DEUXIEME PARTIE
Il me reste à inlerpréterles résultats précédents. Ce n'est pas la partie la moins ardue de la lâche que j'ai entreprise.
Ces résultats ont, dans l'ensemble, une importance considérable. Ils dépassent de beaucoup ce que peuvent donner les moyens classiques les mieux dirigés. Ils font entrevoir que l'électrolliérapie arrivera à prendre dans le traitement des artliropathies une des premières, sinon la première place. Elle peut suffire à la guérison dans un grand nombre de cas, et dans ceux où il est nécessaire de faire appel à d'autres moyens, tels que la mobilisation ou l'immobilisation des membres, elle reste encore un précieux auxiliaire, le premier auxiliaire.
Bien qu'elle n'ait été appliquée presque constamment qu'en désespoir de cause, elle a néanmoins donné presque toujours des résultats remarquables, quelquefois surpre-
liants. L'analyse de ces résultats nous montre que les symptômes articulaires disparaissent généralement dans l'ordre suivant : douleur, œdème, exsudats inflammatoires, phénomènes atropliiques, distrophiques, ou hypertrophiques, entraînant conséquemment la restauration de la fonction des articles. Ces résultats ne concernent que l'affection locale.
Bien plus difficile est la question de savoir dans quelle mesure les symptômes généraux, ou la diatlièsesont atteints par le traitement électrothérapique dans les affections symptomatiques. Les électrotliérapeutes ne se sont jusqu'ici adressés qu'à l'affection locale. En dehors de quelques cas qui me sont personnels, et qui jusqu'ici sont insuffisants pour appuyer solidement des conclusions, les applications locales ont seules fait les frais des divers traitements, et cependant cette thérapeutique locale reproduit d'une manière indiscutable (par réflexe, sans doute) des effets généraux. 11 suffît, pour s'en convaincre, de relire certaines observations, de les analyser pour reconnaître que tout au moins l'éloignement des attaques rhumatismales doit être mis à l'actif de l'électrothérapie. Mais la mesure de ce qu'elle peut donner sous ce rapport ne pourra être jugée que lorsquel'affection générale aura été traitée méthodiquement. Je la crois, pour mon compte, justiciable dans une large mesure d'un traitement patiemment et convenablement conduit. Je dirige aujourd'hui mes investigations dans ce sens et j'ai bon espoir d'arriver à de très bons résultats, j'en ai même la conviction. Cet espoir et cette conviction sont soutenus par une foi théorique à laquelle m'ont conduit les résultats de l'électrothérapie, ces résultats éclairent l'analyse palhogénique des arthropathies symptomatiques.
ïl est nécessaire pour arriver à la justification des espé-
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rances que l'on csl. en droil(l(> f'oïKJrr sur rrloclrothérapie, d'cnlrer dans lY'tude générale des aiïections arliculaires, ou plus simplenicnl de rechercher si ces jiiïeclions mullifoi'nies ne pourraient pas être synlhétiquemeul j-atlachées à nne lésion originelle unique, dont la physionomie ne change qu'avec la nature du terrain sur lequel elle évolue, lésion sur laquelle l'électricité aurait, en quelque sorte, par essence, une action.
Il est bien évident que cette recherche ne peut concerner les atlections traumatiques. Mais, en revanche, je me trouve obligé de l'étendre à certaines afîections qui doivent être groupées autour d'une même unité pathologique avec les affections rhumatismales goutteuses, peut-être même scrofuleuses; je veux parler du diabète, delà gravelle, de l'asthme, de l'obésité, pour ne citer que les plus importantes. Toutes ces personnalités pathologiques, sortes de diathèses secondaires, doivent être assises sur une diathèse unique, la diathèse arthritique, et s'il était nécessaire de nouveaux arguments pour étayer cette synthèse diathésique, Félectrothérapie ne serait pas la dernière à les fournir.
La notion capitale qui ressort le plus nettement de l'étude des affections arthritiques, c'est qu'elles sont toutes h. des degrés plus ou moins marqués, mais plutôt plus que moins, dominées par de troubles de nutrition. Les actes nutritifs sont imparfaits, ou sont pervertis, et donnent lieu à des produits nouveaux qui ne tardent pas à faire dévier un des rouages de l'organisme. L'imperfection, ou la perversion de la nutrition, forment les assises les plus solides de la diathèse arthritique. C'est le fond du tableau sur lequel viennent se dessiner ses formes multiples, qui dans l'ordre arlhropathiquefixe de l'urate de soudedansles articulations
des goutteux, malforme celles de certains rhumatisants, tient en permanence sous une influence inflammatoire chronique celles de certains autres, tandis qu'ailleurs elle vient prêter son appui à des explosions aiguës périodiques, etc., etc.
Les phénomènes de ménulrition, si je puis m'exprimer ainsi, prendront une autre forme dans les affections d'un autre ordre dont j'ai cité quelques-unes, mais toutes sans exception resteront englobées, dominées par la diathèse arthritique qui saura les conduire héréditairement à travers plusieurs générations, quelquefois sous une forme unique, le plus souvent en associant les formes, enles combinant par séries de successions, fournissant ainsi lapreuve irréfutable que leur développement multiforme part bien d'un même vice originel.
Quel est le système auquel doit être rattaché ce vice originel ? Telle est la question difficile souvent posée, toujours irrésolue, qui ne recevra peut-être jamais une solution indiscutable ! Je me suis efforcé de rechercher, de grouper les arguments qui militent en faveur d'une perversion des fonctions du système nerveux , perversion derrière laquelle se cachent les affections qui sont plus ou moins étroitement unies par les liens de l'arthritisme. Je dois ajouter que les résultats produits par l'électricité fournissent en quelque sorte la preuve de l'exactitude de la théorie pathogénique qui la place sous la dépendance d'une aberration des fonctions nerveuses.
La théorie de la pathogénie nerveuse a, en premier lieu^ pour se défendre, une série de rapprochements curieux que l'on découvre en analysant l'immense cycle rhumatismal. C'est ainsi que les relations intimes qui unissent la migraine au rhumatisme ne sont pas douteuses, il en est de même de celles qui l'unissent à la chorée (G. Sée, Botrel et H.
Roger). Or la migraine et, la chorée reconnaissent une origine nerveuse indéniable.
Le système nerveux est considéré aujourd'hui d'une manière générale comme le promoteur des désordres fonctionnels qui accompagnent le diabète et Tasthme.
D'un autre côté lorsqu'on veut se rappeler la fréquence avec laquelle les névropathies et les artliropathies se succèdent ou se combinent chez certains rhumatisants, on trouve un nouvel argument en faveur d'une relation précise entre les manifestations arthritiques et leur origne nerveuse. J'entends parler ici des névropathies qui ne donnent lieu à aucun désordre anatomo-pathologique et qui se révèlent parmi symptôme unique, la douleur qui frappe alternativement un grand nombre d'organes, quelquefois sans en épargner un seul. Quant à la série des névralgies rhumatismales qui, comme les arthropathies, représentent une localisation morbide, j'y reviendrai bientôt.
En résumé, nous trouvons : T qu'il est légitime de faire rentrer dans la même diathèse, c'est-à-dire la diathèse arthritique, un nombre considérable d'affections ; 2° qu'un certain nombre de ces afïections ont une origine nerveuse indiscutable, d'oii ce dilemme qu'il faut : ou bien grouper autour d'un même vice originel toutes les affections qui sont sous la dépendance de la diathèse arthritique, ou bien conclure h la dualité, à la pluralité peut-être d'origines pathogéniques.
Or, outre qu'il est à peu près certain, pour ne pas dire plus, que les procédés de la nature sont aussi simples en pathologie qu'en physiologie, il est bien difficile de comprendre que des maladies qui s'associent, se succèdent, se combinent à travers plusieurs générations, qui toutes fournissent la preuve qu'elles