99 livres, mais il y avait toujours de l'obscurité au sommet gauche.

Une lettre reçue le 12 mars 1893, c'est-à-dire plus de 6 mois après la sortie du malade, évacué sur le pénitencier d'Avignon, nous apprend que le résultat obtenu se maintient, mais qu'il reste une légère obscurité aux deux sommets.

Observ. 155. — Cer..., également évacué sur le

pénitencier d'Avignon après 92 jours de traitement intensif, a pu prendre 1120 gr. en 5 piqûres de 200 à 500 gr. séparées les unes des autres par 3 jours d'intervalle. En 92 jours, il avait pris 2 kilog. 775 par la peau et 2 kilogrammes en. 25 lavements. Il avait augmenté de 120 à 135 livres.

Une lettre reçue 6 mois après son départ nous apprend qu'au pénitencier d'Avignon il continue à se bien porter, qu'il.pèsé encore 128 et que l'examen des poumons est tout à fait négatif.

Observ. 156. — Chez Four..., le diagnostic était aussi quelque peu hésitant en juin 1892; le poids, après 102 jours de traitement, avait augmenté de' 106 à 115 livres; or, 6 mois après la sortie de ce malade, M. Guillabert, médecin du pénitencier d'Avignon, nous écrit que le poids est encore à 113, mais qu'il y a de l'induration accusée au sommet droit.

Observ. 157. - Tard... était resté 2 mois en Observation dans notre servicesans que nous l'ayons mis au traitement, tant le diagnostic était incertain. Cependant, comme il maigrissait (le poids était progressivement descendu à 114), comme il avait toujours une petite toux sèche et comme nous crûmes percevoir un peu de rudesse au sommet gauche, nous nous décidâmes en août 1892 à le mettre au traitement créosoté. Après 60 jours, le diagnostic était devenu plus ferme et l'on pouvait

affirmer que le sommet gauche était nettement intéressé; mais il faut croire que le malade bénéficia, par la suite, du traitement qui lui avait été appliqué au Yal-de-Grâce et du coup de fouet donné à sa nutrition, car une lettre reçue de son médecin du pénitencier d'Avignon nous apprend que le poids a augmenté depuis le départ du Yal-de-Grâce (122 livres) et que l'examen de la poitrine est négatif. Nous avions d'abord donné à cet homme la note 5, mais, vu l'amélioration persistante de sa santé, nous croyons pouvoir lui donner la note 14.

Pour en finir avec les cas d'amélioration considérable chez des malades à diagnostic incertain, citons les quatre observations suivantes.

Observ. 158. — Fon... avait une expectoration nummulaire extraordinairement abondante depuis 2 mois. Un observateur qui n'aurait vu que son crachoirauraitaffirméqu'ils'agissaitd'un phtisique à la troisième période. Or, cet homme n'était ni phtisique, ni peut-être même tuberculeux : il avait un excellent état général, pesait 154 livres et ses crachats ne contenaient pas de bacilles de Koch ; deux examens minutieux ont été affirmatifs à cet égard : soumis au traitement ultra-intensif, il avait en 45 jours gagné 12 livres; son expectoration avait les mêmes caractères, mais était quatre fois moindre qu'à l'arrivée. Nous sommes encore à nous de-

mander quelle étiquette il faut mettre à ce malade, dont nous n'avons pas pu avoir de nouvelles.

Observ. 159. — De même le jeune Ro..., âgé de 16 ans, avait depuis 5 mois une expectoration nummulaire remarquable par son abondance, mais sans bacilles. Notre confrère M. le médecin-major Billet qui nous l'adressa put constater la disparition progressive de l'expectoration et sa disparition en 6 mois sous l'influence de doses énormes de créosote prise par la bouche (700 grammes de créosote pure ont pu être absorbés sans donner la moindre gastralgie). Nous avons par prudence envoyé ce malade au Mont-Dore en juillet 1892; mais dès son retour il reprenait la créosote, qu'il continue à petites doses puisqu'il la tolère si admirablement. Nous le maintiendrons à ce traitement pendant plusieurs mois encore, en l'interrompant de temps à autre. Il continue à aller très bien en juin 1893.

On sait combien chez les emphysémateux le diagnostic de tuberculose est difficile. Aussi mettonsnous un point d'interrogation sur le diagnostic qu'il convient de porter chez M....

Observ. 160. - MM. Barthélémy et Gimbert n'hésitaient pas à le déclarer tuberculeux. M. le professeur agrégé Legroux, s'appuyant sur l'existence d'une micropoly-adénite évidente, était ferme dans son diagnostic, mais comme nous ne trouvâmes pas

de bacilles dans ses crachats, nous ne sommes pas aussi affirmatif. En tout cas, cet homme qui remplissait deux crachoirs par jour d'une expectoration fétide, fut traité successivement par l'iodure, l'arsenic sans le moindre résultat et ce n'est qu'un mois après l'intervention du traitement créosoté que nous vîmes disparaître la fétidité et l'abondance de ses crachats. Après 5 mois de traitement ils disparurent, mais l'emphysème sous-jacent persistait. Bref, nous gardâmes cet homme 205 jours à l'hôpital et quand il sortit, il ne crachait plus du tout, il avait augmenté de 5 livres : 5 kilog. 540 d'huile pris en 63 piqûres avaient amené ce résultat intéressant.

Observ. 161. — Chez Re..., également atteint d'emphysème, avec sommet suspect, le traitement fut beaucoup plus intensif et l'augmentation de poids en 142 jours fut de 20 livres. Cet homme avait pris 3 kilog. 500 d'huile en 81 piqûres, 3 kilog. 600 en 59 lavements, 4 kilog. d'huile de foie de morue, 5 kilog. 500 de poudre de viande. A sa sortie, il restait emphysémateux, ne crachait plus du tout, mais nous ne sommes pas assez sûr du diagnostic pour le considérer comme un tuberculeux guéri.

Nous pourrions encore relater 26 autres observations (Observ. 162 à 188) de malades qui nous étaient envoyés comme tuberculeux ou gravement

suspects de tuberculose par divers confrères et chez lesquels il y a eu amélioration évidente de l'état général et disparition presque toujours complète de tous les petits signes stéthoscopiques dont la constatation avait légitimé notre intervention. S'agissait-il d'erreurs de diagnostic? tous ces malades étaient-ils exempts de tuberculose ou bien tous ontils guéri parce qu'ils étaient soignés au début alors que leurs lésions pulmonaires n'étaient encore que très peu marquées? Nous serions enclins à adopter cette deuxième interprétation, mais nous ne pouvonspasladémontrer : l'avenir seul pourra répondre.

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