ÉLÉPHANTIASIS
ABABES
sa production ou dans sa localisation par l’éléphantiasis préexistant ».
2° Éléphantiasis nostras, sporadique, des pays tempérés. — Dans ce groupe on a réuni, il est vrai, les lésions éléphantiasiques liées à des affections distinctes (œdèmes chroniques, hypertrophies AevmiqüQS,lymphatiques, dus à des eczémas chroniques, à des ulcères de jambe, à des érysipèles à répétition, à des phlébites, à la phlegmatia alba dolens, à des lésions scrofulo-tuberculeuses (lupus éléphantiasique), à des lésions syphilitiques, à des lésions osseuses, etc., etc.). Mais, malgré cette diversité d’origine, les caractères objectifs cliniques de l’éléphantiasis demeurent assez nets, assez tranchés ; le traitement comporte des indications relativement précises, aussi croyons-nous devoir conserver l’éléphantiasis autant que syndrome, et en indiquer en quelques mots la symptomatologie et les conditions étiologiques, et en plus de détails le traitement. Récemment même notre collègue et ami Sabouraud, s’appuyant sur des observations cliniques et bactériologiqties, a tenté de démontrer que le plus grand nombre et peut-être la totalité des éléphantiasis nostras (et sans doute aussi endémiques) idiopathiques ou symptomatiques devaient être rangés parmi les maladies jadis distinctes et aujourd’hui réunies comme en rapport d’effet à cause, et dues au streptocoque de Fehleisen {Ann. de Demi, et de Syph., 1892, page 392).
La description suivante s’applique également à l’éléphantiasis nostras et des pays chauds : toutefois, dans ce dernier cas, les symptômes sont généralement beaucoup plus accentués. L’hypertrophie en particulier peut atteindre un degré considérable.
L’affection occupe le plus souvent les membres infé-
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rieurs, rarement les deux à la fois, et particulièrement la jambe et le pied; plus rarement elle gagne la cuisse, jusqu’au plifessier. Fréquemment elle atteint le scrotum, le pénis, le prépuce, les seins, les grandes et les petites lèvres, le clitoris; quant aux membres supérieurs, aux oreilles, front, lèvres, joues, nez, langue, etc., ils ne sont envahis que très exceptionnellement.
La lésion constituée présente les caractères suivants : le pied, la jambe, ont perdu leur forme et leur modelé, sont considérablement augmentés de volume et quelquefois même d’une façon monstrueuse ; ils sont souvent séparés l’un de l’autre par une sorte d’étranglement au niveau des malléoles. Cependant les muscles sont intacts, les fonctions du membre sont à peu près conservées et ne sont entravées que par le développement et le poids atteints. Le derme, le tissu cellulaire sous-cutané, sont donc seuls envahis, et la peau apparaît dure, rigide, tendue, brune, pigmentée, ou violacée, jaunâtre, tantôt lisse, tantôt bosselée, papillomateuse, surtout dans les espaces interdigitaux, tantôt luisante, œdématiée, mais non ulcérée, tantôt fissurée, ulcérée et laissant écouler un suintement fétide, jaunâtre, purulent, pouvant se concréter en croûtes plus ou moins épaisses. Très souvent on observe en même temps sur letrajetdes vaisseaux lymphatiques du membre malade des traînées rouges, dures, saillantes, aboutissant aux ganglions, qui sont eux-mêmes volumineux, douloureux à la pression.
C’est qu’il existe en effet une lymphangite chronique, qui précède souvent l’éléphantiasis et qui, lorsque l’affection est confirmée, reparaît fréquemment procédant par poussées successives séparées par des intervalles plus ou moins prolongés. Les poussées de lymphangite qui sont un
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des caractères essentiels et caractéristiques del’éléphantiasis, constituent de véritables crises ou accèséléphantiasîÿMes graves ou bénignes survenant brusquement,parfois précédées d’un frisson,souvent violent,prolongé : la peau est rouge, chaude, érysipélatoïde, marbrée; il y a de la fièvre plus ou moins intense, type rémittent ou intermittent, pseudo-continu, delà céphalalgie, des vomissements, de, l’anorexie. Tous ces phénomènes durent plus ou moins longtemps, cinq à dix jours, puis tout rentre dans l’ordre, mais on constate alors que le volume du membre a de nouveau augmenté. D’autres fois, ces crises moins violentes, presque apyrétiques, surviennent après un léger traumatisme, une écorchure du membre, simulant une poussée d’eczéma ou d’érysipèle, ou un phlegmon; elles sont dues le plus souvent à une lymplîodermite, quelquefois à une périphlébite variqueuse; elles peuvent, très rarement il est vrai, se compliquer d'eschares ou de phlegmon.
Après un intervalle quelquefois très rapproché, d’autres fois très éloigné, une nouvelle crise plus ou moins violente survient, quelquefois cependant si légère, qu’elle pourait passer inaperçue ; nous avons vu que d’après Sabouraud cette marche paroxystique si nette de la maladie, ces accès éléphantiasiques faisaient prévoir la nature parasitaire de l’éléphantiasis, confirméepar l’examen bactériologique et l’anatomie pathologique : on constate en effet de la lymphangite chronique (Jeanselme) et le streptocoque de Fehleisen, le microbe aux pullulations récidivantes de l’érysipèle à répétition.
L’éléphantiasis, avons-nous dit, peut occuper les organes génitaux et surtout le scrotum, susceptible d’atteindre un volume considérable, et les grandes et petites
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lèvres. L’hypertrophie éléphantiasique des oreilles, des joues, des paupières, de la lèvre supérieure, etc., est due à des érysipèles à répétition, à des tumeurs de la peau (nævus, molluscum, angiomes, papillomes, éléphantiasis télangiectode (de Wincnow), etc., et n’est qu’un pseudo-éléphantiasis.
h’éléphantiasis des Arabes peut s’observer dans tous les pays et dans toutes les races, mais surtout dans les contrées marécageuses, chaudes, humides, où il règne alors endémiquement avec ou sans fdariose. Il peut survenir à tout âge, parfois dès l’enfance, le plus souvent entre vingt-cinq et quarante-cinq ans, chez les hommes un peu plus souvent que chez les femmes, dans la race noire et surtout créole plus fréquemment que dans la race blanche, enfin dans toutes les conditions sociales, mais bien plus dans les populations malheureuses, ayant une mauvaise hygiène, dénuées de ressources, travaillant trop, affaiblies par la misère ou par les maladies débilitantes, scrofulo-tuberculose, syphilis, fièvres paludéennes, etc.
Les causes occasionnelles jouent un rôle très important dans laproductionde l’éléphantiasis. Ce sont toutes celles susceptibles dS provoquer l’irritation du système lymphatique et de favoriser la répétition de cette irritation et la stase lymphatique. Parmi les premières nous signalerons l’eczéma, les piqûres, les contusions, les lymphangites, les érysipèles, les lésions syphilitiques et tuberculeuses de la peau, etc.; parmi les secondes, les varices, la phlébite, les cicatrices, les adénopathies chroniques simples ou néoplasiques, en un mot toutes les affections entraînant un obstacle sérieux au cours de la lymphe ou du sang veineux. (Voir Lymphangiectasie, Lymphangiomes). Nous nous sommes expliqués