‹ Traitement des affections de la peau. Tome IChapitre 18 sur 33 · L. Brocq · texte numérisé non relu

L. Brocq

Précipité , jaune (o.^yde jaune d’Hg).. Ogr.SO à 1 gramme.

Vaseline pure. 20 grammes.

Acétate de plomb.

Axonge benzoïnéo ...

Précipité blanc.

Huile de bouleau..

Vaseline blanche.

0gr,2o.

23 grammes.

I ââ, 0sr,10, 8 grammes.

Axonge benzoïnée.. 20 grammes.

Calomel. ;. 1 gramme.

Dr DE WeCKEB

Oxyde rouge d’hydrargyre. 0gr,S0.

Sous-acétate de plomb liquide ; S grammes.

Huile d’amande douce. 10 —

Axonge fraîche. 30 —

On tâchera d’obtenir autant que possible, pendant toute la durée du traitement, le repos de l’organe par l’occlusion, surtout pendant la période d’acuité, ainsi que l’antisepsie des paupières et de la conjonctive, cet eczéma étant très souvent séborrhéique et probablement alors parasitaire (Tbousseaü).

ECZÉMAS

2° Eczémas de la face. — Les eczémas de la face, en général, présentent peu de particularités. Ils sont le plus souvent croûteux, impétigineux. Dans ce cas, il convient d’enlever les croûtes à l’aide de douches, de pulvérisations tièdes, de ne pas se servir de savon irritant, et d’appliquer un masquede toile caoutchoutée fine. Quand on prescrira des pommades, il faudra recommander d’éviter d’en mettre dans les yeux; on ne fera jamais usage des pommades renfermant de l’acide pyrogallique ou de la chrysarobine. On examinera le cuir chevelu, les eczémas de la face étant souvent secondaires à ceux du cuir chevelu. On emploiera de préférence les pâtes à l’oxyde de zinc et au calomel, ou au turbith, ou à l’acide salicylique, ou aux différentes préparations soufrées. L’eczéma impétigineux de l’adulte est bien modifié, d’après E. Vidal, par la préparation suivante, qu’on applique la nuit de préférence :

Glycérolé d’amidon. 30 grammes.

Huile de cade vraie... 5 —

Précipité rouge.. 1 gramme.

a. Eczéma des narines. — Eczéma des fosses narines. — Eczéma narinaire. — Il est quelquefois primitif, le plus souvent secondaire à un coryza aigu ou chronique: il est très tenace et peut occasionner tantôt un eczéma chronique hypertrophique ' de la lèvre supérieure, surtout chez les jeunes sujets strumeux, tantôt et plus rarement une complication décrite par Vérité sous le nom d’œdème chronique, gélatineux, hypertrophique des paupières et de la base du nez.

Les différents traitements à prescrire sont les suivants :

ECZÉMAS

Kaposi recommande - de mettre dans la cavité des narines des tampons imbibés d’huile, ou d’onguent émollient ou du mélange suivant :

j ââ -10 grammes.

Ogi-,15.

Eau distillée...

Glycérine.

Sulfate de zinc.

et de cautériser avec une solution de nitrate d’argent les fissures parfois si tenaces.

Le 0“' E. Besnier conseille les lotions avec une solution de sulfate de, cuivre à 1/1000 ou avec l’eau de Saint- Ghristau qui est ferro-cuivreuse, puis de mettre dans les fosses narines des boulettes de coton imbibées de l’un des mélanges suivants :

Huile d’olive.

Emplâtre diachylon.

j parties égales.

Ou bien :

Acide salicylique... 0gr,10.

Huile d’amande douce... tOO grammes.

On peut encore appliquer dans les narines, après avoir fait des lavages à l’eau boriquée chaude ou créolinée, un tampon bien imprégné de pommade au calomel, ou au turbith minéral, au tannin, aux précipités jaune ou blanc à 1/20, à l’acide salicylique à 1/60, etc. Si le prurit est vif, on incorporera à la pommade du chlorhydrate de cocaïne 1 /60, ou de l’essence de menthe ou du menthol.

Neumann conseille l’emploi des suppositoires à l’oxyde de zinc Os^lS et au heurre de cacao 1 gramme, auxquels on peut ajouter une faible quantité d’agent médicamenteux plus actif.

Quand l’irritation est entretenue par une folliculite.

ECZÉMAS

bn épilera les vibrices ou bien on les détruira avec l’électrolyse.

b. Eczéma des oreilles. — Il est fréquent et souvent persiste fort longtemps, alors que l’eezéma primitivement étendu à toute la face ou au cuir chevelu a disparu; il se cantonne alors dans les nombreux replis de l’oreille, souvent dans le pli rétro-auriculaire, où il se complique de fissures parfois très douloureuses; d’autres fois, il envahit le conduit auditif, provoquant par l’accumulation des squames et par l’irritation du tympan des hourdonnements très pénibles ou une surdité très accentuée.

La première indication est de débarrasser le conduit auditif à l’aide d’injections copieuses et renouvelée d’eau émolliente boriquéeou très faiblement phéniquée 1/500, puis de calmer l’irritation aiguë à l’aide des différents procédés que nous avons indiqués. ^

L’eczéma chronique sera traité par les pulvérisations tièdes, les cataplasmes de fécule, puis les différente topiques. Les lésions eczémateuses du conduit auditif devront être soignées avec prudence. On introduira des tampons imprégnés de glycérine, de glyccrolé d’amidon, d’eau horiquée, d’eau phéniquée au deux centième, d’une solution de cocaïne au centième ou au soixantième, quand les douleurs seront vives, d’une solution d’acide lactique à 1 p. 20, d’huile salolée à 1 p. 100 ou mentholée, etc. On peut encore avoir recours aux insufflations pulvérulentes (acide borique, calomel, sousnitrate de bismuth) suivies au bout d’un certain temps d’injections tièdes. Dans les cas rebelles, on pourra recourir aux injections de nitrate d’argent en solution au cinquantième ou au centième.

c. Eczémas des lèvres. — Us sont assez fréquents

ECZÉMAS 165

et très rebelles à cause du mouvement incessant des lèvres, et de leur irritation par la salive, les aliments ou les sécrétions nasales. Nous avons signalé plus haut l’eczéma pilaire de la lèvre supérieure chez l’adulte. Nous traitons ici Y eczéma limité à la portion rouge de lapartiecutanée deslèvres, ainsique Veczéma orbiculaire.

Le premier désigné autrefois sous le nom de psoriasis des lèvres (Bateman), de pityriasis des lèvres est bien distinct de la perlèclie (voir ce mot), affection commissurale parasitaire. — Il s’observe sur les deux lèvres, avec prédominance à la lèvre inférieure, et est très étroitement lié à la séborrhée du visage ou du cuir chevelu; il est caractérisé par de la rougeur vive, et tantôt du suintement et des croûtes, tantôt le plus souvent par un état sec, une desquamation lamellaire épaisse, jaunâtre, adhérente, des gerçures, des crevasses fort pénibles ; sa marche est essentiellement chronique avec alternatives d’amélioration et d’aggravation. Cet eczéma peut exister chez des sujets de tout âge, mais surtout, comme le fait observer M. le E. Besnier, chez des femmes à nervosité accentuée.

L’eczéma orbiculaire, moins rare et aussi tenace, s’observe surtout dans la seconde enfance, chez les femmes de préférence ; il est caractérisé par des lésions eczémateuses suintantes ou sèches, fendillées, craquelées, occupant à la fois le bord rouge des lèvres et la peau avoisinante, se localisant aux commissures où il constitue des fissures, des rhagades rayonnant en éventail, très douloureuses et très persistantes.

Ces deux variétés étant fort souvent de nature séborrhéique, il convient de leur attribuer le traitement des eczémas séborrhéiques. En outre, il faut combattre la nervosité des sujets par les moyens appropriés.

h'eczéma localisé à la portion exposée de la surface rouge des lèvres est plus particulièrement difficile à traiter. On recommandera d’appliquer une ou deux fois par jour une couche protectrice de traumaticine de bonne qualité, ou bien d’employer de l’huile de cadc coupée au tiers, au quart, de l’huile de bouleau, du savon mou de potasse, du ratanhia ou du borax en pommade, etc. (E. Bbsnier).

Brocq recommande les deux pommades suivantes :

Tannin. OS'-.SO à i gramme.

Huile do bouleau ... 2 gouttes.

Beurre de cacao. -10 grammes.

Huile de ricin.......... 3 —

Essence de badiane. o gouttes.

Ou bien ;

Huile d’amandes douces...

Blanc de baleine.

Cire blanche. .....

Racine d’orcanette..

Essence d’amandes amères,

Ces deux préparations modifient les gerçures rebelles. On peut employer également des pommades à base de lanoline qui agissent favorablement contre les gerçures. Malheureusement le goût en est souvent fort désagréable.

h’eczéma orbiculaire sera traité avec sùccès par le caoutchouc, dont les dimension s dépasseront légèrement celles de la bouche fermée. Aux deux extrémités on fera un trou par lequel passeront deux cordons non élastiques destinés à être noués derrière la tète, fuis avec des ciseaux on fera une simple incision transversale, sans enlever du tissu. Par l’ouverture ainsi pratiquée, le

123 grammes.

ECZEMAS

malade pourra aisément respirer et passer la langue. Ce petit appareil sera porté la nuit et aussi, quand ce sera possible, le jour. Il agit très rapidement. Mais quand les lésions eczémateuses sont épaisses, rebelles, il faut en même temps les modifier à l’aide de topiques énergiques. Pommades à la lanoline renfermant :

A.cide salicylique, 5 0/0;

Acide tartrique, S 0/0;

Calomel, S 0/0;

Ichthyol, 10 0/0;

Naphtol, 10 à 18 0/0;

liésorcine, S à 10 0/0;

Glycérolé cadique faible et même fort.

On peut également prescrire les traumaticines ou les vernis médicamenteux. Dans les cas très rebelles, on pratiquera des cautérisations avec une solution de nitrate d’argent à 1/50 ou même 1/30, ou avec une solution concentrée de potasse (Kaposi) ou avec de l’acide lactique à 1/2 ou même pur.

30 Eczémas du sein et du mamelon. — Il peut s’observer très rarement chez l’homme, et est très fréquent chez la femme. On l’ohserve soit chez les femmes enceintes, les accouchées et les nourrices, soit quand il existe de la galactorrhée, soit avec la gale ou à sa suite. Il est remarquablement tenace, rebelle et récidivant, et peut se compliquer de folliculites et de mastite. (Voir Maladie de Paget.)

11 faut d’abord faire tomber les croûtes, souvent épaisses, par les moyens que nous avons indiqués à propos des eczémas aigus. Kaposi emploie les compresses enduites de savon noir. Ce moyen nous semble un peu trop énèrgique. Puis, comme ces eczémas sont très tenaces et très tolérants, on peut employer les topiques énergiques, tels que l’huile de cade pure.

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l’acide pyrogallique au dixième, l’acide salicylique, le goudron, l’ichthyol, la résorcine à doses assez élevées, le collodion additionné de sublimé (Os^SO de sublimé pour 50 de collodion), la solution de potasse caustique ou d’acide acétique ou de nitrate d’argent (Kaposi).

Si ces moyens provoquent une irritation vive, on aura de nouveau recours aux procédés de douceur, douches de vapeurs, cataplasmes, bouts de sein en caoutchouc, applications pulvérulentes, compresses imbibées d’acide borique et recouvertes d’une toile imperméable, etc.

4» Eczéma des parties génitales chez l’homme et chez la femme. — Ils sont extrêmement fréquents et des plus pénibles. Tout ce que nous avons dit à propos du traitement des lésions eczémateuses aiguës et chroniques s’applique aux eczémas génitaux, avec quelques particularités qu’il importe de connaître.

Hommes. —L’eczéma occupeleplus souvent le scrotum, qui, au bout d’un certain temps, s’hypertrophie plus ou moins, s’épaissit, s’excorie, devient rouge, squameux; ses replis, ses dépressions, sont plus marqués, le prurit est intense, surtout la nuit. Du scrotum il s’étend à la face interne des cuisses, à la verge, au gland, au prépuce, au périnée, à l’anus, à la région périanale, et remonte vers le sacrum dans le sillon interfessier, au niveau duquel il existe souvent ainsi que dans l’anus, et même jusque dans le rectum, des fissures, des rhagades fort douloureuses.

Ainsi que le fait observer le Df E. Besnier, beaucoup d’eczémas du scrotum et de la verge sont dus au contact de l’urine diabétique (Voir Diabétides) ou toxique ; d’où l’indication absolue d’examiner l’urine et de la modifier autant que possible par les moyens appropriés. Puis on emploiera les différents topiques en tâtant la suscep-

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tibüité du sujet : enveloppements, pommades, poudres, etc. Mais pour les maintenir en place on conseillera l’emploi d’un suspensoir en caoutchouc laminé très fin, ou mieux en toile caoutchoutée très fine. Ce suspensoir devra être assez lâche, et toujours maintenu dans un état de propreté absolue par des lavages fréquents à l’eau froide. Quand l’eczéma occupera également la face interne des cuisses, on pourra adapter aux bords du suspensoir des bandes de toile de caoutchouc fine, fixées par des cordons à la'partie postéro-supérieure des cuisses.

Ce qu’il importe de calmer surtout, c’est le prurit, qui est souvent atroce, principalement quand les lésions occupent le scrotum et l’anus, au point de provoquer parfois un état de dépression nerveuse grave, des idées de suicide, etc. On mettra alors en usage toute la série des médicaments antiprurigineux, isolés ou associés aux topiques ou aux lotions (Voir Prurigo et Prurit). Nous conseillerons les moyens suivants ;

fo Lavages soir et matin avec une solution aussi chaude que possible renfermant de l’acide phénique, ou clu sublimé, ou du vinaigre, ou de la créoline, ou du chlorhydrate de coca’ine, ou de l’acide cyanhydrique, ou du chloral, ou du sous acétate de plomb, ou du chlorhydrate d’ammoniaque. Tous ces médicaments pourront être employés isolés ou associes en tenant bien compte des incompatibilités médicamenteuses. Dans les cas particulièrement intolérants, on prescrira un bain de siège chaud et prolongé.

2« Après le lavage, le soir on laissera sécher sans essuyer, puis on appliquera la pommade dont on aura fait choix en y incorporant au préalable un des agents médicamenteux antiprurigineux que nous venons d’in-

ECZÉMAS

diquer ; nous ajouterons à cette série la morphine, le menthol, l’essence de menthe.

3“ On saupoudrera par-dessus la pommade avec une poudre (oxyde de zinc, talc, salicylate de bismuth, sousnitrate de bismuth purs ou associés, avec ou sans camphre, acide salicylique, salicylate de soude, etc.). On mettra une toile fine et usée, et on recouvrira le tout avec le suspensoir en caoutchouc.

4“ Le matin, lavage comme la veille au soir, puis application pulvérulente seule et suspensoir. — S’il est nécessaire de continuer pendant le jour l’application médicamenteuse, on peut avoir recours aux emplâtres médicamenteux, on taille des bandelettes et on fait sur le scrotum un pansement imbriqué. S’il existe sur le scrotum des ulcérations rebelles, des excoriations de grattage, on les cautérisera légèrement et fréquemment (nitrate d’argent, acide lactique, baume du Pérou, teinture de benjoin, etc.). Enfin, dans les cas qui résisteront à tous les traitements, on pratiquera des scarifications linéaires quadrillées avec l’aiguille à scarifier, ou même avec l’aiguille électro-caustique.

Quand l’eczéma occupe surtout Vanus et le périhée, on procédera de la même manière en remplaçant le suspensoir par une plaque anale de toile caoutchoutée qu’il est facile d’ailleurs de réunir à un suspensoir. Si l’irritation est vive, on appliquera la nuit, pendant quelque temps, des cataplasmes de fécule froids. Si l’eczéma remonte dans le rectum et s’accompagne de fissures douloureuses, on prescrira des purgatifs huileux de façon à s’opposer à la constipation, des lavements émollients, et surtout des lavements boriqués à 1 0/0 après chaque garde-robe pour entretenir l’asepsie locale. On conseillera également des suppositoires calmants à

ICZÉMAS

l’opium, à la belladone, à la cocaïne, au menthol, etc.

Beurre de cacao. 3 grammes.

Oxyde de zinc.. Ogr.SO.

lîxtrait aqueux d’opium,. OS^OS.

Chlorhydrate de cocaïne. j

ou Ogr.oS à Ogr.OS.

Extrait de belladone. . j

Un suppositoire (Kaposi).

Femmes. — L’eczéma des parties génitales de la femme est dû le plus souvent à un trouble de l’urination, d’où l’indication de soustraire autant que possible les parties malades au contact de l’urine (.tampons, lavages très fréquents antiseptiques), et de modifier la composition de l’urine. Il provient assez fréquemment aussi de la propagation à la vulve d’un eczéma vaginal, et peut-être entretenu par un écoulement leucorrhéique persistant. Il occupe surtout les grandes lèvres et plus rarement les petites lèvres et l’orifice vulvaire; il peut comme l’eczéma scrotal gagner la face interne des cuisses, le podex, le périnée, l’anus, le sillon interfessier, etc. 11 est généralement extrêmement prurigineux.

Le traitement de l’eczéma anal est le même chez la femme que chez l’homme. L’eczéma vulvaire également nécessite l’emploi des mêmes agents médicamenteux que l’eczéma scrotal; mais il est extrêmement tenace, étant constamment irrité par les hémorragies menstruelles, les liquides vaginaux et l’urine. On conseillera d’introduire dans le vagin des cataplasmes antiseptiques spécialement préparés et enroulés ou des tampons glycérinés ou de l’ouate hydrophile trempée dans une solution boriquée et étanche; localement les lavages chauds répétés deux fois par jour, les

suppositoires (voir plus haut), les pommades antiprurigineuses, les cataplasmes, les douches de vapeur, les applications pulvérulentes, les bains de siège, les cautérisations quand il existera des fissures rebelles, provoqueront la guérison de ces eczémas si rebelles quand on aura soin de les continuer tout le temps nécessaire et de prescrire en même temps l’hygiène, le régime et le traitement général appropriés à l’état de la malade. (Voir Prurit vulvaire.)

5'5 Eczéma des mains et des pieds. — Les dermites professionnelles des mains, pas plus que la dysidrose des mains et des pieds (Voir Dysidrose), et les kératodermies palmaires et plantaires (Voir Kératodermie), ne sont des eczémas proprement dits. Mais elles provoquent souvent chez les sujets prédisposés des poussées eczémateuses, de sorte que ces affections peuvent exister en même temps sur un même malade.

Les eczémas des mains et des pieds sont assez fréquents, et souvent tenaces en raison de leur localisation sur des régions découvertes ou exposées à des causes d’irritations multiples. Ils s’accompagnent assez souvent de lésions unguéales (Voir plus bas). Nous n’indiquerons ici que les quelques particularités de traitement spéciales aux eczémas proprement dits :

Les eczémas aigus des mains et des doigts seront traités par les émollients, les maniluves à l’eau aseptique, les applications pulvérulentes. Les eczémas chroniques seront modifiés favorablement par les enveloppements humides et particulièrement le gant de toile caoutchoutée fine, ou de caoutchouc non vulcanisé, souple, fin. Quand il existera au niveau des extrémités digitales des crevasses peu profondes douloureuses, on appliquera soit des pommades à base de lanoline (à

ECZÉMAS

l’acide salicylique surtout), soit des emplâtres (Vigo, au calomel, à l’ichthyol, à l’acide salicylique, à la résorcine, etc.).

Si la peau des faces palmaires ou plantaires est notablement épaissie, s’il existe en un mot un degré plus ou moins accentué de kératodermie palmaire ou plantaire, secondaire, le traitement sera celui des kératodermies palmaires et plantaires (Voir Kératoses).

Nous répéterons ici ce que nous dirons à propos de ces kératodermies que le meilleur mode de pansement des eczémas avec épaississement tégumentaire consiste dans l’emploi des emplâtres spécialement préparés.

L’eczéma aux pieds se localise parfois dans les espaces interdigitaux ; il est alors très persistant et très prurigineux : il faudra avoir soin d’isoler les faces latérales des orteils à l’aide de linges fins ou de tampons d’ouate bien imprégnés d’une poudre isolante. Dans les cas tenaces, on pourra faire quelques badigeonnages avec une solution caustique : le glycérolé cadique réussit bien dans quelques cas.

6» Eczéma des ongles. — Les ongles chez les sujets atteints d’eczéma chronique sont souvent altérés, présentent des encoches, des striations, des saillies, des enfoncements, etc. Ces altérations qui se retrouvent dans la plupart des dermatoses chroniques, ne sont que des dystrophies unguéales non pathognomoniques indiquant un trouble général plus ou moins intense de la nutrition.

U eczéma vrai des ongles, qu’il ne faut pas confondre avec les pnyxis et perionyxis qu’on observe souvent dans les dermites professionnelles simulant l’eczéma, est relativement rare : le D‘' E. Besnier en distingue

deux variétés : 1» Veczéma perionyxique, eczéma cutané périungue'al caracte'risé par des lésions unguéales subaiguës, des érosions, un décollement partiel, latéral, une déformation sans épaississement de l’ongle; 2° l’eczéma unguéal pi'oprement dit. 11 présente les caractères suivants ‘ : Début soit par une tuméfaction du bord libre de la racine avec douleur et rougeur plus ou moins vive, soit par le développement de taches hyalines et claires sous les parties supérieures du limbe, soit par des petits soulèvements de l’ongle vers la racine et la lunule aboutissant à la production de petites ponctuations caractéristiques, soit par la déformation hippocratique de l’ongle.

A une période plus avancée, production de taches blanches, irrégulières sous l’ongle, puis soulèvements formant des bosselures, des cannelures, des stries, des sillons; en même temps, le bord libre de l’ongle se soulève ainsi que les bords latéraux sous la poussée d’une masse squameuse et noirâtre qui s’élève du lit unguéal. La marche est lente, chronique. Les lésions sont souvent symétriques : la guérison peut être complète sans aucune trace, ou plus souvent est suivie de déformations plus ou moins accentuées, et même de destruction complète si l’affection date de l’enfance.

Le traitement est long, difficile et souvent peu efficace. Au début, on peut enrayer l’évolution de l’affection à l’aide de pansements renouvelés toutes les vingtquatre heures faits avec des bandelettes imbriquées d’emplâtre salicylé, ou résorciné, ou même d’emplâtre de Vigo, faisant occlusion complète. On peut mettre

l. H. Levrier, Contribution, d l’étude de l’eczéma des ongles. Thèse de Bordeaux, mai 1890.

ÉLBCTROLYSB

en outre, pour avoir une occlusion encore plus absolue, un doigt de caoutchouc. On peut encore appliquer de la pommade à l’huile de cade ou à l’acide pyrogallique ou la pommade suivante (L. Brocq) :

1 gramme.

3 grammes.

Acide salicyliquo.

Glycérine.

Huile de foie de morue.

Cire blanche.

Si l’ongle est notahlement déformé, rugueux, on devra au préalable racler à l'aide d’une curette toute la substance unguéale susceptible de se détacher, puis faire un badigeonnage avec une solution assez concentrée d’acide salicylique dans l’alcool (1 pour 5 ou pour 10), badigeonnage qui précédera chaque pansement à l’emplâtre ou à la pommade.

Quand les lésions seront douloureuses, résisteront à tous les traitements, occuperont surtout les ongles des orteils, gênant la marche, on pourra pratiquer l’avulsion de l’ongle, avec anesthésie préalable, de façon à pouvoir ensuite agir directement sur la matrice unguéale.

Eczéma séborrhéique. — (Voir Séborrhée et Traitement général et local de l’Eczéma.)

Eczéma marginé. — (Voir Trichophytie des parties glabres.)

Électricité. — Électrolyse. — Diverses pratiques électriques sont usitées dans le traitement des alfections de la peau ; les unes datent d’une époque suffisamment éloignée, pour avoir subi la sanction de nombreuses expériences ; il est donc possible actuellement d émettre une opinion appuyée de documents relativement à la valeur et aux indications de ce premier ordre

•ÉLBCTROLYSE

d’applications, qui dérivent toutes du pouvoir électrolytique du courant galvanique ; les autres, au contraire, sont d’un emploi tout récent et, malgré ce qu’ont de séduisant les résultats publiés, ils sont trop nouveaux et en trop petit nombre pour qu’on puisse les considérer comme absolument acquis, et il me semblerait prématuré de porter un jugement sur la valeur thérapeutique, dans les affections cutanées de Vélectrolyse interstitielle.

Je parlerai donc tout d’abord de Vélectrolyse, dont je vais rappeler la théorie physique en quelques lignes. On sait que tout courant galvanique qui traverse une solution saline la décompose, l’acide du sel se porte au pôle positif, la hase au pôle négatif. Or, le corps humain peut être considéré comme un tissu spongieux imprégné de solutions salines nombreuses, chlorures, phosphates, etc. Il n’est donc pas surprenant que, si on fait circuler au travers d’une région quelconque, du bras, par exemple, un courant de pile, on observe le transport des acides à l’un des pôles, des bases à 1 autre, et, comme conséquence physiologique, cautérisation acide au niveau du positif, cautérisation basique au négatif. Ce phénomène bien observé et décrit par Ciniselli et Tripier est le point de départ des applications thérapeutiques de Vélectrolyse. On le met à profit dans le traitement des plaques scierodermiques, des condylomes, des cicatrices vicieuses, dans l’épilation. Danstous les cas, le manuel opératoire consiste à appliquer sur une région quelconque dite indifférente une large plaque d étain recouverte d’agaric et de peau de chamois, humectée d’eau, et reliée au pôle positif d’une batterie électrique, tandis qu’au pôle négatif sont reliées une ou plusieurs aiguilles en acier qu’on enfonce dans le bulbe du poil.

ÊLECTEOLYSE

s’il s’agit d épilation, ou qu’on introduit sous le tégument à une profondeur variable s’il s’agit de détruire un condylome ou de modifier une plaque sclérodermique (Voir l’article Poils (avulsion des) et la méthode de Brocq).

C’est encore sur les phénomènes électrolytiques que repose la cure des nævi. Le Dr Larat a fort nettement indiqué la technique opératoire. L’instrumentation se compose : 1“ d’une batterie d’une vingtaine d’éléments et d’un type quelconque, mais pourvus d’un collecteur et d’un galvanomètre ; 2“ d’une plaque rectangulaire d’étain garnie d’amadou et de peau de chamois de la dimension de la main environ; 3“ d’une série d’aiguilles en acier pour les électrolyses négatives, en or pour les électrolyses positives; les unes nues, les autres enduites d’un vernis isolant — jusqu’à 1 ou 2 centimètres, de la pointe; 4» d’un manche spécial destiné à maintenir solidement ces aiguilles dans la main de l’opérateur. Ce manche est relié par un fil conducteur à l’un des pôles de la batterie, tandis que la plaque bien imbibée d’eau est reliée à l’autre pôle.

La plaque est appliquée sur une partie quelconque du corps, le bras ou la jambe, et maintenue à l’aide d’un lien. Une aiguille convenablement choisie d’après la profondeur à laquelle on veut pénétrer et qui dépend de la saillie du næviis est fixée au porte-aiguilles d’autre part. Les choses ainsi disposées, l’aiguille est enfoncée perpendiculairement à la peau pour les nævi profonds; parallèlement à la peau, au contraire, pour les nævi superficiels en nappe. Le pôle positif est représenté par l’aiguille toutes les fois qu’on s’adresse à des tumeurs érectiles ou des nævi vasculaires. L’aiguille étant en place, la manette' du'collecteur est

ÉLECTROLYS]

progressivement poussée jusqu’à atteindre ^0, 15 et même 30 milliampères, suivant le cas, l’intensité du courant doit être d’autant plus élevée que la partie active de l’aiguille est placée plus profondément. En ayant cette règle présente à l’esprit, on évite les eschares cutanées etles cicatrices consécutives. On laisse passer le courant à cette intensité durant deux, trois ou quatre minutes, puis on ramène avec précaution le galvanomètre au zéro. Le premier effet constaté est un durcissement du nævus, parfois même une augmentation de son volume. Au bout de quelques jours, cinq ou six en moyenne, cette augmentation de volume fait place à une rétraction plus ou moins accentuée. Ce n’est que quand on a pu apprécier le degré de cette rétraction qu’il convient de réitérer l’application électrolytique. Ce qui revient à dire qu’en moyenne l’intervalle entre les séances doit être de quatre ou cinq jours. En une seule séance, on peut faire quatre ou cinq piqûres. Un nombre plus considérable amène parfois une inflammation trop vive.

En ce qui concerne les nævi pigmentaires ou les nævi vasculaires, après la disparition de 1 élément principal, j’applique non plus une, mais cinq ou six aiguilles montées sur un bouchon et reliées au négatif de° la batterie, et, les choses d’autre part disposées comme ci-dessus, je laisse passer un faible courant de un ou deux milliampères durant cinq minutes. La peau rougit fortement et l’action trophique devient prédominante dans les cas favorables.

Telles sont les quelques considérations pratiques qu’on peut actuellement formuler à propos de l’électrolyse des nævi et du traitement des diverses dermatoses. Depuis trois années, un électricien distingué, le Df Gautier, a étudié une méthode qui diffère de l’élec-

ÉLEOTROLYSE

trolyse simple sur un point important et à laquelle il a donné le nom d'Électrolyse interstitielle.

M. Gautier, au lieu d’employer des aiguilles inaltérables d’or et de platine quand il se sert du pôle positif, utilise au contraire des aiguilles attaquables par le courant.

Selon la nature du métal employé, il se produit à l’état naissant un sel qui imprègne les tissus dans une zone assez étendue et qui vient ajouter son action à l’action propre du courant. De cette .façon, M. Gautier a pu traiter et guérir un certain nombre de lésions cutanées pour lesquelles l’électrolyse simple s’était montrée insuffisante. J fauteur de la méthode utilise surtout les produits de décomposition du cuivre et des sels iodurés (iodure de potassium); quand une aiguille de cuivre est plongée dans l’épaisseur des tissus et reliée au pôle positif, il se produit une réaction complexe et comme produit ultime de l’oxychlorure de cuivre, sel à la fois astringent, antihémorragique et antiseptique. Ces qualités, par suite de sa production à l’état naissant, sont singulièrement exaltées. Le procédé d’électrolyse au moyen d’aiguilles de cuivre pur a donné de bons résultats dans le lupus; un cas d’actinomycose, traité en collaboration avec M. Parier et présenté à la Société de dermatologie, a guéri ;ans cicatrice; deux cas d’acné chéloïdienne sont actuellement, paraît-il, complètement guéris.

Une ulcération épithéliomateuse a été également cicatrisée sans récidive au bout d’un an et demi, mais, quoique le diagnostic épithélioma ait été porté par M. Péan, il y a des réserves à faire au point de vue de son exactitude.

Il y a donc làune série de faits nouveaux, intéressants,

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