‹ TRAITEMENT DERMATOLOGIQUE DE L'ÉPITHÉLIOME CUTANÉ DE L'ANGLE INTERNE DE L'OEILChapitre 15 sur 27 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

(Inédite. — Comimuniquée par le docteur Nicali, de Marseille.)

G... Jacques, 65 ans.

Vu pour la première fois le 12 avril L 1898.

Epithélioma du sillon naso-palpébral inférieur droit ayant débuté par une verrue.

Extension à toute la face latérale du nez, excepté au niveau du lobule, à la moitié interne de la paupière inférieure, au tiers interne de la paupière supérieure. Les contours sont lobulés, l'os est dénudé à la partie centrale, il y a destruction de l'angle interne e£ de la partie avoisinante des paupières. L'aspect général est celui d’une crête de coq étalée.

Pas de ganglions, rétraction de la narine gauche.

Traitement par l'acide arsénieux.

Le 13 mai, toute la plaie est recouverte d'épiderme.

On a objecté à cette méthode l’intoxication possible, écueil plus théorique que réel. Si on a pu voir, fort rarement, des phénomènes d’intolérance avec l'application des anciennes pâtes arsenicales, la solution hydro-alcoolique de Cerny et de Trunecek ne paraît pas avoir causé d'accident de ce genre.Gette immunité ne doit pas faire exelure,

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la prudence dans l'application. La solution ayant été bien agitée, on badigeonnera tout l’ulcère et rien que l’ulcère, évilant de répandre un excès de liquide sur les parties avoisinantes, afin d'éviter toute atteinte du côté de la con- Jonctive comme de celui des voies lacrymales.

6° Les pyoctanines. — Deux d’entre elles sont utilisées dans le traitement dermatologique : ce sont le bleu et son homologue le violet de méthyle, qui jouissent des mêmes propriétés.

Galezowski, l'un des premiers (février 1891), a proposé ce Lopique. Du Castel et Darier les vantèrent à leur tour, mais ce dernier vient de déclarer dans la Pratique dermatologique, qu'ils ne méritaient pas la faveur qu'il leur avait d'abord accordée. Cette même opinion est exprimée par Le Dentu, Reclus, Quénu, Grün, Meyer, Tessari,ete.

Les différences dans les résultats expliquent ces contradictions : à quoi faut-il les attribuer ?

La question est à peine à l'étude, et comme on connaît peu, autant dire pas du tout, le mode d’action de ce médicament, le plus simple est de se contenter d'enregistrer le fait. C’est que, comme dans toute question clinique, le médicament n’est pas le seul facteur du problème. Nous ne voulons pas répéter cette vieille banalité : n'y a pas un épithéliome cutané de l’angle interne de l'œil, il y a des épithéliomes cutanés.

L'acide arsénieux réussit surtout dans les formes embryonnaires ; dans quelles formes réussissent les pyoctanines ? nous n’en savons encore rien. Il faudrait que les observateurs notassent à l'avenir, dans leurs observations, toutes les particularités se rapportant au diagnostic différentiel histologiqueet cliniqueet à montrerleursrapports avec les résultats obtenus.

Cette étude méthodique arriverait peut-être à expliquer

les raisons des succès et des insuccès qui ont été observés.

Il n'est pas douteux que les pyoctanines sont vraiment électives pour certains épithéliomes.

Leurs plus beaux succès n'ont-ils pas été observés précisément dans des cas rebelles ayant résisté aux moyens les plusénergiques? Danssontraité des tumeurs, Lagrange cile un cas d’épithéliome dela paupière qui, enlevé deux fois au bistouri, avait récidivé deux fois et fut complètement guéri par l'emploi de la pyoctanine seule. Delay à publié dans le Lyon médical {juillet 1903), une observation remarquable : épithélioma de Pangle interne chez un homme de 44 ans, ayant débuté il y a 15 ans. Enlevé -chirurgicalement en mars 1900, il y avait, dix-huit mois après, récidive, én sila, sur la cicatrice. L'unique traitement fut faitavecle violet de méthyle. Au cours de ce traitement et par deux fois, des traumatismes remettent tout en question. Le violet de méthyle suffit pour juguler ces reprises el aboutir à une cicatrice nette, souple et de bonne nature.

L'observalion suivante, recueillie par le docteur Dubreuil, dans le service du professeur Rollet (de Lyon), auquel nous sommes heureux de pouvoir exprimer tous nos remerciements, n'est pas moins convaincante.

OBSERvATION VI

(Inédite. — Due à l’obligeance du docteur G. Dubreuil Service du professeur Rollet, Lyon.) Epithélioma de l’angleinterne de l'œil gauche. — Récidive

Amélioration et guérison par le traitement au crayon de pyoctanine bleue

M... (Arnold), 56 ans, ménagère.

A. M... était alteinte d'un épithélioma de l'angle intern» de

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l’œil gauche lorsqu'elle se présenta à l'hôpital de la Croix- Rousse. Le docteur Pinatelli pratiqua au bistouri l'incision de la tumeur, qui se présentait sous la forme d’une excavation ulcéreuse s'étendant de la caroncule jusqu’au dos du nez.

Au début de février 190%, la malade vint à la consultation du docteur Rollet. Un mois et demi après l'opération, l’ulcération s’élait reproduite en deux endroits différents : 1° sur le dos du nez, où il existe une perte de substance à fond sale et dont les bords sont indurés ; 2° à l'angle interne de l'œil, où la commissure est détruite ; la caronerle a disparu au moment de la première intervention. La malade se plaint que cette région est douloureuse spontanément et à la pression. Une croûte brunâtre borde la perte de substance ; enlevée, elle laisse voir les bords d’une ulcération, bords indurés et rouges, en bourrelets, landis que le fond est rouge et jaune sale, non délimité du côté de la conjonctive, qui est injectée, non ecchymotique. On porte le diagnostic d’épithélioma récidivé.

4 février. — La malade entre dans le service du docteur Rollet. Traitement : frictions malin et soir sur la région ulcérée (nez et grand angle) avec le crayon de pyoctanine bleue (pyoctanine de Merck), après nettoyage préalable des croûtes. Collyre au bleu de méthylène, à 0,02 p. 100, deux fois par jour.

10 février. — L'ulcération oculaire s’est un peu approfondie mais semble plus nette; elle a un peu perdu son mauvais aspect, les bords sont toujours indurés, moins rouges. Le crayonnage provoque facilement un petit écoulement sanguin par suintement.

20 février. — L'ulcération nasale commence à se cicatriser. L'ulcération oculaire a meilleur aspect, saigne moins facilement ; les douleurs spontanées ont diminué.

15 mars. — La malade sort. L’ulcération nasale est fermée et cicatrisée depuis longtemps, il ne reste plus qu'une petite

BED cicatrice un peu gaufrée. L’angle interne de l'œil est reformé. L'ulcération a disparu, laissant à sa place sur la peau une cicatrice plissée, et dans le cul-de-sac conjonctival une excavation que la conjonctive normale semble avoir recouverte dans toute son étendue; la tumeur ne saigne plus, pas de douleur, mais de simples picotements ; la conjonctive est normale. Guérison actuelle. |

15 mai. — La malade rentre à l'hôpital (service du docteur Mouisset) pour rhumatisme articulaire ; elle vient se montrer à la consultation. Cicatrices nasale et angulaire toujours visibles. Angle interne excavé mais sain; pas de larmoiement, pas de rougeur conjonetivale. La malade demande une nouvelle application du crayon pour «entretenir » la guérison.

3 juin. — Se montre avant de sortir de l'hôpital. Etat local parfait; la guérison s’est maintenue sans traitement.

Les pyoctanines semblent donc bien avoir une action élective sur certaines formes d'épithéliome, formes qu'il est malheureusement impossible de reconnaître à l'heure actuelle. Comme ces substances chimiquement pures, c'est-à-dire exemptes de chlorure de zinc et d'acide arsénieux, ne sont pas irritantes, il s'ensuit qu'il n'ya aucun inconvénient à essayer ce médicament dans tous les cas.

Quant à son mode de guérison, tout ce qu'on pourrait avancer n'aurait que la valeur d'hypothèses purement gratuites ; mieux vaut ne pas chercher une explication impossible en l'état de nos connaissances. On ne peut pas plus invoquer un pouvoir fixateur qui n'existe pas, dit Billroth, pour la cellule vivante, que son pouvoir antiseptique qui est réel ou encore que son action « sidérante des nerfs moteurs et sensitifs ».

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