L. DANION
Obs. XXVII. — Arthrites rhumatismale chroniques. — Ankyloses et
contractures.
M. P... de Bar-le-Duc, vint me consulter le 13 juillet 1885. Le 6 décembre 1884 il ressentit de violentes douleurs entre les deux épaules. Elles envahirent bientôt tout le bras gauche, jusqu'à l'extrémité des doigts. Suivant l'expression du malade que je prends textuellement dans sa propre observation, « douleurs extraordinaires dans la moelle des os. » Injections de morphine, ventouses, vésicatoires, salicylate de soude, arsenic, etc., tout fut épuisé.
Après cinq semaines de douleurs atroces, et une absence presque complète de sommeil, un état subaigu tolérable s'établit. Cet état dura quelque temps sans se modifier. Toutes les jointures du membre supérieur, mais principalement celles de la main étaient gonflées, et s'accompagnaient parfois de douleurs violentes, qui disparurent presque tout à coup en laissant, suivant la nouvelle expression du malade, « la main et les doigts morts. » Tous les doigts sont en effet complètement ankyloses et, sauf le pouce qui a conservé un peu de mobilité, ils ont la raideur des barres d'acier. Les muscles de l'avantbras ont subi un commencement marqué d'atrophie, profondément on sent leur masse indurée.
Enfin, l'épaule est restée le siège d'une légère tuméfaction et de douleurs sourdes permanentes présentant assez fréquemment de la recrudescence.
Une saison aux eaux de Bourbonne restée sans succès fut suivie de massage du membre supérieur. Des tentatives de flexion forcée des doigts eurent pour conséquence de déterminer des arthrites aiguës accompagnées de violentes douleurs, puis la main reprit exactement son état précédent.
Lorsque M. P... vint me consulter, il y avait près de cinq mois que cet état durait. Je le dis afin de n'avoir plus à y revenir, deux séances de faradisation suffirent à débarrasser l'épaule de ses donleurs et à rendre au bras sa liberté complète. L'impatience du malade, désireux de rentrer au plus tôt chez lui, me décida^ à contre cœur du reste, à agir énergiquement sur les ankyloses. Je fis en conséquence subir aux articulations des doigts successivement des flexions forcées. Des déchirements et des craquements se produisirent
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par suite de la rupture fins adhérences. Séance douloureuse, suivie immédiatement d'une faradisation que je rendis progressivement très intense, puis je prescrivis un bain de bras de deux heures avec frictions laudano-chloroformées.
\1 juillet. — Nuit agitée, réaction inflammatoire indiquée par un léger gonflement de la main. Légers mouvements. — Galvanisation 12 à la m. a. Les mouvements de flexion ont plus d'étendue.
Le traitement fut continué dans les mêmes conditions. Tous les deux jours environ, j'imprimai aux doigts des mouvements de flexion forcés, et j'amenai rapidement l'extrémité des doigts à toucher la paume de la main. Le pouce commençait à s'opposer facilement à l'index. Mais les mouvements étaient loin d'avoir leur amplitude complète, bien qae le malade pût déjà saisir les gros objets.
Le traitement fut suspendu pendant un mois par suite d'une absence que je fis.
M. P... rentré chez lui s'y livra à des travaux de jardinage, et revint le 3 septembre. Je repris le traitement interrompu. La guérison fit encore quelques progrès mais relativement lents. Toutes lesjointures étaient absolument libres, et cependant le malade ne parvenait à amener l'extrémité des doigts qu'à deux centimètres environ de la paume de la main. Je fis alors traverser les extenseurs d'^s doigts par des courants contin'/s labiles et stabiles de '12 à '15 m. a., durée, huit à dix minutes, en déterminant en outre quelques contractions. Le surlendemain, le malade pouvait plier la main avec une bien plus grande facilité. Quelques jours après, il pouvait, en faisant un effort, faire toucher l'extrémité des doigts à la paume de la main et opposer le pouce à l'auriculaire. M. P..., toujours pressé, rentra chez lui, et me fit savoir par une lettre le 9 novembre suivant qu'il était complètement guéri el qu'il ne subsistait plus qu'une gêne légère des mouvements. Nul doute qu'elle n'ait disparu au bout de peu de tiimps. Déjà à l'époque où le traitement fut suspendu, l'état général s'était considérablement amélioré. A la fin du traitement il était excellent.
Que fut devenu l'état précédent sans l'intervention électrothérapiquÊ? L'atrophie sans aucun doute eût fait son chemin et le malade eût suivi très probablement le flot des
incurables. Mais en admettant qu'un traitement cliirurgical bien conduit, eût triomplié des ankyloses multiples, il eût rencontré un obstacle considérable dans la rigidité musculaire, et en admettant encore qu'elle se fût dissipée^ ce n'eût jamais été qu'avec une excessive lenteur, tandis qu'en quelques séances les courants continus en ont eu raison.
L'action des courants continus, du reste dans les cas de rigidité musculaire rlmmatoïde, est quelquefois surprenante, et je ne sache pas qu'aucun autre moyen puisse rivaliser avec lui.
L'électricité réunit donc à un suprême degré les qualités nécessaires pour triompher des complications les plus fréquentes et les plus tenaces des arthropathies ; V ankylose ^ et la rétraction musculaire. La faradisation et la galvanisation isolées, ou combinées suffisent quelquefois dans les cas de pseudo-ankylose, à obtenir ce résultat, mais le plus souvent il devient nécessaire de leur prêter le secours de manœuvres mobilisantes, ou ce qui est plus exact elles doivent venir en aide à ces manœuvres.
L'électricité contribue encore dans une large mesure à fixer le bénéfice de la mobilité provoquée. Elle rend presque inoffensives des manœuvres violentes, dont le moindre résultat est de provoquer des arthrites péricapsulaires, lorsqu'elles ne sont pas en même temps intra-capsulaires. Ce succès du reste était facile à prévoir en raison des effets qu'elle produit dans les arthrites traumatiques. Quant aux contractures, l'action en quelque sorte spécifique des courants continus dans ces états pathologiques, les rend extrêmement précieux.
L'observation suivante est destinée à mettre en relief les remarquables effets de l'électricité dans les cas d'ankylose.
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Obs. XXVIII. — Ankylose du coude consécutive à une tumeur blanche .
M'"' R..., constitution chiétive, vingt-trois ans (on lui en donnerait seize ou dix-sept), tempérament scrofuleux à l'origine, à n'en pas douter; bien modifié par les soins et l'hygiène. Après avoir subi au cuude droit l'évolution d'une tumeur blanche, elle vit il y a un an et demi environ, son bras droit sankylosci' dans une semi-extension (ankylose classique).
Les phases inflammatoires avaient été parcourues dans l'espace de dix-huit mois environ. Une poche purulente, après avoir fait saillie pendant environ un mois et demi, avait fini par s'ouvrir à la partie postéro-interne du coude, laquelle porte entre l'apophyse olécrane, et la partie postérieure de l'épitrùchlée, les marques rougeâtres d'une cicatrice adhérente.
Le "22 septembre 1884, époque à laquelle je fus consulté, il ne subsiste que de très légers troubles inflammatoires qui se traduisent de temps à autre par des douleurs sourdes. Pas de trajet fistuleux, L'avanl-bras forme avec le bras un angle obtus, dans la situation la plus extrême de la flexion. Ainsi placé, et porté à la tète, pendant que le poignet est aussi fléchi que possible, et la main étendue, l'extrémité des doigts reste distante de 7 à 8 centimètres du sommet de la tête. Les mouvements de flexion et d'extension de l'avant -bras sont donc des plus bornés. Ils sont râpeux et produisent quelques craquements. Les mouvements du radius, quoique très incomplets, sont relativement étendus. Lorsqu'on communique des mouvements forcés de flexion ou d'extension, on provoque de vives douleurs. Les mouvements de l'épaule et du poignet ont aussi une certaine raideur. Les muscles consi<lérablement atrophiés sont rétractés. Le biceps principalement forme une masse indurée et saillante.
Avant de procéder à des manœuvres de flexion et d'extension forcées, je fis pendant huit séances des applications de courants continus stabiles et labiles à travers les muscles du bras en provoquant de temps à autre une série de contractions dont j'augmentai progressivement la force. Pendant ce temp-, je traitai également les articulations de l'épaule, du coude et du poignet par la faradisation F' et
l'extra-courant. Quoique toujours très bornés, les mouvements avaient un peu plus de liberté, et l'extrémité des doigts semblait s'être rapprochée un peu du sommet de la têle.
Le 18 octobre, je procédai aux premiers mouvements de flexion forcée, me proposant d'arriver à la flexion totale en huit à dix séances. Quelques déchirements. Séance de faradisalion locale. Galvanisation musculaire. Compresses constamment arrosées d'eau pure. Potion calmante.
Le 20, la réaction a été très faible. Quelques douleurs très supportables. Les mouvements sont manifestement plus étendus. Nouvelle flexion, première extension. Mêmes applications électriques. Même prescMption.
Le traitement fut continué pendant dix-huit séances, après lesquelles la flexion se faisait à peu près complètement, sans douleurs^ mais avec quelques craquements. Quant à l'extension sur laquelle j'avais du reste beaucoup moins insisté, elle n'avait fait que de médiocres progrès, et le bras conservait une courbure assez prononcée. M"" R... pouvait se coiffer, nouer des lacets derrière son dos, ce qui lui était absolument impossible auparavant. Cependant elle ne parvenait à porter les doigts que difficilement à ses lèvres. Elle avait néanmoins repris l'usage à peu près complet de son membre supérieur droit dont la force avait considérablement augmenté^ pendant que de son côté l'état général s'était amélioré. Je fis à ce moment suivre à la malade un traitement électro-statique combiné à l'hydrothérapie, dans le but de relever sa constitution. L'articulation fut soumise à une gymnastique régulière. Les mouvements gagnèrent encore quelque chose, mais M'"' R... ne parvint jamais à atteindre facilement ses lèvres avec l'extrémité des doigts. Les craquements étaient insignifiants.
Les violences exercées, dans le cas précédent, produisirent au point de vue inflammatoire, comme au point de vue de la douleur, une réaction bien moins vive que dans le cas de M. P... (Obs. XXVII). Ce résultatest dû certainement à ce que ces violences furent exercées progressivement dans le second cas, tandis que lesankyloses furent brisées en tota-
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lité dans le premier, d'un seul coup et cela, je crois, sans aucun profil pour les mouvements. Cependant il ne faut pas perdre de vue que le total des surfaces articulaires était plus considérable dans le premier cas que dans le second.
Ce traitement n'est en somme que le procédé de Verduc repris par Malgaigne, mais auquel se trouve joint un traitement rationnel par les courants faradiques et galvaniques, lequel, tout en rendant en quelque sorte négligeable la réaction inflammatoire, permet de redonner aux mouvements leur étendue beaucoup plus sûrement, et beaucoup pluspromptement, parce qu'il permet de supprimer l'immobilité à la faveur de laquelle les brides cicatricielles se reforment. Cette méthode a, en outre, le grand avantage de s'adresser aux reliquats inflammatoires subaigus, lorsqu'ils existent, de favoriser la résorption d'exsudats même très anciens, d'assouplir les ligaments, en ramenant en quelque sorte à la normale les échanges nutritifs. La disparition presque complète des craquements fournit la preuve de la réfection des surfaces articulaires elles-mêmes.
En résumé, dans tous les cas de redressement d'un membre, que ce redressement soit fait mécaniquement ou manuellement, progressivement ou brusquement, l'électricité aura toujours son indication et aidera souvent le chirurgien à obtenir des résultats aussi inattendus qu inespérés. Dans les cas d'ankyloses complètes, son rôle serait borné à atténuer les conséquences des opérations sanglantes ou brutales qu'elles nécessitent, mais il n'est pas douteux que là encore elle rendrait de grands services, et probablement les plus grands services.
Le lecteur a dû remarquer que, jusqu'ici, d'une manière générale, en dehors de l'action spéciale des courants continus sur les rétractions musculaires rhumatismales, je n'ai
précisé aucune indication spéciale de l'un ou l'autre mode. Et de fait tous les deux peuvent se suppléer et encore mieux s'entr'aider dans la majeure partie des cas. Cependant une observation plus attentive permet de reconnaître à la faradisation une action spéciale sur le périoste et les os.
J'ai déjà mentionné précédemment cette particularité qui ne me paraît pas discutable, c'est du moins ma conviction. J'ai été très heureux de trouver cette conviction corroborée par l'opinion de Remak. Malgré ses effortspour ne laisser à la faradisation qu'un rôle des plus effacés, il s'exprime très nettement, quoique très brièvement, à ce sujet. Je cite textuellement : « Dans l'intervalle de ces séances, « j'avais observé que chez plusieurs autres malades le couce rant induit se montrait plus efficace que le courant cons- (( tant dans certains cas de douleurs osseuses ou périos- « tées... »
Il crut découvrir plus tard que, dans des cas de ce genre (tumeurs blanches), les courants d'induction préparent très utilement l'action des courants constants.
La vérité est que la faradisation, dans ces cas, a une supériorité incontestable sur la galvanisation, sans que, pour cela, il faille se priver des services du mode galvanique. Le praticien retrouvera cette supériorité dans mille détails, s'il veut observer attentivement. L'observation suivante me paraît, en tout cas, susceptible de fournir une preuve indiscutable de l'indication faradique.
Obs. XXIX. — Arthrite chronique de la hanche compliquée de périostite
du fémur.
Gonsultalion du 23 août 1884.
M"^ G..., couturière, trente-neuf ans, bien constituée, tempérament fortement lymphatique. Pas de maladies antérieures. Il y a
six à sept mois, douleurs vagues dans la lianclie droite d'abord, puis dans la cuisse et le genou du même côté. M'"*^ G... n'en continue pas moins son travail, qui l'oblige à rester debout des heures entières. Un peu plus tard tuméfaction de la hanclie et de la cuisse. Douleurs plus vives et plus précises de l'arliculation coxo-fémorale et de la caisse. La malade est obligée de s'aliter. Entre temps accès de fièvre, anorexie, agitation la nuit, en somme tous les symplùmes d'un rhumatisme aigu. Trois mois de séjour au lit. Ce qui effrayait le plus M""-" C..., c'était la tuméfaciion considérable de la cuisse, qui jointe aux douleurs profondes de cette région faisait craindre l'évolution d'un abcès. 11 n'en fut rien cependant. Au bout de trois mois la malade se lève, mais il subsiste toujours des douleurs dans le membre et une faiblesse considérable.
Des applications ininterrompues de vésicatoires, des bains de barèges, le massage, des frictions de toutes sortes, n'ont en rien modifié cet état qui, depuis trois semaines, va en empirant, et qui au 23 août se présentait de la manière suivante. Étal général assez satisfaisant, appétit médiocre. Sommeil fréquemment troublé par des douleurs vagues dans le membre malade. Sensations nerveuses indéfinissables, dont les manifestalions pénibles atteignent leur maximum le soir, souvent avec une telle violence que, malgré toute sa force de volonté, M"*^ G..., est obligée de s'asseoir, et quelquefois de s'aliter.
Douleurs profondes de Tarticulation coxo-fémoraie de la cuisse et des reins. Choc trochantérien douloureux. Empâtement de la hanche et de la cuisse. Augmentation de 3 centimètres de circonférence. Mouvements de la cuisse sur le bassin douloureux, surtout si on les exagère. Sensations de froisse inents et de craquements indiquant un certain degré sclérosique péri-articulaire, en même temps qu'une altération des surfaces articulaires.
Les symptômes fémoraux que j'attribuai à du rhumatisme musculaire, et à une irritation du nerf sciatique, me décidèrent à faire usage delà faradisation révulsive. Ses effets se manifestent ordinairement très rapidement. Quatre séances laissèrent la situation à peu près identique. J'employai alors les courants continus labiles et stabiles qui me paraissaient bien indiqués par l'engorgement de la hanche et de la cuisse. Sept séances amenèrent une amélioration
notable des sensations nerveuses pénibles qu'éprouvait la malade, une diminution considérable de l'engorgement, une plus grande facilité dans la station et la marche, mais l'état profond était si peu modifié qu'à la suite d'une promenade que fit M""® G..., le 12 septembre, elle dut s'aliter avec la fièvre et des douleurs plus vives que jamais.
Convaincu qu'il existait profondément une inflammation subaiguë périostée^ j'employai le surlendemain la faradisation humide transversale de l'articulation coxo-fémorale d'abord, puis de toute la hauteur de la cuisse avec de larges plaques armées de F^, intensité progressive jusqu'à la douleur. Durée, dix à douze minutes avec intervalles de repos, le tout suivi immédiatement d'un grand bain, dans le but d'atlénuer les effets de la réaction. Je crois que le grand bain produisit un effet inverse. La nuit fut agitée, les douleurs vives, mais tout se calma au matin, et lorsque je vis la malade il existait une amélioration remarquable. Elle ne fît que s'accentuer sous l'influence (le la faradisation qui fut appliquée les 15^ 17, 24, 27 et 31 octobre, les 4, 10, 17 et 25 novembre, en tout neuf séances. Dès le 31 octobre la guérison était assurée. Les dernières applications ne furent faites que pour la consolider. Elle fut radicale, car je revis M™^ G... au mois de novembre 1885 et sa guérison ne s'était pas démentie un seul instant. Son état local et son état général étaient excellents.
Il se produisit au cours du traitement de MmeC... un phénomène très net et très accentué. Ce fut une véritable rechute momentanée des symptômes inflammatoires aux époques menstruelles. Ce fait est loin d'être une exception. Il existe même entre l'utérus et les affections articulaires, des rapports tellement étroits dans certains cas, que Télectrisation de l'utérus peut atténuer considérablement les symptômes articulaires et quelquefois même les guérir. J'avais déjà remarqué cette particularité en soignant des affections utérines, mais j'ai eu l'occasion, il y a peu de temps, d'avoir la preuve irréfutable de ce phénomène. Voici brièvement la relation de ce fait.
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Obs. XXX. — Rhumatisme chronique.
M"'' J... vint me consulter les premiers jours de mai 1886; c'est une femme de trente-neuf ans, dont la menstruation un peu irrégulière est généralement douloureuse. Symptômes de métrite chronique légère. Elle est en outre affectée de douleurs rhumatismales très anciennes, mais qui se sont localisées spécialement dans la hanche droite et le genou gauche, et qui sont assez violentes parfois pour rendre la marche excessivement pénible. M'ayant déclaré que ce qui la tourmentait le plus^, c'était les douleurs du ventre et des reins qui étaient liées à la métrite et que c'était là le motif pour lequel elle venait me consulter, je fis simplement une faradisation utéiine. Un mieux sensible s'accusa immédiatement dans tous les symptômes utérins et arthropathiques, et au bout de quatre séances, la malade se considéra comme guérie.
J'avais attribué la disparition complète de l'affection rhumatismale à une coïncidence, car je n'avais jamais vu de résultat aussi radical. M^ J... revint à la fin du mois, la menstruation s'était très bien passée, mais sous son influence sans doute, les douleurs articulaires étaient revenues plus vives qu'antérieurement.
Pensant les faire disparaître facilement en les traitant directement par des applications faradiques et galvaniques, j'instituai le traitement. Puis, M™'= J... s'étant plainte spécialement des douleurs de la hanche droite, et me souvenant d'un autre côté du résultat donné par les fa)adisations utérines antérieures, je les renouvelai à tout hasard. La première séance fut suivie d'un mieux sensible et au bout de la troisième séance tous les symp'ômes articulaires avaient radicalement disparu.
Ce fait est frappant, et met hors de discussion les relations intimes qui relient, dans certains cas, les affections utérines aux arthropaties. J'avais déjà observé des résultats analogues, mais tronqués, de môme qu'il m'avait été donné d'observer Tinverse, c'est-à-dire l'amélioration de douleurs utérines à la suite d'un traitement articulaire, ou encore des douleurs articulaires vagues parmi les pliéno-
mènes variés qui apparaissent assez souvent à la suite principalement des deux ou trois premières faradisations utérines, mais jamais je n'avais observé ce phénomène avec une pareille netteté. Maintenant que mon attention est attirée de ce côté, je suis convaincu que j'arriverai à le reproduire tout au moins pour les membres inférieurs, et il serait vraiment intéressant d'arriver à la démonstration de ce phénomène pour les membres supérieurs.
Je crois devoir rappeler, du reste, que pour ce qui concerne les douleurs Jierveuses (sans discuter ici leur nature) en général, localisées dans les membres inférieurs, on arrive quelquefois à des résultats surprenants en faradisanl l'utérus alors qu'ils étaient auparavant des plus médiocres.
L'observation qui précède a trouvé si naturellement sa place, que j'ai abandonné l'intéressante question des indications électrothérapiques. J'y reviens avec une forme arthropatique très difficile à relier à une lésion anatomopathologique quelconque : je veux parler des arthrodynies.
Sans aucune modification apparente, alors que les mouvements articulaires ont toute leur étendue et s'exécutent normalement, les articulations sont fréquemment le siège de douleurs vagues, lancinantes, térébrantes même, etc., d'artralgies, en un mot, qui résistent parfois avec une rare énergie aux traitements qu'on leur oppose. Ces douleurs sont essenliellementjusticiablesde l'électricité, maisje crois pouvoir l'affirmer, dans l'ordre de décroissance suivant: mode statique, mode induit, mode galvanique, c'est-à-dire que les meilleurs résultats sont produits par l'électricité statique et mieux encore peut-être par les modes statique et induit combinés. Leur action tient parfois du merveilleux, et témoigne, une fois de plus, que la douleur est un
symplôme qui, loul en élanl le plus incoimiiodo, ne fournit aucun renseignement sur la gravité de l'affection. Erb termine le paragraphe où il parle des névralgies des ariiculations névroses articulaires, en disant qu'on en rencontre souvent que l'on traite longtemps sans résultat satisfaisant. Je suis convaincu que, s'il avait fait usage de l'électricité statique, son opinion se fût modifiée à cet égard. Cependant, il est des cas on la guérison est lente à venir et oii il faut, comme dans bien d'autres cas, que médecin et malade fassent provision de patience.
Quoi qu'il en soit, pensant faire œuvre utile en condensant dans ce travail les quelques documents épars qui concernent le traitement des arlhropatliies par l'électricité, je donne ci-dessous la relation de deux observations prises par Berger et transcrites par Erb.
Première observation de Berger. — Névralgie articulaire.
Paysanne de trente-huit ans. Après une contusion de l'articulation du genou, douleur des plus violentes dans cette région. Repos, vésicatoires, enveloppement ouaté sans résultat. Le mal empire et se complique de secousses musculaires et de fourmillement. Etat au bout de quatre semaines: claudication, douleur au genou; pas d'anomalies extérieures à l'articulation; contractions douloureuses des muscles fléchisseurs; nerf tibial douloureux à la pression; forte hypéralgésie cutanée à l'articulation du genou et dans le tiers inférieur de la cuisse. Traitement: faradisation, pôle positif au jarret ; pinceau faradique promené sur la peau au-dessus du genou et au pourtour. Courant intense, pendant quatre minutes; moxas faradiques sur un puint sensible à la pression, près de la rotule. Immédiatement après la patiente peut marcher pendant près d'une demiheure sans souffrir. Le lendencain encore une séance, bien que les symptômes morbides eussent disparu. La guérison se maintint.
Deuxième observation de Berger. — Névralgie articulaù^e. Dame âgée de quarante-cinq ans, anémique et nerveuse. Contusion au genou droit en 187^. Ce ne fut qu'après un grand nombre de
semaines qu'elle ressentit de vives douleurs à l'arliculalion ; douleurs rayonnant de haut en bas et vice versa, et résistant à tout traitement. Finalement l'autre genou fut pareillement affecté. Huit semaines furent passées au lit ; on pansa la malade, le tout sans succès. En juillet 1873, anesthésie et analgésie cutanées à l'articulation droite. Au même endroit, fourmillements fréquents à la tête du péroné des deux côtés, de même au jarret droite points de pression douloureux. La malade a besoin de soutiens pour faire quelques paS;, et sa marche est accompagnée des douleurs les plus vives. Traitement : galvanisation stable à travers les deux articulations du genou, courant d'une force modérée, opération durant huit minutes. Immédiatement après la séance, mieux sensible. Après sept séances la patiente fut délivrée de son mal dont elle avait souffert pendant plusieurs mois. La guérison s'est maintenue.
Les trois observations qui suivent se rapportent également aux arthrodynies, je les ai réunies à dessein.
Obs. XXXL
M. De L... vingt-sept ans, bonne constitution, éprouve presque journellement dans le genou droit, depuis dix-huit mois, une douleur vague, s'irradiant parfois jusqu'à l'articulation tibio-tarsienne. Elle est comparée par lui à une pression violents qui serait exercée su r l'articulation. Sous l'influence de la fatigue cette douleur devient parfois lancinante^ et tellement insupportable que M. De L... se couvre le genou de compresses glacées fortement serrées, A l'examen aucun symptôme apparent. Pas de point douloureux à, la pression. Sept badigeonnages faradiques avec F'- ont suffi à guérir cette artralgie qui était devenue pour le malade un véritable tourment.
Obs. XXXIL
Le 22 mai 1885, je fus consulté pour un enfant de douze ans atteint de paralysie du bras droit consécutive à une fièvre scarlatine, et chez lequel l'électricité (^mode faradique) appliquée par la mère elle-même, sans discernement et sans méthode, n'avait donné
aucun résultat, et avait peut-être même aggravé l'afFection, car il existait des faisceaux musculaires qui s'étaient progressivement contractures. Cette paralysie traitée par le mode continu, courants labilrs et stabiles avec interruptions polaires, marcha rapidement vers la guérison, et au bout d'un mois et demi le petit malade pouvait déjà faire des mouvements de flexion de l'avant-bras sur le bras ainsi que des mouvements de pronation et de suppination.
Pendant les mouvement? de flexion je remarquai chez lui une hésitation singulière. Je l'avais d'abord attribuée à la faiblesse musculaire et à des efforts de coordination. Mais la mère m'apprit que, pendant près d'un an et demi avant^sa maladie, l'enfant avait très souvent manifesté une douleur très vive en faisant exécuter à l'avant-bras des mouvements de pronation, sans qu'on pût constater la plus légère différence entre les deux coudes. Cette douleur avait résisté à un grand nombre de moyens de traitement, et c'est sa réapparition qui occasionnait l'hésitation que je remarquais dans les mouvements du malade. Un examen très attentif ne me permit de reconnaître aucun autre symptôme que la douleur. En raison de l'emploi antérieur des modes faradîque et galvanique je résolus de m'adresser au mode statique, et dès la troisième séance électro-statique les douleurs disparurent. Ces séances furent néanmoins continuées quelque temps, et substituées à la galvanisation. Elles contribuèrent certainement à améliorer dans une large mesure l'état général du petit malade.
Obs. XXXIII.
Vers le milieu de mai 1886, M. L..., qui m'était adressé par un de mes confrères, vint me demander mes soins pour un état de faiblesse musculaire générale se traduisant par une sorte de fatigue douloureuse, sitôt que les efforts quels qu'ils fussent se prolongeaient un peu. C'était une véritable neurosthénie douloureuse. Il m'apprit en même temps qu'il était assailli au genou droit par une douleur mal définie qui l'obligeait à s'arrêter au bout de quelques minutes de marche. Celte douleur se produisait depuis plusieurs années, et ce ne fut en quelque sorte qu'accidentellement que M. L... me la signala. Dans sa conviction, en effet, elle était au-dessus desressour-
ces de l'art, car tous les moyens thérapeutiques avaient été employés contre elle. Et de fait, ce qui préoccupait le plus le malade, c'était l'état de dépressioi nerveuse générale sous l'influence duquel il se trouvait, et auquel manifestement le cerveau n'avait point échappé.
A l'examen quelques craquements profonds, mouvements lihres et se faisant sans la moindre douleur. Il est impossible, en dépit des vestiges d'une tun)eur blanche assez grave qui a envahi le genou gauche, de trouver dans le genou droit aucun point douloureux à la pression, aucun point inflammatoire, aucun signe en un mot permettant d'exclure l'artralgie. J'annonçaià M. L... malgréson scepticisme qu'il serait à bref délai débarrassé de sa douleur articulaire. Je fis une faradisation humide transversale de l'articulation avec F^ dans les conditions ordinaires, tout en provoquant quelques contractions des muscles de la cuisse et de la jambe. Elle fut suivie d'un léger mieux. Après les cinquième et sixième séances faites dans les mêmes conditions, le symptôme fâcheux avait à peu près disparu. Je continuai le même traitement en y joignant le martellement du genou {en évitant la rotule) par les étincelles électro-statiques^, et au bout de la dixième ou onzième séance la douleur avait complètement disparu et M. L... pouvait faire relativement de longues courses. J'ai revu M. L... le 15 octobre 1886, la guérison ne s'était pas démentie un instant.
Ici encore se produisit un phénomène analogue à ceux que jai déjà signalés, ce fut l'apparition d'une douleur assez vive à la partie plantaire du pied au niveau des articulations tarso-métatarsiennes, et dépendant évidemment d'elles. Cette douleur disparut en même temps que celle du genou.
Je pourrais encore ciLer parmi d'autres cas d'artralgies guéries par l'électricité, celui d'une petite fille de onze ans qui est atteinte d'une luxation congétinale coxo-fémorale droite, et chez laquelle se produisait au bout de 2 ou 300 mètres de marche, depuis plusieurs mois, une douleur tellement violente dans la hanche, qu'elle était contrainte de s'arrêter. Cette douleur a disparu en une seule séance électro-faradique humide. Cependant, je le repète, le succès
pas toujours aussi facile, mais je crois pouvoir cerlificr à nouveau que l'échec ne sera qu'exceptionnel si les trois modes électriques sont mis en œuvre soit séparés, soit combinés.
Il ne faut pas que le médecin perde de vue que si d'une manière générale les modes statique et faradiqiie sont indiqués de préférence, il pourra obtenir à l'aide de la galvanisation une. guérison qu'il demandait en vain aux autres modes, et qu'il ne doit jamais oublier d'alterner ou de combiner les modes si après avoir institué un traitement la guérison ne se produit pas, ou même se produit trop lentement selon toute apparence. Qu'il débute toujours dans les cas de ce genre soit par la faradisation, soit par le mode statique d'une manière pertubatrice, et s'il emploie ce dernier mode, qu'il produise un crépitement énergique d'étincelles appliquées loco-dolenti, et periphériquement, tout en y mêlant de fortes contractions des muscles dont les points d'attache rayonnent autour de l'articulation, sauf cà revenir à des moyens plus doux et à reprendre en quelque sorte en sous-œuvre le traitement, si besoin était.
Les résultats sont comme la cause des arthrodynies ellesmêmes, difficiles à expliquer. Le champ des hypothèses est largement ouvert, mais il est cependant bien probable que derrière les artralgies se cachent très souvent des points périostes intéressant plus ou moins un nerf soit par réunion intime, soit par voisinage, ou des névrites circonscrites profondes. Ce qui est certain, et Télectrothérapie le démontre, c'est que ces douleurs qui finissent parfois par rendre l'existence insupportable aux malades, tiennent souvent à des causes minuscules. D'autres médications peuvent assurément tout comme l'électricité faire mer-
veille dans certains cas^ mais ici encore il lui est certainement réservé de réussir là où tous les autres moyens thérapeutiques ont échoué.
Les deux observations qui suivent sont une nouvelle contribution à l'étude des indications électrotliérapiques. Elles ont entre elles de nombreux et curieux points de contact, le rôle du système nerveux dans la pathogénie des arthropathies en cause est indiscutable dans ces deux observations.
Obs. XXXIV. • — Rhumatisme chronique généralisé.
Le 3 mai 1884 se présentait à ma consultation M""^ V..., quarantetrois ans, atteinte d'un rhumatisme articulaire chronique généralisé dont le début remontait à une douzaine d'années. A la suite de deux atteintes SLibaiguës M™" V... vit les manifestations rhumatismales s'immobiliser dans presque toutes les articulations. Seules les articulations du maxillaire inférieur, du cou, du genou droit et de la hanche gauche ne sont le siège d'aucune douleur. Toutes les autres arliculations, y compris celles de la colonne vertébrale jusqu'à la première vertèbre cervicale sont envahies par le rhumatisme. Presque partout elle a produit un léger gonflement qui est resté presque constamment stationnaire. Seules les douleurs s'accentuent sous l'influence de causes variées parmi lesquelles une alimentation trop copieuse et un excès de fatigue figurent en première ligne. Ces douleurs quoique constituant un véritable martyre pour M™°V... sont compatibles avec les apparences de la santé. L'envahissement des articulations vertébrales donne à la démarche et aux mouvements de la malade, une rigidité automatique. Aux douleurs articulaires vient s'ajouter un symptôme plus pénible encore que la douleur et qui est constitué par une sensation d'algidité permanente généralisée, mais dont les paroxysmes correspondent à certaines régions cutanées, en tête desquelles se trouvent les mains et les pieds, les zones interscapulaire et lombaire. Puis ce sont fréquemment de la myalgie, de la céphalée, de l'insomnie, des sensations étranges, des douleurs névralgiques, un état dyspeptique
des plus capricieux; en un mot une série d'accidents, qui donnent à la maladie une physionomie tout autant névropatliique, qu'arthropathique. Au milieu de la confusion se dessine nettement la diathèse rhumatismale, mais à côté se reflète non moins nettement une perversion fonctionnelle du système nerveux inusitée, à laquelle une invasion rhumatoïde centripète de la moelle a dû sûrement apporter son contingent. Si j'ai insisté sur la symptomatologie de cette affection, c'est avec l'espoir que son histoire pourra contribuer aux indications électrothéiapiques. Voici en effet les résultats des divers modes électriques qui ont été employés.
Avant de venir me consulter, M™'^' V... avait été traitée faradiquement par un confrère. Cette tentative thérapeutique avait consisté dans des frictions faites patiemment avec la main électrisée. Bien que je ne comprenne les avantages de cette faradisation, qu'autant qu'elle accom pagine un massage des parties électrisées (en dehors de circonstances absolument exceptionnelles que je n'ai point à discuter ici), je considérai l'essai révulsif comme suffisant, et après l'avoir complété par des faradisations humides, je m'adressai aux courants continus. Au bout d'un mois n'ayant obtenu qu'une amélioration insignifiante^ j'adoptai le mode statique. Dès les premières séances il produisit une sédation remarquable de tous les symptômes et en deux mois rendit une grande liberté à tous les mouvements. Ce n'était pas assurément la guérison, mais une grande amélioration et un bien-être tel que M""' V... n'en avait point éprouvé depuis le commencement de sa maladie. Sous l'influence du traitement, la sensation pénible d'algidité disparut, la transpiration qui n'apparaissait que dans des circonstances exceptionnelles, se rétablit, ainsi que le sommeil et l'appétit. J'appris plus tard que cette amélioration s'était maintenue jusqu'au mois de décembre suivant, qu'il s'était produit à ce moment une légère aggravation des sj^mptômes mais insignifiante, comparée à celle des hivers antérieurs.
Est-il nécessaire d'ajouter qu'avant de faire appel à l'électrothérapie M"^® V... avait usé de tous les moyens de traitement usités !
Obs. XXXV. — Rhumatisme articulaire chronique.
S'il est un exemple de patience digne d'encourager les malades, c'est assurément celui de M. Le F..., qui fait le sujet de cette observation. C'est un homme grand, robuste, qui jusqu'au début de la maladie actuelle, avait toujours été bien portant. Il vint me consulter le 13 juin 1885. Je transcris presque littéralement son histoire telle qu'il me l'a écrite lui-même.
Levallois, 17 juin 1885. — En mars 84, à la suite d'un purgatif, constipation, douleurs dans les jambes et dans les pieds. Consultation d'un médecin qui prescrit quelques médicaments et frictions. Aucun résultat. Nouvelle consultation, nouvelle prescription de médicaments et de frictions. Nouveau résultat négatif. Vingt-cinq bains de vapeur sèche; pas d'amélioration. Consultation d'un troisième médecin qui avant de faire aucune prescription demande une analyse d'urine, lîlle révèle la présence d'une certaine quantité de sucre. Le médecin déclare que les douleurs ressenties sont le résultai d'un commencement de diabète, ordonne un régime qui est suivi ponctuellement. Un mois après deuxième analyse, plus tard une troisième. Toutes les deux constatent l'absence de sucre. Le malade est adressé à un confrère d'une habileté consommée en électrothérapie. Il prescrit l'emploi des courants continus, ou plus positivement l'emploi d'un appareil à courants continus. L'électrisation faite par le malade lui-même pendant plusieurs moi? reste sans succès. Non seulement les douleurs ont continué dans les jambes et les pieds, mais se sont déclarées dans les bras, les mains, l'estomac et le dos. Les douleurs actuellement sans être très fortes sont sourdes, et continuelles. Grande faiblesse dans les articulations et l'usage des mains. La faiblesse est telle qu'étant à terre, il serait impossible à M. Le F... de se relever.
Afin de rendre complète cette symptomatologie, je dois ajouter qu'il existait (depuis le début de la maladie seulement) une algidité des plus prononcées des extrémités, et des sensations frigorifiques, rappelant celles de la malade précédente, que les pieds avaient été brusquement privés d'une transpiration habituelle, qu'il existait surtout du côté droit une atrophie des muscles de l'avantbras, des interosseux et de l'eminence thénard; des douleurs articu-
laires, parliculièremcnt accentuées aux articulations tibio-tarsicnnes droite et gauche, et radio -carpienne droite avec empâtement des cous-de-pied et des articulations phalangicnnes. La marche était traînarde et hésitante. La faiblesse de la main droite était telle qu'il était impossible à M. Le F... d'ouvrir une porte. Il existait donc à un haut degré une parésie musculaire générale. Etat général très défectueux.
Les symptômes arthropalhiques étaient tellement prédominants, qu'ils me préoccupèrent seuls d'abord, et que j'attribuai à la diatlièse rhumatismale les symptômes mal définis qui les accompagnaient. Malgré ma conviction que les applications électriques faites par le malade n'avaient pu n'être que mal faites, je cédai à son désir, et changeai le mode de traitement. Je faradisai les articles sans grand résultat, et ne lardai pas à reconnaître que l'axe spinal devait occuper une place importante dans la pathogénie de l'affection qui avait levètu le masque arthropathique. Un examen rapide me démontra que les réflexes rotuliens avaient disparu, que la station les yeux fermés ne pouvait être maintenue qu'une seconde ou deux et que la marche hésitante et traînarde devait être rattachée aux allures ataxiques. Je soumis aussitôt le malade au mode statique en raison de la grande analogie arthro-neuro-rhumatismale du cas actuel avec celui de M"^^ V... (Obs. précédente), et un commencement d'amélioration ne tarda pas à se produire.
M. Le F..., fut soigné une première fois jusqu'au '1'^'" août, puis pendant les mois de septembre, octobre et novembre presque journellement ; enfin une troisième fois pendant ceux de février, mars et avril, mais à ce moment les- séances étaient espacées. Dès le premier mois un léger mieux se fît sentir. A la fin de la deuxième période de traitement, les forces étaient complètement rétahlies, M. Le F..., marchait sans hésitation, et pouvait se livrer à de longues courses. Les douleurs et l'empâtement des jointures avaient disparu, et l'état général était parfait. Toutefois, il existait encore une certaine gêne de l'articulation des genoux lorsqu'après une immobilité prolongée, le malade se mettait en mouvement. La troisième période de traitement acheva et consolida la guérison et permit à M. Le F... de traverser sans encombre l'hiver de 1885-1886. Avant de terminer, je veux signaler un phénomène qui se produisit au cours du traite-
ment, et qui montre bien le ponvoii" régénérateur du système nerveux que possède l'électricité statique. Les désirs vénériens qui depuis trois à quatre ans avaient disparu, reparurent et en même temps queux les érections! au 26 novembre 1886, époque à laquelle j'ai eu des nouvelles de M. Le F..., la guérison s'était parfaitement maintenue.
Le mode galvaniqae aurait-il pu donner le résultat qui a été obtenu par l'électricité statique? Peut-être; car je considère comme nul le traitement appliqué par le malade lui-même (il doit s'estimer bien heureux lorsque dans des cas aussi complexes, il îi'aggrave pas son état), mais il lui eut toujours manqué le privilège de ditïusion générale que possède au maximum le mode statique. Quoi qu'il en soit, il y a lieu d'affirmer, en rapprochant cette observation de la précédente que, lorsqu'une affection arthropathique de nature rhumatismale se trouvera dominée par un état névropathique relié à des troubles myéliques accentués, le mode statique se trouvera nettement indiqué.
Le groupe des trois observations suivantes se rapporte à l'hydarthrose du genou. La troisième est particulièrement intéressante en raison de l'échec complet de tous les modes, et de toutes les méthodes actuelles électrolhérapeuthiques.
La première appartient à Remack.
11® Obs. de Remak. — Hydarthrose du genou.
M. Hans de K... fut pris au commencement de janvier 1838, à la suite de fatigue, et d'un refroidissement subit, d'un gonflement du genou droit avec fortes douleurs, fièvre et sueurs. Une application de ventouses, des frictions avec onguent gris, avec de la pommade iodée et enfin la compression du genou par des emplâtres iodées employées tour à tour, jusqu'au delà de février, permirent au malade de marcher, quoique avec difficulté. Récidive à la suite d'un nouveau refroidissement, la rotule est soulevée par le liquide épan-
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ché. Toutes les bourses muqueuses du voisinage do l'arLicuiation sont gonllées, tout mouvement est impossible. Le périmètre du genou accuse 3 centimètres de plus que celui du genou voisin, pas de fièvre marquée. Le traitement fut commencé le 18 lévrier, courants stabiles et labiles rougissant la peau et excitant des contractions momentanées, suivant le trajet des gros troncs vasculaires, et le long des droits antérieurs de la cuisse et du vaste externe. Le 19, le gonflement du genou est plus « dense » et les mouvements dans l'articulation semblent plus limités. Gourants de 40 éléments pendant cinq minutes. — Pendant toute la journée chaleur brûlante dans le genou, violente douleur pongitive la nuit avec sensations douloureuses consécutives rappelant les interruptions douloureuses des courants. Le lendemain matin, la malade peut descendre de son lit, la tension et la douleur du genou ayant considérablement diminué.
20 février. Plus de rougeur^ tuméfaction moindre, genou chaud. Alternatives polaires de 40 éléments de Daniell par les muscles.
22. Modification très marquée, position de la rotule presque normale. Mouvements plus libres, capsule et culs-de-sac bien moins tendus. Chaleur plus élsvée que du côté opposé. On peut parfaitement s'assurer du gonflement épiphysaire. Alternatives polaires de 40 à 50 éléments Daniell, pendant trois minutes, par les muscles vaste externe, vaste interne, droit antérieur, pendant deux minutes à travers le genou.
Le 24. Tumeur diminuée, flexion du genou plus facile. Pas de difficulté à la marche. Alternatives polaires pendant trois minutes seulement à travers le genou.
26 février, l*'"', 4 et 10 mars, même traitement. Dès le 4 mars, il n'existe plus d'anomalies dans la forme et la flexion du genou. Les trois dernières séances ne sont employées qu'à faire disparaître une douleur qui a son siège fixé au bord interne de la rotule.
Voici les réflexions dont Remak fait suivre cette observation.
« Quoique le courant constant m'ait fourni maintes « preuves difficiles de son action catalytique, j'avoue que
« l'observation rapportée ci-dessas m'a moi-même fort « étomié et je ne sais si dans ce cas on n'eut pas eu affaire « à une guérison spontanée. Ces doutes ne seront écartés « de mon esprit que quand d'au 1res expérimentateurs (( auront obtenu d'auires résultats. »
L'observation de Remak présente un défaut ": le diagnostic d'hydarthrose n'y est pas net ; il peut être confondu avec celui d'arthrite avec épanchement.
Il y a, du reste, un regret qu'il est impossible de ne pas exprimer à ce sujet : c'est que la délimitation exacte de l'hydarthrose n'est nettement tracée dans aucun auteur. Il serait cependant possible, je crois, de lui assigner un cadre nosologique précis.
Le terme d'hydarthrose implique en premier lieu une double idée, celle d'hydropisie articulaire, et celle de chronicité. Il suffirait ensuite, pour éviter toute confusion avec l'arthrite chronique accompagnée d'épanchement, d'exclure de la classe des liydarthroses les cas où l'épanchement est subordonné à un processus inflammatoire. Il resterait à obtenir la preuve certaine de l'état inflammatoire. Le meilleur moyen pour y parvenir est d'analyser les manifestations douloureuses de l'articulation au repos et en mouvement. La douleur fournie par l'hydarthrose constituée est nulle au repos et n'occasionne par le mouvement qu'une gêne presque insignifiante, à moins qu'elle ne soit très volumineuse, auquel cas elle entraîne, par distension ou par traction, des symptômes douloureux, mais sur lesquels on ne peut se méprendre, et qui ne peuvent entraîner aucune confusion avec ceux de l'arthrite.
J'ai dit qu'il faut analyser les manifestations douloureuses dans l'hydarthrose confirmée. Il est indéniable, en effet, que, si l'on examine une articulation au moment où
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un traumatisme, par exemple, a déterminé une liydropisie articulaire ou à une époque rapprocliée de ce moment, on trouvera des symptômes inflammatoires, mais ils doivent être mis au compte de l'artlirite, et je ne puis mieux préciser ma pensée, qu'en disant que l'hydarilirose n'est réellement constituée qu au moment où l'arthrite disparaît. Il suit delà queThydarthrose peut surgir d'emblée ou n'être que le reliquat d'une arthrite. \]\\ des signes caractéristiques de l'arlbrite est constitué par la douleur qui, quelquefois nulle au repos, ne manque jamais sa réapparition par le mouvement. Néanmoins, ainsi que je l'ai dit plus haut, l'hydarthrose peut fournir le signe douleur, mais cette douleur, qui est la conséquence de la distension des ligaments par une quantité considérable de liquide épanché, n'est que transitoire, varie avec l'épanchement lui-même et disparaît avec le relâchement des ligaments. L'arthrite avec épanchement s'éloigne considérablement de cette symptomatologie. Il est probable, du reste, que ce qui aide à la confusion diagnostique de ces deux affections, c'est le passage accidentel de l'une à l'autre. De même, en effet, qu'une arthrite peut laisser après elle une hydarthrose, de même celle-ci peut engendrer une arthrite, ou ce qui est plus exact, servir de point d'appui à des causes occasionnelles variables.
L'hydarthrose est donc une arlhropathie essentiellement intra-capsulaire, chronique et indolente, donnant lieu à une hydropisie.
Tant qu'à la nature de l'affection, il est beaucoup plus difficile de la préciser, elle semble être plus microscopique que macroscopique. Les données anatomo-palhologiques clair-semées que l'on retrouve en étudiant son histoire, témoignent d'une grande indécision à lui assigner des
caractères tranchés. Il semble même, en résumé, que cette étude doive aboutir à des signes négatifs, en dehors de ceux qui résultent d'une macération en quelque sorte biologique de la capsule. Un des premiers phénomènes, au surplus, qui devrait servir de guide dans les recherches anatomopathologiques, est fourni par la facilité avec laquelle l'épancheraent se résorbe presque constamment avec rapidité sous l'influence de la compression, pour se reformer avec non moins de rapidité sitôt que cette compression vient à cesser. Une des premières conséquences de ce phénomène, est que les limites de l'épanchement semblent être assignées par la résistance plus ou moins grande de la capsule et des ligaments, fournissant ainsi une série de degrés en rapport avec cette résistance. Une deuxième conséquence est que les vaisseaux se prêtent à ces manœuvres de résorption et d'exhalation par suite de l'altération fonctionnelle très probable de l'épithélium capsulaire,
Ce n'est pas sans raison que je me suis arrêté aux quelques considérations qui précèdent, elles se relient aux résultats différents constatés dans les deux observations qui suivent et que je transcris immédiatement, sans réflexions, sauf à revenir aussitôt après la discussion des faits.
Ob3. XXXVI. — Hydarthrose chronique du genou.
Lorsque M™'^ De R... viat me consulter le 21 février 1885, il y avait quatorze mois environ qu'elle était atteinte au genou droit d'une hydropisie dont l'origine semblait dater d'une chute faite un mois environ avant l'apparition des premiers symptômes de l'hydarthrose. Un peu de gêne dans la marche, quelques douleurs lancinantes, sans gonflement ni rougeur, furent les seules conséquences immédiates de l'accident. Un peu plus tard quelques douleurs et un léger gonflement obligèrent M°^" De R... à s'aliter. Le repos, quelques frictions eurent raison de cette première agression. Peu de
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temps après, sous l'inlliience d'une marche un peu faliganlc, il se déclara une hydarthrose qui, pendant quatre mois, fut traitée en vain par le repos, les vésicatoires, la compression et les pointes de feu. Vers cette époque la malade à la suite de nouvelles fatigues, fut prise de douleurs vives qui l'obligèrent à se mettre au re[)OS absolu. Celte invasion inflammatoire produisit un résultat qui avait été vainement demandé à l'art, et lit disparaître l'épanchement au bout d'une vingtaine de jours. M™* de R... se croyait délivrée, lorsqu'il y a cinq mois, l'hydarthrose récidiva insidieusement, et prit en deux mois un développement considérable en dépit de tous les moyens thérapeuthiques employés. Le repos aidé de la compression fait disparaître l'épanchement, mais il se reproduit presque immédiatement sitôt que le genou est laissé libre.
Telle était la situation lorsque je fus consulté. Les douleurs sont à peu près nulles, l'épanchement est considérable, la marche un peu gênée, mais sans claudication bien marquée. Le genou est balafré par les traces des raies de feu et celles des vésicatoires. L'ensemble des moyens thérapeutiques connus a été employé, sauf ceux qui appartiennent à la chirurgie. M™® de R.., du reste, ne consentirait à aucun prix à s'y soumettre.
J'employai d'abord les courants continus, en raison de leurs propriétés catalytiques dans les mêmes conditions que précédemment. Je fis cesser en même temps la compression, et permis une marche très modérée. N'ayant obtenu au bout de trois semaines qu'un résultat des plus douteux, j'employai simultanément la faradisation révulsive. Au bout de trois nouvelles semaines, l'affection semblait plutôt avoir fait quelques progrès. Je fis reprendre la compression, cessai tout autre traitement pend int huit jours, après lesquels j'appliquai la faradisation humide transversale, en arrivant de nouveau à une intensité énorme. Je supprimai en même temps la compression, sous l'intluence de laquelle l'épanchement s'était presque complètement résorbé. Quinze jours après l'hydarthrose était visiblement améliorée, l'épanchement était insignifiant, lorsque le 11 avril une arthrite aiguë violente vint se greffer sur l'affection ancienne, et ramena un épanchement abondant. Immobilité, émoilients, scarifications. Au bout de quarante-huit heures, faradisation humide légère. L'arthrite entre aussitôt en voie de résolution, l'é-
panchement suivit la débâcle, et au bout de cinq semaines d'un traitement exclusivement faradique^, il ne restait plus trace, ni de Tinflammation, ni de l'épanchement. Il ne subsistait qu'un peu de raideur articulaire. Neuf mois après l'épanchement ne s'était pas reproduit : la guérison était radicale.
Obs. XXXVII. — Hydarthi'ose chronique du genou.
M. B... Tempérament très lymphatique, constitution robuste, vint me consulter le 16 décembre 1885. Il y avait environ seize mois, qu'en faisant un effort violent pour retirer sa jambe d'une excavation dans laquelle elle avait glissé, il ressentit dans le genou gauche une assez vive douleur. Peu de temps après une hydropisie envahissait l'articulation, et devait se montrer singulièrement rebelle à tous les moyens de traitement.
Lorsque je fus consulté, le genou était modérément gonflé, et présentait cette particularité que la rotule occupait sa position normale, et n'était soulevée que d'une façon insignifiante, tandis que l'épanchement avait envahi toute la périphérie articulaire antérieure, tout en s'emparant des points faibles, et principalement des culs-de-sac, pour les distendre. Il avait ainsi créé de chaque côté du ligament rotulien, des poches communiquant entre elles. Le cul-de-sac supérointerne était particulièrement distendu, et avait soulevé l'extrémité inférieure du vaste interne, et ses attaches. L'hydropisie formait ainsi une sorte de réseau ampullaire autour de la rotule, tandis que celle-ci, fortement maintenue par les ligaments avait tenu tète à la pression intérieure. Cette contention naturelle était telle qu'elle résistait à l'exagération de la pression obtenue par un refoulement énergique du liquide vers le centre de la cavité articulaire et que l'on ne parvenait à sentir qu'un très faible choc rotulien. Par contre, une pression exercée sur un des points distendus était ressentie sur les autres points, tout en donnant à de grandes distances la sensation de fluctuation.
Tout avait été mis en œuvre pour combattre cette h3'darlhrose, vésicatoires, teinture d'iode, pointes de feu, massage, immobilité, compression très prolongée, sans pouvoir obtenir autre chose qu'une amélioration très passagère. Hydropisie absolument indolente, au surplus, à moins d'excès de fatigue considérables, puisque M. B...
pouvait faife de longues courses à pied lorsque le genou était bandé, et cela sans être incommodé autrement que par une sorte de gêne légèrement douloureuse que le repos faisait immédiatement disparaître.
Le traitement électrique fut suivi patiemment pendant trois mois, après avoir été combiné d'assez bonne heure avec l'hydrothérapie générale, et particulièrement locale. Les propriétés catalytiques du courant continu furent utilisées dès le début, dans les conditions déjà connues. Elles furent associées au bout d'un certain nombre de séances aux badigeonnages faradiques, faits avec deux larges balais métalliques, construits d'après un modèle spécial que j'ai fourni à M. Chardin. Ils n'offrent d'autre avantage du reste (avantage cependant très appréciable), que celui d'embrasser une grande largeur, sans cesser pour cela de se modeler sur tous les contours.
Tout autre mode de traitement fut suspendu. Le genou fut laissé absolument libre, et le malade fut autorisé à marcher, tout en évitant la faligue. Ce traitement produisit assez rapidement une amélioration. Le genou avait diminué de volume, et manifestement l'épanchement s'était résorbé en partie. Il fallut bientôt reconnaître que le mieux obtenu n'était que très relatif et essentiellement passager. Cependant il y avait lieu d'espérer que sous l'influence du traitement l'état arthropathique devenu avec le temps quasi physiologique était entré lentement en voie de régression, ce qui était le but à atteindre. Il s'était à ce moment écoulé un mois depuis le début du traitement. Dans le but de l'activer il fut combiné avec l'hydrothérapie' très chaude d'abord, froide plus tard. L'affection restait stationnaire. Dans la crainte que l'état de liberté complète du genou ne pût être accusé de s'opposer aux bienfaits du traitement, le bandage compressif fut repris. Il se produisit, entre temps, des améliorations tellement marquées que je conçus plusieurs fois l'espoir d'une guérison radicale. Mais au bout d'un mois et demi de ces traitements combinés, je dus reconnaître que l'hydarthrose abandonnée à elle-même quelques jours reprenait son développement antérieur, et qu'en somme elle n'était point jugulée.
Afin de ne laisser à l'écart aucun renseignement concernant ce traitement qui a donné finalement un insuccès complet, je dois ajouter que je fis entre temps et aussi inutilement sept à huit cauté-
risations électro-chimiques qui m'avaienl parfaitement réussi dans un cas d'inflammation de la gaine tendineuse du long péronier et sur lesquelles par analogie je fondais grand espoir.
Pour répondre à une objection prévue, je dois ajouter enfin que si je ne me suis pas adressé en cette circonstance à l'électricité statique, c'est qu'au mois de mai 1884 j'avais déjà traité pendant deux mois et demi sans aucun résultat un cas d'hydarthrose complètement indolente offrant beaucoup d'analogie avec celle qui fait l'objet de l'observation précédente ; cependant je l'ai regretté, car je ne considère pas la preuve d'un insuccès comme suffisante pour condamner une médication.
D'un autre côté on pourrait peut-être accuser le traitement d'avoir eu une durée insuffisante? de ne pas avoir été convenablement soutenu par le repos, et au besoin par l'immobilité? Ma conviction est que le résultat fut resté le même, et bien que je sois loin de prétendre qu'on puisse inférer de l'observation ci-dessus que l'hydarllirose est réfractaire aux différents moyens d'action des modes faradique et galvanique, il y a tout lieu de craindre que les choses ne se passent d'une façon identique, lorsqu'elle n'aura aucun point de contact avec l'arthrite. Il semble que l'irritation inflammatoire, qu'elle soit naturelle ou artificielle, soit seule capable de produire une perturbation suffisante, et de remettre en droit chemin la déviation physiologique de la surface endarthrique. L'heureux résultat obtenu par l'électricité dans l'observation de Remak et dans l'observation XXXVI me paraît intimement lié à l'intervention inflammatoire, d'oii cette conséquence, qu'en présence d'une hydarthrose ancienne, le moyen le plus court pour atteindre la guérison, consiste à provoquer une
irritation inflammatoire arliculaire, c'cst-à-dirc à Iransformer une liydarthrose en arllirite.
Depuis Bonnet (il serait même plus juste de dire depuis Velpeau) celte transformation est obtenue par des injections irritantes dans la cavité articulaire. L' électricité aura son indication concomitante précise.
Il resterait à élucider une question très intéressante, celle de savoir si l'irritation ne pourrait pas être déterminée par une action électro-caustique chimique profonde, et combattue ensuite par les moyens électrothérapiques ordinaires. L'avenir nous apprendra le sort réservé à cette médication qui en cas de succès ne deviendrait qu'un faible attribut du rôle important que F électro-caustique chimique est appelée à jouer en médecine et en chirurgie.
En résumé, la question du traitement de l'hydarthrose par l'électricité a besoin d'être éclairée par des études ultérieures avant d'être tranchée.
On ne peut en effet rien préjuger de méthodes à l'enfance. Il est possible que d'autres combinaisons des modes électriques produisent de bons résultats. Il est cependant fort à craindre que cette affection n'offre tout au moins une grande résistance à la guérison.
Les formes arthropathiques qui me restent à passer en revue sont les plus graves, mais avant d'aborder cette dernière étude clinique, je désire faire connaître au lecteur l'appréciation de Joffroy sur l'électrothérapie appliquée à quelques arthropathies, ainsi que l'observation qu'il a publiée. Je crois faire œuvre utile en complétant de cette manière ce qui a été pensé et publié, tout au moins en français, sur la matière.
Dans le rhumatisme chronique progressif, dit Joffroy, les résultats sont toujours médiocres. Il se complique sou-
vent d'atrophie, or du côté des muscles, et du côté des jointures, les résultats sont plus que médiocres. Il est vrai, ajoute-t-il, qu'aucun traitement méthodique n'a été suivi et conclut en disant : « Mon impression n'en est pas moins « que l'on devra s'estimer très heureux, si l'on obtient une « sédation des accidents, une pause dans la marche de la « maladie. »
C'est sous une autre forme l'opinion de Erb, et je répète qu'il faut conserver l'espoir qu'elle est trop rigoureuse.
Dans le rhumatisme chronique à localisations et à marche indéterminées, et surtout dans les formes chroniques des arthrites consécutives à la blennorrhagie, à la puerpéralité, etc., et au traumatisme, les résultats sont beaucoup plus satisfaisants dans la plupart des cas et dépassent même ce qu'on aurait osé espérer. « Je ne citerai, ajoute-t-il, qu'un seul fait observé à la clinique de la Pitié en 1876. »
Observation de Joffroy.
Il s'agit d'une femme de vingt-neuf ans, ayant eu cinq mois auparavant un accouchement difficile. L'enfant était mort au bout de quelques jours et la mère avait eu des accidents de pelvipéritonite assez graves, à la fin desquels survint du gonflement et de la douleur au niveau du cou-de-pied gauche, puis au genou du même côté. Mais tandis que les symptômes disparaissaient rapidement au cou-de-pied, ils prenaient une intensité plus grande au genou et le gonflement de l'articulation devenait considérable. De sorte que cette arthropathie développée au milieu de l'état puerpéral débute par une phase assez vague. Bientôt quelques sympfôtnes s'amendèrent, l'articulation fut moins rouge, moins douloureuse, mais le gonflement persista et avec lui l'impossibilité de faire, ou d'imprimer à la jointure, aucun mouvement notable.
G'est^cinq mois après l'accouchement, et un peu plus de quatre mois après le début des premiers symptômes d'arthrite que je vis le malade. Le genou formait au milieu du membre amaigri une grosse
tumeur arrondie du volume d'une lêle d'cnfanl, mesurant dans sa plus grande circonférence 49 cenLimèlres. Les tissus étaient durs et résistants; il ne semislait pas y avoir d'épanchcment abondant dans Tarticulalion et l'ankylose, ou plutôt l'immoljilité articulaire paraissait due à l'cpaississementetà l'induration des tissusporiarticulaires. Le triceps fémoral avilit subi une atrophie très marquée. On avait déjà employé les applications de teinture d'iode, les vi'sicatoires répétés, les pointes de feu ; on avait administré l'iodui-e de potassium à doses élevées, le tout sans succès. Je n'obtins pas de meilleur résultat du massage pratiqué avec soin une fois par jour pendant deux semaines. C'est alors que je soumis l'articulation malade à l'action des courants continus. J'employai la pile Gallaud-Trouvé, et un nombre d'éléments s'èlevant jusqu'à 40. Le pôle positif était fixé soit sur les côtés, soit sur les parties supérieure ou inférieure de la tumeur, en même temps qu'on promenait le tampon représentant le pôle négatif sur toute la surface cutanée de l'articulation du genou, pendant une dizaine de minutes chaque jour. La peau rougissait rapidement dans les points où l'on promenait ainsi le tampon et la malade ressentait une douleur assez marquée. Après une semaine il y avait une amélioration notable, et l'on pouvait déjà communiquer à Tarticulation quelques mouvements nouveaux. Après quinze jours, l'amélioration se traduisit par une diminution très appréciable du volume du genou, qui ne mesurait plus, au vingtième jour du traitement, que 41 centimètres, le genou sain mesurant 33 centimètres. A partir de ce moment, les progrès furent lents, mais les mouvements étaient en grande partie rétablis lorsque la malade quitta le service, vers la lin de la quatrième semaine de son séjour à l'hôpital.
Joffroy ajouLe qu'il pourrait encore ciler un fait analogue, se rapportant à une arthrite chronique consécutive au traumatisme, et poursuit en ces termes : « Pour ce qui « concerne les arthropathies goutteuses, dans une pre- « mière phase de la maladie caractérisée par des accès «■ aigus, qui ne laissent, extérieurement, aucun désordre «grave après eux, ce mode de traitement n'a aucune « espèce d'indication. »