‹ TRAITEMENT DERMATOLOGIQUE DE L'ÉPITHÉLIOME CUTANÉ DE L'ANGLE INTERNE DE L'OEILChapitre 11 sur 27 · DU TRAITEMENT DERMATOLOGIQUE OÙ MÉDICAL · texte numérisé non relu

DU TRAITEMENT DERMATOLOGIQUE OÙ MÉDICAL

Nous avons indiqué rapidement le bul-thérapeutique auquel doit tendre le traitement médical : 1 doit s'efforcer d'atteindre dans sa vitalité la tumeur adulte et surtout celle en voie de transformation. La seconde condition nous semble à elle seule suffisante, car il n'est point douteux qu'on verrait survenir la guérison, si les bourgeons de nouvelle formation étaient arrêtés dans leur éclosion.

L'ablation enlève mécaniquement ce que le traitement dermatologique doit faire disparaître organiquement théoriquement, lorsqu'il amène la guérison, il devrait le faire d’une façon plus durable, puisqu'il n'aura pu y. arriver qu'en modifiant le terrain, en rendant la pullulation mécaniquement impossible, ou bien encore en provoquant une réaction locale de l'organisme. Le plus souvent ces actions diverses se combinent.

En dehors des autres avantages - qui ne sont que les contre indications formelles ou relatives de l'intervention chirurgicale — le traitement dermatologique devrait être préféré, parce qu'il mettrait plus sûrement à l'abri de la récidive. Et pourtant les récidives signalées sont nombreuses. Le fait aurait besoin d’être contrôlé par la chinique, mais 1l Semble que ces récidives se rencontrent de

DS 1e

préférence dans les cicatrices obtenues avec des Lopiques kératoplastiques, plutôt que dans celles consécutives à l'application d'agents destructeurs : il s’agit, en effet, de détruire le néoplasme et non de le recouvrir d'un épiderme plus ou moins solide.

Il faut reconnaître, en outre, que le traitement dermatologique est généralement bien accepté par les malades, même les plus pusillanimes, qu'il est suivi de peu ou pas de perte de substance ; enfin el surtout, qu'il peut s’adresser à une lésion de n'importe quelle étendue, alors même qu'il v a déjà adénopathie.

Son grand désavantage est d'être long, minutieux et fort onéreux, lorsqu'on s'adresse à la radiothérapie.

Les moyens employés sont de deux ordres : les uns constiluent le traitement général, les autres le traitement local.

ÎI. — Du TRAITEMENT GÉNÉRAL.

Il est né, sans conteste, de la conception diathésique et n'a évolué qu'à date récente avec l'apparition des sérums vers le parasitisme.

Disons de suite que la médication interne est à peu près sans valeur. Jaboulay n'a pas obtenu plus de succès avec le sulfate de quinine à haute dose, que Bergeron avee le chlorate de potasse, longtemps continué à la dose de 3 et 4 grammes par jour. Il existe cependant un médicament dont Lucas-Championnière a vanté les bons effets et qui avait déjà été préconisé par Fonssagrives : c'est l'usage, à faibles doses prolongées, de la magnésie anglaise. Comment agit ce médicament? Estce par simple alcalinisation du milieu, luttant ainsi contre l'ar-

thritisme ? est-ce, au contraire, en régularisant les fonc-

tions digestives ; ou encore en évacuant plus promptement les résidus de la digestion el évilant ainsi la formation el l1 résorption des toxines intestinales? Nul ne le sait; mais ce que l'on constate, c'est que sous son influence, les verrues ét les papillomes bénins disparaissent. On peut bien admettre que cette influence bienfaisante sur les affections précancéreuses s’exercera aussi sur les épithéliomas; nous croyons prudent et utile de ne jamais négliger ce pelit moyen, qui peut tout au plus rester inefficace.

La sérothérapie ne pouvait manquer d'être mise à contribution. Les tentatives, fort nombreuses, ont fait naître parfois des espérances trop tôt déçues. L'une des plus connues, est celle de Wlaeff et Fitman de Villiers. Ces auteurs prétendaient apporter un sérum spécifique. L'expérience a montré qu'il ÿ avail bien chez l'homme, à la suite d’une injection de 10 centimètres cubes de leur sérum, une réaction générale de courte durée {environ 48 heures); localement, présence de nombreux polynucléaires, et comme conséquence, diminubion des douleurs et amélioration locale de la tumeur avec, peut-être, formation d’un peu de tissu fibreux; mais on n’a jamais constaté ni guérison, ni tendance à la guérison. C'est done un ensemble de phénomènes du même ordre que ceux déjà constatés avec le sérum antistreptococcique, celui des animaux inoculés avec la pulpe cancéreuse, la levure de bière, etc. Fehleisen n’a-t-il pas avancé qu'il avait obtenu quatre améliorations et une guérison dans cinq cas de carcinomes du sein, à la suite d'érysipèles provoqués ?

En résumé, il n'y a probablement là qu'une réaction générale de l'organisme surexcité par l'injection ; elle se traduit localement par une phagocytose plus active. Aussi

DSL

l'action n’est elle pas soutenue et il semble,'au contraire, que cel effort ait épuisé la résistance : on voit souvent la marche, qui avait subi un temps d'arrêt, devenir encore plus rapide qu'avant l'intervention. Ajoutons, et cela prouve bien qu'il ne s'agit pas d’une action spécifique, qu'en changeant le liquide injecté, il est possible de prolonger cette action. Elle s'épuise cependant avant d’atteindre Ja guérison et bientôt, vaincu dans sa lutte, l'organisme succombe et se laisse rapidement envahir.

ÎT. — LE TRAITEMENT DERMATOLOGIQUE

A. Considéralions générales. — Afin de justifier ce que nous allons dire sur la technique du traitement par les topiques, il n’est pas sans utilité d'attirer l'attention sur l'influence néfaste des irritations au cours de l’évolution d'un épithélioma.

Dès 1867, Hébra signalait le fait. Il affirmait avoir assisté à la transformation épithéliale, à la paupière inférieure, de cinq cas de lupus de l'angle interne et incriminait le topique employé, qui avait en quelque sorte fait naître le cancroïde sous ses yeux, puisque « pendant que le néoplasme disparaissait par des cautérisations à la pierre infernale, l’épithéliome apparut au milieu du ussu lupeux ».

L'exactitude de ce fait a été maintes fois confirmée depuis. Teltcharoff a noté l'influence néfaste du nitrate d'argent dans le cancroïde des muqueuses. Notons, sans y attribuer d'autre importance, la coïncidence de l'apparition de l'ulcération au niveau d’une cicatrice, après usage pendant quelque temps d'une solution de protargol (observation VIT).

ST es Les ablations incomplètes jouentle même rôle. Browne, de Londres, attire l'attention sur ce fait; Cohen, de Philadelphie (1879), raconte qu'il a vu ses efforts infructueux d’arrachement, transformer les papillomes en épithéliomas. Les méfaits des pommadesirrilantes sont tout aussi évidents dans l'observation suivante :

OBsERvATION ÎI

Inédite. — Due à l’obligeance du Dr L. Perrin, de Marseille.

Epithélioma térébrant malin mutilant,

H...; 68 ans, est un homme robuste, d'une très bonne sauté. Le début de laffection remonte à dix ans. À cette époque, le malade avait à la racine du nez et entre les régions soureilières internes, une plaque irrégulière, recouverte de croûles el entourée de petites granulalions dures, luisantes, grosses comme une tête d'épingle. La lésion, quoique irrégulière, n'avait que les dimensions d'une pièce de cinquante centimes. A cette époque, le malade refuse toute intervention chirurgicale, mais appliqua des pommades diverses qui ne firent qu'augmenter plus où moins rapidement le foyer morbide. Il y à deux ans, il gagnait, à droite, le sourcil, la face interne et supérieure du nez, la commissure palpébrale interne.

li fut alors traité à Paris par des badigeonnages répétés de violet de méthyle ei d'acide chromique. Sous cette influence, une cicatrisation fut obtenue à la-partie ceutrale, mais Île bourrelet dur perlé existait toujours.

En janvier 190%, les lésions très éten lues occupaient le front dans sa moitié inférieure, toute la partie supérieure du nez; à gauche, la face interne du nez était le siège de granulations dures, blanchâtres, agglomérées, formant une tumeur

Jef +- 3 sn AG + NT AE. ep le Le) ENT EU Se AR UNE, vd

Es,

Ar E

saillante, mais s’arrêlant à la limite de la commissure palpébrale ulcérée. A droite, l'extension de l'ulcération avait détruit le tiers interne de la paupière inférieure, la paupière supérieure dans ses deux tiers internes, la région orbitaire supérieure, le front jusqu'au sinus frontal. Les tégaments sont rouges, infiltrés, épaissis. La sécrétion purulente est abondante, les hémorragies fréquentes. Le globe oculaire, privé en grande partie des paupières, baigne dans le pus : la con- jonctive rougeâtre est le siège de chémosis. Malgré cette marche envahissante des lésions et leur éteridue, l’état général reste bon, les douleurs sont supportables et il n’y à pas d'adénopathie.

Cette observation montre encore combien il est essentiel de poursuivre avec persistance le traitement dermatologique, quitte à varier les agents employés lorsqu'on n’obtient pas le résultat désiré. Mais il est nécessaire, dès le début, de bien avertir le malade, afin de ne pas s’exposer à commencer un traitement qui sera délaissé quelques jours après el n'aura servi qu'à activer, par irrilation, la marche d'un épithéhoma jusqu'alors torpide.

C'est donc encore faire œuvre thérapeutique utile que de recommander aux vieillards porteurs de croûtes séniles d'éviter toute irritation de quelque nature qu'elle soit : grattage, traumas, pommades et onguents plus ou moins mirifiques. Il faut les engager à soigner purement et simplement ces productions morbides à laide de lavages savonneux quotidiens et d’attouchements à l'alcool boriqué à saturation, suivant la formule :

Solution pour usage externe :

Alcool à 90°. -. 30 grammes.

Acide borique; q. s. à saturation

Page 1