‹ Traitement des affections articulaires par l'électricitéChapitre 4 sur 18 · C. Arthrite aiguë cV origine traumatique. a. — Contusions · texte numérisé non relu

C. Arthrite aiguë cV origine traumatique. a. — Contusions

Je ne connais aucune observation relative à l'action de l'électricité dans les contusions articulaires. Celles que Remak a publiées dans le chapitre oii il traite de l'arthrite traumatique, se rattachent aux entorses, par leur étiolo^^ie. Je les rapporterai plus loin.

Tripier dans son index thérapeuthique parle incidemment de la contusion articulaire au mot contusion. Je cite du reste textuellement ce passage de son Électrotogie.

(( Co7itimon. — Contre la contusion récente, farad isa- « tion humide de la région qui en est le siège. Séances de « cinq à dix minutes; gros fil.

« Ce traitement est immédiatement efficace s'il peut « être appliqué aussitôt après l'accident. Une séance « suffit souvent, dans ces conditions, pour dissiper les (( effets d'une contusion sérieuse, musculaire ou articu- « laire.

« Lorsqu'on s'éloigne du moment de l'accident non « traité, il faut faire la part des éventualités inflammac( toires et s'abstenir tant qu'on peut redouter l'appari- <( tion d'une phlegmasie aiguë. Cette crainte écartée — et « elle l'est souvent déjà au bout de deux ou trois jours, — « appliquer le même traitement. Séances quotidiennes. « Le traitement est d'autant plus long qu'il a été com- « mencé à une époque plus éloignée de l'accident. — « Dans aucun des deux cas le repos n'est nécessaire. »

C'est, je crois, tout ce qui a été écrit sur le chapitre des contusions articulaires.

Cette courte mention de Tripier se ressent évidemment

dii désir de concision qui l'a engagé à soumelire loules les contusions aux mômes règles lliérapculliiques, car non seulcmenl le repos est utile dans la majeure parlie des contusions articulaires, mais est môme nécessaire. D'un autre côté je ne partage pas l'avis émis par mon savant confrère de s'abstenir tant qu'on peut craindre une phlegmasie aiguë. Du reste, pour le dire en passant, cette abstention se concilie difficilement avec la possibilité de dissiper les effets d'une contusion sérieuse. Pas plus ici que dans les arthrites aiguës précédentes il ne faut redouter les applications taradiques ou galvaniques, je ne crains pas de le redire, bien conduites elles sont d'une innocuité comiilète. Les observations qui suivent en sont une preuve convaincante.

Obs. X. — Arthrite aiguë traumatique.

Le 23 juin 4884, M""" V..., concierge, amenait à mon dispensaire sa fille une enfant de douze ans, le bras droit en écharpe. La veille elle avait fait une chute dont le coude, s'il n'a pas supporté l'effort, en a du moins conservé les marques les plus apparentes.

Il est fortement tuméfié, la peau est hj'perhéuiiée, turgescente, principalement à la partie postéro-interne. Même dans l'immobilité, l'articulation est le siège de vives douleurs lancinantes. Les mouvements de flexion et d'extension peuvent à peine être dessinés. Ils provoquent une violente douleur, il en est de même des mouvements de pronation et de suppination. Pas de crépitation.

La palpation est plus spécialement douloureuse à l'olécrane.Tout mouvement volontaire est absolument impossible. L'épaule est libre.

Il est difficile de se rendre compte dans quelle proportion la cavité articulaire a pu être envahie par l'épanchement séro-sanguinolent qui, à n'en pas douter, a dû se produire. Il y a menace évidente d'abcès. Langue saburrale. La nuit a été agitée, assoiffée. Malgré la violence des accidents inflammatoires, je faradisai toute la région du coude avec deux larges tampons humides et F^, en augmentant

progressivement Tintensité, muis sans même atteindre l'intensité moyenne. Durée six à sept minutes. Cette séance beaucoup plus douloureuse que dans les cas précédemment relatés, fut très difficile à faire supporter à l'enfant. Compresses d'arnica renouvelées de demiheure en demi-heure. Potion opiacée. Lait.

Le 21. — Nuit très agitée, douleurs intenses, insomnie presque absolue jusqu'au matin. A partir de ce moment disparition rapide de la douleur, bien-être presque complet, sommeil. Localement il y a une détente remarquable. Le coude est encore fortement tuméfié, mais la peau déjà plus souple n'est plus que légèrement hyperhémiée. Toute menace d'abcès a disparu. Les mouvements volontaires peuvent déjà être indiqués. Nouvelle séance avec F^ progressive jusqu'à une forte intensité. Durée six à sept minutes. Elle est encore douloureuse, mais m.ieux supportée. Bras en écharpe. Compresses d'arnica. Lait.

Le 25. — La tuméfaction du coude a presque complètement disparu. Il existe au coude une plaque ecchymotique qui envahira toute la périphérie articulaire. Les mouvements ont déjà une certaine amplitude et ne sont douloureux que lorsqu'on veut les forcer. L'enfant les exécute elle-même et peut déjà se servir de son bras. Même séance que la veille.

Le 26. — L'enfant est allée le matin à l'école. Douleurs insignifiantes à la palpation, plus accentuées dans les grands mouvements. La guérison peut être considérée comme complète. Nouvelle séance. Huit jours après le coude ne conservait d'autre trace de l'accident qu'une couleur ecchymotique accentuée, surtout au coude.

L'enfant revint environ deux mois plus tard avec son frère qui s'était foulé le poignet. La guérison avait été parfaite.

Obs. XL — Arthrite aiguë traumatique.

Le nommé P. Cl... vint me consulter le 29 juillet 1884, en se traînant à l'aide de deux béquilles. Il avait fait la veille en courant une chute sur le genou gauche. Érosion profonde au-dessous de la rotule. Genou considérablement tuméfié. Violentes douleurs à la palpation. Jambe à demi fléchie sur la cuisse, impossibilité d'appuyer le pied sur le sol. Mouvements volontaires absolument abolis. Les mouvements communiqués provoquent des douleurs insupportables.

Langue légèremcnl saburrale. Anorexie. Le malade a lelleincnt souffert la nuit qu'il n'a pu dormir.

Electrisation faradique humide F*, cinq à six minutes, progressive jusqu'à une intensité moyenne. Séance douloureuse. Trois qi:arts d'heure après, nouvelle séance avec F''. Intensité médiocre pendant huit à dix minutes. A la suile de celte séance le maladie éprouve un grand soulagement et à sa grande surprise peut faire quelques pas en s'appuyant légèrement sur lepied. alors guil lui eût étéimi>ossihle de toucher même le sol. Frictions laudano-chloroformées. Un grand bain.

Le 30. — Le malade est. venu sans aide et sans bâton. La douleur a été assez vive jusqu'à minuit. A partir de ce moment grand soulagement. Sommeil. Actuellement il ne subsiste plus qu'un léger gonflement que je puis palper sans provoquer de douleurs. Nouvelle faradisation. Grand bain. Le lendemain la guérison pouvait être considérée comme complète.

Le lecteur a pu remarquer qu'après la première séance de faradisation, le malade a pu, en dépit des douleurs intenses qui existaient quelques instants auparavant, faire quelques pas. Ce résultat, qui n'est pas un des moins curieux de l'électrothérapie articulaire, a une valeur pronostique importante. Lorsque la motilité revient en quelque sorte séance tenante, dans une certaine mesure, c'est l'indice à peu près constant d'une guérison rapide.

Dans l'observation suivante, les résultats ont été moins heureux en raison de la participation des gaines synoviales à l'inflammation. C'est du moins, je crois, la raison de l'insuccès relatif obtenu dans ce cas par l'électricité.

Obs. XII. — Arthrite aiguë Iraumatique.

Le 17 mars 1885 le nommé S..., qui travaillait à une construction voisine de mon dispensaire, était occupé à retirer des pierres d'un monceau, lorsque de la partie supérieure une d'entre elles glissa et vint lui contusionner violemment la partie dorsale de Tarticulalion

radio-carpienne, La face palmaire glissa en même temps sur les pierres inférieures, et s'éroda sur une large étendue. La douleur était des plus vives, les mouvements du poignet complèlement abolis. Mais le symplôme le plus incommode pour le malade, consistait dans une cuisson occasionnée par les plaies de la main. Une petite plaie à la partie dorsale du poignet semblait être la seule trace laissée par le choc de la pierre.

Je fis un pansement provisoire avec des compresses d'eau fraîche, et je faradisai le poignet qui était complètement insensible. Je fus obligé de m'assurer à deux reprises différentes que mon appareil fonctionnait régulièrement. Compresses d'eau fraîche renouvelées de quart d'heure en quart d'heure.

Le 13. — Dans la nuit lepoignet s'est gonflé considérablement et est devenu, ainsi que la paume de la main, le siège de douleurs très vives.

L'œdème a envahi l'avanl-bras jusqu'au coude.

Nouvelle faradisation F^ pendant six à sept minutes, modérée; une lai'ge plaque est appuyée sur la partie dorsale du poignet et de la main, pendant qu'une plaque métallique formant l'autre pôle est perdue entre les plis d'une compresse humide appliquée sur la face palmaire. Immédiatement après la séance, bain de la main et du poignet. Au bout d'une heure, nouvelle faradisation de cinq à six minutes jusqu'à intensité moj^enne. Compresses fraîches.

Le 14. — Les symptômes aigus ont disparu. Le gonflement est modéré. La nuit a été calme. Les mouvements du poignet et des doigts peuvent être volontairement et nettement dessinés avec des douleurs insignifiantes. A partir de ce moment il s'établit un état subaigu qui sera suivi d'un état inflammatoire chronique contre lequel je serai obligé de faire intervenir les courants continus et Télectricité statique. Deux mois et demi plus tard la guérison i-adicale était encore douteuse, cependant le malade cessa de venir se faire soigner et j'ai tout lieu de croire qu'il n'a conservé aucun vestige de son accident.

Ainsi que je l'ai dit en débutant, je garde la conviction que seule la participation inflammatoire des gaines synoviales a fait obstacle à la guérison rapide de S..., la raison de

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celte conviclion csl que j'ai ronconli'c des syiioviles clironiqiies qui résislaicnl avec une ('3nergie cxiniordinaire à tous les moyens électrolliérapiqucs, et, pour le dire en passant, c'est l'électricité statique unie au mode continu qui m'a donné, dans ces cas^ les meilleurs résultais.

Je pourrais encore rapporter l'observation complète d'un forgeron que j'ai soigné, au mois de février dernier, et chez lequel la chute d'un énorme marteau tombant sur son pied droit y détermina une arthrite métalarso-phalangienne des plus violentes, et qui fut enrayée en quarantehuit heures par le mode induit employé dans les mêmes conditions que ci-dessus. Mais ces observations faisant dans une certaine mesure double emploi avec celles qui sont relatives aux arthrites consécutives aux entorsesje préfère m'occuper de celles-ci sans plus larder.

b. — Entorses.

Ce sont des affections très intéressantes, en raison de leur fréquence, de leurs complications, et des étals chroniques dont elles sont souvent la conséquence, états sérieux parce qu'ils compromettent quelquefois très gravement l'intégrité des fonctions articulaires. Cependant l'action électrothérapique perd ici, il faut bien le dire, un peu de son intérêt en raison des excellents résultats qu'un massage bien fait peut donner.

11 est facile de comprendre toutefois qu'il serait absolument malhabile de se priver du concours de l'électricité qui peut apporter un appoint très sérieux à la guérison. 11 me paraît utile de bien préciser que les deux moyens de traitement, loin de se repousser, se prêtent mutuellement appui; j'ai pu me convaincre, du reste, que la guérison des arthropathies en général peut être quelquefois singulière-

ment activée par la combinaison du massage avec l'électricité. On peut, dans ces cas, donner au massage toute la violence possible sans déterminer de réaction sensible. Mais les résultats pouvant être discutés, je tiens à me borner strictement, ainsi que je l'ai dit en commençant, à l'étude des effets de l'électrothérapie seule.

Tripier signale les brillants résultats que peut donner la faradisation dans les cas d'entorses récente ou chronique.

Quant à Remak, c'est en quelque sorte indirectement qu'il relate deux observations d'entorse. Elles ont un grand intérêt car, fidèle à ses convictions il a usé, dans les deux cas qu'il a traités, des courants continus, et c'est pour cette raison surtout, que je considère comme intéressant de les rapporter, ainsi du reste que je l'ai annoncé.

4" Obs. de Remak [textuelle). — Ent07'se.

Michael Hartieib, tailleur, trente-six ans, tomba le 2 mars par le verglas, sur la main droite, et se foula tellement l'articulation radiocarpienne, qu'immédiatement après l'accident, il lui fut impossible de fléchir ou de fermer la main; le malade ne put dormir cette nuit, malgré une application continue de fomentations froides. Un médecin, qu'il visita le lendemain, lui conseilla une application de sangsues, des cataplasmes glacés, des frictions mercurielles, et le congédia en le prévenant que, sans aucun doute, il ne pourrait reprendre ses travaux que dans plusieurs semaines. Un de mes malades l'engagea à venir me consulter.

L'articulation radio-carpienne, notamment le dos du carpe, est tellement gonflée et douloureuse, qu'il m'est impossible de pouvoir examiner si dans cette région il n'existe aucune fracture. — Grande chaleur, doigts raides et gonflés. Familiarisé par le traitement des rhumatismes avec des conditions analogues, je fis passer immédiatement des courants labiles de 30 éléments de Daniell tant par la tumeur qiie par les muscles voisins, jusqu'à ce qu'il se produisit dans les muscles du dos de la main de faibles contractions momentanées labiles. Je continuai le traitement pendant environ cinq minutes; le

malade remarqua de minute en minute que la tumeur et la raideur de sa main disparaissaient de plus en plus; les mouvements de la main et des doigls se rétablirent à tel poitit que le malade put, quoique avec difficulté, inscrire son nom dans mon journal.

Le jour suivant, 4 mars, il m'annonça avoir pu coudre quelques objets grossiers, mais qu'il éprouvait encore une certaine gêne à se servir des ciseaux. Au dos du carpe il existait encore quelques traces de gonflement. Le même traitement qu'hier fut appliqué, et le lendemain le malade m'assura être libre de toute incommodité.

5° Obs. de Remak [textuelle). — Entorse.

M"' C. Z... vint à la consultation le 5 avril 1858 pour s'}^ faire traiter.

Hier, 4 avril, elle tomba d'une table sur le pied droit. Elle sentit immédiatement sou pied se renverser en dehors et éprouva une telle douleur d;ins le tarse, qu'il lui fut impossible de marcher.

Elle fit sans succès, jour et nuit, des fomentations d'eau froide, ne voulant pas se laisser appliquer des sangsues, parce qu'elle ne s'en était pas bien trouvée, il y a sept ans. Elle fut obligée de venir chez moi en voiture, et pour monter mon escalier, elle endura les plus atroces douleurs, pouvant à peine appuyer à terre le talon droit. Le dos du pied présente un fort gonflement pâteux, d'une couleur bleue rougeâtre, tout le côté interne du pied est douloureux à la moindre pression. Il est hors de doute qu'il existait dans cette région des tiraillements des ligaments des os du tarse et une inflammation du périoste avec extravasation sanguine. L'état était tellement sérieux que de prime abord je redoutai une gangrène consécutive. J'engageai donc la malade à se rendre à l'hôpital, ne voyant pas comment, dans un pareil état, elle pût venir me voir pour suivre un traitement. Sur ses instantes prières, je ne pus me refuser de pratiquer un essai pour la soulager.

La plante du pied étant très épaisse, il me fallut introduire un courant de 50 à 60 éléments de Daniell, jusqu'à ce qu'il se manifestât une sensation et une rougeur. En changeant souvent les points d'application, je pu3 continuer le traitement pendant environ vingtcinq minutes. Pendant ce laps de temps !a coloration bleue rougeâtre disparut, le gonflement pâteux diminua considérablement

ainsi que la douleur, et la malade put un peu mieux appuyer son talon à terre. La chaleur du pied, augmentée par l'action du courant dura jusqu'au soir, époque à laquelle une amélioration décisive s'établit; nuit sans douleur, sommeil tranquille.

Le lendemain matin le mouvement est bien plus libre, les douleurs à la plante el. au dos du pied sont moindres, surtout aux points où les réophores se sont trouvés appliqués. La coloration de la peau est normale, tuméfaction diminuée, chaleur moindre, je répète le traitement d'hier.

Le lendemain matin, la malade vient à pied de chez elle chez moi. Il est vrai d'ajouter qu'elle se servait d'une canne. Même traitement. Repos le 8 avril pour voir si l'amélioration se maintiendrait. Le 9 son état ne laisse rien à désirer.

Le 9 et le 10, séances. Le II, la malade marche sans claudication, n'éprouve de douleurs qu'à une forte pression et quand elle fait un pas. Jusqu'au 14, une séance chaque jour. Les règles apparaissent plus abondamment. Dans l'intervalle, la malade avait repris ses travaux et ne se présentait à ma consultation que de huit en huit jours pour faire disparaître la suite de ses douleurs. Il se produisit chez celte malade, évidemment à la suite de l'emploi prolongé des courants stabiles, une pesanteur dans le pied qui, toutefois, disparut à la suite de courants labiles.

De nouvelles observations n'auraient aucun intérêt. Les conclusions sont précises, le mode voltaïque a une action remarquable dans l'entorse aiguë; quant à la faradisation, j'ai cité l'opinion de Tripier, je pourrais citer deux cas dans lesquels la guérison a eu lieu, l'une, dans les quarante-huit heures puisque le troisième jour le malade put venir chez moi sans boiter, et l'autre en cinq jours. Je dois ajouter que pour cette dernière (d'une gravité toute particulière) il subsista pendant un certain temps une gêne douloureuse de l'articulation tibio-tarsienne (entorse du pied) contre laquelle je dus employer le massage combiné avec l'électricité ; mais l'état aigu avait été jugulé, et la fonction

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articulaire réiablio avec une rapidité extraordinaire. Je veux cependant, avantdeclore ce chapitre des arthrites aiguës, relater une ol)servation d'arthrite traumaliquc compliquée de fracture qui renferme plusieurs enseignements et qui démontre en particulier la supériorité de l'électricité non seulement sur les moyens de traitement usuels, mais encore sur le massage, puisqu'il s'agit d'une entorse compliquée de fracture du péroné, cas dans lequel le massage ne peut qu'aggraver la situation,

Obs. XIII. — Entorse compliquée de fracture du péroné.

Le '12 mai 1885, je fus appelé pour donner mes soins à une jeune fille de dix-huit ans. M"® V.., qui la veille s'était — foulé — le pied droit, en sautant malencontieusement à terre de la hauteur d'un bahut. 11 était facile de juger que c'était une — foulure — des plus sérieuses. M'^" V..., s'était trouvée immédiatement après l'accident dans l'impossibilité de se tenir debout, il fallut la porter jusqu'à son lit et la coucher. Des compresses d'arnica servirent à la .faire patienter jusqu'au lendemain. — Je la trouvai après une nuit sans sommeil, agitée, fiévreuse, et en proie à un tremblement nerveux qui, par instant, avait les apparences de véritables secousses produites par une batterie électrique, ce i}ui en agitant le pied malade faisait pousser des cris à la patiente. x\P'° V..., est névropathe — État fébrile à peine marqué. Quant aux symptômes locaux ils avaient une intensité énorme. Le pied est considérablement tuméfié, la peau tendue est balafrée par une sorte d'éventail marbré, noirâtre, qui a son sommet à la tète de la malléole externe, et s'ouvre sur la région latéro-externe du pied. Tout examen de l'intégrité des surfaces articulaires, ou de la continuité des os est rendu impossible par le gonflement du pied et les douleurs violentes dont il est le siège. Toute tentative faite pour imprimer au pied le plus léger mouvement fait immédiatement pousser des cris à la patiente et provoque le tremblement nerveux dont j'ai parlé plus haut. Seule l'impuissance absolue du membre pouvait donner la présomption d'une fracture péronéenne compliquant l'entorse.

Je fis le jour mê.ne deux séances de faradisaliori humide avec F-^ et en employant surtout pour la jjremière les plus grandes précautions. Dans la séance du soir j'augmentai l'intensité progressivement jusqu'à la rendre légèrement douloureuse. Chacune des séances dura de dix à douze minutes^, coupées par un court intervalle de repos. — Compresses d'eau blanche. — Potion fortement opiacée.

Le 13. — La nuit a été à peu près supportable grâce à la potion. Le tremblement nerveux ne s'est pas reproduit dans la nuit. — Les douleurs lancinantes du pied qui étaient le symptôme le plus douloureux, ont disparu, le gros orteil est mobile. Deux nouvelles séances identiques aux précédentes, même pansement.

Le 14. — La tuméfaction du pied a diminué dans des proportions absolument surprenantes. Malgré d'assez vives douleurs, l'examen peut être fait complètement et révèle une fracture du péroné audessus de la malléole. Ayant tiré un si grand avantage du traitement électrique, je le continuai encore pendant trois jours puis j'appliquai un bandage ainidonné.

Cette observation fait entrevoir les énormes services que l'électrothérapie est appelée à rendre en chirurgie (car tôt ou tard elle lui demandera ses services), et celui qui saura en user ne sera pas le moins habile. Je veux même mettre à profit cette occasion pour rappeler par une courte digression que, suivant les cas, soit avec le mode induit, soit avec le mode galvanique, mais principalement avec le mode induit, on peut obtenir parfois d'admirablesrésultats, dans les cas d'inflammation chronique consécutifs aux fractures, qui s'accompagnent assez fréquemment de douleurs martyrisantes.

Ainsi que le lecteur a pu s'en convaincre, les résultats obtenus par l'électricité dans l'arthrite aiguë, quelle que soit son origine, sont remarquables. Ils laissent bien loin derrière eux ceux que donnent les autres moyens de traitement.

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So?i applicalio?i est, sauf quelques précautions, des plus faciles à prendre, d'une simplicité et d'une innocuité parfaite.

L'acuité des syptômes n'est un obstacle à son emploi dans aucun cas.

J'ai déjà dit plus haut qu'il en est de même de la fièvre.

La faradisation et la galvanisation semblent susceptibles de rendre les mêmes services. Je dois ajouter cependant que mon expérience personnelle ne me permet pas d'être aussi affirmatif pour le mode galvanique que pour le mode faradique.

E. DANION

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