‹ Traitement des affections articulaires par l'électricitéChapitre 7 sur 18 · L. DAMON · texte numérisé non relu

L. DAMON

Nous pouvons juger, par les observations précédentes, combien celte apprécialion est erronée et il importe de ne pas la laisser se propager,

« Tl (le traitement), ajoute-t-il, ne peut entrer en discussion que dans la goutte chronique et uniquement dans le cas où tout iihénomène aigu a cessé. Mais ici la situation est moins favorable, en raison des lésions profondes des surfaces articulaires qu'il ne peut être question de modifier. Si le processus qui engendre les lésions articulaires était arrêté, on pourrait espérer modifier les altérations du tissu fd^reux et musculaire qui sont sous sa dépendance, malgré l'existence des lésions intraarticulaires. Mais dans la goutte et dans le rhumatisme chronique progressif, il s'agit de lésions articulaires en voie d'évolution, en progression irrégulière, mais presque constante, et la conclusion qui découle de ce fait est que l'électrothérapie n'est que rarement et médiocrement indiquée, la lésion articulaire contre laquelle l'électricité ne peut rien, entretenant constamment les lésions de voisinage des tissus musculaires et fd:»reux. « En résumé, l'électrothérapie (et il ne s'agit ici que des courants continus) est indiquée et peut produire les résultats les plus satisfaisants dans certaines arthropathies assez nettement caractérisées. On ne doit avoir recours à ce traitement qu'après que tout symptôme d'acuité est complètement passé et on doit suspendre immédiatement si des phénomènes aigus se montrent à nouveau. C'est surtout contre les lésions exlra-arliculaires, l'hypertrophie des .tissus fibreux et l'atrophie musculaire que le traitement est dirigé. Il ne paraît pas avoir une influence bien marquée sur les lésions intraarticulaires diathésiques, aussi son emploi est-il rarement

'i bien indiqué dans la goullc el lu riiumalisme clironi([ue « progressif. Il n'en est plus de môme dans les arlliropa- « lliies produites parle traumatisme, ou développées sous « rinduence génératrice d'une infeclion momentanée de (( l'organisme, telle que lapuerpéralilé oulablennorrhagie. « Danscescasonoblient soitune gérison complète, soit une « amélioration rapide et considérable des accidents péri- « articulaires, résorption du tissu fd3reux et disparition « de l'atrophie musculaire, et par conséquent le rétablis- (( sèment des mouvements normaux de la jointure autant <( du moins que le permettent les lésions intra-articu- « la ires.»

Je dirai de mon côté, en résumé l'étude faite par Joffroy est essentiellement incomplète et pourrait tout au plus prétendre à l'exactitude des conclusions en ce qui concerne l'action des courants continus. Mais, même sous ce rapport les conclusions sont erronées. J'ai déjà dit plus haut qu il importait de ne pas laisser se propager l'idée qu'il faut s'abstenir de l'emploi de l' électricité sitôt qiton voit apparaître des symptômes aigus. D'un autre côté, les lésions intra-articulaires, les lésions qui atteignent les cartilages et les os, se dérobent assurément plus que les altérations congénères du tissu fibreux, à l'action de l'électricité (sans omettre celle des courants continus), mais fort heureusement peuvent être modifiées par elle ainsi que le montrent les observations suivantes. Il ne faut pour y arriver que de la persévérance unie à la bonne direction dans l'emploi des divers modes d'électricité.

Je ne puis mieux faire, du reste, pour montrer l'erreur dont sont entachées les conclusions qui précèdent (en ce qui concerne tout au moins la goutte), que de relater brièvement l'observation ci-dessous, bien qu'elle ne soit pas

cibsolument complète puisque le malade est encore actuellement (30 octobre 1886) en cours de traitement. C'est l'histoire d'un podagre, chez lequel la goutte a fait d'affreux ravages, et qu'elle semblait finalement avoir voué à une immobilité incurable.

ObS. XXXVIII. — Polyarthrite goutteuse chronique.

M. P... me fit mander le28 juillet 1886. Il a soixante-sept ans, etily a vingt-cinq ans qu'il est goutteux. L'envahissement a été progressif. La goutte a d'abord frappé les pieds (les gros orteils principalement), puis les cous-de-pied, le» doigts, les poignets, les coudes, et enfin les genoux. Presque tous les orteils sont complètement ankylosés, et rigides comme des barres d'acier. L'ankylose du gros orteil du pied droit est vicieuse. Cet orteil est dans l'extension forcée. Il existe une pseudo-ankylose des plus prononcées des articulations tibio-tarsiennes plus accentuée cependant à droite qu'à gauche. Les mouvements d'extension et de flexion sont réduits de plus des trois quarts. Le pied droit ne peut reposeràplat sur le sol par suite de lapseudo-ankylose, ce qui l'ait que le malade ne peut marcher à peu près aisément que chaussé de bottines. Plusieurs doigts des mains ont été transformés en baguettes rigides. Les poignets, eux aussi, portent la marque d'une légère atteinte ankylosique. Quant aux articulations du genou qui sont en cause à peu près exclusivement dans celte observation. Ils ont déjà subi plusieurs attaques aiguës. La dernière date du 13 ou du 1 i avril î88<). Elle a immobilisé M. P... sur un lit de souffrances pendant deux mois et demi environ, au bout desquels il put se lever, mais il élait dans l'impossibilité absolue non seulement de marcher, mais même de tenir debout. Lorsque je le vis, il y avait plus d'un niois qu'il ne connaissait que deux positions, la position assise, ou la position horizontale. Non seulement il ne pouvait s'y maintenir même une seconde en raison d'une parésie musculaire absolue, et rester debout, mais d'un sentiment de faiblesse iniJéfinissable qui semblait avoir son siège dans les articulations elles-mêmes.

Les genoux sont volumineux, la rotule est plus mobile à droite qu'à gauche. Des deux côtés en lui imprimant des mouvements de

.latéralilô on perçoit des craquements secs râpeux. La pression provoque en certains points une douleur vive, mais plus spécialement à droite. I^e genou gauche, en effet, est sensiblement dégagé. De récents exsudats encore mous sont venus se fixer au milieu d'anciennes bosselures qui forment à l'article une ceinture derrière laquelle on devine le gonflement des épiphyses. Les mouvements communiqui's déterminent au plus petit efl'ort une recrudescence de la douleur, laquelle arrache des cris au patient. Les mouvements ont perdu plus de la moitié de leur amplitude. La jambe du côté droit, ne peut être mise dans l'extension complète. On perçoit d'innombrables craquements au milieu desquels s'en trouvent de particulièrement éclatants. Atrophie musculaire très prononcée aux deux cuisses, le tenseur du fascia lata se dessine en relief, et semble une lanière tendue de la hanche nu genou de chaque côté. Les jambes sont considérablement amaigries.

Il n'existe pas de tophus, et à la rigueur non seulement rien ne distingue les altérations précédentes de 'celles du rhumatisme chro. nique, mais le premier mouvement porte vers le diagnostic de rhumatisme chronique. On se trouve toutefois obligé de reconnaître (]u'il s'agit tout au moins d'un rhumatisme goutteux, car des dépôts crétacés se sont formés il va sept à huit ans dans les cartilages des oreilles, et les petits tophus se sont fait jour à l'extérieur. Ils ont duré environ dix-huit mois. On voit encore les traces de leur passage.

Tout a été mis en œuvre, mais en vain, pour modifier cet état sans le faire varier d'une ligne.

A la suite de la première séance, qui fut faite avec la faradisation, se produisit ce phénomène curieux que j'ai déjà plusieurs fois signalé, et qui manque rarement. Le malade à son grand étonnement put se dresser sur ses jambes, et se tenir debout. Le traitement fut ensuite fait à peu près journellement et alternativement avec les modes faradique et galvanique. Au bout de quinze jours, le malade, quoique péniblement encore, circulait dans son appartement à l'aide de deux bâtons. Le genou droit était indolent, le genou gauche encore un peu douloureux était considérablement amélioré. Je dus suspendre le traitement à ce moment pendant une vingtaine de jours par suite d'une absence. Je le repris à mon retour dans les mêmes conditions. L'amélioration fit de nouveaux et rapides progrès.

Le mercredi 11 septembre, le malade avait trouvé ses articulations souples, bien dégagées, il s'était senti vigoureux et plus solide sur ses jambes. Le lendemain il éprouvait une sensation de gêne maV définie dans le genou gauche, et le surlendemain il dut reprendre l'immobilité pour un certain temps. L'articulation était en effet envaliie par une inflammation subaiguë, et encore mieux quasiaiguë accompagnée d'épanchement. Il existait en outre un mouvement fébrile très prononcé. — Le genou droit fut soigné comme le genou gauche, sans même attendre vingt-quatre heures (ce qui par conséquent est bien contraire aux idées émises précédemment par JoflProy), et cinq jours après l'état inflammatoire était complètement maîtrisé. De l'aveu du malade lui-même, sa durée eût été au moins de quatre à cinq semaines, si les choses s'étaient passées comme anciennement.

Cependant cette rechute contrecarra singulièrement les progrès de l'amélioration, et le genou droit qui était primitivement le plus malade fut guéri longtemps avant le genou gauche. Celui-ci ne fut ramené à son volume précédent, et dégagé de toute douleur, que du 12 au 15 octobre. A cette époque les craquements produits par les mouvements de latéralité imprimés aux rotules, ainsi que ceux produits par les mouvements de flexion communiqués aux jambes, étaient atténués dans des proportions absolument remarquables. Le malade put venir à partir de ce moment se faire soigner à mon domicile. Il est soumis actuellement à des galvanisations de la moelle, dans le but de ramener la vigueur des membres inférieurs lente à revenir par suite, à n'en pas douter, d'asthénie myélique. Les mouvements des membres inférieurs sont en outre soumis à d'énergiques contractions produites galvaniquement. Enfin le malade suit un traitement électro-statique dans le but de relever l'état nerveux général qui est considérablement déprimé, et de modifier par là même l'état diathésique.

La guérison, il est vrai, marche lentement, mais elle marche sûrement.

Le lecteur a pu remarquer que la méthode suivie dans cette observation s'écarte singulièrement des conseils donnés précédemment par Jofîroy, et démontre une fois de

plus l'cri'(Mir (le ceriaiuos de ses conclusions. L'invasion aiguë notammenl a élé irailée iminédialement pour le plus grand bien du malade, el l'alténuation marquée des craquements (allénuation qui, j'en suis convaincu, ne s'arrêtera pas là) montre bien que les cartilages, tout au moins, ont été restaurés dans une certaine mesure par le traitement. Les observations suivantes vont aider, du reste, à faire encore ressortir ce dernier et si remarquable résultat.

L'étude du rhumatisme articulaire progressif ou arthrite déformante, et celle de la tumeur blanche, termineront ce troisième chapitre.

Malheureusement les renseignements électrothérapiques

concernant ces deux dernières formes, sont jusqu'ici peu

abondants. Si je puis, pour mon compte, en fournir quel-

* ques-uns patiemment recueillis sur la tumeur blanche, je

n'en possède aucun surl'arthrite noueuse bien caractérisée, les résultats qu'il m'eût été possible d'obtenir m'ayant paru hors de proportion avec les efforts à tenter dans les cas qu'il m'a été donné de traiter.

Les observations citées par Remak dans son chapitre des effets antiarthritiques sous la rubrique A rZ/zr/Z^? noueuse^ ne peuvent se rapporter à des cas de rhumatisme articulaire chronique progressif. Bien que la symptomatologie des affections qui y sont relatées soit indécise, elle appartient manifestement au rhumatisme chronique auquel il convient d'ajouter la désignation supplémentaire de goutteux. Luimême, du reste, remplace parfois le terme de arthrite noueuse par celui de arthrite goutteuse, et il ne peut s'agir delavéritable arthrite déformante. Il existe quelques autres

observations éparses, mais leur valeur ne me paraît pas de nature à entraîner une conviction. Aussi ai-je cru ne pouvoir mieux faire qu'en citant textuellement le passage du Traité d'électrothérapie de Erb, qui résume assez bien la question, dans le troisième paragraphe des inflamations articulaires chroniques. Ceparagraphea pour titre : Arthrite déformante ou rhumatisme noueux. Après quelques considérations sur cette terrible affection, il continue en ces termes : « Le cas traité par Cahen avec succès au moyen du courant faradique et guéri au bout de six mois, rentre dans celle catégorie. Remak parle des résultats favorables du traitement galvanique (spécialement dans la forme de l'irritation diplégique) ; Mor Meyer a guéri plusieurs cas parla galvanisation du sympathique; Althaus obtint des résultats très satisfaisants de la galvanisalion du dos et des articulations elles-mêmes ; quant aux succès obtenus par le docteur Chéron qui prétend avoir guéri avec le plus grand bonheur, toutes les maladies incurables possibles, les résultats rapportés par lui sont si brillants, qu'on a peine à les croire ; il se borne à agir localement sur les articulations, muscles et nerfs, avec des courants gaWaniques stables et forts, l'espace de dix à vingt minutes. Joffroy n'a vu que des résultats très médiocres, et Weissflog déclare que la faradisation n'est pas un remède efficace contre cette forme, mais tout au plus un moyen passager d'amélioration. Moimême j'ai traité toute une série de cas presque toujours sans succès. Parfois j'ai obtenu l'arrêt et l'amélioration de l'affection avec soulagement subjectif des malades, et amélioration de leur état général. Naturellement, c'est l'affection sénile qui se trouvera la moins favorable, vous ne pourrez guère obtenir sur ce terrain que des adoucissemenls éphémères. »

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Ces divergcncos dans les résullals obtenus, pourraient bien provenir d'un déCiiid d'idenlité des arlhropalliies Iraiiées, et peut-être aussi du moment oii le traitement a été appliqui'. Un retour sur les observations passées me permettrait peut-être d'en retrouver une ou deux auxquelles, après discussion approfondie de leur nature, cette dernière appréciation pourrait s'appliquer. Il est certain qu'il est inutile de demander à l'électricité la guérison de certaines lésions anatomo-patliologiques produites par le rhumatisme aticulaire chronique progressif. La disparition des cartilages laissant à nu des extrémités osseuses plus ou moins éburnées, la destruction des ligaments intra-articulaires, les positions vicieuses, les subluxations produites par des végétations ostéo-cartilagineuses, qui viennent combler en partie une cavité articulaire, etc. sont des lésions irrémédiables évidemment au-dessus de toutes les ressources de l'art. Mais à côté de ces altérations dont la gravité est ordinairement proportionnée à l'âge de l'affection, s'en trouvent d'autres qui paraissent d'autant plus justiciables de l'électrothérapie que son application se trouvera plus rapprochée du début de l'affection. Il faut souhaiter que l'apprécialion de Erb (bien que le jugement de ce remarquable praticien ait une grande valeur) sur les chances d'amélioration, voire même de guérison de l'arthrite déformante, est un peu pessimiste. J'ai peine pour mon compte à admettre, étant donnés les remarquables résultats de l'électricité, dans les autres arthropathies, en général, qu'il lui soit réservé d'échouer, dans l'arthrite déformante, alors que celle-ci en dépit de caractères bien tranchés, présente des analogies et des affinités telles, avec les autres formes, qu'elle ne peut nier sa parenté.

Les modes qui me paraissent avoir leur indication bien

marquée dans le cas actuel, sont le mode faradique et, le mode statique combinés; le premier s'adressant à l'état local articulaire (et musculaire s'il y a lieu) et le deuxième spécialement à l'état général par l'intermédiaire de son action sur le système nerveux. Mais là encore des études sont nécessaires pour bien fixer la meilleure méthode à suivre. Il ne faut pas oublier que si des contractures compliquaient les arthropathies, le mode voltaïque aurait son indication précise.

J'arrive enfin aux résultats que peut donner l'électricité dans les cas de tumeur blanche. Ici encore les documents susceptibles de déterminer la valeur de l'électro thérapie sont peu nombreux, cependant ils suffisent, je crois, à lui assurer une place remarquable en thérapeutique.

Remakatouchéàcesujet. 11 débute en disant: « J'aiobser- « vé, en été 1856, une tumeur blanche dugenou quine datait « que de trois mois. J'enavaisentrepris le traitement dansle « seulbutde faire disparaître les douleurs et les contractures « qui existaient dansles muscles de la cuisse; je trouve con- « signé dans mon journal, qu'en dirigeant les courants sur « les bourses muqueuses tuméfiées qui se trouvaient autour « de la rotule, j'obtenais une diminution notable de ces (( tumeurs. Ce traitement soulagea beaucoup le malade, (( facilita la marche à laquelle il s'exerçait assidûment tous « les jours, et à mon retour d'un voyage que j'avais entrece pris, j'appris qu'il était inutile de poursuivre' le traite- « ment, vu que le reste de l'affection s'était dissipée par » elle-même. » Remak ajoute qu'il pense que cette observation avait dû lui échapper, car il resta longtemps sans entreprendre un semblable traitement. (Je ne puis m'em-

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pêcher de faire cette rédexiuii (ju'il lidlait, j)oiir que le malade s'exerçât assidûment à la marche, que sa tumeur n'eût pas une bien grande gravité.) Un peu plus tard l'illustre médecin allemand, en soumettant à l'action du courant constant, un cas de tumeur blanche invétérée, arriva, ditil, à se convaincre de son inefficacité, quand raiïection s'était étendue aux épiphyses. !l conclut en disant que pour décider une semblable question, des expériences établies dans les grands centres hospitaliers sont tout à fait indispensables.

Le seul document impersonnel que je puisse ajouter à l'esquisse électrothérapique qui précède, consiste dans une observation du docteur Bertrand. Cette observationprésente d'autant plus d'intérêt qu'il s'est adressé exclusivement à la faradisation. Je la transcris textuellement.

Ubs. du D"" Bertrand. — Tumeur blanche. (Extrait du Bulletin de thérapeutique^ tome LXXÏI.)

Le D^ Bertrand, de Barcolone, qui s'occupe très activement d'électrothérapie, a eu recours à l'électrisation faradique dans le cas suivant.

Un jeune homme de dix-sept ans, d'une constitution détériorée, à disposition scrofuleuse, souffrait depuis neuf ans d'une arthrite rhumatique intéressant les articulations tibio-tarsienne et fémoro-tibiale du membre inférieur droit. Par ses conditions individuelles, comme par son genre de vie antihygiénique, le patient ofTait au mal un terrain où celui-ci pouvait se développer à l'aise. On avait commencé par employer des applications d'eau froide. L'intensité de la douleur fut telle, qu'il se déclara des symptômes de phlegraasie aiguë. Ceux-ci firent place aux signes de l'inflammation chronique, laquelle persista, en dépit de nombreux remèdes puisés soit dans la science, soit dans l'empirisme, qui furent appliqués tour à tour. Parmi les médecins qui furent consultés, plusieurs reconnurent, que l'affection revêtait déjà le caractère des tumeurs blanches.

La première fois que le D"" Bertrand vit le malade, il constata que celui-ei ne pouvait faire un pas, et que des douleurs articulaires aiguës le tourmentaient pendant plusieurs heures du jour et de la nuit. La partie affectée offrait une tuméfaction notable. Elle était douloureuse à la pression, la couleur de la peau était pâle, et sa -température abaissée. La circonférence du membre au niveau de la jointure atteignait le double de la circonférence normale. La flexion était impossible; ces signes locaux s'accompagnaient de pâleur, d'inappétence et d'un épuisement général.

Il y avait certes du courage à entreprendre sous d'aussi tristes au?pices, et dans des conditions aussi déplorables, la guérison du mal par l'électricité. La première application eut lieu le 27 janvier. Cette première séance ne dura que quinze minutes. Elle fut médiocrement tolérée. Les interruptions pressées du courant produisirent un fourmillement qui commença par exaspérer la douleur, mais qui amena un calme prononcé quelques instants après. Le malade éprouva par le faic de cette seule application un soulagement marqué- Les douleurs dont les jointures étaient le siège s'amendèrent légèrement, |)Our l'articulation tibio-larsienne gauche, mais di!?parurent complètement du côté droit.

Le 29, il fut procédé à une deuxième application, dont la durée fut de trente minutes. On obtint une amélioration plus sensible encore. La douleur fut appaisée, et les mouvements de flexion devinrent plus libres. A la suite d'une troisième application oîi on employa un courant plus fort, qui fut aisément supporté par le malade, le genou se montra moins tuméfié et la peau reprit un certain degré de chaleur. La cinquième séance fut de cinquante minutes, ainsi que les cinq autres qui suivirent. Le mieux se prononça de plus en plus. Dans neuf autres on diminua graduellement la force du courant, en donnant à chaque application une durée de quarante-cinq minutes. Le 2! mars, lors de la dernière électrisalion, les douleurs avaient cessé^ et la tuméfaction avait disparu avec elles. Les mouvements avaient acquis une plus grande liberté. Quelques petites douleurs s'étaient montrées au pied gauche. On en fit justice à l'aide d'une légère faradisation. Au mois d'octobre, l'articulation était rentrée dans son état normal. Il était de toute impossibilité par lïnspection du genou droit, et la comparaison de celui-ci avec le genou

l'Ait i;ELK(;nncrn<: i4i

gauche, de dire Iim]iicI des deux avait (ifl'erL pendant iieul' ans un volume ([ui dépassait de moitié celui de J'aulre. Le jeu des mouvements d'extension et de flexion était parfait. L'assertion exagérée de Remak, quipretcnd que dans des cas de ce genre on ne peut réussir que par les courants continus, trouve une (îloquentc réfulation dans la relation qui précède. » — [h'I compilador itié'Jico, et Arc/i. médicales belges.)

Il esl probable qu'il s'esl glissé dans celle observalion quelques erreurs de Iraduclion, car elle est ininlelligible en cerlains poinls. De plus, il est impossible de ne pas y relever une contradiction marquée entre le passage où il est dit que la partie affectée offrait une tuméfaction notable, et celui où Bertrand ajoute quelques lignes plus bas que la circonférence du membre au niveau de la jointure atteignait le double de la circonférence normale. Il n'est pas douteux que ce praticien a dû se laisser tromper par les apparences d'un volume considérable et n'en a pas fait la mensuration, car une arliculalion dont la circonférence est augmentée de 2 à 3 centimètres, paraît déjà par comparaison d'un volume notablement supérieur à celui de l'articulation du côté opposé. Les apparences prennent déjà des proportions considérables lorsqu'il existe 6 à 8 centimètres de différence, et lorsqu'elle est de 12 à 15 centimètres la tumeur prend un aspect littéralement colossal. Il n'est donc pas probable qu'un genou ait jamais subi une hypertrophie de 35 à 36 centimètres, et encore moins qu'elle ait cédé à quinze ou vingt séances faradiques. Il est permis aussi d'émettre quelques doutes sur la précision du diagnostic, bien qu'il soit bien difficile de ne pas rattacher l'affection présentée à la classe des tumeurs blanches.

Ces critiques mises à part, l'observation du D' Bertrand présente un vif intérêt, et pour avoir été très heureux, le

résultat du traitement n'en est pas moins des plus remarquables. Enfin je dois faire remarquer que la méthode qu'il a employée se distingue de celles que j'ai fait connaître au lecteur au cours de ce travail, par la longue durée des applications. Je n'ai pas jusqu'ici remarqué une différence dans les résultats entre ces longues applications et celles qui ne dépassent pas cinq à dix minutes, cependant je crois devoir réserver mon appréciation, mon expérience à cet égard étant insuffisante.

Les observations qui suivent se rattachent à des cas de tumeurs blanches confirmées, je n'ai pas voulu qu'il subsistât le moindre doute à ce sujet, et c'est pour cette raison que j'ai mis à l'écart l'observation d'un enfant de quatorze ans qui a été guéri, en vingt-trois séances de faradisation et de galvanisation combinées, d'une arthrite consécutive à un choc violent reçu sur le genou droit, et dont l'affection au moment où je l'ai soigné, c'est-à-dire trois mois et demi après l'accident, avait pris des allures de chronicité des plus suspectes. Là encore la rapidité de la guérison m'a fait hésiter à ranger cette affection au nombre des tumeursblanches, et en dépit des apparences j'ai préféré m'abstenir. Je compte du reste relier plus tard cette question des tumeurs blanches à celle des coxalgies dans une étude plus complète, à la suite d'observations plus nombreuses. Ce n'est donc en quelque sorte qu'à titre provisoire que je relate les trois observations qui suivent. Elles témoignent d'efforts électrothérapeutiques longs et pénibles, mais elles renferment aussi l'histoire de trois affections graves.

Obs. XXXIX. — Tumeur blanche.

Vers la fin de septembre 1883, le nommé J. B... douze ans et demi, développement tardif, d'un blond roux, aspect cliélif, cheveux

durs et mats, cicalrices cervicales, anémique, ossature relativement bonne, fut pris dans le coude gauche de douleurs insidieuses, qui ne tardèrent pas à acquérir assez rapidement une intensité assez considérable, pour obliger le petit malade à une immobilité complète du membre atteint. Au bout de six à sept mois, Tarthrile qui avait été tr;iitée par les moyens usités, pendant que des efforts étaient tentés pour modifier la constitution du malade, se mit à suppurer et l'articulation finit par s'ouvrir au mois d'août -1884, au niveau du cul-de-sac postéro-interne. A partir de ce moment jusqu'à l'époque où Je fus consulté, c'est-à-dire le 2 mai '1884, la jointure fut le siège de poussées inflammatoires suivies de rémissions, et un deuxième abcès, dont le foyer semble avoir été beaucoup plus circonscrit, s'ouvrit à la partie postéro-externe. Le processus fongoïde n'avait donc épargné, ni l'articulation huméro-cubitale, ni l'articulation huméro-radiale.

Impuissante à réagir, la constitulion du malade, au lieu de fournir les éléments d'une organisation supérieure, s'était laissée déborder, et au moment où j'examinai le malade deux fistules témoignaient de la persistance de l'inflammation articulaire. L'examen me révéla immédiatement des lésions étendues et graves. Les plus légers mouvements communiqués provoquent des douleurs aiguës presque insupportables. Les mouvements communiqués au radius et au cubitus font percevoir des craquements très accentués. L'exploration des trajets fîstuleux ne révèle aucun point dénudé, ce qui rend le pronostic moins fâcheux, cependant, à n'en pas douter à la sensation donnée par le clioc du stylet, le périoste est épaissi, comme infiltré. Les muscles sont considérablement amaigris. I^'avant-bras est fléchi à angle aigu sur le bras. Aucun des mouvements n'est aboli, mais ils sont rudimentaires. La douleur semble êlre le principal obstacle à leur étendue. Les mouvements des doigts sont libres, ainsi que ceux de l'épaule, mais l'articulation scapulo-humérale est quelquefois le siège de douleurs vagues, sans qu'il soit possible d'y découvrir aucune trace de lésion. L'inaction y a déterminé une pseudo-ankylose peu accentuée.

Ainsi que je le pratique assez souvent, je lis, pendant trois jours de suite, des faradisations progressives de l'épaule et du bras, sans toucher à l'articulation. Elles eurent pour résultat de faire dispa-

raîlre immédiatement les douleurs de l'épaule, et de dégager ses mouvements, dans une notable mesure. Puis je soumis l'arliculatioa du coude à une série de faradisations et de galvanisations combinées dans le but de faire disparaître l'inflammation périostée, ou tout au moins l'riyperhémie des épiphyses, tandis que je m'efl'orçais d'un autre côté de rendre aux muscles une certaine vigueur, tout en réduisant leur rétraction. Sous l'influence de ce traitement, une amélioration notable se manifesta presque immédiatement, et au bout de quinze à vingts jours, le malade put faire de légers mouvements, et l'écoulement fistuleux de l'articulation radio-humérale devint insignifiant, quelques jours plus tard il était fermé.

L'avant-bras fut alors soumis à une extension progressive, cum înanu, pendant que l'arliculation continuait à être traitée alternativemen-, par la faradisation et la galvanisation. Plusieurs brides cicatricielles furent rompues, amenant de légères reciudescences inflammatoires, sans aucun symptôme aigu. Le deuxième trajet en raison de l'écoulement persistant dont il était le siège fut soumis à deux cautérisations galvano-chimiques positives à l'aide d'un stylet. Cette médication eut pour résulat de l'oblitérer presque immédiatement. Aubout de trois mois et demi au cours desquelsil fut fait quarante-neuf séances d'électricité, les musclesavaient repris une vigueur relativement considérable. Les mouvements de flexion, d'extension, de pronation et de supination se faisaient sans douleur, et avec une grande étendue. En un mot, l'enfant avait repris l'usage de son bras. Les craquements avaient disparu en grande partie, mais il en subsistait encore quelques-uns, lorsqu'on communiquait certains mouvements en appuyant fortement les os les uns conlie les autres.

A partir de ce moment^ dans le but de modifier sa constitution, je soumis l'enfant à l'électricité statique (tout en continuant de loin en loin l'emploi des modes faradique, et galvanique) et à l'bydrothérapie. L'étal généi-al, qui depuis longtemps s'était déjà modifié, reçut une impulsion nouvelle de ces divers moyens, et à la fin de son traitement, le petit J. B .. était littéralement méconnaissable. Localement il ne subsistait qu'une courbure assez prononcée du bras et les cicatrices des trajets fistuleux. J'ajoute, pour être complet, qu'une alimentation reconstituante avait été associée à l'éleclrothérapie

(huile de foie de morue, viande crue, alcool sous forme degrogs, etc.), pendant le cours de ce traitement qui dura six mois environ. Huit mois plus tard, je reçus des nouvelles de cet enfant qui était parti pour l'Alsace et j'appris qu'il jouissait d'une santé parfaite.

Ce qui m'a le plus frappé au cours du trailemont de celte tumeur blanche, c'est la rapidité avec laquelle le dernier trajet fistuleux s'est fermé sous l'action de l'électro-causlique chimique, et la disparition simultanée des points fongoïdes auxquels il aboutissait, il y a du reste dans Faction de l'électro-caustique chimique, dont j'ai rendu le maniement extrêmement facile, en le développant bipolairement, des ressources merveilleuses qui seront étudiées ailleurs.

Obs. XL. — Tumeur blanche.

M™" St.~G... d'une constitution médiocre, presijue chétive, d'un tempérament à cheval sur le lymphalisme et la scrofule, était encore convalescente d'une bronchite aux allures suspectes, lorsqu'elle me consulta au commencement de janvier 188-4, pour une paralysie à peu près complète du bras gauche, accompagnée d'une arthropathie du coude. Voici brièvement résumée l'origine de l'affection.

Au mois de février 1883, apparition de douleurs mal définies dans le bras, sans être aiguës, elles occasionnent de l'insomnie. Je reproduis textuellement le passage suivant de la relation écrite parla malade elle-même, à titre de curiosité : u On fit voir le membre à un rebouteur (i\P® St-C... était au fond d'un village loin de tout secours médical) que Ton disait très expérimenté. 11 déclara qu'il y avait une entorse déjà ancienne et que les chairs étaient détachées [sic). Il le remit à sa façon, prescrivit des frictions avec de l'eau-devie camphrée, et ordonna de porter des objets très lourds, avec ce bras qui avait beaucoup de peine à s'étendre. »

Il y avait donc déjà raideur du bras. Ce i\m n'est pas surprenant^, le mal empira, il survint du gonflement, t^ans rougeur. Un médecin appelé en consultation, dianostiqua une arthrite, dont la nature devait être reliée à la débilité de la constitution, prescrivit du quin-

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