OBSERVATION II (DUE A L'OBLIGEANCE DE M. LE DOCTEUR PIÉRY
Phtisie galopante à prédominance unilatérale, Pneumothorar artificiel
Mademoiselle de B.., 48 ans.
Pas d'antécédent héréditaire. Une sœur actuellement assez bien portante a été tuberculeuse il y a quelques années,
Début en août 1910 par de la fièvre, de la toux et un état général iminédiatement mauvais. Depuis ce moment, la température n’a jamais été inférieure à 38°5. En février et mars 1911, elle atteint souvent 40° vers 5 heures du soir. Au milieu de février, débute une entérite bacillaire avec trois à quatre selles par jour, très douloureuses ; point tres sensible au pälper dans la région cœcale.
Objectivement, en février et au commencement de mars, vaste foyer de ramollissement du sommet droit, avec gros signes cavitaires, très humides et craquements à timbre éclatant, s'étendant jusqu'à la moitié de la hauteur du poumon.
En mars, l’état général devient de plus en plus mauvais, la fièvre très élevée tous les jours, la maigreur très accentuée, inappétence complète, coliques très violentes et diarrhée suivant l'alimentation. Toux fréquente ; les crachats purulents sont déglutis inconsciemment et expectorés en très petite quantité, Tous les traitements médicaux n'ayant même pas amené de détente, on se décide à pratiquer un pneumothorax. A cé moment, l'intégrité du côté gauche n’est pas complète et on perçoit à la base, disséminés quelques bruits humides à allure de craquements après la toux. A droite, les souscrépitants atteignent la base pulmonaire.
Le 12 maïs 1911, intervention par le docteur Piéry, après injection sous-cutanée de 0 gr. 005 de morphine et 0 gr. 001 d'atropine. Ponction dans le 5° espace intercostal sur la ligne axillaire antérieure ; l'aiguille entre facilement, et tombe immédiatement dans une plèvre libre, comme le montre le manomètre par ses oscillations respiratoires ; il y a, au début, une pression négative de — 4 cent. d'eau. On fait passer 600 cc. d'azote avec une pression constamment négative, sauf pour les derniers cent. cubes où elle devient égale ou très faiblement positive. Aucune alerte.
Le 13, à l’auscultation, signes classiques du pneumothorax sur toute la hauteur dupoumon, mais ne dépassant pas en avant la ligne axillaire antérieure.
Le 15, 2* ponction, 400 cc. passent avec pression négative, lorsque, tout à coup, se produit une forte secousse de toux la pression devient alors fortement et brusquement positive, et il survient au point de la piqûre uné vive douleur provoquée par de l’emphysème sous-cutané qui fuse aussitôt en avant et en arrière.
20 mars. — A la suite des deux premières insufflations, la température avait baissé énviron d’un dégré, tant le matin
ge
que le soir, l'état général et l'appétit étaient un peu meilleurs, lorsque hier soir est survenu une nouvelle élévation thermique accompagnée d’angine, d'enrouement, d'anorexie et d'abattement extrême.
Le pneumothorax se perçoit partout en arrière, mal en avant où le poumon touche encore la paroi sur la plus grande partie du thorax.
83 mars. 3e injection ce matin. A l'entrée de l'aiguille, pression négative de 8 cc. d'eau. A 350 cc., pression égale. An arrive ainsi à 406 cc. qu’on essaie de dépasser en introduisant le gaz sous pression ; mais aussitôt la pression pleurale monte à + 10 cc., une douleur vive survient, en même temps que de l'emphysème. On retire 25 ce. pour ramener la pression à + 6 cc.
24 mars. — Après la ponction d'hier, dyspnée assez vive. Aujourd'hui, on constate que le poumon droit est fixé au sommet et en avant de la cavité thoracique, où on perçoit de gros gargouillements. La dyspnée est expliquée, en partie, du fait que la pression positive a refoulé le médiastin et que la compression s’exérce dans une certaine mesure sur le poumon gauche, les signes de pneumothorax dépassant la ligne médiane.
1e avril. — L'état est de plus en plus mauvais et on percoit des signes de ramollissement à la base gauche. On fait une 4e insufflation : pression de — 10 ce. au début. Après introduction de 400 ce., la pression étant à égalité, on arrête la pénétration de l'azote.
4 avril. — On découvre des signes de ramollissement étendu du sommet gauche et d'un foyer souffiant vers le hile du même côté. La fièvre est toujours élevée, atteint 40°, laryngite, voix complètement éteinte.
7 avril. — Décès ce matin, avec des symptômes d’asphyxie.
EN RÉSUMÉ : Tuberculose à marche rapide du sommet droit, vaste excavation, ramollissement jusqu’à la base. quelques signes douteux de début de localisation, à gauche, entérite tuberculeuse hyperthermie quotidienne datant de SiX MOIS.
Pneumothorax thérapeutique, 4 injections d'azote de 600, 400, 400, 400 cc, du 12 mars au 1" avril, À 6e mo
CR Ve
ment, développement d’une lésion grave du côté opposé. Mort.
L'état était tellement grave au moment de l'intervention tentée en désespoir de cause, que l’on ne peut mettre sur le compte du pneumothorax l’apparition d’une lésion du côté opposé puisque il existait, au moment où il fut pratiqué, quelques signes de la base.
Ce qu’on peut surtout retenir de ce cas, nul au point de de vue thérapeutique, c’est la facilité relative de la technique, l’absence de toute difficulté ou complication, hormis 2 fois la production d’enmphysème sous-cutané, accident qui ne fut d’aucune importance.