‹ Traitement des affections articulaires par l'électricitéChapitre 5 sur 18 · DES AFFECTIONS ARTICULAIRES SUBAIGUES ET CHRONIQUES · texte numérisé non relu

DES AFFECTIONS ARTICULAIRES SUBAIGUES ET CHRONIQUES

Les services rendus par l'éleclrothérapie dans ces affections, mais surtout dans celles qui sont chroniques, sont à la hauteur de ceux qu'elle rend dans les paralysies. Elle a sans discussion aucune le mérite de restituer aux articulations leur motilité, alors que tous les autres moyens de traitement sont impuissants, et de rendre à la vie communedes malades qui, sans elle, tomberaient infailliblement dans la foule des incurables.

Quelquefois les résultats sont obtenus avec une rapidité surprenante, le plus souvent cependant ils nécessitent des soins longs et assidus, d'une durée généralement proportionnelle à l'âge de la maladie. Mais il n'y a là aucune règle.

Cette étude sera faite sans ordre de classification, contrairement à la méthode que j'ai suivie pour les arthropathies aiguës. Cette liberté me permettra d'opérer certains rapprochements, ou certains contrastes, auxquels pourraient s'opposer la rigueur d'une classification.

Du reste, pour un grand nombre d'arthrites chroniques, ou subaiguës, il est parfois très difficile de bien établir leur cause originelle et par suite de les classer.

Il existe bien dans certaines arthropathies, telles que le rhumatisme noueux avec ses déformations, la goutte avec ses dépôts tophacés, la tumeur blanche déclarée, et jusqu'à un certain point l'hydarthrose (surtout lorsqu'elle est indolente), il existe bien, dis-je, des caractères précis. Mais en revanche, s'il est parfois bien difficile de délimiter nettement pour certaines d'entre elles, même à l'origine, la part qui revient à des diathèses dont les effets se coudoient fréquemment, et qui parfois forment un véritable cycle oi^i le rhumatisme, la goutte, le lymphatisme, la scrofule, la syphilis, etc., semblent se prêter un mutuel appui, la tâche devient encore beaucoup plus difficile, lorsque le temps a passé.

Du reste, quel que soit le point de départ, en dehors de la forme nodosale du rhumatisme, et de la forme tophacée de la goutte, les autres prennent un caractère à peu près uniforme qui leur est imprimé par la chronicité. Elles ont constamment des assises inflammatoires à part les cas rares oii on ne peut trouver que de l'artralgie. Quant à l'inflammation, elle a en général poussé des racines d'autant plus profondes qu'elle est déplus vieille date. Les désordres trophiques ou fonctionnels sont d'autant plus graves que le vice diathésique, si je puis m'exprimer ainsi, a été plus énergique et a pu évoluer plus ou moins complètement. Il faut ajouter cependant que, dans certains cas, elle trouve des terrains plus ou moins favorables à son évolution, sans qu'on puisse trouver trace de diathèse. Si Ton ajoute à l'intensité diathésique, à l'âge de la maladie, et à la qualité du terrain, si l'on ajoute, dis-je, les conditions

hygiéniques, on a les divers fadeurs à l'aide desquels se conslruit l'échelle des affections articulaires chroniques. Elles présentent ainsi une série de degrés, depuis l'arthrite chronique le plus souvent rhumatismale qui s'accompagne de douleurs légères plus ou moins périodiques, laissant aux surfaces et aux mouvements des jointures leur intégrité presque absolue, ne présentant parfois qu'un gonflement à peine perceptible, et qui pourtant ne finissent quelquefois qu^avec l'existence du malade, jusqu'aux arthrites qui, le plus souvent d'origine scrofuleuse, arrivent à la destruction des cartilages et des os, en abolissant d'une manière absolue la fonction du membre. Lorqu'elles arrivent à guérir, ce n'est que pour laisser derrière elles^ d'une manière à peu près constante, des désordres irrémédiables. Le nombre plus ou moins grand de jointures atteintes tend encore à donner plus de variété aux physionomies arthropathiques. Mais l'électrothérapie n'est pas jusqu'ici parvenue à mettre à profit, d'une manière sérieuse, les diverses circonstances qui entourent ou qui accompagnent l'évolution desarthropathies chroniques, et, depuis le haut jusqu'au bas de l'échelle, les procédés restent à peu près invariables. Quant à leurs combinaisons et à leur direction qui constituent l'art véritable de l'électrothérapeute, elles sont encore malheureusement dominées presque exclusivement par l'empirisme.

Bien que cette élude ait été faite sans aucun plan, le lecteur pourra néanmoins remarquer que j'ai établi une sorte de division entre les états subaigus, que j'appellerais volontiers semi-chroniques, et les états chroniques, qui viennent après eux. Il pourra aussi remarquer que la partie qui se rattache aux tumeurs blanches a été reléguée à la fin ; de sorte qu'il existe de cette manière comme une

classification de circonstance, ayant pour base la gravité des arthropathies.

Ainsi que je l'ai dit plus haut, les auteurs qui nous ont donné le résultat de leurs études sur le sujet actuel sont rares. Cependant ces études sont déjà beaucoup plus complètes que celles qui ont été faites sur les arthropathies aiguës.

Froriep semble être le premier qui ait employé l'électricité dans les arthrites subaiguës ou chroniques, Moritz Meyer semble l'avoir suivi immédiatement. Tous les deux signalent ses propriétés antiphlogistiques.

Remaka laissé, sur l'action des courants continus, dans les arthropathies chroniques, une relation très élendue. C'est le travail le plus complet qui ait été fait, et je lui emprunterai encore quelques observations.

L'étude de Jofîroy malgré sa brièveté est 1res intéressante. 11 cite une observation que je ferai connaître également au lecteur. Il s'est servi exclusivement des courants continus.

Quant à Remak il a utilisé quelquefois les courants induits, mais sa prédilection pour les courants continus, sa confiance en eux se retrouve à chaque ligne de ses mémoires. J'ajouterai même qu'il semble que ses efforts pour leur assurer non seulement la première place, mais pour les mettre hors concours, se ressentent de l'hostilité à peine dissimulée qu'il avait contre Duchenne de Boulogne. Celui-ci paraît, de son côté, avoir exclu par des motifs analogues, les courants continus de ses moyens de traitement. Cette rivalité des deux grands savants a certainement contribué dans une large mesure aux efforts tentés par Duchenne, pour assurer la suprématie à la faradisation,

pendani que Uemak faisait de non moins grands efforts pour l'assurera la galvanisation.

On ne peut que regretter profondément cette sorte de parti pris, en pensant aux progrès que l'admirable génie d'observation de Duchenne eût fait faire à la galvanotliérapie, et en pensant aussi que le remarquable talent de Remak eût put consolider l'œuvre de Duchenne.

Est-il utile d'ajouter que les différents modes électriques offrent des ressources dont il serait maladroit de se priver, et que bien souvent un nouveau mode, ou deux modes combinés finissent par donner un résultat que l'on cherchait vainement à obtenu' avec le premier.

Contrairement à l'auteur précédent. Tripier conseille la faradisation exclusive; voici du reste textuellement l'extrait de son index thérapeutique.

« Arthrite chronique traumatique ou rhumatismale.

« Faradisation humide de l'articulation malade par deux « excitateurs placés aux extrémités de son diamètre trans- « versai. Courants de basse tension, d'intensité croissante. « Sanceés quotidiennes de cinq à dix minutes.

« Dans les cas où persistent des douleurs que n'explique « plus l'état de l'articulation, faire suivre chacune de ces « séances d'une application révulsive : faradisation « cutanée par courants de haute tension. >>

En ne suivant que ces prescriptions, on risquerait bien souvent de manquer le but que l'on se propose d'atteindre, j'ajoute toutefois que l'on pourrait encore réussir dans un grand nombre de cas.

Erb fournit des renseignements assez complets sur le traitement des inflammations articulaires chroniques par l'électricité. Cependant il pense que ce sont surtout les formes dans lesquelles les tissus périarticulaires sont par-

ticulièrement atteints et dans lesquelles les altérations plus profondes des cartilages et des os font encore défaut, qui peuvent le mieux bénéficier de l'électrothérapie. Je crois être en mesure de certifier que dans tous les cas, les résultats sont aussi avantageux, toutes proportions gardées entre la gravité des affections.

Erb cite comme une des formes les plus favorables au traitement électrique le rhumatisme monoarticulaire chronique, s'accompagnant d'un abondant épanchement de liquides, ou se manifestant « par l'épaississement du tissu, la raideur et la grande sensibilité des mouvements, le manque de souplesse, et les craquements de l'articulation et autres signes, et se reliant très habituellement à une atrophie consécutive, souvent très accentuée des muscles. » Forme très rebelle, ajoute-t-il, que l'on traite trop souvent en vain par les moyens ordinaires (ligatures solides, iode, massage, bains, etc.).

Puis il confirme les résultats éminemment favorables, obtenus par Froriep, Mor Meyer, Weissflog et Remak. Quant aux méthodes elles consistent dans l'emploi des courants faradiques ou galvaniques à l'exclusion du mode statique que les Allemands semblent, du reste, n'avoir jamais employé.

Pour le rhumatisme polyarticulaire chronique les méthodes sont les mêmes, elles s'appliquent seulement à plusieurs articulations. Cependant Erb nous apprend que Erdmann a pratiqué dans un cas le badigeonnage faradique, la faradisation et la galvanisation des articulations et muscles, et pense que ce moyen conduira peut-être plus rapidement au but.

Ce chapitre de Erb renferme encore des considérations sur l'arthrite déformante, j'y reviendrai à l'occasion du

trailcmeiil de celle deniiî'ro maladie. La même ol)servalioii s'applique aux ai'lliralgies.

Le lecleur a pu remarquer qu'au cours de ce Iravailje fais de nombreux emprunls à liemak. Cela lienl à ce que ses travaux, bien qu'ils dalentde 1856 à 1858, représentent encore ce qui a été publié de plus complet sur ce sujet. Il est juste de faire observer cependant, qu'il ne s'est adressé qu'à des arthrites aiguës ou subaigucs grelîées ou non sur des états chroniques, sans s'occuper de ces derniers.

Le lecteur me saura gré^ je pense, de lui faire connaître ses premières observations sur ce sujet.

6° oh. de Remak. — Arthrite subaiguë rhumatismale.

Consiiltalion du 9 août 1856. — Le nommé A. Wolske soufTre depuis six mois d'un gonflement rhumatismal de l'articulation radiocarpienne droite. 11 est tailleur et ne peut tenir une îiigulUe de celte main. Il existe au genou droit, qui est raide et ne fléchit, un gonflement semblable qui l'oblige à marcher sur la pointe du pied en se servant d'une canne.

Venu il y a quelques semaines à Berlin, il consulte un médecin qui presciit sans résultat des iViciions et des bains russes. Sur l'insistance du malade Remak fait passer pendant environ dix minutes, tant par les muscles tendus du bras que par ceux de la cuisse des courants continus de vingt-deux éléments de Daniell. 10 août. « La tuméfaction des articulations ladio-carpiennes et tibio-fémorales a diminué d'une manière notable; il y a dans les doigts et dans la jambe une plus grande mobilité. » — Ce jour et le suivant, même traitement if^ suprà. Le malade vient plus tard d'un air triomphant se montrer comme guéri en fléchissant ses membres complètement mobiles et diigagés de tout gonflement.

1" obs. de liemak. — Arthrite subaiguë rhumatismale.

Le nommé G. Jung vient consulter le 27 novembre '1836. Il souffre cruellement depuis un an d'un rhumatisme articulaire vague. Après avoir disparu pendant huit semaines il avait récidivé et atta-

que la main droite. — l/articulatioa radio-carpienne droite est gonflée, tendue, douloureuse, les doigts sont tellement enflés et raides, qu'ils ne peuvent être fermés, l'extension de la main et des doigts est impossible à cause de la douleur et de la tension de l'articulation. «Des courants continus descendants de trente éléments de Daniell dirigés par les fléchisseurs de l'avant-bras produisent déjà une fermeture plus facile de la main, mais quarante éléments passant par les parties tendineuses des articulations qui sont douloureuses rendent le mouvement plus libre; il en est de même pour les extenseurs de l'avant-bras et de la main. »

Après dix minutes de ce traitement, le malade peut exécuter presque tous les mouvements de flexion et d'extension, même écrire son nom, ce qui était impossible quelques instants auparavant. Deux jours après l'amélioration de la main s'est non seulement maintenue, mais est encore en voie de progrès. Une séance en tout semblable à la première, procure immédiatement au malade la faculté qu'il avait perdue, d'opposer le pouce à tous les autres doigts.

Ces observations sont incomplètes, mais j'ai tenu aies transcrire parce qu'elles sont les premières qui aient été publiées sur cette remarquable action de l'électricité voltaïque dans les afîections articulaires.

En regard en quelque sorte des résultats produits par la galvanisation, je relate ci-dessous une observation qui montre les résultats que l'on peut obtenir à l'aide de la faradisation seule.

Obs. XIV. — Arthrite subaiguë rhumatismale.

Le 23 avril 1885, M™'^ H... vingt-neuf ans, vint me consulter pour une affection articulaire du pied gauche. Elle a eu deux atteintes antérieures, la première remonte à six ou sept mois. La dernière attaque a tenu la malade immobile pendant quinze à dix-huit jours. Elle put marcher à nouveau au bout de ce temps mais très péniblement. Tous les moyens employés pour triompher de l'état subinflammatoire de l'articulation métatarso-phalangienne, qui est principalement affectée, ont échoué. Depuis quelques jours il y a recrudescence in-

flammatoirc.Les douleurs sont plus vives, il y a empalement du pied avec légère rougeur surtout au niveau de l'articulation, la malade ne peut marcher qu'en s'appuyant sur le talon. Les mouvements communiqués provoquent de légers craquements. Encore un peu et cet étal deviendra chronique.

Première faradisalion humide F^, intensité progressive, pendant six à sept minutes slabile et labile. La malade peut immédiatement appuyer la plante du pied sur le sol et marcher avec beaucoup moins de douleurs. Bain de pied d'une demi-heure. Uniment laudanochloroformé.

Le 24. — La malade marche avec beaucoup plus de facilité. — La rougeur du pied a presque disparu, il est beaucoup moins gonflé. Môme traitement, que Ja veille.

Le 25. — Encore quelques douleurs, mais l'état local est très satisfaisant. Même traitement. Trois jours après M™** H... pouvait chausser des bottines et la marche était normale. Mais je pus constater à ce moment qu'il existait manifestement un gonflement épiphysaire contre lequel j'employai sans grand résultat un assez grand nombre de séances de courants continus, et qui me parut avoir disparu sans traitement, car six mois plus tard je revis M"® H... et l'articulation ne portait aucun vestige inflammatoire. Je dois ajouter qu'elle n'avait ressenti aucune douleur depuis son traitement. Elle revenait pour une douleur de l'épaule gauche, qui disparut à la suite d'une seule séance de faradisalion.

L'observation suivante témoigne de la facilité remarquable avec laquelle la faradisalion peut triompher d'arthrites compliquées d'une véritable impotence du membre atteint.

Obs. XV. — Arthrite subaiguë rhumatismale .

Le nommé L... charpentier de son état employé aux chemins de fer, vint à la consultation le 26 avril 1884. Quarante-trois ans, vigoureux. En 1870 il reçut six blessures par armes à feu ou instruments piquants (coups de lance). Le membre supérieur droit siège de la maladie actuelle porte deux cicatrices. Toutes les blessures guérirent rapidement, sauf l'une d'elles qui avait atteint le maxillaire inférieur

et qui mit seize mois à guérir. Jusqu'à ces derniers temps, santé parfaite.

Il y a deux mois et demi environ, violentes douleurs dans l'épaule droite, gonflement considérable, rubéfaction. Ces douleurs durent cinq jours et cinq nuits presque sans sommeil. Mouvements du bras impossibles, deux jours après paralysie complète du membre supérieur. Au bout de huit jours, l'état aigu se calme, mais il ne se manifeste aucun retour à la mùtilité. Pour tout traitement antérieur, frictions calmantes au début avec enveloppement ouaté. Un peu plus tard nombreux vésicatoires, dont l'épaule porte encore les traces. Il y a trois semaines environ les mouvements reparurent dans les doigts, puis dans le poignet et l'avant-bras, mais tous extrêmement aff'aiblis. Force 22 au dynamomètre Burc([. Le bras est resté complètement paralysé. Commencement d'atrophie très marqué, gonflement notable de l'articulation. La palpation ne réveille que de sourdes douleurs, celles que provoquent les mouvements communiqués sont violentes, on perçoit des craquements très marqués. Réaction électrique notablement affaiblie.

Faradisation humide transversale au niveau de la tête de l'humérus, avec F^ Intensité progressive jusqu'à le reildre douloureux. Au bout de cinq minutes L... à sa grande stupéfaction, peut élever son bras jusqu'à la position horizontale. Nouvelle séance de cinq minutes une demi-heure après en provoquant des contractions dans les muscles.

Le 28. — L... a conservé ce qu'il avait acquis, fait qui est contraire à la règle générale qui veut que les malades reperdent en partie l'étendue des mouvements acquis. Gourants continus stabiles au niveau de l'articulalion, progressifs jusqu'à 20 m. a. labiles sur les muscles de l'avanl-bras, du bras et de l'épaule, pendant environ dix à douze minutes. A partir de ce moment je fis alternativement des séances faradiques et galvaniques.

Voici la note de l'observation après la sixième séance. L... porte avec la plus grande facilité la main sur la tête et derrière le dos. La douleur a diminué dans des proportions telles, qu'il est possible d'imprimer au bras des mouvements très étendus en tous sens, l'état général est très satisfaisant, l'appétit est complètement revenu. Après la douzième séance il ne subsistait de l'état précédent que quelques

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craquements, el une douleui* à l'acromion dans les mouvements d'élévation forcés du bras. La force était revenue au point que L. voulut reprendre son travail. Malgré mes pressantes recommandations il cessa de venir se faire soigner. — Je le revis un mois et demi plus tard, il venait d'avoir une rechute, résultat d'imprudences et d'excès de fatigue. Cette rechute se bornait du reste à une légère inflammation de l'articulation accompagnée d'un peu de parésie des muscles de l'épaule. Un nouveau vésicatoire avait déjà été appliqué. Le malade étant obligé de se soumettre simultanément à un autre traitement, je dus refuser de le soigner dans de pareilles conditions. Je l'ai perdu de vue depuis.

Le lecteur a pu remarquer avec quelle rapidité le traitement a fait disparaître la véritable impotence du bras. Le résultat que donne l'électricité dans ces cas de parésie, qui complique fréquemment les arthrites rhumatismales, tient parfois du merveilleux, et se produit même lorsqu'ils sont de date très ancienne. C'est assurément un des côtés les plus brillants de l'électrothérapie. Remak rapporte avoir guéri chez une femme âgée de soixante-quatorze ans, une paralysie rhumatismale qui datait de huit ans, en une seule séance de courants continus,

11 est rare que dès la première séance, le malade n'arrive pas à exécuter quelques mouvements, quelquefois assez étendus, alors que Timpotence fonctionnelle durait souvent depuis des mois, et avait résisté à tous les moyens de traitement sans exception.

Duchenne de Boulogne a signalé des faits analogues bien que de nature un peu différente. Ces faits se retrouvent dans son étude des paralysies a frïgore et se rattachent à des affections rhumatoïdes des muscles paralysés depuis plus ou moins longtemps.

C'est ainsi qu'il cite l'exemple d'individus ayant récupéré l'intégrité complète des mouvements du bras à la suite

d'une seule séance de faradisalion sèche de la région deltoïdienne, alors que le muscle deltoïde avait été frappé de paralysie depuis longtemps à la suite de refroidissement. — Ce qu'il y a de surprenant, c'est que Duchenne ne parle jamais de la participation à un degré quelconque d'une affection articulaire, à l'impuissance des membres paralysés.

Les cas semblables à celui que j'ai relaté plus haut sont cependant fréquents, et au bout d'un certain temps le symptôme primordial de l'affection consiste souvent dans l'état parétique. Il est d'autant plus surprenant que Duchenne ait laissé à l'écart, sans doute de parti pris, les cas 011 à un degré plus ou moins prononcé une arthropathie vient compliquer la paralysie des muscles voisins, qu'il signale l'articulation scapulo-humérale comme susceptible d'être atteinte parfois par le travail irritatif qui produit le rhumatisme deltoïdien Or le travail irritatif, autrement dit l'inflammation, se communique fréquemment de l'articulation à un ou plusieurs muscles voisins qui, isolés, présentent les mêmes symptômes que s'ils étaient frappés de paralysie a frigore.

Je dois rappeler que l'impotence n'est pas toujours liée à l'abolition des fonctions musculaires, et qu'elle tient quelquefois à une douleur localisée dans un point de la capsule articulaire (ordinairement la partie antérieure), quelquefois à un état ankylosique plus ou moins prononcé, quelquefois aussi à la réunion de diverses causes, et qu'il est utile au point de vue du pronostic et du traitement de tenir compte de ces états complexes.

L'observation suivante se rapporte, comme la précédente, aux arthrites compliquées d'impotence d'un membre. Elle présente un intérêt considérable, et montre le rôle avanta-

PAR I/ELF.CTRICITK r,3

geux que réloclricité peut jouer dans ces afTeclions non seulemenl au point de vue du traitement, mais encore au p oint de vue du diagnostic.

Obs. XVI. — Arthrite s nbaiguê compliquée de par alysit.

M™° J..., cin(|nante et un ans, me fui adressée par un de mes confrères Je 8 octobre 1885. L'histoire de cette malade est des plus curieuses. — Au commencement du mois de juillet M™^J..., très légèrement vêtue, vaquait aux soins de la cuisine lorsque tout à coup un poêlon qu'elle tenait de la main gauche lui échappa et le bras tomba inerte le long de son corps. Vaines tentatives pour le relever — Au comble de la frayeur M™^J..., se couche et fait mander un médecin.

Les sinapismes, purgatifs, et sangsues prescrits, indiquent nettement qu'il crut à une attaque apoplectique. Peu de temps après un deuxième médecin prescrit une médication analogue.

Or Télectro-diagnostic révèle nettement une paralysie d'origine périphérique. Un interrogatoire minutieux permet du reste d'établir certains faits qui s'accordent avec ce diagnostic qu'il faut compléter en ajoutant qu'à la paralysie se trouve jointe une arthrite chronique scapiilo-humérale.

Pressée de rappeler ses souvenirs, M™® J..., raconte qu'en cherchant à se rendre compte de l'étendue de sa paralysie elle reconnut que les mouvements de l'avant-bras étaient à peu près intacts.

Y eut-il au moment de l'accident^ hémiplégie faciale? Paralysie, ou simplement parésie linguale? Si des symptômes de ce genre ont existé (quelques réponses à cesujet manquent de netteté), il n'est pas douteux qu'ils doivent être mis sur le compte de l'émotion. M"" J... en effet est très impressionnable et faillit, dit-elle, perdre le sentiment au moment où son bras fut frappé de paralysie. En tous cas dès le lendemain celui-ci restait seul en cause.

Actuellement, les mouvements d'élévation et les mouvements d'abduction sont nuls, les mouvements d'adduction sont traînards, mais encore possibles. Les mouvements de flexion de l'avant-bras sont à peu près intacts, les mouvements de pronation et de suppination sont très pénibles. Les doigts sontridiges comme des barres

d'acier, la deuxième phalange semble littéralement soudée à la phalangette. Les efforts faits pour communiquer des mouvements produisent une vive douleur avec craquements à l'épaule, légère au poignet, insupportable aux doigts qui sont ankylosés presque en totalité. La sensibilité est intacte.

11 s'agit bien d'une paralysie d'origine rhumatismale avec arthrites concomittantes, et la confusion qui en a été faite avec une paralysie d'origine centrale, montre de quel intérêt est cette observation. Un détail aurait pu, dès l'origine, aider au diagnoctic ou tout au moins rendre circonspect. Les doigts deM™^ J... portent du côté droit, à chacune des articulations, des nodosités assez volumineuses, vestiges d'une atteinte rhumatismale ancienne. Cette atteinte remontait à six années, avait été violente, et avait duré des mois. Les doigts principalement furent très éprouvés. Il y a deux ans ce fut le tour de l'épaule droite qui avait été épargnée lors de la première attaque. Mais un électro-examen eut levé tous les doutes. Actuellement, en effet, sans être abolie la contractilité musculaire est considérablement affaiblie dans certains muscles, et à peu près nulle dans quelques-uns, tels que les fléchisseurs sublime et profond. Le biceps par contre est absolument intact.

Je fis, au cours de la première séance un badigeonnage faradique antérieur et postérieur sur tout le membre et l'épaule avec F'% je le fis suTvre d'une faradisation humide transversale de rarticulation scapulo-humérale, intensité progressive jusqu'cà produire une douleur assez sensible avec F^, durée cinq à sept minutes pour chaque application. A la suite de cette seule séance la malade put déjà élever notablement le bras; je la renvoyai au surlendemain en prescrivant un grand bain.

A partir de ce moment, pendant la durée de deux mois environ, je fis vingt et une séances d'électricité faradique ou galvanique suivant les circonstances. Lgs séances de courants continus furent faites avec une intensité variant de iO, 15, 20 etjusqu'à 30 m. a, et une durée de cinq à dix minutes. Les articulations furent assouplies par des flexions progressives. A diverses reprises, je dus rompre des adhérences, surtout aux doigts, pour rendre la liberté aux jointures je fis suivre ces séances toujours plus ou moins douloureuses de courants faradiques ou continus traversant les articulations, ainsi

que d'un bain local ou général suivant le cas. La réaction qui suivit ces manœuvres violentes se borna toujours à une douleur généralement modérée, accompagnée d'un peu de gonflement des articulations. Par contre elles ont rendu aux jointures leur liberté presque absolue. Je reviendrai du reste sur cette partie accessoire du traitement, à l'occasion de deux cas d'ankyloses réduites avec un plein succès par des manœuvres violentes suivies d'électrisations et dont le lecteur trouvera la relation plus loin.

Tel est dans son ensemble et indiqué brièvement le traitement suivi par M™"^ J..., et après lequel elle pouvait saisir à pleine main les gros objets et les serrer avec force, porter la main jusqu'au temporal opposé, se coiffer, porter la main derrière le dos et y nouer ou dénouer un cordon, s'habiller sans difficulté alors qu'il fallait au début du traitement quelqu'un pour l'habiller et lui aider à mangei-. , Quelques séances eussent été encore nécessaires pour compléter le rétablissement des fonctions du membre, mais M"^ J... se tintsans doute pour guérie et cessa de se faire soigner. J'ai su depuis qu'elle avait retrouvé l'usage presque absolu de son bras.

Le lecteur a pu reconnaître à l'analyse symptomatigue de l'affection de M""" J..., qu'il n'y a pas d'erreur possible. C'est le tableau complet de l'impotence arthro-myo-rhumatismale.

Si dans certains cas de paralysies d'origine centrale, on trouve de la raideur articulaire, quelquefois même douloureuse, conséquence d'une immobilité plus ou moins prolongée accompagnée de contractures, un examen un peu attentif ne permet aucune méprise.

Mais ce qui a donné lieu dans le cas actuel à l'erreur diagnostique, c'est la véritable sidération de la fonction musculaire dans le membre supérieur, et c'est là le phénomène réellement intéressant de cette observation. Il y a évidemment là un rapprochement possible entre cette paralysie, et la paralysie afrigore du nerf radial. L'occupation de la malade, au moment de l'accident, correspond bien à cette

étiologie. Mais la paralysie a frigore d'après Diicheime, reconnaîtrait pour cause une irritation qui suppose une invasion plus ou moins mesurée.

Dans le cas actuel cette explication est inacceptable, et il est bien difficile de ne pas admettre qu'il s'est produit une sorte « (rictus apoplectique » des nerfs moteurs du plexus brachial, le nerf axillaire en tête, et si vaguement qu'on puisse en entrevoir le mécanisme, on peut admettre une action sur les nerfs vaso-moteurs suivie d'une liyperliémie répercussive venant abolir la fonction nerveuse. J'ai le souvenir d'un fait qui se lie imtimement au fait actuel, bien que l'étiologie en soit ici très précise. Il s'agit d'une dame habitant la commune de Vanves qui vint me consulter pour une paralysie du bras gauche, laquelle paralysie était survenue brusquement, au moment précis oii elle coupait la dernière bande d'un appareil qui lui a,vait été appliqué pour une fracture radio-carpienne.

Quoi qu'il en soit de ces phénomènes, dignes à mon avis d'un développement qu'à mon grand regret je ne puis leur donner ici, ils montrent l'utilité de rélectro-diagnostic, et montrent en outre qu'on ne saurait, bien qu'il ne s'agisse que de rares exceptions, être trop circonspect en présence des paralysies.

11 me paraît enfin utile de rappeler que contre la myosite, qui quelquefois prend une grande importance dans ces cas d'arthro-myo-rhumatisme, l'usage de la faradisalion sèche, fil très fin, sera presque toujours, le meilleur mode de traitement.

Les observations relatées ci-dessus appartiennent toutes à l'ordre rhumatismal; lorsqu'il s'agit d'affections d'origine traurnatique, les résultats semblent encore plus rapides et plus complets que ceux qui précèdent.

PAR T/ÉLEOTRICITÉ 67

J'emprunte à Remak les deux ol)sci'valioiis suivantes.

8® OiiS. de Remak (textuelle). — Artlnnle. suhaiguë iraumaiique.

L'ouvrier G. Schulze vint consulter le 23 mars. Cet homme était tombé, il y avait trois mois, le jour de Noël, sur la main droite, et avait eu une tuméfaction inflammatoire etdouloureuse de l'articulation radio-carpienne et du carpe*, tuméfaction qui résista aux moyens ordinaires et l'empêcha de se livrer à ses travaux.

L'état de ce malade présentait la plus grande analogie avec celui de Hartleib (4*^ cbs. de Remak), à l'exception toutefois que cet état était devenu stationnaire.

Dans l'espace de huit jours, jusqu'au 1'='' avril, l'emploi exclusif du courant continu constant mit ce malade en état de gagner de nouveau sa vie comme terrassier, fendeur de bois, etc. Il ne vint plus tard à la consultation qu'une fois par semaine, pour se faire guérir d'un reste d'inflammation et de gonflement des os du carpe et des épiphyses de l'avant-bras, état qui rendait encore dilficile la flexion de l'articulation radio-carpienne, et qui l'empêchait de manier avec force la pelle.

9® Obs. de Remak (textuelle). — Arthrite subaiguë traumatique.

L'ouvrier Wand, âgé de trente-huit ans, était tombé sur ses deux pieds, le 18 février 1856, d'une hauteur de 6 mètres. Il éprouva une violente commotion dans les articulations tibio-tarsiennes et le dos, fut porté à sa demeure et garda le lit quelques semaines. Cependant aujourd'hui (19 novembre 1856), il est incapable de se tenir longtemps debout, ni d'aller loin. Un fort gonflement des malléoles existe encore. Quoique alors, comme mon journal me l'indique, le mode de traitement fut encore très défectueux, l'état du malade fut cependant tellement amélioré par cinq séances, qu'il put faire de longues courses et porter de lourds fardeaux.

J'avouen'avoir jamais obtenu de résultats aussi rapides avec le mode galvanique ou le mode induit, et cela lient à ce que Remak connaissait, mieux que je ne les connais sans

doute, les ressources des courants continus, dont il savait tirer un parti merveilleux. Une seule fois il m'a été donné de guérir avec une rapidité surprenante par la faradisation une petite articulation. Voici la relation de ce fait.

Obs. XVII. — Arthrite subaiguë traumatique.

M"® M..., trente-cinq ans, reçut le 2 septembre 1885 un coup violent appliqué avec une baguette, sur la partie dorsale de l'index droit. Gonflement immédiat, principalement de l'articulation de la première avec la deuxième phalange. Douleurs très aiguës s'accentuant à la plus petite tentative de mouvements. Emollients, liniments, bains locaux qui produisent rapidement une sédation des symptômes aigus qui sont remplacés par un état inflammatoire subaigu accompagné d'une insensibilité complète (doigt mort, suivant l'expression de la malade).

Gonflement articulaire modéré, douleurs sourdes s'irritant au moindre mouvement et paralysant en grande partie l'usage de la main, insensibilité absolue du doigt, tel était l'état au 23 octobre, époque à laquelle M™^ M... vint me consulter.

Faradisation humide transversale de l'articulation F^, trois à quatre minutes, intensité progressive jusqu'à produire de vives douleurs. Les mo'avements peuvent immédiatement s'opérer presque sans douleurs. Bain de bras de une heure et demie, liminent chloroformé, malgré lequel des douleurs aiguës se manifesteront la nuit. Le surlendemain, la sensibilité est complètement revenue dans le doigt. Les mouvements sont possibles, mais encore un peu douloureux. La malade se plaint de quelques douleurs au coude droit. Nouvelle séance suivie de la disparition presque complète des symptômes. Une troisième séance fut suivie de la guérison radicale de l'arthrite.

Je ne pense pas qu'aucun autre mode de traitement puisse produire des résultats semblables. Je dois ajouter, toutefois, qu'il me paraît impossible (en dehors de faits absolument exceptionnels) de produire des résultats aussi

rapides lorsqu'il s'agit d'articulations ayant une plus grande surface.

Le lecteur a pu remarquer que je m'efforce généralement de fournir des résultats obtenus exclusivement par la faradisation.

Ce n'est pas que je conteste ceux que peuvent donner la galvanisation, et en particulier ceux de Remak, car je constate journellement l'efficacité remarquable des courants continus, mais en faisant ressortir la valeur du traitement faradique, mon but est de l'opposer à l'exclusivisme qui a guidé Remak dans le traitement des affections articulaires. L'observation suivante n'est nullement une preuve de supériorité des courants continus, car je montrerai plus tard que le mode faradique peut obtenir la même supériorité dans certains cas, mais elle indique qu'il est quelquefois avantageux de changer le mode primitivement employé.

Obs. XVIII. — Arthrite subaiguë traumatique.

M™*^ J..., quarante-neuf ans, santé médiocre, lymphatique, vint me consulter le 7 septembre 1885. Quatre mois et demi environ avant cette époque, elle s'était donné une entorse du poignet droit. Elle était accoudée à un meuble lorsque le coude glissa subitement. Le poing était appuyé sur la hanche. Le corps perdant son point d'appui s'inclina et mit le poignet en flexion exagérée. Compresses d'arnica, frictions, massage modéré. Un mois après la guérison semblait assurée, il ne subsistait qu'un peu de gêne douloureuse du poignet. A la suite d'excès de fatigue, croit la malade, récidive. Arthrite aiguë, bientôt remplacée par un état subaigu contre lequel vésicatoires, pointes de feu, massage, tout a échoué. Immobilité absolue. Ce moyen fait disparaître la douleur, mais au plus petit mouvement, l'état précédent reparaît. Lorsque M°^ J... vint me consulter, elle était quasi désespérée. Le poignet est volumineux, à peine flexible. Les mouvements communiqués sont très douloureux

sitôt qu\in veut les exagérer un peu. Faradisation humide transversale d'après la fméthode exposée. Bain local. Uniment chloroformé. Réaction très vive. Le surlendemain, même traitement, même réaction. Le 11 septembre, faradisation humide avec F' intensité très faible, durée un quart d'heure. Au bout de vingt jours la guérison n'avait fait que des progrès très douteux. Je fis alors usage des courants continus, avec intensité variant de 10 à 40 m. a., stabiles ou labiles, et dès la quatrième séance un mieux sensible se faisait déjà sentir. Je m'aperçus à ce mouienf que l'inflammation avait atteint les gaines tendineuses. La guérison ne fit bientôt que des progrès lents. Néanmoins, au commencement du mois de novembre, le gonflement du carpe avait disparu, les mouvements étaient libres, mais il se produisait encore une douleur assez vive sitôt que la flexion du poignet était accentuée. Je lis à ce moment intervenir l'électricité statique et les douches locales dans le but d'activer la guérison. Mais ce n'eût été, j'en ai la conviction, qu'une question de temps, et sans doute de quelques séances de plus, pour la rendre radicale, en employant exclusivement les courants continus. M™'' J... cessa tout traitement le 20 novembre. Je l'ai revue au mois de juin dernier et la guérison ne s'était pas démentie un instant.

Les forces de cette malade qui, au début du traitement étaient déprimées, s'étaient relevées, l'appétit qui avait disparu s'était presque immédiatement réveillé. A la fm du traitement l'état général était amélioré dans des proportions remarquables, et cependant le traitement avait été exclusivement local. Ce résultat n'est point encore un des moins curieux de l'électricité et j'y reviendrai en faisant l'analyse générale des divers phénomènes produits par l'électrothérapie appliquée aux artliropathies.

Doit-on accuser l'inflammation des gaines synoviales d'avoir été la cause de l'insuccès de la faradisation? Il y a tout lieu de le supposer. Quoi qu'il en soit, c'est une complication toujours gênante, en général très rebelle à l'action de l'électricité, et contre laquelle, je crois le redire en pas-

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saiil, les couranls conlinus cl principalemoni l'élcclricilé slaliqiie réussissent le mieux.

Le lecteur pourra se rendre compte par l'observation suivanle des résultats que peut donner exclusivement le traitement faradique. Cette observation présente en outre plusieurs épisodes intéressants.

Obs. XIX. — Arthrite snhaigiië traumatique.

Les premiers jours d'octobre '1884, M™° De P... subissait à l'œil droit une opération, à la suite de laquelle elle s'eudormit avec un cruchon bouillant aux pieds, et à son insu se brûla cruellement le talon droit. La brûlure fut assez sérieuse pour l'obliger à s'aliter pendant trois semaines environ. En dépit d'un traitement rationnel il survint un gonflement considérable du pied. Au bout de trois nouvelles semaines, la malade se lève, le pied devient énorme, de violentes douleurs s'ensuivent. La marche (quelques pas seulement), et même la station sont des plus pénibles. Sommeil difficile, agitation. Nouveau repos au lit pendant quinze jours environ, au bout desquels M""^ De P... se relève, mais le pied est toujours considérablement gonflé. Il est le siège de douleurs sourdes, parfois lancinantes (surtout à la suite de tentatives faites pour rester debout). La malade iie peut sortir à pied, elle se traîne plutôt qu'elle ne marche. L'état général est resté relativement satisfaisant.

Des frictions calmantes, avec onguents variés, suivies un peu plus tard de massage fait avec persévérance, ne donnèrent que de très médiocres résultats. Il y avait deux mois et demi que cette situation durait, lorsque je fus consulté. Sans être très affirmative à ce sujet jYjme j)g p___ croit que le pied était (juelquefois, avant l'accident, légèrement tuméfié. Actuellement comparé à l'autre, il simule une hypertrophie. Les mouvements sont douloureux. Douleurs à la pression en divers points, surtout à la partie dorsale du premier métatarsien, et de son articulation avec la première phalange. La brûlure est cicatrisée, mais la cicatrice ne peut être comprimée sans réveiller de très vives douleurs. Elle est violacée prurigineuse. La marche très difficile provoque des douleurs parfois lancinantes dans tout le pied. Les surfaces articulaires paraissent intactes. Antécé-

dents rhumatismaux sans manifestations autres que quelques douleurs ressenties dans quelques articulations.

Il y a donc lieu de se demander si l'arllirite tibio-larsienne, qui a atteint par extension les articulations tarsométatarsiennes, et même l'articulation du gros orteil^ si cette arthrite, dis-je, a été la conséquence de la briilure assimilée à un simple traumatisme, ou une occasion pour la diathèse de se manifester plus énergiquemenl, tout en se localisant dans l'article atteint? J^a réponse précise est assurément difficile. Il est à peu près certain cependant que la brûlure a déterminé une arthrite, que celle-ci trouvant un terrain favorable, a pris un développement exagéré, puis que la diathèse est venue faire obstacle à une résolution rapide. 11 est bon de se souvenir toutefois, ainsi que je le disais, que la brûlure a pu jouer le rôle de traumatisme, et faire éclater une arthrite rhumatismale. Ces rapports entre les traumatismes et les diathèses ont été signalés depuis longtemps (Potain, Charcot) et mis plus récemment en évidence d'une manière remarquable par Verneuil. Quoiqu'il en soit, voici sommairement le résultat du traitement.

Séances de faradisation^, la première le 16 décembre, la deuxième le 1 8, la troisième le Î20, même mode d'emploi que ci-dessus. Le 22 le gonflement a diminué dans des proportions considérables, la marche est devenue relativement facile. Nouvelle séance. M""® De P... est autorisée à faire une courte promenade à pied. Le 24. Elle est restée la veille presque toute la journée debout et a fait de longues courses en ville. C'était une véritable imprudence, qui pouvait compromettre complètement le succès du traitement. Il n'en a rien été ; quelques douleurs, un gonflement un peu plus marqué le soir, et aujourd'hui tout a disparu. Nouvelle électrisation. J'engage la malade à marcher même beaucoup, principalement la veille du jour où elle doit être soignée. — le 27, douleurs assez vives^ un peu de gonflement, élec-

Irisation. — Le 29, état parlait. — Le 3 janvier, M""^ de P... a beaucoup marché^ le pied a parfaitement supporté la fati^^ue en dehors de quelques douleurs, et un peu de gonflement le soir, mais le genou droit est devenu le siège d'une violente douleur sans gonflement marqué, qui oblige la malaile à garder la chambre. Faradisation du pied et du genou. A partir de ce moment jusqu'au 30 janvier, sept électrisations de plus en plus espacées, les dernières destinées seulement à consolider la guérison qui peut être considérée comme absolue, bien que la cicatrice de la brûlure soit encore sensible à la pression, et que parfois M"^" de P... éprouve à la un de longues courses un peu de gêne dans la marche. La guérison ne s'est jamais démentie depuis, et persistait au mois d'octobre 1886.

Les courants continus eussent-ils donné un meilleur résultat? je ne le pense pas. Il y a en effet, qu'il s'agisse des courants galvaniques ou faradiques, des résultats immédiats parfois surprenants, qui pourraient en imposer pour une guérison, tant la situation /;o5^ ressemble peu à la situation ante, mais qu'il est impossible de taxer de guérison. Des malades par exemple qui se trouvaient dans l'impossibilité de remuer un membre sans douleur, de faire un pas, peuvent au bout de quelques séances électrothérapiques marcher, ou se servir de leur membre; est-ce à dire qu'ils soient guéris pour cela? Malheureusement non, et bien souvent, pour ne pas dire toujours, c'est le chemin le plus facile qui a été parcouru. C'est ainsi que Remak parlant de Gottfried dit « qu'il vint plus tard à la consultation une fois par semaine pour se faire guérir d'un reste d'inflammation et de gonflement des os du carpe et des épiphyses. » Quant à Wand, Remak dit lui-même qu'il fut très amélioré ; mais une amélioration n'est pas une guérison.

La faradisation, et même l'électricité statique peuvent produire des résultats analogues, mais ces divers modes d'électricité ont, les uns aussi bien que les autres, besoin

d'une action plus prolongée, pour déloger d'une articulation un état suliinflammatoire qui, le plus souvent, est accompagné de désordres trophiques tout au moins periarticulaires, ou pour lui permettre vitse proprio motu de suivre la voie régressive ouverte par le traitement. Et lorsqu'il s'agit d'un état chronique, c'est encore beaucoup plus difficile. Il y a même des cas heureusement exceptionnels, où les ressources de tous les modes électriques échouent. C'est du moins ce qui m'est arrivé, dans le cas ci-dessous d'arthrite mono-articulaire, et dans une hydarthrose chronique indolente du genou dont je relaterai l'histoire plus loin. En raison même de leur rareté ces observations méritent d'être rapportées.

Obs. XX. ~ Arthrite subaiguë traumatique.

Vers le commencement du mois de mai 1884, le nommé V..., ouvrier menuisier, d'excellente constitution, en arrachant avec une paire de tenailles, un clou fixé dans une planche, fit un effort tellement disproportionné avec la résistance, que le coude vint heurter avec une violence extrême un mur qui se trouvait immédiatement derrière lui. Vives douleurs, gonflement énorme et hientôt large ecchymose. Y eut-il au début simple contusion, ou contusion compliquée de fracture de l'olécrane? Je ne fus consulté qu'au mois de septembre, c'est-à-dire longtemps après l'accident. Or à ce moment l'apophyse olécranienne se trouvait en quelque sorte noyée au milieu d'un empâtement considérable et la réponse était impossible. Mais plus tard lorsque les exsudais eurent disparu en grande partie, il devint possible de sentir une saillie rugueuse qui ne pouvait provenir que d'un cal.

Au moment où je fus consulté, le coude présentait tous les signes d'une arthrite chronique. Les mouvements de flexion sont très limités et douloureux. La douleur devient insupportable sitôt que l'on veut accentuer le mouvement. Les mouvements de pronation et de supination sont libres.

Sous l'influence de la faradisation et de la galvanisation, la tumé-

faction diminua rapidement. J'imprimai alors progressivement à l'avant' bras des mouvements de flexion et d'extension forcés suivis defaradisation. Au mois de novembre les mouvements étaient devenus beaucoup plus libres, mais ils produisaient encore de la douleur et parfois une douleur lancinante. Il existait en outre un certain degré d'empâtement de la région postérieure.

La constitution du malade étant parfaite, je recherchai localement la cause de cette résistance à l'action du traitement. Ne trouvant à incriminer qu'une périostite, liée à l'inflammation des culs-de-sac postérieurs de la capsule, j'insistai sur l'électricité faradique qui est préférable à tout autre mode lorsqu'il s'agit de combattre l'inflammation du périoste et des os. Enfin n'ayant pu obtenir qu'une amélioration peu marquée, je le soumis finalement avec beaucoup de patience à l'électricité statique d'abord, et combinée un peu plus tard aux douches locales. Au bout d'un mois et demi de ce dernier traitement^ c'est-à-dire une durée hors de proportion avec la gravité de l'arthropathie, n'ayant rien ou presque rien gagné, je dus avouer mon impuissance.

L'arthrite s'était certainement améliorée, les mouvements avaient repris presque leur amplitude normale, mais ils étaient encore très gênés, et s'accompagnaient fréquemment de douleurs parfois tellement aiguës qu'elles faisaient appréhender au malade le plus petit mouvement. Je n'ai jamais pu trouver une explication satisfaisante de ce phénomène. La plus plausible m'a toujours paru être une prolifération intra-capsulaire faisant l'office de corps étranger?

Quoi qu'il en soit, je revis ce malade un mois et demi environ plus tard. Son état avait empiré, il y avait de la raideur articulaire. Je l'ai perdu de vue, mais je reste convaincu que l'avant-bras a dû s'ankyloser dans une position vicieuse.

Ainsi que je l'ai dit, ces insuccès sont heureusement fort rares, et arriveront peut-être même à disparaître complètement avec l'électrotliérapie intra-articulaire.

Bien que l'observation suivante ne se rapporte qu'indirectement au sujet que je traite, je pense que le lecteur me saura gré de la lui faire connaître brièvement, ainsi que les

réflexions qui raccompagnent, en raison de l'intérêt considérable qui s'y rattache.

L'observation est de Remak.

9" Obs. de Remak. — Subluxation de V épaule.

L'ouvrier Goltfried Schutze (obs. déjà citée) venait à peine de se rétablir de son arthrite radio-carpienne, lorsque le 27 juin iSoS, en voulant placer une lourde traverse sur son épaule gauche, il se luxa l'articulation scapulo-humérale, de telle manière que le bras immobile en tous sens resta dans la position où le fardeau l'avait placé [luxation subclavicularis partialis).

Pendant quarante-huit heures d'ignorantes tentatives de réduction furent faites. Il vint le 4 juin à raidi consulter Remak. Impossibilité de changer la posilion de la tète de l'humérus fortement enclavée sur le bord antérieur de la cavité glénoïde. Quelques essais de courant induit primaire (lequel augmente parfois l'extensibilité des muscles), puis de courant induit secondaire, et enfin de courants constants labiles et stabiles. Pas de changement.

Un examen plus attentif du malade permet de constater qu'au repos, sur aucun point, il n'existe de contracture, mais que le malade en voulant soulever le bras produit une forte tension dans les muscles de l'épaule, tandis que les fibres du deltoïde, à cause de la rotation en dedans de l'humérus, et par suite de leur déviation sur cet os doivent rester inactives, en admettant même que leur contraction n'aggrave pas cet état.

Avant d'employer le chloroforme et la réduction forcée, Remak résolut de faire des tentatives de contractions momentanées, pour relâcher les muscles de l'épaule. Dans ce but, électrode (large de deux pouces) pôle cuivre en position fixe dans la fosse sous-claviculaire, remplie en partie par la tête de l'humérus, ensuite par des courants stabiles d'une durée d'une demi-minute, l'excitabilité de tous les muscles de l'épaule est augmentée successivement; puis par des applications alternatives des contractions sont provoquées de seconde en seconde dans tous les muscles, le pôle cuivre étant fixé sur le muscle deltoïde postérieur dans la fosse sus-épineuse. Au bout d'une minute à deux minutes, il se produisit, à lagi'ande satisfaction

du malade, un tel résultat subit, que la tête de l'huméi-us rentra dans l'articulaiion, que le malade put soulever son bras jusqu'à pouvoir former un angle de 40 degrés et même plus. Trois minutes après l'ouverture de la séance, le malade put, quoiqu'en éprouvant quelques douleurs dans l'articulation, soulever le bras à un tel point que la main .arriva jusqu'au sommet de la tête.

Le soir, la libre mobilité s'était soutenue, mais il persistait une faiblesse des muscles ainsi qu'une douleur située à la partie interne delà tête de l'humérus et qui augmentait par la pression. Des courants labiles firent disparaître en grande partie cet état. Le lendemain matin, après avoir répété le même traitement, le malade put retourner immédiatement à ses travaux. Le 27 juin, il revint à la clinique se montrer tout à fait guéri.

Il n'existe aucune anomalie de l'épaule. L'articulation radio-carpienne droite (obs. ant.) n'est plus douloureuse, elle est si mobile que le malade peut se passer complètement de nouveaux soins.

a La valeur thérapeutique de cette observation (ajoute « Reniak) est claire comme le jour. Je ne doute pas que '( dans ce cas la réduction forcée, dans l'état aneslhésique, « n'eût aussi réussi, et que le malade n'eût pu de même « reprendre ses travaux, parce que selon toutes les appa- « rences, chez lui il n'existait aucune déchirure de la cap- (( suie articulaire. Mais lorsque l'on considère tous les « dangers de la réduction forcée, dangers qui sont géné- « ralement reconnus par tous les chirurgiens, et ceux qui « proviennent du fait même de l'anesthésie, on serait en « droit de se demander si, dans toute luxation récente, il « ne serait pas convenable d'essayer d'abord le courant « constant^ d'après ma méthode, avant de passera d'au- « très moyens connus et admis. Il me paraît très vraisem- « blable que, dans les luxations incomplètes, le courant a constant pourra se montrer principalement très efficace. « Mais, par contre, dans certaines luxations incomplètes le

78 TEAlTEMEîsiT DES AFFECTIONS ARTICULAIRES

« relâchement passager des muscles produit par les inter- « ruptions du courant et les contractions momentanées (( qui en dérivent, ne seront pas suffisants pour permettre « au malade ou au médecin de réduire cette luxation. Il « est évident que l'empirisme et les médecins qui ont la « ferme volonté d'apprendre à connaître la sphère d'action « du courant constant, sont les seuls qui pourront assigner « une limite certaine dans la question qui nous occupe. « Renversez l'expérience, c'est-à-dire essayez tout d'abord « l'anesthésie; si le succès ne couronne pas vos efforts, em- « ployez le courant constant. Je ne conseillerai cependant « pas trop ce procédé, car j'ai par devers moi quelques « observations que je communiquerai plus tard, desquelles « il paraîtrait résulter que des muscles qu'on étend pen- « dant l'anesthésie pour les délivrer d'une contracture, si « l'expérience n'aboutit pas, restent dans un état de dureté « et de rigidité, qui les rend pour ainsi dire impropres à « recevoir toute influence électrique ultérieure. »

Il me paraît inutile d'insister après Remak sur le parti qu'il est possible de tirer des renseignements fournis par l'observation précédente, et je reviens aux artropatliies.

J'ai dit plus haut que, d'une manière générale, l'électricité agit d'autant plus rapidement que la maladie est d'origine plus récente, et par suite a poussé des racines moins profondes. Cependant, il n'y a à cet égard rien d'absolu, et il est beaucoup plus exact de dire que la durée du traitement, voire même son insuccès, sont subordonnés à la nature et à la gravité des désordres trophiques dont les articulations sont le siège, et lorsqu'il existe une diathèse, elle doit être à mon avis, considérée comme moins redoutable que les désordres eux-mêmes.

Or il arrive fréquemment lorsque le malade est entouré

PAlî l/ELECTRTCITE 70

de soins, ol surlout a été mis au repos, que i'élal local reste slalionuîiirc pendaiil fort longtemps. L'élément douleur joue presque toujours en pareil cas le premier rôle, mais il n'existe bien souvent aucun rapport entre lui et la gravité de l'affection. Si l'électrolhérapie intervient dans ces circonstances, les résultats peuvent être très rapides, en dépit de la date ancienne de la maladie. C'est grâce à ces données que s'expliquent les résultats surprenants obtenus assez fréquemment par l'électricité.

L'observation suivante de Remak doit rentrer dans cette catégorie.

10" Obs. de Remak (textuelle). — Arthrite chronique traumatiqiie.

Le 6 août 1856 vint à ma consultation le sieur J. Wanke, ancien maître d'hôtel, âgé de soixante-cinq ans. Il y a dix ans^ il fit une chute sur l'épaule droite ; depuis cette époque, il ressent à chaque élévation du bras de fortes douleurs, dans l'articulation scapulohumérale ; il y a faiblesse et tremblement qui offre une certaine persistance, même lors de l'abaissement du bras. Je lui fis passer pendant cinq minutes, selon la méthode usitée en pareil cas, par tous les muscles de l'épaule des courants stabiles de 25; éléments.

« Le malade se sent soulagé, et soulève plus fortement sans trembler le bras, mais comme il existe encore à la pression une douleuj- de toute la capsule articulaire, je l'engage à s'y faire poser des ventouses, ne pensant pas encore à cette époque faire intervenir le courant dans le traitement des inflammations. Mon journal n'indique pas que le malade soit revenu, mais j'appris plus tard, par le médecin d'abord puis par la propre fille du malade, qui venait me voir pour se faire traiter elle-même, que son père sans l'emploi d'autre moyens et rien qu'à la suite de cette seule séance avait complètement recouvré le libre usage de son bras. »

Un semblable résultat ne peut recevoir d'autre explication que celle que j'ai donnée plus haut.

L'observation qui suit sans pouvoir être comparée à la précédente, rentre cependant dans la même catégorie.

Je la signale tout particulièrement à l'attention du lecteur, d'abord parce qu'elle renferme plusieurs enseignements dignes du plus grand intérêt, et ensuite parce que la mise en cause d'une des premières sommités chirurgicales de Paris donne aux faits, qui y sont rapportés ainsi qu'aux résultats obtenus, une valeur toute particulière. Je ne me préoccuperai que du côté scientifique de la question. Pour le reste je me contenterai de rapporter fidèlement les faits, sans leur donner aucune interprétation. Le lecteur en restera le seul juge.

Les épisodes variés de cette relation m'obligent à la transcrire en détail.

Obs. XXI. — Arthrite chronique [tumeur blanche).

Le 15 novembre 1884, je fus appelé en consultation près d'une jeune fille âgée de quinze ans de nationalité étrangère, Mlle V..., bien constituée, d'un tempérament aux allures fortement lymphatiques pour ne pas dire plus. Elle avait fait deux ans auparavant une chute sur le genou gauche, une forte contusion s'ensuivit. Quinze ou vingt jours après il ne subsistait aucune trace de l'accident; quelques jours plus tard le même genou reçut un choc assez violent pour déterminer des effets analogues aux premiers, qui disparurent, au surplus, aussi rapidement sans laisser plus de traces. En dehors de ces deux accidents et du lymphatisme accentué dont j'ai parlé, on ne retrouve rien pouvant se relier plus oîi moins directement à l'affection nouvelle pour laquelle j'ai été consulté. Le début de cette affection remonte au commencement du mois de juin.

A cette époque sans cause appréciable;, M"^ V. . . fut prise de douleurs assez vives dans le genou qui avait été deux fois contusionné. Ces douleurs s'accompagnèrent d'un gonflement notable de l'article. La marche devint extrêmement pénible, et la malade fat contrainte de s'aliter. Le médecin consulté , porta le diagnostic d'arthrite

subaiguë, lo fit suivre d'un point d'interrogation, et traita l'affection comme telle.

La manière dont elle se comporta depuis cette époque (commencement de juin) jusqu'à celle à laquelle je fus appelé (deuxième quinzaine ne novembre) sembla confirmer le diagnostic (\m avait été porté, en donnant encore plus de consistance au point d'interrogation. Après une série d'améliorations et de rechutes, au cours desquels les émollients, la teinture d'iode, les vésicatoires, etc. à l'extérieur, l'iodure de potassium, l'huile de foie de morue, le quinquina, toute la série en un mot des toniques et des reconstituants à l'intérieur furent associés au repos presque complet, l'arthrite avait fait assez de progrès pour qu'un appel à un appareil inamovible parût nécessaire. Cet appareil qui était silicate resta en place pendant un mois environ et fut enlevé. Le gonflement avait considérablement diminué, mais il restait quelques points douloureux à la pression. La marche pouvait s'accomplir, quoique difficilement. La raideur du membre qu'avait entraînée l'immobilité en était sans doute cause.

Quoi qu'il en soit, l'amélioration fut des plus éphémères et trois ou quatre jours après, une rechute beaucoup plus grave que les précédentes se produisait. Fut-elle Ja conséquence d'une imprudence ? d'efforts faits trop hâtivement pour récupérer la liberté fies mouvements? Ce point est resté controversé ; mais ce qui est certain, c'est que la nature et la durée des antécédents morbides, joints surtout à l'immobilité à laquelle le genou venait d'être condamné, commandaient la plus grande circonspection clans la direction du traitement. Les points inflammatoires qui subsistaient, la rupture de brides cicatricielles qui devaient infailliblement s'être formées pendant l'immobilité devaientfaire prévoir quele rétablissements des mouvements sans précaution, détermineraient inévitablement une nouvelle explosion des symptômes arthritiques.

, Quoi qu'il en soit, il y avait trois ou quatre jours que cette rechute s'était produite, et avait immobilisé Mlle V... au lit, lorsque je fus appelé près d'elle. Je constatai un peu de réacLion Cébrile et un état général relativement satisfaisant. Le genou gauche 1res douloureux à la palpation est considérablement augmenté de volume. La peau turgescente est rouge à la partie interne, et si la rougeur

paraît moins accentuée qu'elle ne l'est en réalité, c'est qu'elle se détache sur un fond cuivré naturel. Le plus petit effort fait pour fléchir la jambe détermine immédiatement une douleur intolérable. La recherche d'un épanchement synovial révèle une quantité de liquide très peu appréciable. Les mouvements latéraux imprimés à la rotule indiquent des surfaces râpeuses, et la sensation qu'ils provoquent est tellement accentuée que je puis la faire percevoir avec la plus grande facilité à la personne qui m'assiste et à la malade elle-même. La palpation du genou donne des impressions pleines de froissements parcheminés, mais particulièrement à la partie interne. En somme la réunion des divers symptômes dénote un arthrite quasi aiguë. Ne remplaçant que par intérim? mon confrère retenu au lit par une attaque de goutte, je me bornai à prescrire un Uniment chloroformé, l'enveloppement ouaté et le repos absolu. L'indication d'applications électriques était précise. Mlle V... ainsi qu'un partie de son entourage les réclamaient energiquement, en raison de résultats remarquables obtenus dans des affections de même nature mais beaucoup plus graves, et. qui leur étaient connus. Toutefois avant de procéder à ces applications j'estimai qu'une entente avec mon confrère était nécessaire. J'allai le voir: son opinion était arrêtée à l'emploi d'un nouvel appareil inamovible, et d'autant plus arrêtée que le premier avait donné un insuccès, et qu'il avait déclaré que cet insuccès tenait uniquement à la durée insuffisante de l'application, mais que la guérison était assurée par l'emploi d'un nouvel appareil... Il devait rester deux mois à deux mois et demi en place... C'était tout ce qu'il fallait pour rendre à la jointure son intégrité complète.

Ma situation me commandait d'accepter cette nouvelle tentative d'un rationalisme tout classique, ce que je fis. Cependant les bienfaits d'une intervention électrothérapique furent envisagés pour l'avenir avec un vague sentiment de curiosité au cas où, contre toute attente, l'immobilisation viendrait à échouer. Quant à la nature do la maladie l'opinion de mon confrère, comme la mienne du reste, était que le lymphatisrae semi-scrofuleux qui existait, obligeait aux plus grandes réserves sur la nature de l'arthrite.

C'est ici que se place l'épisode décisif de l'histoire de ma malade. Par quel concours de circonstances se crut-on obligé d'appeler en

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consultation un des maîtres de la chirurgie? Je n'ai pas été mis dans le secret des dieux. Cependant de sourdes résistances mal interprétées paraissent avoir suscité la pensée de trancher un diflerend qui n'existait pas. Pour quelles raisons se crut-on obligé de m'exclure de la consultation? J'ai cru plus sage de ne pas les approfondir.

Ce que je sais, c'est que le maître vint, examina la malade, et dans une communion d'idées parfaite avec notre confrère, prescrivit une immobilisation de six mois, dans un appareil spécial dont les mesures devaient être prises immédiatement.

Ce qui fut dit, fut fait. Le lendemain ou le surlendemain, un aide chirurgien vint prendre très exactement les mesures.

Si dans cette circonstance il ne s'était agi que de moi, j'aurais fait aussi bon marché que mon confrère de ma personnalité;, c'est une quantité des plus négligeables; mais l'électrothérapie était en cause et je crus devoir la défendre.

Il s'écoula moins de vingt jours entre le moment où les mesures furent prises et celui oi^i on vint essayer l'appareil. Autorisé par une partie de l'entourage auquel était soumise la jeune fille, je mis ce laps de temps à profit.

Je fis avec F^ des séances de faradisation humide, progressive jusqu'à produire de vives douleurs dans l'article, et combinées un peu plus tard avec des badigeonnages faradiques faits avec F^. Frictions laudano-chloroformées, enveloppement ouaté, léger massage pendant tout le temps que dura le traitement. Au bout de huit jours, les douleurs avaient presque complètement disparu , la jambe commençait à se fléchir à l'aise. La guérison fit des progrès tellement rapides, que lorsque l'aide chirurgien vint pour essayer l'appareil la jeune fille était levée, marchait sans difficulté depuis deux jours, montait et descendait les escaliers de l'établissement dans lequel elle se trouvait. J'avais donné l'ordre formel de ne pas laisser appliquer l'appareil qui, provisoirement tout au moins, n'avait plus aucune raison d'être. Il fallut le remporter. Quelques jours plus tard, la guérison était absolue, il ne restait plus trace des symptômes que j'ai énumérés. Les froissements perçus à la palpation, les rugosités profondes, rien de tout cela n'existait plus.

Mais l'intérêt de cette observation est loin d'être épuisé, ainsi que le lecteur va pouvoir en juger. J'ai déjà signalé à plusieurs reprises

l'apparition de douleurs articulaires provoquées par l'application ie l'électricité, loin du siège arthropathique primitif. Ce phénomène se produisit chez M''° V. .., mais sur une plus large échelle, au point qu'il y a lieu de se demander si la faradisation n'a pas déterminé l'explosion d'une diathèse rhumatismale concentrée en quelque sorte dans l'article qui venait d'être guéri. Quant à la réponse bien moins facile qu'elle ne le paraît au premier abord, je la discuterai plus tard, Pour l'instant, je me borne à exposer les faits.

Déjà avant que la guérison du genou ne fût absolument complète, M"** V... avait ressenti quelques légères douleurs dans le poignet droit. Plus tard ce fut le tour de l'épaule gauche, puis du genou droit, 011 les symptômes furent assez sérieux pour obliger la malade à s'aliter pendant quelques jours. Enfin une nouvelle et très légère atteinte de l'épaule gauche fut la dernière manifestation articulaire de la maladie. Ces diverses apparitions morbides furent poursuivies successivement dans les diverses articulations, et quelques séances d'électricité en eurent raison. Depuis cette époque jusqu'aux derniers jours du mois d'août 1886. époque à laquelle M"® V... est retournée dans son pays, il n'est survenu aucun accident-

Je dois ajouter pour terminer cette observation, que je prescrivis un traitement général dans lequel les toniques, l'huile de foie de morue, les frictions révulsives, l'électricité statique principalement, et un peu plus lard l'hydrothérapie eurent une large part.

Ces divers moyens ont modifié considérablement la constitution de M'^^ V... qui aujourd'hui est relativement robuste.

Eli résumé une arthrite du genou, ayant six à sept mois de date^ considérée comme tumeur blanche en évolution, par trois médecins, dont un des premiers maîtres de la chirurgie, avait été traitée en vain par les moyens classiques, au nombre desquels se trouvait une immobilisation de un mois environ, qui allait être renouvelée pour plusieurs mois, lorsqu'en moins de vingt jours {dix-huit jours exactement ayant complus sept séances de faradisation) cette arthrite a été guérie par l'électricité; voilà le faitl

Quelle interprétation convient-il de lui donner? — 11

PAR L'ELEGTIÎIGITE 85

perdrait évidemment beaucoup de sa valeur s'il élail isolé, mais il n'en est rien. L'électrothérapie articulaire produit assez fréquemment des résultats sinon identiques, du moins analogues. Les circonstances originales qui entourent celui-ci le mettent en relief, voilà tout.

En dernière analyse et scientifiquement, la question vraiment intéressante est de savoir si l'affection articulaire de M'" V. doit être rattachée à la diathèse rhumatismale?

Cette question peut paraître pour le moins étrange. Il semble en effet que la multiplicité des manifestations arthro-morbides ne permette pas de contester la nature rhumatismale de l'affection. De monoarticulaire qu'elle était, elle est devenue polyarticulaire, le polyarticularisme s'étant développé sous l'influence de l'excitation faradique.

C'est bien ainsi en effet que peut s'expliquer la disparition rapide des phénomènes symptomatiques dans le premier article compromis. Le rhumatisme a été en quelque sorte ramené à l'évolution polyarticulaire au moyen d'une métastase artificielle.

Il y a lieu cependant de se demander, si une arthrite ne peut pas sous l'influence de diverses causes, et particulièrement de l'électricité disséminer en quelque sorte ses effets pathologiques, et produire des manifestations articulaires absolument étrangères à la diathèse rhumatismale? Si elle ne peut pas être jugée suivant l'expression ancienne, par l'apparition de symptômes rhumatismaux, sans diathèse préexistante; ou encore si une crise de ce genre ne peut pas être le point de départ d'un changement de direction dans les manifestations de certaines diathèses, témoignant ainsi, que tout au moins sur la

limite de leur territoire, la vie pathologique y est commune. Ces diverses questions feront partie de la discussion générale qui aura lieu ultérieurement, mais j'ai pensé qu'il était juste de les indiquer dès maintenant.

Je ne veux pas exalter le succès électrothérapique obtenu précédemment, mais je ne puis cependant m'empêcher de faire remarquer que ce n'est pas seulement un fait intéressant, un fait de valeur, mais encore qn'il renferme un enseignement. Lorsqu'on envisage en effet tous les aléa d'une immobilisation prolongée, sans compter les ennuis qu'elle traîne après elle, ses conséquences funestes au point de vue de la santé générale, conséquences d'autant plus graves qu'il s'agira d'enfants en plein développement, les observations du genre de celle qui précède suffiraient à elles seules pour imposer une étude approfondie des effets de l'électricité dans les arthropatliies. Ils devraient provoquer tout au moins un étonnement et une curiosité suffisants chez ceux qiii en sont témoins, pour leur faire désirer de les approfondir, et lorsqu'ils ne le font pas, ils sont d'autant plus coupables que leur valeur scientifique est plus grande, car entre leurs mains les études ont une puissance à laquelle il est impossible de suppléer.

Je crois pouvoir affirmer que parmi les arthrites que j'ai traitées, celle qui précède n'est pas la seule qui eût suivi le cours des tumeurs blanches. Qu'on se figure maintenant ces résultats multipliés par les occasions que fournit la pratique générale de la médecine, et l'on pourra se rendre compte de ce chef seulement des services que pourrait rendre l'électricité, et qu'elle rendra... il faut l'espérer !

J'ai annoncé dès le début que je laisserais en dehors de

PAU L'ELECTUICJTE 87

ce travail, les coxalgies, j'ai fail à ce sujel cerlaincs réserves, et c'est en raison de ces réserves que je présente au lecteur les trois observations suivantes, qui toutes les trois se rapportent à des arthropathies de la hanche. Les deux premières ont entre elles de grandes analogies, je les résumerai le plus brièvement possible.

Obs. .XXII. — Arthrite chronique?

Le 5 juillet 1884 un de mes confrères m'adressait M™^ B..., qui habite une maison de campagne près de Nancy. Elle avait été soignée par plusieurs confrères pour une sciatique ou, pour ne rien changer à l'expression de la malade, pour « des douleurs sciatiques ». Ce n'est que péniblement qu'elle arriva à monter jusqu'à mon cabinet^ soutenue par sa sœur qui l'accompagnait. C'est une grande et robuste personne, qui a passé l'âge de la ménopause^, sans accidents. Santé parfaite jusqu'au début de la maladie actuelle, qui remonte à deux ans et demi. Depuis près d'un an elle est condamnée à une immobilité presque complète. Elle a conservé les apparences de la santé. — Début insidieux, vagues douleurs dans la hanche, s'accentuant par la fatigue, pour disparaître parle repos. Peu à peu les douleurs s'aggravent, et d'irradiées qu'elles étaient dans le membre inférieur, finissent par se cantonner dans l'articulation coxo- fémorale. Au bout d'un an et demi l'affection avait fait assez de progrès pour obliger M™'* B... à s'arrêter d'une manière à peu près complète. Elle se bornait à faire quelques pas dans la maison, en se soutenant aux meubles, et en se faisant aider. — Bains de Barèges, bains de vapeur, douches, morphine, thérébentine, ce diverses médications sont restées sans succès. Vingt-deux vésicatùires ont été appru]ués depuis J'émergence du sciatique, jusqu'au genou. Souffrances inutiles. On semble s'être peu préoccupé de l'arliculation, sans qu'il soit possible de se l'expliquer.

A l'examen la première chose qui frappe, c'est la tuméfaction considérable de la hanche et de la cuisse du côlé gauche. Elles eût suffi à faire pressentir une affection articulaire. Une pression violente exercée au niveau de l'émergence du nerf sciatique, et le long

de son trajet n'éveille de douleurs que dans la région articulaire^ douleurs assez peu vives du reste. Invitée à marcher, M™® B... ne fait que quelques pas, en s'appuyant aux dossiers des chaises. Les mouvements de la cuisse sur le bassin sont très limités, et sitôt qu'on veut les étendre ils deviennent très douloureux. Quelques craquements profonds.

Que le nerf sciatique ait participé à l'inflammation dont l'articulation coxo-fémorale est restée affectée chroniquement^ cela est possible, même probable, car le fait est fréquent; mais il est plus difficile de s'expliquer comment il a pu absorber à son profit toute l'attention an détriment de l'aiihropathie; et peut-être aussi de la malade.

Quant à la nature de l'affection elle est plus difficile à déterminer. Il n'existe aucun signe rhumatismal, aucun souvenir de traumatisme. Les diathèses semblent devoir être mises hors de cause. Cependant il existe une arthrite chronique de la hanche. M™'' B... aime passionnément le jeu de billard, y consacrait des heures entière.:. Y a-t-il eu par suite un excès de fatigue à la faveur de laquelle l'inflammation s'est établie lentement sur un terrain préparé à la recevoir de longue main? C'est, je crois, l'explication la plus plausible.

Quoi qu'il en soit, bien que M'*® B... n'eût que treize jour à passer à Paris et bien que je l'eusse prévenue que le délai, en raison de l'ancienneté de la maladie me paraissait trop court pour obtenir un résultat, elle n'en résolut pas moins de se soumettre au traitement.

J'ai fait neuf séances de faradisation^ et deux séances de courants continus, stabiles à travers l'article, et labiles périphériquement. Dès la troisième séance le courant faradique fut porté à une intensité considérable. A ce moment M™® B... pouvait déjà marcher sans aide. A la suite de la sixième séance, elle descendit seule l'escalier, le remonta seule la fois suivante. A la neuvième séance elle put faire une longue promenade. La peau qui était fortement distendue, et comme hypertrophiée au début, était redevenue souple, la tuméfaction de la hanche avait considérablement diminué, et les mouvements commençaient à avoir une étendue considérable, les craquements persistaient. Je dus interrompre le traitement à la onzième séance M"'' B..., quittant Paris. Je dois ajouter que ce traitement fut complété par des bains^ et des exercices d'assouplissement qui furent

accomplis par elle avec une grande énergie. J'appris un mois et demi environ plus tard, par sa sœur, que M'"oB... pouvait faire de longues promenades à pied et s'adonner h son jeu favori.

L'observation de M""^ B... porte à la date du M juillet « apparition de douleurs assez vives dans l'épaule droite ». Elles ne devaient persister que quarante-huit heures.

Les séances de courants continus furent faites à la suite de séances faradiques violentes, afin de laisser reposer la malade tout en lui procurant le bénéfice d'une modification de traitement.

Le lecteur a pu juger de nouveau que le grand âge des arthropathies est loin d'être le facteur le plus important de la résistance au traitement. Tl n'est pas douteux que par suite, dans bien des cas, les résultats de l'électrothérapie ne puissent aider puissamment au diagnostic et au pronostic des affections articulaires. Suivant, en effet, que ces résultats sont plus ou moins rapides, ils peuvent faire pressentir le degré d'altération plus ou moins prononcé des éléments qui constituent l'article,

Obs. XXIV. — Arthjnte chronique rhumatismale ? Arlhrocace ?

M""® S..., soixante-dix ans, constitution vigoureuse, vint me consulter le 27 août 1884. Pas de maladies antérieures. La maladie actuelle remonte à dix-huit mois. — Elle est sortie trois fois depuis dix mois avec des efforts inouïs, soutenue d'un côté par une personne, de l'autre par un bâton. Chez elle la malade se traîne en s'appuyant aux meubles. Etat général délabré, appétit médiocre, sommeil difficile. Douleurs très vives de l'articulation coxo-fémorale gauche. Elles existent aussi, mais peu prononcées, dans la région lombaire. Hanche considérablement augmentée de volume, on sent un empâtement de toute la région. Les mouvements communiqués provoquent de vives douleurs sitôt qu'ils sont un peu étendus. Il existe quelques craquements, mais peu accentués. Douleurs profondes provoquées par une percussion un peu énergique du grand

trochanler. Commencement d'amaigrissement de la jambe. Syphilis? Réaction électro-faradique intacte.

Toute la médication révulsive a été épuisée sans succès. Les raies de feu dont la hanche est encore marquée, l'iodure de potassium à l'intérieur, sont restés sans résultat.

Ici encore il est difficile d'assigner une cause à l'arthrite. Il n'existe pas d'antécédents rhumatismaux. S'agit-il d'une arthrocace sénile? Les désordres intra-articulaires paraissent bien peu étendus. Cependant il parait difficile de s'écarter du « morbus coxds seyiilis », à moins d'admettre une périostite chronique péri-articulaire avec parésie extrêmement marquée des muscles de la hanche.

Quoi qu'il en soit, je me laissai guider par la pensée qu'il s'agissait ici comme dans le cas précédent, surtout de périostose, et je fis de la faradisation humide (induction, et extra-courant) la base du traitement.

Je fis vingt-huit séances d'électricité. J'employai de préférence contre les douleurs lombaires des courants continus ascendants en raison d'un certain degré de congestion myélique qui me paraissait très probable, bien que la confusion fût possible avec un état subinflammatoire des articulations lombaires? M"'' S..., qui n'était parvenue à monter l'escalier de mon dispensaire qu'avec des efforts surhumains, sentit une bien plus grande liberté de mouvements à la suite de la première séance, et put descendre l'escalier et rejoindre la voiture qui l'avait amenée avec beaucoup moins de difficultés. Ce résultat montre très clairement que l'impuissance du membre tenait en majeure partie à la quasi-paralysie consécutive à l'arthrite. La guérison fit des progrès assez rapides. A la suite de la quatorzième séance M™*^ S... vint à la consultation non seulement sans aide, mais encore sans bâton. Les huit à dix dernières séances furent emplo3'ées à parfaire la guérison, mais sans modifier sensiblement ce qui avait été obtenu jusque-là. Il subsistait encore, au moment où la malade cessa son traitement, une légère tuméfaction de la hanche et de la cuisse, quelques vagues douleurs de temps à autre et quelques craquements. Il existait évidemment quelques points de la capsule articulaire qui avait subi une atteinte profonde; mais M"® S... n'en faisait pas moins sans fatigue des courses de 7 à 8 kilomètres et se considérait comme absolument guérie, quoiqu'elle eût répété

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bien souvent qu'elle ne pensait jamais « remarcher » de sa vie. L'état général était très satisfaisant, dès les premières séances du reste l'appétit s'était réveillé,

Obs. XXV. — Arthrite chronique compliquée de contracture. Je me rendis le 21 oct(jbre 1885 près de M'"° C..., cinquante-huit ans, de constitution très robuste. Elle a fait une chute il y a quinze ans, sur la hanche droite. Séjour au lit d'environ trois mois; guérison absolue; pas de maladies antérieures; ménopause à cinquantedeux ans. Premiers symptômes de l'affection actuelle il y a quinze à dix-huit mois. M™'' C..., blanchisseuse, portait constamment des paquels de linge humide appuyés sur les hancheS;, d'oîi refroidissements fréquents; c'est sans doute là la cause de l'arlhropalhie. Les douleurs d'abord intermittentes se rapprochèrent de plus en plus. Depuis un an la marche et surtout l'ascension des escaliers sont devenues pénibles. Depuis longtemps M™'' G... se sert de béquilles. Depuis quelques jours elle ne quitte pas le lit. Après l'avoir fait placer dans le décubitus dorsal, un rapide examen me démontra qu'il existait une demi-flexion de la cuisse sur le bassin qu'il était impossible de réduire. Vive douleur sitôt qu'on veut communiquer à la cuisse un mouvement d'extension qui est impossible volontairement, empâtement de l'articulation coxo-fémorale, atrophie musculaire marquée du membre inférieur. Les mouvements de flexion communiqués sont douloureux, et déterminent des craquements. Œdème du pied. L'affection locale semble avoir eu un retentissement funeste sur la santé générale. Depuis quelque temps anorexie complète, amaigrissement. L'état de cette malade, bien qu'il ne fût traversé que par de faibles symptômes de réaction fébrilCj me parut grave. Je crus d'abord à une pseudo-ankylose de la cuisse dans la demi-flexion, mais un examen plus complet me fît penser à une contracture de l'iliaque-psoas, compliquant une inflammation chronique rhumatismale de l'articulation de la hanche et qui avait son origine probable dans une inflammation d'articulations lombaires.

Il est quelquefois très difficile de préciser le siège et l'étendue des lésions qui affectent l'articulation coxo-fémorale, surtout lorsque la maladie est ancienne. La profon-

deur à laquelle s'abrite Farticulation, sous des masses musculaires ou aponévrotiques considérables, gêne déjà par elle-même considérablement la palpation, mais la difficulté devient encore plus grande par suite de l'empâtement qui existe généralement. La douleur que produit la faradisation, et qui peut être utilisée pour déterminer les points particulièrement atteints dans d'autres articulations, qui sont en quelque sorte à fleur de peau (coude, genou, poignet, cou-de-pied, etc.), devient dans le cas particulier complètement inutile et ne peut fournir que des renseignements généraux qui ont bien du reste leur utilité.

CtiezM™®G... les douleurs avaient été à certains moments assez violentes pour nécessiter des injections de morptiine. Elle avait épuisé tous les traitements usités.

De toutes les raisons qui m'ont déterminé à exclure le cas actuel des coxalgies, la principale est certainement le résultat du traitement, car malgré la puissance d'action de l'électricité, je ne crois pas que trois mois environ de traitement, aux cours duquel il fut fait trente-deux séances électrothérapiques, soient capables de remédier aux désordres anatomo-pathologiques, qui sont l'attribut des coxalgies.

Il répugne à l'esprit d'admettre, malgré le désir qu'on puisse en avoir, que des altérations qui se sont établies lentement, alors même qu'elles s'arrêteraient à celles de Redfern, que des désordres trophiques qui ont atteint la capsule synoviale, alors même qu'ils n'auraient pas dépassé la limite de la fongosité, puissent rétrogader en deux ou trois mois au point de rendre à une articulation ses fonctions à peu près complètes.

Avant de connaître le résultat du traitement, diverses raisons qu'il

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serait hors de propos de discuter m'avaient décidé à considérer l'arthropathie actuelle comme une arthrite chronique rhumatismale, compliquée, ainsi que je l'ai dit, de rétraction du muscle iliaquepsoas. Il existait du reste dans l'ensemble des muscles qui enveloppent l'articulation, mais principalement dans la masse des adducteurs, un certain degré de tension. Cette circonstance me décida à employer, concurremment, la faradisation, et la galvanisation. Sous l'influence de ce dernier mode, employé labilement et stabilement, avec production de quelques secousses, les muscles reprirent de la souplesse, l'articulation d'un autre côté fut électriïée faradiquement dans son axe transversal. Dès la cinquième séance, M""^ C, put se lever et marcher à nouveau à l'aide de ses béquilles. Le sommeil était revenu, l'appétit s'était réveillé, les douleurs était relativement insignifiantes. Les mouvements de flexion communiqués étaient moins douloureux, les mouvements d'extension étaient toujours bornés par l'arrêt que je supposais être une contracture de l'iliaquepsoas. Des mouvements très actifs, poussés jusqu'à la violence^ ne servirent qu'à provoquer de vives douleurs sans résultat. Je tentai encore pendant quelques jours de vaincre cette résistance au moyen d'applications de courants continus aux lombes et sur la hanche, puis n'ayant obtenu que des résultats insignifiants, j'introduisis un des pôles dans le rectum (en prenant la précaution de l'y noyer) pendant que j'appliquai l'autre stabilement et labilement sous forme d'une large plaque dans la région lombaire correspondante aux insertions du muscle iliaque-psoas, et je fis passer, pendant dix à douze minutes, un courant progressif jusqu'à 25 m. a.

Le 12 janvier, M"® G... m'apprit qu'en s'éveillant le matin, elle avait trouvé une grande facilité à étendre la cuisse, et je pus me convaincre que la rétraction avait presque complètement disparu. Ce résultat avait été obtenu en cinq séances. J'avais imprimé progressivement au cours du traitement, qui fut combinéavec de grands bains suivis de frictions révulsives, des mouvements en tous sens à la cuisse, de sorte qu'au moment oîi M™^ C... le cessa, ils avaient à peu près l'étendue normale, et n'étaient plus douloureux. Il n'existait de craquements que dans les mouvements de flexion combinés avec une forte pression exercée sur le grand trochanter. L'état général était excellent.

Je reste convaincu que la semi-flexion de la cuisse était produite par une contracture rhumatismale de l'iliaque psoas, et que sans aucun doute cette contracture a été vaincue par le traitement galvanique dirigé en quelque sorte intus et extra. L'action de la galvanisation sur la contracture des muscles, mais principalement sur celle qui est consécutive aux arthrites, ou qui les accompagne, est remarquable.

Remak a consigné dans ses observations de très beaux résultats obtenus dans des cas de ce genre, ainsi qu'en témoignent les deux exemples suivants.

11^ Obs. de Remak (textuelle). — Contracture rhumatismale. ,

Le 12 août 1856 se présente le serrurier Flamming, vingt-deux ans. Depuis six mois il boite du pied gauche « à la suite de douleurs dans l'articulation coxo-fémorale, et t'émoro-tibiale, avec contractures secondaires », comme un de mes assistants l'a consigné avec beaucoup trop de laconisme dans mon journal.

De l'examen établi par les courants, je démontre aux personnes présentes que les contractures existent dans le biceps, le demimembraneux, les adducteurs, et selon toute probabilité dans les muscles poplités eux-mêmes. Deux séances (l'a et 14 août) suffirent pour guérir ce malade.

12" Obs. de Remak (textuelle). — Contracture rhumatismale .

M"° M. Sparberg, trente-deux ans, vient en boitant me consulter le 10 décembre 1856. Alitée pendant huit semaines par une inflammation rhumatismale du genou gauche, elle fut guérie par l'emploi de ventouses et de vésicatoires. Depuis trois semaines, elle peut marcher, mais à cause du raccourcissement des fléchisseurs, elle ne peut étendre la jambe, et marche par conséquent en boitant. Emploi sans succès de frictions alcooliques, et de pommades résolutives. Le muscle droit antérieur est fort aplati. Je fais passer par

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les flccliisscurs, en dircclioii ascendante, et, p.-ir les exlenseurs, en direction descendante, des courants stabiles de vingt-cinq éléments, pendant quelques minutes. La malade peut immf'diatement après étendre la jambe et marcher sans difficulté. Li; jour suivant l'amélioration fait des progrès rapides. Je répète le môme traitement, pour faire disparaître entièrement le reste de cet état morbide.

. Ces deux observations de Uemak sont très intéressantes. Il est à regretter toutefois qu'elles soient aussi brèves, et même obscures en certains points. Le lecteur a pu remarquer que ces contractures, quoique d'origine rhumatismale, avaient survécu au rhumatisme, mais Remak avait eu l'occasion de constater les etîets de courants constants dans des cas oii la contracture existait, concurremment avec les arthrites. C'est même ces états particuliers des muscles qu'il s'était attaché à faire disparaître dans le principe, ne traitant qu'accessoirement les arthropathies. Mon expérience sur ce sujet est relativement bornée, cependant je donnerai un peu plus loin la relation d'arthropathies compliquées aussi de contractures.

Jusqu'ici les exemples que j'ai cités ne se rapportent qu'à des arthrites isolées,, et il faut bien convenir que dans la généralité des cas, c'est ainsi que se présentent les arthropathies chroniques; mais la multiplicité des articulations envahies n'est nullement un obstacle à la rapidité de la guérison ainsi qu'en témoigne Tobservation suivante, et s'il est une histoire digne cï encourager le développement de l' électrothérapie ^ c'est assurément celle de il/™'' B... qui fait le sujet de cette observation.

Obs. XXVI. — Rhumatisme chronique polymHiculaire.

M™^ B..., qui est une robuste femme de cinquante-sept ans, vint à ma consultation pour la première fois le 14 septembre '1885. Ménopause à cinquante-trois ans. Jusque-là aucune maladie. Elle dut

subir comme tant d'autres le contre-coup de l'âge critique. Autant qu'il est possible de s'en rendre compte, ses misères débutèrent par un engorgement du foie avec ictère consécutif et hydropisie, le tout suivi d'anémie profonde. Ce ne fut ([ue six à sept mois après celte première secousse que M™^ B... revint à la santé. Sa joie ne fut pas de longue durée, car quatre à cinq mois après une bronchite aiguë la malmena fortement, et elle venait à peine de s'en rétablir, lorsque débuta la maladie qui l'a conduite à ma consultation.

Ce début remonte à deux ans. A cette époque, douleurs d'entrailles intolérables suivies d'un rhumatisme articulaire aigu généralisé. Immobilisation de quatre mois. La douleur était telle qu'un choc du lit la réveillait. Elle se lève vers le cinquième mois. Se met à marcher avec des béquilles vers le sixième. Depuis ce moment elle a traîné péniblement son corps et son existence, ne parvenant à faire quelques pas qu'appuyée sur des béquilles, ou deux bâtons. A l'époque où elle vint me consulter, elle ne parvenait qu'à grand'peine à faire une centaine de mètres, et il fallut en quelque sorte la hisser pour lui faire gravir l'escalier de mon dispensaire.

Toutes les articulations des membres supérieurs et inférieurs sont le siège de douleurs profondes, parfois violentes. Chaque fois que l'une d'elles est obligée de s'intéresser à un mouvement, c'est l'occasion d'une recrudescence douloureuse. Aussi la malade ménage-t-elle jusqu'à ses plus petits mouvements, qu'elle fait avec une régidité d'automate. Les avant-bras, surtout le gauche, sont dans la pronation, la paume de la main regarde presque complètement en dehors. Toutes les articulations sont tuméfiées^ mais ce sont particulièrement celles des coudes, des genoux et des cous-de-pied qui ont un volume anormal. Les membres inférieurs et supérieurs ont une raideur presque ankylosique. Les mouvements communiqués sont douloureux et font percevoir un bruit râpeux surtout au genou et au cou-de-pied gauches. Etat général peu satisfaisant, sommeil médiocre.

L'état de cette malade paraissait en somme beaucoup plus effrayant qu'il ne l'était en réalité;, ainsi que l'a prouvé le traitement. C'est ce qui me fait dire à nouveau (sauf à me répéter fréquemment) qu'il n'existe aucun rapport entre l'apparence et la gravité réelle des affections articulaires.

Dans la première séance je fis un badigeonnage faradique général

VAU L'ELECTIUCITK !)7

et je fis passer dans les membres des couranis slabiles el labilcs, dans le but de redonner aux muscles un peu de souplesse, ce f|ui, au grand étonnement de M"® B..., lui permit immédiat mertl d'exécuter quelques mouvements qu'elle n'avait pu faire depuis longtemps;. Le lendemain et les jours suivants je combinai la (aradisation humide avec la galvanisation. Dès la sixième séance ma malade put venir à ma consultation, aidée simplement d'un bâton. A partir de ce moment je commençai l'assouplissement des articulations, en faisant suivre chaque séance d'une laradisation humide des articles intéressés. Je dus à diverses reprises rompre des brides cicatricielles, et à l'avanl-bras gauche je dus développer une force considérable pour ramener le radius dans la supination. Jamais la réaction n'a duré plus de vingt-quatre heures. Dès le 12 octobre M"^ H... vint chaussée de bottines, alors que depuis un an et demi elle D'avait pu mettre que des pantoufles. Au bout de deux mois elle cessa de son plein gré de venir se faire soigner. Je l'ai revue au mois de janvier suivant, la guérison était parfaite, l'état général excellent^ et M'"" B... affirmait gaiment avoir retrouvé la vigueur de sa première jeunesse.

Les fausses ankyloses qui existaient chez cette malade furent réduites progressivement, et je crois que c'est le meilleur moyen d'arriver à dégager les articulations, tout au moins lorsque les mouvements ne sont pas complètement abolis. Je crois de même que dans beaucoup de cas l'état de rétraction des muscles doit appeler fortement Tattention du chirurgien car c'est cet état qui fait reprendre aux membres leur attitude vicieuse, et qui s'oppose aux mouvements étendus, alors que les articulations sont en grande partie dégagées de tout obstacle : comme conséquence il faut insister dans ces cas sur les applications de courants continus à travers les masses musculaires. L'observation suivante n'a pas peu contribué à fortifier chez moi cette conviction. Elle montre en outre l'utilité de l'électricité pour rendre inoffensifs les effets traumatiques des articulations.

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