L. DANION
découvrir un jour des microorganismes dans le sang et dans les articulations de tous les rhumatisants, il conviendrait, je crois, d'en faire un effet et non une cause. Je puis ajouter à ce sujet qu'il ne répugne nullement à l'esprit d'admettre que des microbes profitent d'un état morbide créé en dehors d'eux, pour se développer, paraître, disparaître, suivant les péripéties de la maladie pouvant constituer même des épisodes importants, sans que pour cela ils aient droit à la plus petite part dans la pathogénie de l'affection. Cette quasi-certitude ne peut cesser qu'en présence d'un état pathologique crééde toutes pièces dans un organisme absolument sain, à l'aide d'un microcoque rigoureusement cultivé.
Si je me suis étendu un peu plus longuement sur cette théorie, c'est par une prévision que justifient bien les tendances envahissantes de la bactériologie. Cependant ces tendances semblent devoir être quelque peu enrayées dans l'avenir, et pour la sauver d'une réaction peut-être injuste, il ne faudra rien moins à cette science nouvelle, que les immenses services qu'elle a déjà rendus en chirurgie surtout bien que ces services soient niés par de grands savants.
Le point de départ de cette réaction se trouvera dans les travaux de M. A. Gautier que j'ai déjà cités, etquiontpour objet de démontrer que l'organisme le plus sain, le plus pur de toute tare, fabrique en permanence des poisons violents appelés ptomaïnes et leucomaïnes. Ce sont des alcaloïdes animaux que M. A. Gautier a longuement et profondément étudiés. Mais il ne faut pas perdre de vue, ainsi qu'il le signale dans les conclusions de son mémoire,
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« qu'il existe à côté d'eux des subslauees îizolées non alcaloïdiques, (jui lesaccom|)agncnl loujoui's, el qui sontd'unc activité bien aiitremenl grande..» Après avoir cité quelques poisons non alcaloïdi([ues, ilajouleque ces substances sont autrement importantes en quantité, que les ptomaïnes et les leucomaïnes.
Appliqués à la patliogénie, ces notions nouvelles entraînent en quelque sorte malgré soi, à considérer le défaut d'excrétion de ces poisons que crée en permanence notre organisme, comme la cause d'un nombre considérable d'affections, et particulièrement du rhumatisme. Lorsqu'elles furent discutées il y a peu de temps, M. le professeur Peter s'en empara pour ainsi dire séance tenante, pour démontrer que l'auto -infection qui dérive de l'autogenèse de ces poisons n'est que ce qu'il a appelé, il y a longtemps, l'auto-typhisation. x^iettant à profit le fait en apparence contradictoire de l'hyper thermie produite par ^ certains alcaloïdes, tandis que d'autres engendrent l'hypo- ■ thermie, il en a fourni l'explication en admettant que l'accumulation des matières extractives dans le sang produit l'hyperthermie, que les matières alcaloïdiques produisent l'hypothermie, et qu'enfin l'association dans des proportions déterminées, en quelque sorte physiologiques, des matières extractives et des alcaloïdes produit la température normale.
En mettant à profit ces idées curieuses, et en les appliquant au rhumatisme, on voit sa pathogénie s'éclairer immédiatement grâce à ce nouvel état dyscrasique des humeurs, et la fièvre elle-même trouver son explication. ^ De sorte qu'il y a lieu de se demander si la rétention des produits de destruction, qui constituent suivant l'énergique et pittoresque expression du savant professeur, « la
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portion de cadavre que chacun de nous traîne avec soi, » n'est pas la véritable cause d'un grand nombre d'afîections, et particulièrement du rhumatisme. Son origine si fréquente (refroidissement combiné avec le surmenage musculaire) recevrait ainsi une explication satisfaisante, par cette simple raison que par suite d'une action périphérique la porte se trouverait subitement fermée (soit directement à la peau, soit indirectement aux reins), à l'excrétion des leucomaïnes, et autres produits toxiques résultant précisément d'une suractivité anormale de l'individu et spécialement de ses systèmes musculaire, et articulaire. En combinant le degré plus ou moins grand de résistance de l'individu, avec le degré plus ou moins marqué de son auto-typhisation, on aurait immédiatement un vaste cercle dans lequel pourraient se mouvoir les divers groupements symptomatiques si nuancés non seulement du rhumatisme, mais de la diathèse arthritique entière. Ce n'est pas tout, et l'horizon s'élargit encore, lorsque l'on pense que ces poisons, organiques peuvent varier leur forme presque à l'intmi grâce à un degré plus ou moins grand d'oxydation et par suite fournir un nouvel appoint, à l'explication de ses formes multiples. La suppression et le retour des accidents, l'apparition et la disparition de la fièvre, seraient étroitement liés à l'élimination ou au retour des matières toxiques, et au rétablissement ou à la destruction des proportions nécessaires au maintien de la température normale.
Il y a là assurément une série d'hypothèses entraînantes. Les déductions paraissent logiques, et si cette théorie devenait la base de la pathogénie rhumatismale, ou même arthritique, elle aurait au moins sur le microbe le grand avantage d'avoir des éléments morbigènes étudiés, classés,
PAH t;ele(!T1!I(:iti<; ihi
ex|M''i'iinonl(''s, i\\ qui doivonl, sans l'omlii'c (riiii doule, engciidror des élals dyscrasiques. variés.
Mais si séduisante qu'elle soit, elle ne saurait s'accommoder à la diathèse rhumatismale, et par suite aux diathèses congénères. Toutefois, il est possible que lii pathogénie de certains épisodes pa(hologiques lui appartienne en propre et particulièrement l'évolution fébrile dans certains cas.
Cette restriction faite, j'ajoute qu'il faudrait d'abord démontrer que les éléments septiques produits par une cause que je choisis facile à saisir (le surmenage par exemple lié au mépris de toute notion hygiénique), que ces éléments, dis-je, ne sont pas éliminés et restent bien emmagasinés dans les humeurs, et particulièrement dans le sang. Les études ébauchées des ptomaïnes et des leucomaïnes sont trop modernes pour que cette démonstration, bien difficile du reste, ait même été tentée, mais j'admets le fait comme établi. Comment comprendre que la dyscrasie qui en résulte, &e perpétue d' après le même mode malgré la disparition de la cause ?
Dans l'hypothèse microbienne, les faits s'expliquent parfaitement, puisque la multiplication des micro-organismes est la règle; mais ici on conçoit difficilement non seulement la continuité d'action mais l'accroissement de son intensité, à moins d'admettre une sorte d' « ictus » à longue portée, bien en dehors, il faut l'avouer, des notions acquises sur l'action des éléments septiques, ou toxiques en général.
En outre tout se tient dans l'immense cycle rhumatismal, et le rhumatisme noueux, par exemple, qu'il est im- • possible d'en distraire, en dépit de quelques opinions opposées, s'accommoderait mal, semble-t-il, d'une pathogénie
septique , surtout si l'on envisage son étiologie , car il apparaît souvent alors que la cause qui le produit le plus fréquemment (action du froid humide prolongé) a disparu. Il faudrait supposer dans ce cas la mise en réserve par l'organisme de substances alcaloïdiques ou non, une sorte d'état leucomaïnien latent qui attendrait une occasion pour se manifester. Cette hypothèse est bien tourmentée, et d'autant plus tourmentée que dans ce mode rhumatismal, les troubles de l'innervation sont transparents. En outre il deviendrait bien difficile de comprendre l'influence de l'hérédité et des tempéraments avec l'hypothèse de Tauto-infection, qui physiologique dans une certaine mesure, ne devient morbigène que dans certaines conditions de production et de conservation des poisons, et le rhumatisme est loin d'avoir constamment cette origine.
Cependant si peu préparé que soit l'esprit à une pareille hypothèse, on se trouva obligé de convenir que rien ne s'oppose à la formation de véritables diathèses ptomaïniennes et leucomaïniennes, sortes d'expressions d'une vitalité inférieure, d'une nutrition de mauvais aloi, contre lesquelles le rhumatisme particulièrement avec son terrain généralement lympathique, serait impuissant à réagir. xMais cette dyscrasie nouvelle resterait, comme la théorie précédente, incapable de fournir une explication de l'extrême mobilité des symptômes arthropatliiques ou abarticulaires, qu'il ne faut jamais perdre de vue, et qui est le grand écueil de toutes les théories pathogéniques.
En résumé, quelques efforts que l'on fasse pour l'adapter à la pathogénie et à la nosographie du rhumatisme, on sent qu'elle se dérobe à tout instant, et qu'il est un grand nombre de particularités qu'elle laisse insolubles. Enfin nous verrons dans un instant qu'en face de sembla-
PAU L'KLI<Xrri![(nTK IH.",
plos liypoLlièsos, i'aclion éleclro-lhérapiquc doviendrait incompr('?liensil)le lundis qu'elle s'allie admirablement avec lu neuro-palhogônie.
Il existe une dernière hypothèse, que l'on pourrait être ienlé d'imoquer, c'est celle de la mauvaise qualité du tissu fibreux, qui serait exclusivement frappé, ainsi que l'avaient fait observer Bouillaud et Bichat. Ce terrain à un moment donné subirait l'évolution rhumatismale en raison de la marque que lui aurait imprimée l'hérédité, ou de la prédisposition qu'il aurait reçue ah ovo. Je veux rapidement opposer à cette hypothèse (que je n'ai mise en avant que pour la forme), les combinaisons fréquentes, artliro-myorhumatismales, les phénomènes névropathiques, les pérégrinations abarticulaires et, par-dessus tout, un état constitutionnel particulier, indéniable et qui ne peut être considéré comme un phénomène réactionnel dû au développement d'une diathèse en quelque sorte locale. Un pareil état constitutionnel ne peut dépendre que d'un système général, et le seul capable de répondre aux nombreuses et difficiles questions que soulève l'arthro -rhumatisme est assurément le système nerveux.
Cette conception d'une pathogénie nerveuse n'est pas nouvelle. ïl y a près d'un demi-siècle que Froriep particulièrement l'avait mise en avant, et avait considéré le rhumatisme aigu comme une névrose due à l'action du froid, sur les nerfs périphériques. Heymann en 1872 a repris la même idée, et a fait de la forme aiguë une affection myélique, mais la synthèse pathogénique n'a jamais été tentée, et cependant s'il est impossible de faire du rhumatisme articulaire aigu une catégorie à part, il devient également
impossible de lui attribuer une origine particulière. L'intervention du système nerveux dans la diatbèse rhumatismale, est du reste tellement évidente, que bon nombre d^auteurs ont signalé des rapprochements frappants, entre ses manifestations, et les affections myéliques.
Si l'on examine l'étiologie du rhumatisme, on remarque que le froid en est la cause déterminante la plus fréquente, le froid sous toutes ses formes, depuis le plus léger courant d'air frais venant frapper une surface cutanée (en y produisant même une sensation agréable), jusqu'au froid humide persistant, qui suinte en quelque sorte avec l'eau des murs d'une maison nouvellement construite. Les rez-de-chaussée des maisons bâties sur un sol argileux, ou dans des bas-fonds, adossés à des masses de terre, etc., réalisent encore des conditions éminemment favorables à l'éclosion du rhumatisme. Il en est de même du métier de laveuses par exemple, bien que le froid s'y présente sous une autre forme. Sans entrer du reste dans l'analyse des causes multiples du refroidissement, je veux simplement signaler un premier fait, c'est que la cause qui produit le plus fréquemment le rhumatisme, agit périphériquement sur les extrémités nerveuses ; le système atteint directement est le système nerveux. Suivant son degré de résistance, l'action sera immédiate, prochaine, ou lointaine, généralement en rapport avec l'intensité de cette action combinée avec les facteurs de la résistance , laquelle se trouvera à zéro avec l'épuisement complet des centres nerveux.
L'action périphérique peut arriver toute seule, surtout dans les formes subaiguës et chroniques, à produire cet épuisement, ou plutôt cet état particulier du système nerveux auquel se trouvera bientôt liée la diatlièse, dont une cause même légère déterminera l'apparition, mais elle est
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aidée le plus soiivonl, dans son (luivri; par dus|caiises secondaires. Au nombre de ces causes, se trouve rii('ir(''dit6, la fatigue musculaire et articulaire violente (rhumatisme aigu), les travaux intellectuels, les veillées, les excès de toute sorte, les travaux corporels quotidiens (rhumatisme subaigu), la misère sous toutes ses formes, laquelle s'allie si fréquemment à une alimentation insufhsante (rhumatisme noueux, ou, goutte des pauvres). Les articulations qui ont subi la plus grande somme de fatigue sont généralement atteintes de préférence (genoux, cous-de-pied) dans le rhumatisme aigu ou subaigu, (doigts) dans le rhumatisme noueux. Cette particularité établit un rapport intéressant, entre le rhumatisme et l'atrophie musculaire progressive.
En poursuivant l'analyse étiologique du rhumatisme, on arrive à reconnaître que toutes les causes qui le préparent, ou qui le déterminent, atteignent directement le système nerveux, lui font perdre en quelque sorte l'équilibre physiologique, et lui impriment le mode d'activité spéciale, la perversion fonctionnelle, qui se traduit par une des formes rhumatismales. C'est de cette manière que la grossesse, la lactation, la puerpéralité, la blennorrhagie, et en général toutes les affections qui précèdent Tapparition du rhumatisme, agissent, et préparent l'évolution des phénomènes arthropathiques. Quant aux causes déterminantes, on y retrouve toujours, ainsi que je l'ai dit, Faction sur le système nerveux.
Elles peuvent appartenir non seulement à l'ordre physique, mais même à l'ordre moral, et d'après Senator une vive émotion aurait parfois plus d'importance qu'une action physique. Quant aux cas oii l'origine de la maladie échappe à toute investigation, ils n'en plaident que mieux, en faveur d'un point de départ nerveux. Il est d'ailleurs
facile d'admettre, au milieu des variations atmosphériques de tous genres que nous traversons, que ces variations doivent avoir aussi bien une action préparante, que déterminante, impossible à suivre, à découvrir, ou à retrouver surtout chez des individus diathésiques.
Quant aux phénomènes symptomatiques du rhumatisme, l'origine nerveuse de la diathèse en rend parfaitement compte. Les liens qui unissent étroitement le grand sympathique, au système nerveux central, éclairent les phénomènes métastatiques abarticulaires. L'enchevêtrement si fréquent des arthropathies des myalgies, des névralgies, des névropathies que l'on rencontre chez les rhumatisants, devient intelligible. Il en est de même de leur mutabilité incessante, et parfois rapide comme l'éclair, surtout chez les arthro-névropathes. L'influence réciproque des états myéliques, cérébraux, neuro-périphériques les uns sur les autres, permet de comprendre également les accidents redoutables de l'encéplialopathie rhumatismale, qu'il s'agisse là d'une action de voisinage entre la moelle (qui forme le principal centre pathogène), et le cerveau, ou d'un retentissement direct par l'intermédiaire d'une action réflexe inflammatoire des nerfs synoviaux? Mais sans fouiller tous les coins et recoins du grand tableau rhumatismal, il est facile de se rendre compte que ses symptômes peuvent se relier grâce à l'intermédiaire du système nerveux.
Si son action du reste peut être rejetée en bloc (sauf à laisser la place vide), il existe un certain nombre de faits, les uns dans lesquels il est bien difficile de nier la neuropathogénie, les autres dans lesquels la chose est impossible. J'ai déjà signalé dans l'étiologie certains rapports entre le rhumatisme et l'atrophie musculaire progressive. Dans
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la maladie déclarée, un Ii'dliyc des li'uul)l(!s do sensibilité (hypereslhésie, sensibilité excessive au froidj, de molililé (athrophie parésie, quelquefois paralysie musculaiic;), de sécrétions (sueurs profuses). Les troubles de motilité peuvent se retrouver dans toutes les formes du rhumatisme liés à l'atrophie ou à la paralysie. Cette dernière îipparaîl quelquefois brusquement avec l'arthropathie, et ne peut pas être mise sur le compte de la douleur ainsi que l'a fort bien démontré M. le professeur Potain, en la supprimant au moyen d'une injection d'eau. D'autres fois elle se manifeste pendant le cours de l'affection. L'amyotrophie aiguë généralisée a été signalée par Gubler, comme un épisode terminal du rhumatisme articulaire aigu. L'étude du rhumatisme noueux (appelé par Remak arthrite myélique) ne laisse aucun doute sur l'intervention directe du système nerveux dans cette affection.
Quelques auteurs, il est vrai, veulent séparer le rhumatisme noueux de la série rhumatismale, mais l'autorité de plusieurs grands cliniciens (Charcot, Besnier, Vidal, Trastour) permet de l'y rattacher et d'en faire bénéficier la pathogénie nerveuse.
En résumé, s'il n'est pas possible de prouver altâ manu que le système nerveux est le receleur de la diathèse rhumatismale, cette doctrine a du moins pour se défendre des armes sérieuses, c'est elle qui satisfait le mieux l'esprit, c'est elle enfin qui fournit la meilleure solution du problème. Il resterait à pénétrer la nature intime de la lésion nerveuse. Elle ne saurait être d'un ordre différent de celle qui domine la diathèse précédente. Je reviendrai bientôt sur cette question, en faisant une revue synthétique rapide, au cours de laquelle j'utiliserai pour la résoudre, les notions électrothérapiques acquises.
Mais le moment est venu d'aborder une étude qui se rattache d'une manière générale à l'évolution des arthropathies (en dehors desquelles je laisse ici celles qui naissent d'un traumatisme) et plus particulièrement à l'évolution de celles qui appartiennent au rhumatisme articulaire aigu. Je veux parler de l'étude de la fièvre qui occupe une place symplomatique médiocre dans le cours de la plupart des affections articulaires oii elle fait même le plus souvent défaut, pour prendre parfois, surtout dans certaines formes graves du rhumatisme articulaire aigu, une importance considérable.
Où faut-il placer l'origine de la fièvre? Est-elle sous la dépendance directe, ou indirecte du système nerveux? La question est nettement posée. Elle est grosse d'inconnues, et grosse de conséquences pour l'électrothérapie. Je n'entends pas parler ici seulement de la fièvre dans ses rapports étroits avec le rhumatisme, mais de la fièvre en général. La violence qu'elle acquiert parfois dans le rhumatisme articulaire aigu, ou dans ses complications cérébrales, est seulement l'occasion qui m'a décidé h traiter brièvement ce sujet dans un chapitre en quelque sorte incident.
Les occasions de traiter par l'électricité des affections dans lesquelles la fièvre occupe une certaine place, sont rares. Le plus souvent elle n'apparaît qu'accidentellement, au cours des affections chroniques qui forment presque exclusivement la clientèle de l'électrothérapie, et c'est sans doute l'ignorance des conséquences de son emploi, qui a déterminé les quelques électrothérapeutes qui se sont trouvés en face d'elle, à suspendre tout traitement, et à déclarer que toute intervention électrique est contre-indiquée lorsque la fièvre existe.
Pour ce qui concerne le rhumatisme, j'ai cité l'opinion
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de Ti'ipior cl celle de Jollï'oy qui cuiiseilleiiL de s'abslciiir, jusqu'à ce que loule nianifeslalion fébrile ail cessé. Il y a là, je crois, une idée préconçue. L'expérience fournie par l'élude des applicalions de l'éleclricilé au rhumalisinc ar'.iculairc aigu, bien qu'elle soil courte, permet d'affirmer (tout au moins dans le cas particulier), que la fièvre^ ainsi que je l'ai dit plus haut, n'est pas une contre-indication de l'électrolliérapie. Abramowski, De Beetz, Drosdoff, dans eurs lenlalives llrérapeutiques de la polyarthrite rhumatismale, onl vu la fièvrç s'amender avec les autres symptômes. Remak, un instant hésitant, finit par déclarer, en dépit d'un petit nombre d'expériences, qu'il pense que le courant galvanique peut avoir une action favorable, non seulement sur les symptômes locaux, mais encore sur la fièvre, ella dyscrasie en général. D'un autre côlé, il ressort nettement des quelques tentatives que j'ai faites, que la fièvre n'est nullement une contre-indication dans le cas particulier. Je vais plus loin et je crois qu'il y a lieu de se demander si, non seulement la fièvre symptomatique (d'une affection curable par l'électricité) mais encore la fièvre dite essentielle ne serait pas justiciable de l'électricité. Il est bien évident que cette question ne peut recevoir sa solution des faits observés jusqu'ici, car il n'existe, à ma connaissance du moins, aucune tentative faite dans cet ordre d'idées.
Je n'ai de mon côté que deux faits susceptibles de laisser entrevoir une réponse affirmative. Le premier concerne une jeune femme qui vint me consulter à mon dispensaire il y a quelques mois, pour des vomissements incoercibles qui la torturaient depuis quatre jours. Les traits étaient altérés, la langue saburrale, le pouls fréquent, la peau médiocrement chaude devenait, au dire de la malade,
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brûlante la nuit, et ce qui la tourmentait le plus, c'était l'impossibilité de satisfaire sa soif. Je fis sur-le-champ une électrisation galvanique des pneumogastriques qui était nettement indiquée. Immédiatement après la séance, elle put ingurgiter un verre d'eau sans le rejeter. Les vomissements ne reparurent plus, et la malade vint me voir le lendemain complètement rétablie. Je me souviens que mon impression du moment fut que je m'étais trouvé en présence de contractions spasmodiques de l'estomac dues sans doute à un trouble d'innervation, et sans approfondir davantage la question, je classai le fait au nombre des résultats curieux que l'on rencontre si fréquemment dans la pratique courante de l'électrothérapie.
Le deuxième fait se rapporte à une femme âgée de trentecinq ans, qui vint un soir me supplier de la débarrasser de violentes douleurs de tête, qui lui revenaient tous les soirs accompagnées d'une forte fièvre, depuis plusieurs mois. Je la soumis à une galvanisation longitudinale et transversale de la tête, avec 5 m. a, puis à une galvanisation de la moelle cervicale (pôle positif à la nuque, pôle négatif sur une omoplate) ainsi que j'ai coutume de le pratiquer dans le but d'atteindre par irradiation, la moelle allongée et par suite les nerfs crâniens. Je fus étrangement surpris en apprenant quelques jours après que la douleur de tête et le mouvement fébrile avaient complètement disparus. J'ai suivi cette personne pendant plus de six mois, la guérison ne s'était pas démentie un instant. Ce résultat était resté classé avec le précédent, et c'est le sujet que je traite qui me les a remis en mémoire. Je n'ai nullement l'intention, du reste, d'en tirer la moindre déduction. Je ne les fais intervenir que commejustification nouvelle, que la fièvre ne contre-indique pas l'électricité. Je veux encore rappeler, avant de
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clore celle parenthèse, que réhicIriciLé statique amende pour un temps la fièvre des plitysiques. Ceci dit, je reviens à ma digression.
Le sujet est contenu presque en entier, dans la question de savoir comment naissent, se développent, vivent, déclinent et meurent les pyrexies, question au surplus extrêmement complexe. Le point particulièrement intéressant au point de vue de l'électrolliérapie, est d'élucider si elles sont sous la dépendance absolue ou relative du système nerveux, ou si elles peuvent évoluer, sinon complètement, du moins dans une certaine mesure, en dehors de lui.
Lorsqu'on cherche à pénétrer dans Fintimité des échanges nutritifs, on constate qu'ils se font dans tous les points de Forganisme, que les molécules s'y oxydent en même temps que se produit, soit le renouvellement, soit l'accroissement, soit le statu quo de nos organes, en un mot la nutrition. On constate, en outre, que cette oxydation donne lieu à une production de calorique qui, à l'état sain, se maintient aune température approximativement constante. La fièvre n'est que l'exagération de ce travail d'oxydation, c'est une hyperoxydation entraînant une production exagérée de calorique, mais c'est en même temps une perversion nutritive, ou plutôt une dénutrition. L'oxygène s'empare des cellules pour les brûler anormalement. Les tissus sont dépouillés d'une partie de leurs éléments constitutifs, soit violemment, soit par défaut de cohésion. Mais il est probable qu'il se produit un défaut de cohésion à la suite delà suroxydation des éléments, lesquels tombent aussitôt dans le torrent circulatoire, pour être traînés jusqu'aux émonctoires.
Le phénomène est-il réellement aussi simple? Evidem-
192 TRAITEMENT DES AFFECTIONS AKTICULAIlîES
ment non. L'étude de la respiration des muscles et de leur désassimilation montre que leur existence est liée à des phénomènes chimiques dont l'analyse est des plus difficiles. Or, ce sont eux qui sont le principal foyer de combustion de l'organisme. On a pu prétendre même que c'était l'unique foyer. C'est une exagération, mais c'est assurément la grande source de calorique et, par conséquent, c'est chez eux que l'on pouvait arriver à surprendre le plus facilement le secret de cette combustion. Aussi les savants n'y ont-ils pas manqué et c'est leur contraction (dont on peut considérer le phénomène de désassimiliation, comme l'exagération de ceux qui se passent à l'état de repos) qui a été leur principal objectif. Ils sont ainsi arrivés à reconnaître qu'il n'existe point de parallélisme entre l'absorption de l'oxygène et le dégagement de l'acide carbonique (Matteuci, Valentin), et que même ces deux phénomènes sont à peu près indépendants (Hermann, Danilewsky). Les muscles placés dans de l'hydrogène et de l'azote continuent encore à fournir pendant quelque temps de l'acide carbonique, il n'y a donc pas simple oxydation du carbone et de l'hydrogène. Il y a un phénomène plus complexe, dans lequel interviennent très probablement les ferments solubles, avec leurs processus chimiques dont Hope Seyler a fait une si belle analyse, de laquelle il résulte que l'hydrogène peut avoir un pouvoir de réduction considérable, et que placé en face del'oxygène indifférent (0^), il peut mettre en liberté un atome d'oxygène, qui deviendra avide d'oxydalion. Il peut donc y avoir, dans certains cas, intervention en quelque sorte, d'une putréfaction à laquelle est due la pj'oduction de la chaleur. Nous pourrons avoir à étudier dans un instant, sites produits de cette putréfaction ne peuvent pas avoir une influence sur le processus fébrile.
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Mais, en soiimic, le vérilable mrcaiiisino de Tox^dalion importe peu à la solution de la queslion actuelle, el quel qu'il soil, il en ressorl le fait très net que j'ai énoncé en commençant ; c'est que la combustion physiologique est une oxydation, et que la combustion pathologique, c'est-àdire la fièvre, n'est que l'exagération de cette oxydation, c'est-à-dire une hyperoxydation (1).
11 reste à trouver la raison de ce phénomène morbide.
On peut songer à l'hypothèse (j'ignore si elle a été invoquée), d'un excès d'oxygène dans le sang, mais elle est inadmissible. Le sang en effet (globule rouge) est réfractaire dans une certaine mesure à la suroxygénation, ainsi que le démontrent les expériences de P. Bert, il a une capacité pour l'oxygène relativement immuable. En admettant que cet état pût êire troublé par une invasion dyscrasique indéterminée^ il deviendrait incompréhensible que la progression de l'hyperoxydation se fît parallèlement à la disparition des globules rouges, qui sont à peu près le facteur exclusif de la réceptivité pour l'oxygène.
On peut encore soutenir que la surélévation de température provient de ce que les portes de sortie (la peau principalement) ont cessé de fonctionner. Mais outre qu'il est démontré que la température s'abaisse chez les animaux qui sont soustraits ay. rayonnement, au moyen d'un enduit imperméable, le pouvoir réfrigèrent de la médication par les bains renouvelés devrait rapidement rétablir l'équilibre, ce qui n'a pas lieu. Il y a donc bien désordre
(1) J'ai bien raison de dire, ainsi que le lecteur le lii'a un peu plus loin, que la science ne s'édifie que sur des ruines, puisque d'après de récentes études de M. Robin, les oxydations seraient naturellement dimiauéesdans la lièvre, qui deviendrait ainsi une hypooxydation.
Je ne puis que signaler en passant cette assertion paradoxale.