‹ Traitement des affections de la peau. Tome IChapitre 27 sur 33 · FA^US · texte numérisé non relu

FA^US

peut être confondu avec un eczéma séborrhéique, ou pédiculaire, un impétigo, un psoriasis, etc., qui d’ail- ■ leurs peuvent exister en même temps que le favus ; il faudra alors avoir recours à l’examen microscopique et, si c’est nécessaire, aux cultures. De même l’alopécie favique pourra être confondue avec la pelade, les alopécies cicatricielles dites innomées, les acnés pilaires dépilantes, les alopécies congénitales, l’alopécie du lupus érythémateux, etc. (Voir Alopécie).

Le favus se complique quelquefois d’adénite cervicale, de lymphangite; il a une marche essentiellement chronique, sa durée est indéfinie; il ne guérit en effet jamais spontanément. On l’observe à tout âge, mais surtout dans l’enfance et dans l’adolescence, et particulièrement dans la classe pauvre et chez les sujets lymphatiques et débilités; il est très contagieux, bien moins cependant que la teigne tondante ; il n’est pas rare en effet d’obseï’ver, dansune famille nombreuse etmisérable où tous les enfants vivent dans la plus étroite promiscuité, quelques-uns atteints de favus, les autres restant indemnes.

Le favus peut se communiquer des animaux (souris, rat, chien, chat, lapin, poule, cheval, etc.) à l’homme, et réciproquement. Jadis très répandu, il l’est aujourd’hui beaucoup moins grâce à l’hygiène, et aux très nombreux cas guéris; le favus à Paris, à l’intérieur des murs, devient une rareté; mais on en observe encore des foyers trop nombreux dans' la banlieue de Paris, dans les campagnes, et particulièrement dans certains départements * (Hérault, Seine-Inférieure, Landes, Pas-de-Calais, Aveyron, Algérie, etc.).

t. Voir le Favtis el la Pelade en France, par H. Feulard. Gommuoication au ai»® Congrès international de Derin. à Vienne, 1892. in Ann. de Derm. et de Syph., 1892, p. 1118 et suivantes.

FAVUS

Le Favus peut occuper la barbe; car, malgré l’opinion de quelques auteurs, il existe un sycosis favique d’un diagnostic souvent assez difficile (E. Besnieh). :

hQ Favus des parties glabres présente les mêmes caractères que celui du cuir chevelu; les godets y sont généralement bien développés et s’enlèvent aisément; on constate alors qu’ils reposent sur une surface rouge plus ou moins régulière, plus ou moins étendue. Mais parfois le malade est observé alors que les godets ne sont pas encore constitués (érythème pré-favique) ou bien ont été avulsés. Le diagnostic est alors plus difficile. D’après Quincke, il faudrait distinguer deux formes de favus dues à des variétés différentes d’un même champignon, le favus vulgaire, à godets, et le favus herpétique ou érythémateux des parties glabres : cette opinion n’à pas, jusqu’à présent, été confirmée par les recherches histologiques et les cultures.

Le Favus des ongles {onychomycose favique) est rare ; il peut occuper un ou plusieurs doigts ainsi que les orteils; il coïncide généralement avec celui du cuir chevelu, mais peut persister longtemps après la disparition de ce dernier.

L’ongle est le plus souvent atteint dans sa totalité, il est uniformément épaissi, cannelé, décoloré ou jaunâtre, en moelle de jonc; son extrémité libre s’exfolie, sa face superficielle est rugueuse, s’effrite; l’ongle devient de moins en moins adhérent et peut s’arracher facilement ; quand l’onychomycose est partielle, elle se caractérise par des taches jaunâtres, soufrées ou grisâtres, opaques, irrégulièrement disséminées dans l’ongle : le diagnostic n’est le plus souvent confirmé que par l’examen microscopique.

FAVUS

Traitement du favus du cuir chevelu. — Il comprend les trois indications suivantes :

1“ Nettoyer le cuir chevelu et le débarrasser de tous les godets et éléments faviques {Traitement prémonitoire) ;

2» Enlever les cheveux envahis par l’achorion {Traitement mécanique) ;

.3“ Détruire les parasites infiltrés par les moyens appropriés, ou mieux en favoriser l’expulsion, rendre le milieu impropre à la germination favique, c’est-à-dire le stériliser {Traitement antiparasitaire,parasiticide ? ou stérilisant) (E. Besnieh).

Traitement prémonitoire. — Il faut d’abord couper avec des ciseaux les cheveux, assez ras si Ton veut les épiler avec une pince, bien moins ras si l’on préfère les enlever avec les doigts, puis ramollir les croûtes avec des cataplasmes de farine de graine de lin aseptisés, ou avec de l’huile ordinaire, de l’huile d’amande douce, ou de ricin, ou de foie de morue (Kaposi) pure ou additionnée d’acide phénique ou de baume du Pérou, ou enfin avec de la glycérine phéniquée; on peut également appliquer l’un de ces corps gras, puis recouvrir pendant quelques heures avec une calotte de caoutchouc, ou mieux encore se servir d’un mélange à parties égales de savon mou de potasse et d’axonge qu’on laisse en place pendant deux ou trois heures, après quoi on pratiquera un grand lavage à l’eau chaude; on essuie et on lave de nouveau avec une solution antiseptique, soit d’acide borique à 23 p. 1,000 soit de créoline à IS ou 23 p. 1,000. E. Besnier et Boyon conseillent en outre de faire encore pendant vingt-quatre ou quarantehuit heures des applications de compresses aseptiques de lint boriqué imprégnées d’une solution de salicylate

FAVUS

de soude à 25 p. 1,000 additionnée de 10 grammes de bicarbonate de soude ou de toute autre substance antiseptique, puis de recouvrir avec un bonnet imperméable.

La tète est ainsi convenablement nettoyée : parfois même le nettoyage a été tel que Faffection semble guérie ; il ne reste plus qu’un léger degré d’érythème, mais au bout de quelques jours, grâce à la repullulation du parasite, de nouveaux godets apparaissent.

2“ Traitement mécanique. — Après s’être rendu exactement compte de l’étendue des lésions faviques et des plaques d’alopécie définitive, il faut procéder au deuxième temps du traitement, c’est-à-dire à Yavulsion des cheveux faviques, qu’il conviendra toutefois de différer quand il existera une dermite ou une épidermite aiguës. Vépilation, qui constitue l’acte essentiel du traitement du favus, peut se faire avec les doigts, en saisissant les cheveux, auxquels on a eu soin de laisser une certaine longueur, entre le pouce et l’index; les frères Mahon *, qui ont soigné et guéri tant de favus, employaient ce procédé, qui est très rapide et relativement peu douloureux quand il est pratiqué par des mains exercées; mais il reste généralement un certain nombre de cheveux cassés ou très fins qu’il importe d’enlever ensuite avec la pince. A Vienne, l’épilation se fait en saisissant les cheveux entre le pouce et le bord mousse d’une spatule. Ces deux procédés à peu près identiques demandent à être répétés plusieurs fois.

Ce sont eux en réalité qui ont les premiers institué le traitement méthodique du Favus. En outre, on leur est redevable de la suppression du moyen barbate qu’on appelait la calotte, que certains dermatologistes veulent aujourd’hui remettre en usage (Bertabelli).

FAVUS

A l’hôpital Saint-Louis, depuis Bazin, l’épilation se pratique avec une pince spéciale. Ce procédé, excellent d’ailleurs, n’était guère pratique à l’époque où les faviques extrêmement nombreux encombraient les hôpitaux. Il faut d’abord arracher tous les cheveux des plaques malades, dont beaucoup se cassent pendant l’opération, puis épiler autour de chaque plaque dans une étendue de 1 à 2 centimètres; cette zone, dite de surveillance et de protection (E. Besnier), renferme souvent un certain nombre de cheveux faviques facilement reconnaissables à ce qu’ils s’écrasent et se cassent; tant que l’épileur en rencontre sous sa pince, il doit continuer à épiler. Quand le favus est généralisé, il est nécessaire d’épiler au moins la première fois, mais, bien entendu, en plusieurs séances, tout le cuir chevelu. Ces épilations sont, en effet, fort douloureuses, pour les enfants surtout; on peut les faciliter, les rendre moins pénibles en frictionnant les plaques à épiler quelque temps avant l’opération avec de l’huile de cade cocaïnée ou phéniquée à 4 0/0. Si le sujet est très nerveux, il faut insensibiliser les plaques avec des pulvérisations d’éther ou des applications de chlorure de méthyle (E. Besnier).

Le même auteur recommande également de calmer l’irritation produite par l’épilation (miliaire d’épilation) à l’aide de fomentations avec la solution suivante :

Eau bouillie.... oOO grammes.

Salioylate de soude. dO —

Bicarbonate de soude. 5 —

Il faut pratiquer une nouvelle épilation dès que les cheveux recommencent à pousser sur les plaques, c’est-à-dire au bout de trois à quatre semaines, et aussi

FAVUS

longtemps que les plaques resteront rouges, et que les cheveux avulsés présenteront macroscopiquement et microscopiquement les caractères du favus.

3° Traitement antiparasitaire ou stérilisant. — L’épilation méthodique, répétée aussi souvent qu’il est nécessaire, jointe aux soins de propreté et d’asepsie que nous avons indiqués, peut suffire dans certains cas à guérir des teignes faveuses même invétérées. Mais il est préférable de lui associer des applications non pas parasiticides, puisque nous ne possédons malheureusement pas d’agent capable de détruire l’achorion, sans détruire le tissu ou l’appareil pilaire, mais modifiant l’état de la peau, calmant l’irritation dermique ou épidermique, ou provoquant une desquamation active de l’épiderme et des follicules, et surtout favorisant l’élimination du parasite en rendant inhabitable, en stérilisant la terrain.

Tous les médicaments employés dans le traitement du favus, et ils sont innombrables, n’agissent pas autrement ; le mercure, le soufre, l’iode et ses dérivés, les acides phénique, borique, salicylique, acétique, pyrogallique, chrysophanique, le sulfate de cuivre, Voléate de cuivre (Shoemaker, très employé en Amérique), le goudron, le pétrole, la térébenthine,- l’ammoniaque, le chloroforme, l’éther, l’huile de cade, le borax, le nitrate d’argent, le naphtol,la résorcine, l’anthrarobine, le bichromate de potasse, les teintures éthérées, la benzine, le baume du Pérou, etc., etc. — C’est pourquoi on ne connaît pas jusqu’ici de traitement réellement efficace du favus sans épilation. Nous avons essayé récemment de traiter un favus très étendu et invétéré avec des vapeurs d’acide sulfureux : le résultat, qui semblait très satisfaisant au début, ne s’est pas maintenu. Il est vrai

FAVU!

que le malade, très désireux de rester à l’hôpital le plus longtemps possible, suivait très irrégulièrement le traitement prescrit : nous avons d’ailleurs l’intention de renouveler cet essai sur des sujets plus dociles. De même les observations de guérison du favus sans épilation par les pulvérisations répétées d’acide acétique ne sont pas concluantes.

Avec E. Besnier, nous conseillons, après l’épilation, de faire tous les soirs sur tout le cuir chevelu des applications de pommade renfermant l’une des nombreuses substances susindiquées : le malade doit porter toute la nuit sur la tête un bonnet fréquemment renouvelé. Voici quelques formules de pommades :

Baume du Pérou o Huile de cade . . Acide salicyliquo..

Résorcine ..

Soufre préciiiito...

Lanoline

Vaseline.

Axonge..

■ I 2 à 5 grammes.

Camphre. 7 g

Soufre précipité. S —

.4xonge. 30 —

Huile d’amande douce....... 8 grammes.

Résorcine...

Axonge.. 4S grammes.

Huile de cade ou d’amande douce. S — Turbith minéral. 1S'’,20

FAVDS

Page 1