‹ Traitement des affections articulaires par l'électricitéChapitre 2 sur 18 · DU RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU · texte numérisé non relu

DU RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU

Les médecins qui ont tenté la guérison du rhumatisme articulaire aigu par l'emploi de Télectricité sont peu nombreux. Ceux qui la conseillent dans cette affection sont rares. Plusieurs même y sont formellement opposés. Au nombre de ces derniers se trouve Joffroy qui, sommairement, déclare que la fièvre contre-indique l'emploi de l'électricité et veut qu'on rejette ce moyen comme dangereux lorsqu'il existe des symtômes aigus. Il n'indique pas, du reste, ses motifs d'exclusion, et ne fait pas d'avantage connaître les expériences sur lesquelles il s'appuie.

Il est indispensable de préciser que, suivant en cela les inspirations de Remak, Joffroy n'a fait usage que des courants continus. Mais s'il a suivi la voie qu'il avait tracée, il est arrivé à des conclusions différentes, car Remak, malgré un petit nombre d'observations, dit qu'il espère un bon résultat de l'application des courants continus dans le rhumatisme articulaire fébrile, et les conseille. Il est juste d'ajouter cependant, qu'il a englobé dans ses conclusions le rhumatisme articulaire et musculaire fébrile, que les observations dans lesquelles l'électricité a été l'unique

moyen de traitement sont des plus rares, et que par suite ses conclusions manquent de précision.

J'ai cité Joffroy, c'est, je crois, avec Tripier le seul médecin français qui ait et cela en quelques lignes émis une opinion sur l'électricité appliquée au rhumatisme arliculaire aigu. Tripier dans son Électrologie lui consacre la mention suivante : « Dans le rhumatisme articulaire aigu, la fièvre contre-indiquelafaradisation. » Il neparle pas des courants continus.

Parmi les Allemands, j'ai déjà cité Remak qui n'a fait usage que des courants continus. Parmi ceux qui ont employé la faradisation, Weissflog la déclare nuisible, tandis que Drosdofî, Beetz et Abramowski affirment le contraire, et leurs conclusions, qui concordent, peuvent se résumer de la manière suivante: A la suite de l'application pendant cinq à dix minutes d'un fort courant faradique, fermé avec des électrodes humides (Drosdolï, Beetz), ou un badigeonnage de la peau fait avec le pinceau (Abramowski) les douleurs diminuent pour plusieurs heures. Si le traitement est continué quelques jours, les douleurs s'amendent, la motilité devient meilleure et la guérison arrive plus rapidement avec un allégement considérable des souffrances.

Tels sont les résultats produits par l'emploi du mode faradique.

Seul Remak a enregistré quelques conclusions se rapportant au mode galvanique; ainsi que je l'ai dit, elles manquent de précision. Du reste il l'avoue lui-même, il n'a jamais traité qu'avec la plus grande hésitation les rhumatismes compliqués de fièvre, dans la crainte surtout de produire une métastase du côté du cœur. Il se montre donc très réservé. Il en ressort en tout cas nettement ce fait, que la

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fièvre n'est pas considérée par lui comme une contre-indication, .le cile textuellement: « Ces remarques ne doivent nullement empêcher les médecins des hôpitaux d'appliquer le courant constant sur les membres afï'ectés de rhumatismes et même au milieu de la lièvre. .Je suis même très convaincu, que dans toutes les périodes, et quel que soit son développement, par conséquent même dans le rhumatisme articidairG multiplié^ le courant constant, surtout dans son application stabiîe et non trop douloureux, employé soit seul, soit associé à d'autres moyens, pourra dans certaines limites, essentiellement contribuer à abréger la marche et la durée de la maladie. »

Les observations qui suivent, et qui me sont personnelles, sont trop peu nombreuses pour fixer la valeur de l'éleclrothérapie dans le traitement de la polyarthrite rhumatismale aiguë, d'autant plus que dans plusieurs cas je n'ai pas voulu priver les malades du bénéfice de l'administration du salicylale de soude. Toutefois le lecteur en les lisant reconnaîtra, je crois, qu'elles ont par elles-mêmes, et plus encore par certains épisodes un réel intérêt.

Obs. I. — Rhumatisme articulaire aigu.

M™" D..., passementière, me faisait appeler, le 25 juin 1884, pour un rhumatisme articulaire aigu généralisé dont les prodromes avaient débuté l'avant-veille par de l'anorexie et une courbature. La veille au soir, à la suite d'un frisson violent, elle avait du s'aliter. Insomnie, fièvre brûlante. Au moment où j'examine la malade (le matin), elle est condamnée à une immobilité absolue, par suite de douleurs intenses. Purgatif, liniment laudano-chloro formé. Je reviens le soir et, malgré la fièvre et l'acuité des symptômes, je procède aune faradisation humide des épaules avec F^ Durée, cinq à sept minutes. Je fais, en outre, une friction des genoux avec le balai métallique et F^ Durée,

trois à quatre minutes. La séance est supportée avec la plus grande facilité, malgré une assez forte intensité du courant, et cela en raison, je crois, de la violence des douleurs. — La malade, à la suite de cette séance, dit avoir éprouvé un soulagement sans distinction d'articulations. Frictions laudano-chloroformées.

'^Qjîdn. — Pas de changement. Nouvelle faradisation dans les mêmes conditions. Légers malaises pendant la séance. Mêmes résultats.

27 juin. — Nuit mauvaise. Pas de sédation des symptômes, cependant les épaules sont légèrement dégagées, mais le pied gauche qui était resté indemne est envahi. Je procède néanmoins à une faradisation légère et je prescris le salicylate de soude aux doses classiques.

'iSjuin. — Amendement considérable des symptômes. Etat subaigu, fièvre modérée. Pas de faradisation, frictions et salicylate.

'id juin. — Nuit médiocre, légère aggravation des symptômes. Acuité plus grande de la douleur dans les articulations des cou-depied et des épaules. Même traitement.

30 juin. — Nuit mauvaise, encore un peu et ce sera l'état primitif. Je procède à une faradisation humide des épaules, des genoux et des coudes F\ cinq à sepi minutes pour chaque articulation. Intensité moyenne.

\'^ juillet. — A ma grande stupéfaction, la malade est levée. L'état saburral de la langue a disparu. Léger appétit. Les mouvements sont à peine douloureux. Sans une douleur assez vive dans le genou droit, M'^^D... déclare qu'elle pourrait sortir! Nouvelle faradisation. Suppression du salicylate de soude. A partir de ce moment, la guérison fait des progrès tellement rapides^ que le 7 juillet la malade venait à ma consultation. Les séances d'électricité n'avaient été continuées que jusqu'au 4, dans les mêmes conditions.

Obs. il — Rhumatisme aiHiculaire aigu.

Le 12 octobre 1884. — Je fus appelé près de M. V..., serrurier, qui était alité depuis sept jours, en proie à des souffrances atroces occasionnées par une polyarthrite rhumatismale aiguë qui n'avait épargné que le coude droit et les articles du membre inférieur gauche. Les symptômes du rhumatisme articulaire aigu se présentent avec une

extrême violonce. V... a pris un purgatif au début, et une solution qui n'est autre que du salicylate de soude, lequel a été conseillé par un pharmacien. Les articulations ont en outre été frictionnées avec du baume d'opodeldoch.

Le malade, par défaut de conflance, a pris des doses très faibles de la drogue pharmaceutique. Je prescris 6 grammes de salicylate de soude, frictions chloroformées, enveloppement ouaté des membres supérieurs.

13 octobre. — Nuit extrêmement pénible. Frictions faradiques avec le pinceau métallique de toutes les articulations du côté droit F''. Engainement complet de la bobine, durée, quatre à cinq minutes. Faradisation humide (F^, cinq à sept minutes, intensité moyenne), des articulations des membres supérieurs. Salicylate et frictions.

14 octobre. — V... a éprouvé un grand bien-être à la suite de la faradisation. Les douleurs moins violentes faisaient espérer une nuit calme, lorsqu'il fut pris de douleurs suraiguës des articulations du membre qui avait été épargné.

Même traitement.

15 octobre. — Le malade s'est trouvé très soulagé à la suite de la faradisation. Cependant à peu de chose près, l'état est le même. Faradisation. Salicylate et frictions.

16 octobre. — Amendement général de tous les symptômes. De légers mouvements peuvent être exécutés avec des douleurs insignifiantes. Seules l'articulation tibio- tarsienne et celles du pied gauche n'ont pas été entraînées dans la débâcle. V... a été pris la nuit d'une telle transpiration qu'il en a été un instant effrayé.

Trois jours après le malade pouvait se lever. Le salicylate de soude à doses décroissantes fut continué jusqu'au 21 et la faradisation jusqu'au 24. Je trouve consigné dans mes notes à la date du 21 : nuit bonne, appétit., légères douleurs dans le cou-de-pied et les orteils gauches, extra-courant. Sans les douleurs, la marche serait normale. V..., par prudence, garda l'appartement jusqu'au 5 novembre, mais il eût pu sortir beaucoup plus tôt.

Je tiens à faire observer que dans les deux cas qui précèdent les malades ont été radicalement guéris, et qu'il n'a subsisté aucune douleur dans les jointures.

Obs. III. — Rhumatisme articulaire aigu.

Cette troisième observation, qui se rapporte à un jeune homme de vingt-trois ans, M. S..., extrêmement lympliatique, offre ceci de particulier, que je fus appelé près de lui pour une deuxième rechute. Il avait été pris d'une polyarthrite rhumatismale aiguë au commencement de septembre 1884, s'était relevé rapidement pour retomber presque aussitôt. Il se croyait complètement guéri, lorsque le 22 novembre, à la suite d'excès, il se produisit une deuxième rechute. La marche de celte rechute ne présenta rien de particulier, si ce n'est qu'elle eut une durée beaucoup plus courte que les précédentes, puisque le douzième jour le malade, très difficile à diriger, sortit en dépit de toutes les observations.

Je fis huit séances d'électricité analogues aux précédentes, saur cependant que j'employai presque constamment l'extra-courant, dans le but d'atteindre plus rapidement les vestiges inflammatoires subaigus laissés par les attaques précédentes. Le salicylale de soude fut prescrit concurremment, et je recommandai d'en prolonger l'emploi pendant longtemps en raison des récidives qui s'étaient produites.

S'il est vrai que des trois observations qui précèdent, il soit difficile de conclure quoi que ce soit de précis en faveur de la thérapeutique faradique dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu ; s'il est vrai que les heureux résultats obtenus peuvent appartenir au salicylate de soude ; s'il est vrai encore que ces trois cas peuvent constituer avec un quatrième cas que je relaterai dans un instant une série heureuse, je tiens aussi à faire observer :

r Que d'une manière manifeste, la faradisation produit une sédation de symptômes locaux, en mojlérant tout au moins pour un temps la poussée congestive.

2° Qu'elle ne cause aucune aggravation de ces symptômes.

3° Que la fièvre n'est pas une contre-indication à son

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emploi (ce fuil ressortira de plus en plus nellemenl par la suite).

4" Que si le salicylate de soude produit quelquefois une sédation des symptômes presque brusque, le l'ait est peu fréquent, et la résolution qu'il détermine a rarement la franchise de celles qui ont été obtenues dans les cas cidessus à l'aide de la faradisation.

C'est pourquoi il y a lieu à mon avis de conclure, que l'électricité a été tout au moins un adjuvant puissant, d'abord en raison de son action (qu'on me passe l'expression) personnelle, et ensuite très probablement (fait qui apparaît de jour en jour plus évident pour tous les médicaments) en augmentant la puissance d'action du salicylate de soude.

Avant de quitter le chapitre de la polyarthrite rhumatismale aiguë, je veux encore relater deux cas dans lesquels, tout au moins, les résultats obtenus ne peuvent être mis qu'à son actif. Le nombre des articulations envahies est plus restreint, mais ces deux observations présentent des particularités très intéressantes.

Obs. IY. — Rlwmatisme articulaire ai(ju.

M. DeV..., de bonne constitution, mais d'un tempérament extrêmemeiit lymphatique, nie fît appeler le 7 janvier 'l88o pour une arthrite du genou gauche. Grand marcheur et grand pêcheur, M. De Y... atti'ibue sa maladie actuelle à un excès de fatigue combine avec un troi) long séjour des extrémités inférieures dans l'eau, pendant les pèches qu'il faisait au bord de la mer. Quoi qu'il en soit, la maladie a deux mois de date, s'est manifestée insidieusement par de vagues douleurs, quelques élancements passagers, de la gêne dans la marche et a fini par contraindi-e le malade à s'aliter le 6 janvier au soir, avec une fièvre ardente et de violentes douleurs dans le genou droit.

C'est, le lendemain malin que je l'examinai. Je me trouvai en présence d'une arthrite aiguë. Tuméfaction énorme du genou, peau injectée, tendue. La douleur, d'une violence extrême, permet à peine de constater que la cavité articulaire est le siège d'un épanchement du reste peu abondant. Le plus léger mouvement du membre arrache des cris au patient. Sensation d'une énorme pesanteur du membre. — Langue saburrale, anorexie, fièvre modérée. — Je prescrivis un purgatif, des frictions laudano-chloroformées, l'enveloppement du membre dans de la ouate. Pour toute alimentation, du lait. Toute application électrothérapique fut remise au lendemain.

Le 8. Nuit extrêmement agitée, fièvre et soif intenses, l'étatlocal a empiré. Faradisation humide progrei«sive poussée jusqu'à une très grande intensité avec F^, mais seulement à la périphérie de la rotule, et légère sur la rotule elle-même, pendant huit à dix minutes. Friclions, lait.

Le 9. La nuit a été bonne. Le genou a diminué d'une manière remarquable: il peut être examiné facilement, car il ne présente à la pression que des douleurs insignifiantes. Pas de traces d'épanchement. Je puis communiquer des mouvements en ne provoquant que des douleurs très légères. Les mouvements volontaires restent à peu près impossibles, le membre semble cloué au plan du lit. — Nouvelle faradisation. Friction, lait, bouillon.

Le 10. Dans la nuit, le genou droit a été envahi par une inflammation intense, accompagnée de douleurs plus violentes encore que celles de la jointure opposée. Il s'est opéré en quelque sorte un transfert de tous les symptômes du genou gauche au genou droit, associés à l'état général précédent. La nuit a été agitée, très fiévreuse. Faradisation de Tarticulation droite dans les conditions précédentes. Faradisation légère du genou gauche. Bouillon, lait, frictions.

Le 11. Les douleurs ont été violentes jusqu'au milieu de la nuit. A ce moment, une détente générale s'est produite, accompagnée d'une transpiration abondante. — Le gonflement est insignifiant, les douleurs à peu près nulles. Les membres sont toujours pesants.

Dès le lendemain, le malade pouvait se lever. Il reprenait ses occupations six jours après. Une subsistait del'état précédent qu'une certaine pesanteur des membres inférieurs. Je fis encore quatre électri-

salions, dans le but d'affirmer et de consolider la gu'^rison. Elle fut radicale.

La rapidité de celte giiérison n'est point ordinaire. Elle peut assurément constituer une exceplion, et mieux encore une exception parmi les exceptions, mais on peut en toute sincérité l'attribuer à la faradisation. Le résultat fournit en tous cas un nouvel appoint aux conclusions précédentes, et ne peut qu'encourager énergiquement l'étude de l'électrotliérapliie appliquée à la polyarthrite rhumatismale.

Mais là ne se bornent pas les réflexions que suggère cette observation. Il y a lieu de se demander si l'évolution de la maladie eût été la même sans l'intervention de l'électricité.

La raison de cette question est que les prodomes de la diarthrite, de M. De V... cadrent beaucoup mieux avec le développement d'une monoarthrite (dont la nature eût pu. comme cela arrive fréquemment, rester indécise pendant quelque temps), qu'avec le développement d'une polyarthrite rhumatismale. Celle-ci en effet, surtout pour sa première attaque, ne prélude point par les signes avantcoureurs que j'ai signalés. Aussi y a-t-il lieu, à mon avis, de soulever la question suivante : L'action de la faradisation ne peut-elle avoir pour conséquence de produire la mobilité des symptômes qui se fussent localisés dans une seule articulation?

Si le lecteur veut bien se souvenir que le plus souvent la monoarthrite referme une promesse de chronicité, lorsqu'elle n'est pas le point de départ d'une tumeur blanche, il comprendra l'intérêt qui se rattache à cette question. Dans l'ordre aigu, l'observation qui précède est la seule qui m'ait permis de la soulever, et elle pourrait paraître

tout au moins prématurée, si je n'avais pour l'appuyer d'autres faits aussi curieux qu'indiscutables puisés dans l'ordre chronique, je les signalerai successivement, et le lecteur sera certainement frappé de leur analogie. Aussi je reste convaincu que l'avenir répondra affirmativement à la question précédente, et que la thérapeutique saura tirer parti de cette particularité. Je dois ajouter avant de finir, que Remak l'avait vaguement signalée dans son étude des arthropathies chroniques.

Obs. V. — Arthro-myo-7'humatisme aigu.

Je suis appelé le 55 février 1885 par M. D... pour le soulager d'horribles douleurs qui ont leur siège dans la hanche gauche principalement et s'irradient jusqu'à l'extrémité du membre inférieur, où le deuxième orteil présente une rougeur et une tuméfaction considérable, ayant ©©traîné, selon toute apparence, un œdème de l'extrémité du pied. La douleur y est également très vive.

Il y a quinze à dix-huit jours que la maladie a débuté par de sourdes douleurs dans le membre inférieur, accompagnées de contractures passagères des muscles adducteurs de la cuisse pour se localiser aux deux points principaux que j'ai indiqués. Les muscles sont notablement amaigris. Tout mouvement est impossible, le malade est condamné à un décubitus dorsal absolu. Une pression modérée de la partie externe de l'articulation coxo-fémorale est très douloureuse. Le malade, en attirant mon attention sur la partie supérointerne de la cuisse, me fait découvrir une contracture violente et douloureuse de la masse des adducteurs, laquelle s'exaspère par le plus petit mouvement.

Depuis le début de raffection^ l'état général est resté mauvais ; la langue est chargée ; l'anorexie complète ; la fièvre presque constante est coupée fréquemment par des frissons intenses. Depuis quinze jours le malade n'a pu prendre aucun repos. — De fortes doses de salicylate de soude, des frictions faites avec de l'huile laudanisée, purgatifs variés, sulfate de quinine, sudations, tout est resté sans- résultat :

Je procède immédiatement à une faradisation humide avec F- en prenant l'arliculalion de la hanclie entre deux larges tampons. Durée, six à sept minutes. Intensité moyenne. Puis, jeprocède a une friction énergique de tout le membre inférieur avec le balai métallique et F' pendant quatre à cinq minutes en insistant sur l'extrémité supéro-interne.

Le malade éprouve sur-le-champ an bien-être considérable. Frictions laudano-chloroformées, suppression de tout médicament.

Le 26. Nuit assez bonne. M, D... parvient à fléchir, quoique péniblement, toutes les articulations du membre inférieur. La chose lui eût été impossible la veille. Mais ce qui le rend le plus heureux, c'est la possibilité de se coucher sur le côté. En raison surtout de la participation des tissus musculaire et fibreux aux manifestations rhumatismales, je résolus d'employer les courants continus dès le lendemain et commandai un appareil de 20 éléments Chardin. Je fis, en attendant, un nouveau badigeonnage faradique. — Friction, lait.

Le 27. La nuit a été bonne. L'état est sensiblement le même. — Application de courants continus stabiles en prenant l'articulation de la hanche entre deux larges plaques humides L 20 m. a. — Durée, sept minutes. Puis je fais parcourir tout le membre inférieur par des courants stabiles et labiles pendant sept à huit minutes, eu insistant surtout à la région des adducteurs et au pied. Faradisation, frictions, lait.

Le 28. Le membre inférieur est à peu près complètement dégagé, les mouvements sont libres et à peine douloureux. Mais au côté droit, en un point qui depuis plusieurs années était de temps à autre le siège d'une douleur assez vive au niveau des 7® et 8° espaces intercostaux, le malade éprouve depuis la veille au soir, une sensation de tension et de déchirement tellement pénible qu'il a pu à peine dormirquelquesinstants. — Gourants continus stabiles, un pôle à la hanche, l'autre loco dolenti. L 12 à 15 m. a. pendant dix minutes. M. D... éprouve instantanémentun grand soulagement. Frictions, lait.

1^"^ mars. La douleur du côtéest insignifiante, la nuit a été bonne, l'état général est bien meilleur. — Léger appétit. Pas de fièvre, la maladie semble complètement enrayée. — Galvanisation, lait, bouillon, œufs.

E. DANION 2

Le 2. Continuation de l'amélioration.

Le 3. Une rechute s'est produite. Sous l'influence de causes impossibles à déterminer, l'état local et l'état général sont à peu de chose près les mêmes qu'au début du traitement électrique.

J'abrège. — Je fis chaque jour, jusqu'au 7, une séance de courants continus, très courte, et une séance de faradisation humide et révulsive. A cette époque, le malade put se lever. — L'état général était redevenu bon. Il ne subsistait plus qu'une sorte de tension pénible dans le membre inférieur gauche. Une vigoureuse friction faradique fît disparaître ce symptôme et je quittai le malade le lendemain en lai recommandant des applications extrêmement précises, dans le but de consolider sa guérison.

Je pris de ses nouvelles le 28, et je fus désappointé, je l'avoue, en apprenant qu'une sorte d'état semi-chronique s'était établi depuis que j'avais cessé le traitement. L'appétit et le sommeil étaient passables. Les douleurs peu marquées. La sensation de tension extrêmement pénible, dont j'ai parlé, ne s'était pas reproduite; mais les mouvemenlsétaient lents, il existait un état de faiblesse générale très prononcée, et si le malade pouvait rester levé une partie de la journée, il n'avait pas encore osé sortir.

En recherchant les causes qui avaient pu entraver cette guérison, je ne pus en trouver que deux d'admissibles ; ou bien les applications de courants continus avaient été mal faites, ou elles avaient été impuissantes. Je ne suis assurément pas d'avis de confier les applications électrothérapiques aux malades ou à leur entourage ; mais dans le cas particulier les instructions claires et extrêmement précises que j'avais données ne couraient qu'un risque, c'était d'être dépassées. Il est resté forcément un doute dans mon esprit sur la manière dont les applications avaient été faites, et aujourd'hui je ne m'en rapporte absolument qu'à moi pour ces sortes de choses, ou je renonce h traiter le malade. Toutefois, en examinant attentivement les résultais corres-

pondanls aux diverses périodes du Iraitemenl, je restai couvaincu qu'il fallait attribuer Tarrêt de la guérison h la cessation des applications faradiques. Deux fois, en effet, les symptômes avaient fait leur réapparition aumomentde la suppression du mode faradique, et s'étaient amendés sitôt qu'il avait été employé à nouveau.

Quoi qu'il en soit, cette observation confirme dans une certaine mesure celles qui précèdent. Il y a lieu cependant de faire cette restriction qu'il ne s'agit pas ici d'une polyarthrite aiguë franche. Elle témoigne d'une lacune, qui apparaît à chaque page de cette étude, c'est celle des indications électrothérapiques. Enfin, elle autorise à penser que dans des cas analogues il conviendra de combiner les modes galvanique et faradique.

Je pourrais citer encore un cas de polyarthrite qu'il m'a été donné de traiter, il y a quelques mois, par l'électricité; mais cette observation ne modifierait en rien les conclusions que permettent de prendre celles qui précèdent et qui peuvent se résumer de la manière suivante, pour la polyarthrite rhumatismale aiguë.

lo L'emploi judicieux de la faradisation est d'une innocuité absolue.

2o La fièvre n'est nullement une contradiction à cet emploi.

3o' Les symptômes locaux (tension, douleur) soïit amendés pour un temps variable.

40 La faradisation semble avoir par elle-même, d'une manière indiscutable, une action favorable sur la marche et la durée de la polyarthrite rhumatismale aiguë.

N. B. — Les deux conclusions qui précèdent concordent avec celle de Drosdoff^ Beetz et Abramowski.

50 L'emploi du mode farculique est indiqué concurremment

avec l'administration du salicyate de soude ou de toute autre médication. L'action des médicaments se trouve très probablement renforcée par elle.

Il est à peu près certain que dans des cas de polyarthrite aiguë ayant une autre origine que la diathèse rhumatismale, l'électricité se comporterait de la même manière (rhumatisme secondaire).

A l'histoire du rhumatisme articulaire aigu se rattache celle des complications quelquefois si redoutables qui l'accompagnent. Il n'a été fait contre celles-ci, à ma connaissance du moins, aucune tentative d'électrothérapie. Le lecteur a pu remarquer que les atîections relatées cidessus n'ont donné lieu à aucune complication. L'observation IV se prête, il est vrai, aune conclusion positive, mais c'est un fait isolé. L'ensemble des observations toutefois donne lieu à une conclusion négative qui n'est pas sans valeur. Cette conclusion rapprochée du silence des auteurs allemands à ce sujet, semble démontrer que l'électrothérapie peut devenir une arme préventive contre les complications rhumatismales. Ce sujet est digne en tous cas, d'être étudié et approfondi. Quant à la complication déclarée, je ne connais aucun fait pouvant servir de guide à l'emploi de l'électricité. Mon expérience personnelle est nulle à ce sujet. Une seule fois il m'eut été donné de tenter un essai de ce genre dans un cas d'endocardite évidemment mortelle. La quasi-certitude d'un échec, la crainte, pour ne pas dire plus, d'une interprétation défavorable à mon intervention m'en empêchèrent. Je l'ai regretté depuis, et j'agirais autrement aujourd'hui.

En présence d'une complication cardiaque, un dénouement fatal fût-il prévu, je ferais passer dans toute la région péricordiale de faibles courants slabiles avec un large tam-

pon, landis qu'une plaque ôgalemenl 1res large resterait fixée à la partie dorsale corrospondanle, son bord inlerne empiétant sur la colonne vertébrale. Puis, suivant la manière dont se comporterait le malade, j'augmenterais progressivement l'intensité, pour appliquer ensuite directement sur la région précordiale une large plaque et j'arriverais finalement à une intensité de 30, 35, 40 et même 45 m. a., ainsi que je le pratique dans l'endocardite chronique. Ou bien encore je tenterais, mais avec plus grande circonspection, la fermeture du courant sur le nerf pneumogastrique gauche, le pôle positif demeurant appliqué sur la région précordiale.

Quel serait l'effet d'une semblable médication? Il est permis de déclarer a priori que, sagement conduite, elle resterait d'une innocuité complète. Elle pourrait en revanche offrir des chances de succès en rapport avec la nature de la complication, et le degré d'altération de l'endocarde. Ces altérations pourraient être utilement combattues par les effets catalytiques du courant. Son action se traduirait d'une manière générale par une augmentation de la tension artérielle. Elle rétabhrait, sans doute, la coordination des mouvements du cœur dans les cas d'arhythmie. On peut conclure à ces deux résultats par analogie avec ceux qu'on obtient dans les affections chroniques. Elle calmerait également les palpitations s'il en existait. Dans les cas d'asystolie il conviendrait de recourir à la faradisation suivant la méthode de Duchenne de Boulogne, tout en combinant cette action avec celle des courants continus. L'action de l'électricité deviendrait, presque à coup sûr, plus efficace encore, s'il s'agissait de troubles cardiaques plus ou moins graves détachés des causes appréciables, ou pouvant se relier à une sorte de rhumatisme des nerfs du cœur (faits

publiés par Letulle), ou, suivant le professeur Peter, à une névrite du plexus cardiaque. Il y aurait lieu d'espérer, je crois, dans tous ces cas une action efficace de l'électricité, alors que toutes les autres médications resteraient impuissantes. Quoi qu'il en soit, l'épreuve pourrait être tentée sans aucun inconvénient, en y mettant toutefois la circonspection voulue.

Les complications cérébrales du rhumatisme articulaire offrent encore à l'électrolliérapie un vaste champ d'applications. Elles sont en effet le plus souvent de nature essentiellement hyperhémique et appellent par suite directement l'intervention du mode continu, et sans doute du mode statique. Cette intervention se trouverait d'autant mieux justifiée que la thérapeutique classique, malgré les résultats que donne l'hydrothérapie, laisse derrière elle pour le rhumatisme ataxique aigu, une énorme mortalité. Les courants continus pourraient y rendre les plus grands services, en pénétrant jusqu'aux profondeurs de la masse encéphalique et en y opérant un drainage circulatoire des plus salutaires. Ici, moins que jamais, la fièvre devrait être considérée comme une contre-indication. S'il en était autrement, du reste, il faudrait renoncer à son emploi dans ces cas, car la fièvre est un symptôme que l'on peut considérer comme constant. L'électricité me paraîtrait devoir s'allier très heureusement à l'hydrothérapie en mettant à profit la sédation produite par elle.

Pour résumer ma conviction, l'intervention électrothérapique se trouverait non seulement justifiée, mais encore fortement indiquée dans le rhumatisme cérébral aigu et y produirait très probablement d'excellents résultats.

Est-il besoin d'ajouter maintenant, que si l'étude précédente renferme tant de lacunes, que si elle constitue à

peine une ébauche, cela Lient uniquemenL aux diClieullés sans nombre que rencontre ce que j'appellerai volontiers la thérapeutique privée, dans les affections aiguës surtout. Lorsque celte thérapeutique sort du cadre classique, si prudent que soit le médecin, si certain qu'il puisse être de l'innocuité de ses moyens d'action et de l'impuissance des ressources ordinaires, et ce qui est mieux, si grand que soit son désir d'être utile à son malade, il est obligé de se souvenir du « post hoc^ ergo propter hoc » qui l'attend en cas d'insuccès, et qui l'attend d'autant mieux que le moyen qu'il emploie est suspect, ne fût-ce que parce qu'il est nouveau. La plus triste conséquence de pareils faits est que des moyens thérapeutiques qui pourraient rendre les plus grands services, sont exposés à tomber pour ne se relever que très péniblement... lorsqu'ils se relèvent!

C'est ainsi que l'on est conduit à regretter que ces études ne soient pas entreprises dans les services hospitaliers, non seulement parce qu'elles y trouveraient de plus grandes facilités et un champ d'application beaucoup plus vaste, mais encore et surtout parce que les grandes connaissances scientifiques des chefs de service seraient une garantie de leurs progrès. Combien de temps faudra-1-il attendre

encore pour qu'il en soit ainsi? Souhaitons que ce soit

le moins longtemps possible.

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