DE L ARTHRITE AIGUË
Dorénavant les conclusions fournies par l'étude de l'électricité appliquée aux affeclions articulaires, seront précises. Sauf quelques réserves en ce qui concerne l'arthrite aiguë de nature rhumatismale, les conclusions un peu douteuses qui précèdent, disparaissent.
A. Arthrite aiguë d'origine rhumatismale.
Weissflog et Remak paraissent être les seuls médecins qui se soient occupés de traiter par l'électricité, l'arthrite aiguë de nature rhumatismale,
Le traitement préconisé par Weissflog et consistant à faire traverser l'articulation atteinte^, plusieurs fois par jour pendant une durée de temps variant d'un quart d'heure à une heure, par un fort courant faradique, à l'aide de grandes électrodes humides, ce traitement, dis-je, me paraît excessif. Cependant contrairement à l'opinion qu'il émet au sujet de la polyarthrite rhumatismale aiguë, Weissflog dit en avoir obtenu de bons résultats.
Quant à Remak, le lecteur pourra juger des résultats
obtenus par lui, à l'aide du mode voltaïque, dans les inflammations articulaires aiguës rhumatismales ou traumatiques, par les quelques observations qu'il trouvera résumées successivement.
1^'° Obs. de Remak. — Arthrite aiguë rhumatismale,
Jean S... se présente le 22 avril 'l8o8; à la suite d'un refroidissement il a été, il y a cinq jours, subitement affecté de douleurs dans l'épaule gauche, qui rempèchent de lever le bras. Tout le bras et la main sont gonflés. Violentes douleurs en l'habillant ou en le déshabillant en dépit des plus grands ménagements. Mêmes douleurs en comprimant légèrement l'articulation. La seule flexion de la main et de l'avant-bras est déjà très douloureuse. Tous les muscles du bras sont durs, ceux de l'épaule sont très sensibles à la pression. Pouls tranquille (c'était le matin); selon le dire du malade il se produit vers le soir des alternatives de froid et de chaud. Nuits sans sommeil à cause des douleurs ; le matin les urines sont troubles, rouges, déposent un sédiment briqueté; selles normales; appétit nul; langue saburrale. — Je fais passer par l'épaule, dit Remak, quelques courants stabiles (30 éléments Daniel!) qui provoquent une forte éruption cutanée au pôle positif. Les mouvements deviennent plus libres et moins douloureux.
ÏS avril. — Toute la journée d'hier s'est bien passée, fièvre le soir en même temps que de plus fortes douleurs; elle se termine par une forte transpiration. Aujourd'hui cependant il y a du mieux ; l'humérus après la séance, peut être élevé comme dans celle d'hier jusqu'à la position horizontale; la pression sur l'articulation est à peine douloureuse. Des courants labiles passant par le deltoïde sont plus efficaces aujourd'hui que les courants stabiles; un courant stabile, descendant pendant une minute par le coraco-brachial facilite de beaucoup le soulèvement du bras.
24 avril. — Il n'y a pas eu de fièvre ; la nuit a été plus calme, les douleurs moindres; les urines du matin sont moins foncées et moins troubles; point de douleurs à la pression de l'articulation. Le bras peut être élevé à la même hauteur qu'hier. 30 à 35 éléments Danieil, courants stabiles et alternatives polaires à travers le muscle
deltoïde et la fosse si]S-(''pineuse; mouvements plus libres, tension des muscles du bras et de l'avant-bras qui disparaissent par un traitement local^ le malade peut s'habiller sans douleur et sans aucun secours.
25 avril. — Point de fièvre. Dans le courant de la nuit, légèresdouleurs dans l'épaule; mouvements presque complètement libres; légère tension dans le deltoïde antérieur. Après avoir subi l'influence de quelques courants slabiles, le malade se prétend complètement guéri.
26 avril. — Le malade a bien dormi; mouvements libres. Quelques douleurs au bord du deltoïde; le traitement les fait disparaître immédiatement. Le malade reprend ses occupations. Huit jours après il venait présenter ses remerciements.
Les phénomènes les plus essentiels avaient donc disparu en deux jours.
V Obs. de Remak. — Arthrite aiguë rhumatismale.
Le tourneur Pfeifl'er, âgé de soixante ans, vient consulter le ITjuin 1857. Depuis quatorze ans il souffre de douleurs rhumatismales dans l'épaule droite. Cet état passe fréquemment à l'état aigu. Depuis plusieurs jours le malade est souffrant et ne peut exécuter aucun mouvement. La pression sur toute la région articulaire est douloureuse. Les urines sont sédimenteuses, forte fièvre le soir. Courants labiles appliqués sur l'épaule, pas de résultat direct. Vomitif, application d'une sangsue artificielle sur la face interne de l'humérus.
\^ juin. — Le vomitif a soulagé ie malade, mais l'état articulaire est le même. Un courant stabiie fort et cuisant légèrement de vingt éléments appliqué au moyen de réophores en plaque, pendant deux à trois minutes, produisent un excellent effet, la pression sur l'articulation est moins douloureuse et le malade peut bien mieux élever le bras. Mais dès qu'il le porte à 70 degrés environ, il ressent une vive douleur à la suite de laquelle le bras retombe. Douleur à l'acromion; application de quelques sangsues.
'ik' juin. — Les sangsues ont procuré un bon résultat; la fièvre a cédé à la suite d'une potion au nitrate de potasse; des courants stabiles de vingt éléments appliqués dans différentes directions,,
font que le malade peut élever son bras jusqu'à la position verticale.
A ce moment Remak s'étant alité, le traitement fut forcément suspendu.
Le malade revint le 16 juillet. Son affection avait subi diverses péripéties, par suite d'un abus de frictions irritantes. Actuellement les mouvements en tous sens sont plus libres, il existe encore une légère tension dans le deltoïde, le coraco-brachial; quelques courants stabiles en font justice. Le malade jouit depuis d'une excellente santé.
J'ai tenu, ajoute Remak, à reproduire cette observation, surtout parce qu'elle montre que l'on peut parfois très avantageusement marier une médication classique avec l'emploi de l'électricité.
3<' Obs. de Remak. — Arthrite aiguë rhumatismale.
Charles Zimmerman, trente cinq ans, soufFre depuis de longues années d'inflammations de l'articulation du coude droit.
Aujourd'hui, li mai 1858, l'inflammation existe depuis trois jours; elle est très vive, car toute l'articulation est gonflée; la peau est chaude;, tendue et luisante; l'avant-bi-as est immobile et forme avec le bras presque un angle droit, la pression de l'articulation cause des douleurs intolérables. Action d'un courant à peine douloureux de vingt éléments Daniell pendant environ cinq minutes; lepôle négatif immobile pendant que le pôle positif change de place de minute en minute. A la fin de la séance disparition de la tension et de l'œdème. L'extension et la flexion dans l'articulation du coude deviennent plus faciles, et la diminution de la douleur très sensible après avoir provoqué dans les extrémités supérieures des extenseurs de l'avant-bras, et dans les terminaisons inférieures du bras, quelques contractions momentanées labiles.
Le jour suivant le malade annonce que l'amélioration s'est soutenue. Les mouvements sont plus libres, la rougeur et la tension de la peau sont presque effacées. En raison de la forte chaleur de l'articulation, consécutive sans doute au courant, la séanc3 est remise au lendemain.
16 wflî. — La tuméfaction et la chaleur ont complètement disparu. Amélioration sensible. Même traitement que ravant-veille.
17 mai. — Même traitement. A la suite de cette séance le malade se trouve guéri et veut reprendre ses travaux.
19 mai. — 11 revient pour une légère gêne qu'il éprouve dans l'articulation au moment de la flexion. Courants stabiles de vingt éléments Daniell pendant quinze minutes. Le malade à la suite de cette séance est délivré de tous ses maux.
Au 18 juillet la guérison s'était parfaitement maintenue.
Les trois observations qui précèdent sont les seules que j'aie trouvées dans Remalc, et se rapportant nettement à l'arthrite rhumatismale aiguë. Elles suffisent, du reste, pour montrer la méthode employée par lui, et pour démontrer l'action remarquable des courants continus dans ces sortes d'affections. Je pourrais ajouter d'autres observations personnelles à celles que je viens de relater, elles ne présenteraient aucun intérêt, car elles feraient en quelque sorte double emploi, malgré quelques détails de méthode qui sont, en somme, de peu d'importance, je ne ferais que confirmer les résultats obtenus par Remak à l'aide des courants constants. Je préfère donner ici la relation de deux observations qui montrent que la faradisation employée seule peut aussi donner d'excellents résultats.
Obs. VI. — Arthrite aiguë rhumatismale.
M. R..., trente-cinq ans, repousseur sur métaux, tempérament lymphatique, vint me consulter le 30 septembre 1884. Bien antérieurement, il avait ressenti des douleurs erratiques dans diverses articulations. Il y a un an le coude gauche fut envahi par une vive inflammation et mit près de quatre mois à guérir.
Hier, après s'être refroidi étant en transpiration, croit-il, il ressentit dans l'épaule droite de vives douleurs qui lui rendirent aussitôt les mouvements presque impossibles. Nuit sans sumn:ieil. Agitation. Fièvre. Le lendemain au moment ou j'examine le malade,
l'épaule est rouge, tuméfiée, extrêmement sensible à la pression. Tout mouvement est impossible, le mouvement de flexion de l'avantbras sur le bras est également très douloureux. Langue saburrale, anorexie. Tous les symptômes d'une violente arthrite aiguë se trouvent réunis.
Faradisation humide de l'épaule, F^, six minutes, faible intensité, en promenant deux larges tampons très lentement sur toute la surface articulaire, et en ne faisant éprouver au malade qu'une sensation très atténuée. Il éprouve sur-le-champ un mieux sensible, au point de pouvoir soulever un peu son bras. Purgatif léger. Frictions laudano-chloroformées. Enveloppement ouaté. Lait.
\^^ octobre. — Les douleurs ont été moins vives que la nuit précédente. U... a pu reposer un peu. Les symptômes locaux sont légèrement atténués. État général sans changement. Nouvelle séance de faible intensité F^ Repos d'une heure. Deuxième séance avec intensité progressive au point de déterminer de vives douleurs dans l'épaule, durée sept à huit minutes. Compresses d'eau tiède renouvelées de demi-heure en demi-heure sur la jointure, jusqu'à la nuit, à partir de ce moment d'heure en heure. Lait.
2 octobre. — L'amélioration estconsidérable^Ia rougeur, la tuméfaction ont disparu, les mouvements sont déjà étendus et beaucoup moins douloureux. A la suite d'une nouvelle séance, ils deviennent encore plus libres et moins douloureux. Compresses humides, lait, bouillon.
3 octobre. La nuit a été très bonne, le malade se considère comme guéri. L'état général est rétabli. Les mouvements sont libres dans tous les sens, quoique conservant une faiblesse très marquée, qui ne disparaîtra complètement qu'au bout de quinze jours. Le deltoïde du reste est visiblement amaigri. Huit jours après, R... reprenait modérément son travail, après avoir été électrisé encore quatre fois. Il vint me revoir huit jours plus tard, la guérison était radicale. Je le revis au mois d'avril 1885 pour une affection vénérienne. Il avait traversé l'hiver sans ressentir la plus petite douleur.
Obs. VII. — Arih?nte aiguë rhumatismale.
Le 8 février 1886 je fus consulté par M"° V. jeune fille de dix-huit ans, de tempérament lymphatique. (Sa mère, qui l'accompagnait^ est
très rhumatisante. Elle raconte qu'il y a quinze jours environ, elle ressentit quehiues douleurs dans le poignet gauche. Elle ny prit pas garde et continua à travailler. Trois jours après, il se déclarait de vives douleurs, qui ne tardèrent pas à devenir intolérables. Le poignet se tuméfia énormément, et l'œdème envahit même le bras jusqu'à l'épaule. Des purgatifs, des frictions émollientes^ des potions au salicylate de soude ont amélioré l'arthrite, mais, au moment où j'examine la malade, l'articulation radio-carpienne est encore fortement tuméfiée. Il en est de même de la main et de l'avant-bras. La douleur rend tout mouvement du poignet à peu près complètement impossible. 11 existe en un mot une arthrite des plus aiguës.
J'étais depuis longtemps désireux déjuger la valeur des badigeonnages faradiques employés contre l'arthrite aiguë à l'exclusion de tout autre traitement. A deux reprises différentes, des malades chez lesquels j'avais fait cet essaie s'étalent esquivés, l'un à la deuxième et l'autre à la troisième séance, et cela très probablement en raison de la douleur qu'occasionne ce traitement. Je fis néanmoins le même jour deux électrisations faradiques avec F-^, d'une durée de cinq minutes à une heure d'intervalle sur la main, le poignet et l'avantbras, puis je prévins la mère que j'irais soigner sa fille chez elle. C'était le moyen le plus sûr de suivre ma malade. Je fis pendant cinq jours des badigeonnages faradiques avec F^, pendant cinq à sept minutes en coupant chaque séance par un repos de dix minutes environ, engainement complet de la bobine, éléments au chlorure d'argent. Ces cinq séances produisirent une amélioration incontestable, mais qui me semblait considérablement dépassée par les résultats obtenus à l'aide de la faradisation humide. C'est ainsi que les mouvements étaient encore très douloureux et très limités. Seuls la rougeur et l'œdème avaient diminué dans une notable proportion, quant à l'état général, il s'était sensiblement amélioré, mais la j'évulsion semblait n'avoir atteint localement que la surface. Je ne pouvais prolonger plus longtemps une tentative qui me paraissait contraire à l'intérêt de la malade, et j'appliquai un traitement identique à celui que j'ai indiqué dans l'observation précédente. Dès le surlendemain, les mouvements étaient déjà beaucoup moins douloureux et plus étendus. Huit jours après, il ne subsistait plus qu'une sorte de gêne douloureuse, que j'attribuai à un reste d'inflamma-
tion profonde, contre laquelle j'employai l'extra-courant. Le l^"" mars, c'est-à-dire quinze jours environ après le début du traitement, M"'' V... reprenait ses occupations habituelles. La guérison était radicale.
Les résultats obtenus par l'électricité dans l'arthrite aiguë rhumatismale sont des plus remarquables. Je n'ai cité que les observations prises dans Remak, pour montrer l'action du mode continu, parce que je ne veux pas surcharger le texte de cette première partie qui, malgré tout, sera encore trop longue. Ainsi que je l'ai dit du reste, celles que je pourrais ajouter ne feraient que confirmer les faits relatés par lui. Mais ce que je puis affirmer, c'est que plus j'avance dans Tétude des applications faradiques et galvaniques aux arthropathies en général, et plus je suis convaincu qu'elles laissent bien loin derrière elles tous les autres agents thérapeutiques.
Pour ce qui regarde Tarthrite aiguë, les effets les plus précieux de l'électricité ne consistent pas seulement dans la facilité plus ou moins grande avec laquelle elle triomphe des symptômes inflammatoires, mais dans le privilège qu'elle possède d'entraîner avec elle tous les résidus de l'inflammation.
Est-ce à dire que les malades soient à l'abri d'un retour agressif, et que le médecin n'aura plus à combattre? Assurément non; et si plus tard la question de l'action antidiathésique de l'électricité doit être posée, il est évident, d'ores et déjà, que la réponse ne pourra renfermer qu'une promesse, si sérieuse qu'elle puisse être. Les questions de cette ampleur ont besoin pour être résolues de l'expérience d'un grand nombre d'années. Mais c'est déjà beaucoup que de posséder une nouvelle médication, facile à manier, facile à doser, et qui pour ses débuts produit des
PAR L'ÉLECTllICITÉ 33
résullals que n'ont certes jamais obtenus ses nombreuses devancières. L'avenir du reste, et il faut l'espérer un avenir prochain, lui accordera la place qui lui est due, et cette place est la première.
Il est évidemment impossible de prévoir l'évolution lointaine d'une arthrite aiguë, les arthropathies, plus que les autres affections, gardent le secret de l'avenir ; mais il n'est pas douteux, que dans nombre de cas, l'électrothéthérapie sera un moyen préventif de la transformation ultérieure des arthrites aiguës en tumeurs blanches. L'expérience trop jeune aujourd'hui ne permet pas les affirmations, mais à n'en pas douter, là encore l'avenir confirmera une prévision qu'il est presque permis de considérer comme une certitude. Il démontrera que la guérison d'un nombre très restreint d'arthrites rhumatismales (et j'ajoute par anticipation, ou symptomatiques aiguës) échappe à l'action de l'électrothérapie.
B. Arthrite aiguë d'origine goutteuse.
Les effets de l'électricité dans l'arthrite aiguë d'origine rhumatismale devaient faire préjuger qu'elle ne resterait pas inactive contre l'arthrite aiguë d'origine goutteuse. Elle n'a jamais été employée à ma connaissance dans l'attaque de goutte, et je n'ai trouvé nulle part ce moyen de traitement signalé. Mon expérience à ce sujet est très bornée, cependant je crois que l'arthrite aiguë goutteuse est parfaitement justiciable de l'électhrothérapie. Je ne possède sur ce sujet que les deux observations suivantes, qui me paraissent, en revanche, renfermer un grand intérêt.
E. DANION 3
Obs. VIII. — Accès de goutte aiguë.
Dans la matinée du dimanche 13 avril 1884, M. A,.., journaliste, de robuste constitution, ressentit dans le gros orteil gauche une assez vive douleur; attribuant ce symptôme à un excès de fatigue, M. A... se mit au repos absolu. Bien que la douleur eût augmenté, il sortit le lendemain, et rentra le soir dans un état lamentable. Le médecin appelé déclara qu'il s'agissait sans discussion d'un accès de goutte aiguë. Au bout de seize jours du repos le plus absolu accompagné de drogues antigoutteuses, le malade put sortir chaussé de pantoufles et en boitant. Pendant huit jours, un peu de gêne dans la marche avec de vagues douleurs, et ce fut tout, mais le neuvième jour, dans la nuit, nouvelle attaque aussi violente sinon plus violente que la première. Elle dura treize jours pleins et fut traitée comme la précédente par le repos le plus absolu, le salicylate de soude bientôt remplacé par des potions à base principale de colchique accompagnées d'infusions de café vert, d'eau lithinéC;, d'eau de Contrexeville, etc. La rémission ne dura cette fois que cinq jours, au bout desquels survint, la nuit encore, une troisième attaque ayant les mêmes caractères, la même violence que les deux premières.
Je me rendis près du malade le matin 27 mai. Il est fiévreux, agité, la langue est saburrale. Le pied est gonflé, la peau du gros orteil est tendue, rouge violacé, douleur déchirante sitôt qu'on lui imprime le plus petit mouvement, en un mot tous les signes d'une violente inflammation de l'articulation métatarso-phalangienne.
Je revins dans la journée et je fis une application faradique humide, à l'aide de deux petits tampons et avec F^ aux environs d'abord de l'articulation, puis sur l'articulation elle-même en augmentant progressivement l'intensité et sans provoquer toutefois de trop vives douleurs. La séance dura sept à huit minutes. Elle produisit une amélioration locale appréciable.
28 mai. La nuit a étéagitée, sans sommeil, les douleurs violentes en dépitdel'emploiactif d'unlinimentlaudano-ciiloroform é appliqué sur le piedetl'arliculation. Mais dans la matinée un mieuxmanifeste s'est accusé, se traduisant par une diminution no table du gonflement du pied, des douleurs un peu moins vives de l'articulation du gros orteil. De très légers mouvements peuvent déjà être exécutés. Nouvelle séance
à la suite de laquelle le mieux est encore plus sensible et la douleur tellenfiont att('!nuée qu'à son grand étonnenient M. A... p'iut se tenir debout et taire quelques pas.
A partir de ce moment je fis deux applications d'électricitf^ chaque jour en augmentant progressivement l'intensité et le cinquième jour M. A... put retourner à ses affaires et venir à mon cabinet se faire électriser. Dès le troisième jour il avait pu se lever et marcher sans trop de difficultés, à ce moment l'état général était rétabli, l'appétit et le sommeil parfaits Je fis encore cinq séances de faradisation, au cours desquelles ia r-aideur articulaire disparut complètement, et après lesquelles il ne resta pas trace des symptômes goutteux.
A partir de cette époque jusqu'à ce jour (25 novembre 1886), M. A... en a été quitte pour deux ou trois appréhensions causées par un peu de gêne articulaire, mais n'a pas eu d'autres accès, et cependant il ne suit qu'une hygiène très relative. — J'analyserai dans un instant cette observation.
Obs. IX. — Accès de goutle aiguë.
Le 12 octobre 1885, M. D'O... me fit appeler avec l'intention bien arrêtée défaire usage de l'électricité. M. D'O... avait résisté à des conseils qui lui avaient été donnés de ne point tenter ce moyen curatif parce qu'il devait infailliblement le conduire àla gangrène [sic). Ici encore c'est la conviction (conviction qui est celle de tous les médecins à peu près sans exception) qu'im état inflammatoire aigu contre-indique l'emploi de l'électricité, qui avait dicté ces conseils. Quoi qu'il en soit, l'histoire de notre podagre ne présente rien de particulièrement intéressant. Agé de quaranle-six ans, il a été victime il y a quatre ans, d'un premier accès dégoutte aiguë, qui le retint au lit pendant cinq semaines environ. Cinq mois plus tard nouvel accès qui l'alita pendant trois nouvelles semaines Depuis ors en dépit de traitements parfaitement ordonnés et de règles d'nygiène non moins bien prescrites, mais malheureusement assez souvent enfreintes, M. D'O... a été fréquemment victimedenouvelles attaques. C'est à la suite d'un écart de régime que je le trouvai aux prises avec un accès particulièrement violent. Le pied gauche est extrême-
ment douloureux, rouge, tuméfié ; l'articulution tibio-tarsienne est elle-même envahie, les douleurs remontent jusqu'au genou, et tiennent le membre dans une immobilité absolue. L'articulation métacarpo-phalangienne de l'index de la main droite est également le siège d'une inflammation qui s'irradie jusqu'au poignet. L'index n'exécute que très péniblement de légers mouvements de flexion.
Je fis suivre à M. D'O... un traitement analogue à celui que j'ai indiqué dans l'observation précédente, mais appliqué en outre à l'articulation tibio-tarsienne et à la main droite. L'amélioration se .fît sentir presque immédiatement, et au bout de trois jours l'état aigu était jugulé. Le sixième jour de son traitement M. D'O... était, à sa grande stupéfaction, en état de sortir. 11 ne subsistait qu'un léger gonflement au pied et à la main ainsi qu'une légère claudication. Je fis encore douze séances électroihérapiques tant avec les courants faradiques (surtout l'extra-courant) qu'avec les courants continus sans arriver à réduire complètement la tuméfaction du pied, mais instruit par une longue expérience M. D'O..., de son propre aveu, ne comptait pas rester moins de trois à quatre semaines hors d'élat de faire un pas, en raison de la violence de l'accès dont il venait de guérir si heureusement. Il partit pour les Pyrénées et se livra sur mes conseils à des exercices de corps de tous genres, mais principalement à la marche (chasse, excursion dans les montagnes). Je le revis six mois plus tard, il n'avait pas encore eu de nouvelle attaque. A peine avait-il ressenti de légères douleurs qui l'avaient obligé à s'aliter pendant quarante-huit heures à deux ou trois reprises différentes.
Les deux cas qui précèdent sont les seuls accès franchement aigus qu'il m'ait été donné de traiter par l'électricité. lis sont une nouvelle preuve qu'elle peut être appliquée dans les cas les plus suraigus et les plus douloureux, sans préoccupation de l'état fébrile. Ils montrent l'innocuité absolue de ces applications que l'on peut du reste graduer avec une précision qui n'existe pour aucune autre médication. Quant à l'action faradique, bien qu'elle ne s'appuie que sur deux observations, elle ne me paraît pas contes-
table, et les résultats ne peuvent être mis sur le compte d'une double circonstance beureuse. Tout au plus peut-on se demander si dans le cas de M. A... il se fut ou non produit une quatrième attaque. La question est évidemment insoluble. Mais l'accès a été très certainement enrayé par l'intervention électrique; il en est de même de celui de M.d'O... et l'on peut conclure avec précision, que la faradisation humide peut réduire dans une proporlion remarquable la durée d'un accès dé goutte aiguë, et sans doute en enrayer l'évolution. Quant à connaître la proportion dans laquelle les attaques de goutte aiguë résisteront à l'action électrique, l'avenir seul nous l'apprendra, mais tant est grande la confiance qu'inspire cette merveilleuse médication, que je ne serais pas surpris que tout au moins, dans une certaine mesure, toutes les attaques de goutte aiguë sans exception fussent justiciables de l'électricité. Un détail dont il est bon que le lecteur soit prévenu, c'est que dans la goutte comme dans les arthrites aiguës en général, l'application faradique est le plus souvent suivie d'une améhoration très sensible, mais qui ne tarde pas à disparaître pour faire place à une réaction parfois violente qui tend en quelque sorte l'acuité des symptômes. Cette surexcitation produite par le traitement au début, est bientôt suivie d'accalmie. Avant de terminer, je tiens à faire observer que jusqu'au 25 novembre 1886, M. A... n'a pas eu de nouvelle attaque de goutte et cela, ainsi que je l'ai dit, en dépit d'une hygiène peu suivie; que six mois après son traitement, M. d'O... n'avait eu que des atteintes insignifiantes; et il y a lieu de se demander si une simple action locale ne peut pas atteindre l'état diathésique lui-même? Cette question, une des plus intéressantes de l'électrothérapie articulaire, sera traitée dans la deuxième partie.